CHAPITRE HUITIÈME
adressé 9 dès l'origine de la conquête, aux. vainqueurs du nouveau monde , des iQstructions très*favorabIes aux indigènes : il leur était prescrit de les traiter avec douceur, afin de les amener ainsi au christianisme. Malheureusement ces injonctions ne furent pas plus respectées au Pérou qu'au Mexique et dans les États guatémaliens; la distance à laquelle on se trouvait de la métropole ne permettait pas d'établir de contrôle. La passion de l'or étouffait dans le cœur des colons les sentiments d'humanité et la voix du devoir.
L'assujettissement des Indiens au travail de la terre et des mines pour le compte de leurs dominateurs donna lieu auxl actes hideux de l'arbitraire le plus effroyable. On exigea de ces malheureux des travaux au-dessus de leurs forces; on les employa comme bétes de somme à transporter d'énormes fardeaux ; on les enferma dans les ravines profondes tracées par les torrents , afin de leur faire recueillir le sable d'or, puis on les y laissa mourir de faim et de misère. Par un raffinement inouï de barbarie, on sépara le mari de sa femme , le père de ses enfants , et on établit le trafic de chair humaine avec autant d'insouciance que s'il se fôt agi do plus vil bétail. Pour les fautes les plus légères , on assommait les malheureux Indiens à coups de nerf de bœuf, on les livrait aux chiens, on les jetait nus, pieds et poings liés , sur des fourmilières, on les enduisait de graisse avant de les brûler vifs.
Sous cet effroyable régime , des provinces entières se dépeuplèrent; les Péruviens, race paisible, que l'on a comparés avec raison à de grands enfants, h^bi-
tués d'ailleurs à la domination paternelle des Incas, mouraient par milliers à la peine. Beaucoup d'entre eux se réfugièrent dans les lieux les plus inaccessibles des Cordillères pour échapper aux supplices atroces que leur infligeaient leurs oppresseurs, et léguèrent à leurs descendants y avec le souvenir de leur bonheur passé, la haine du nom espagnol.
Cependant l'heure du châtiment devait sonner pour François Pizarre. Les anciens partisans d'AImagro, écartés de tous les emplois , n'avaient eu aucune part à la distribution des terres. Abandonnés, réduits à une pauvreté extrême, privés du nécessaire, ils portaient une haineuse envie à ceux de leurs anciens camarades qui, demeurés fidèles à la fortune des Pizarre, habitaient de somptueux palais et avaient été gorgés de richesses. Ils ne respiraient que la vengeance.
Nous avons dit que Pizarre tenait en prison à lima le fils d'Almagro. Croyant n'avoir plus rien à en cnûndre, l'atelantado lui rendit la liberté après une assez longue captivité. Augustin de Zarate et Herrera peignent Almagro fils comme un jeune homme trèscruel, mais hardi, intelligent, plus éûtotré que la plupart de ses contemporains, et doué des qualités qui devaient lé rendre cher aux mécontents. Animé par le désir de venger son père et poussé par Juan de Herrada, son précepteur, il groupa autour de lui les ennemis de François et se vit bientôt à la tète d'un parti assez nombreux qui résolut d'assassiner l'objet de la haine commune.