‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 63 sur 244 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

L'atelantado, informé du complot^ refusa d'y croire, s imagina follement que le jeune Diego Âlmagro et ses autres ennemis étaient réduits à l'impuissance, et que la terreur qu'inspirait le nom de Pizarre le mettait à l'abri d^ toute attaque; il ne prit aucune précaution.

Les conjurés exécutèrent leur dessein le 26 juin 1 541 . C'était un dimanche.

A midi, heure de la sieste, ils sortent'de la maison d'Almagro, armés de pied en cap, au nombre de dix* huit, ayant Juan de Herrada à leur tête. Le palais de Pizarre était ouvert et mal gardé ; ils y pénètrent au cri de « Mort à l'infâme tyran qui a fait périr le juge » de Sa Majesté, » et ils arrivent saos rencontrer d'obstacles jusqu'à l'appartemeni de l'atelantado.

François, averti enfin du péril qui le menace par les cris des assaillants, saisit son épée et son bouclier; il n'a pas le temps d'attacher sa cuirasse , mais il se dispose à vendre chèrement sa vie. Quelques-uns de ses partisans sautent lâchement par la fenêtre afin d'échapper au danger; François d'Alcantara, François de Cbavès et deux pages restent seuls .auprès du conquérant du Pérou. Chavès, chargé de fermer les portes, est massacré le premier parles partisans d'Almagro ; un instant après, ils sont en présence de Pizarre, et une lutte furieuse s'engage. François tue quatre de ses ennemis et en met six hors de combat; les conjurés commencent à perdre courage, mais en ce moment Alcantara est frappé à mort, et les deux pages sont grièvement blessés. Pizarre lui-même, fatigué et

perdant du sang, ne porte plus de coups aussi sûrs.

fa» LE PËBOU.

Ses adversafires s'en aperçoiveni, se raenl toas à la fois sor hn; il est atteint d'une profonde Uesssre à la poitrine, son épée et son bonclier lui échappent des mains; il tombe à terre. Dans ce mcmient saprérae, Pizarre, coupable de tant de perfidies et de cmanlés et qui a fait couler tant de larmes, songe à imptorer la miséricorde du juge supr£ne devant lequel i Ta paraître, il saisit mie image dn Christ qu'il porte toujours sur lui ; et il expire en l'embrassant.

Ainsi finit cet homme étonnant, étrange assen^b^ de grandes qualités et de vices odieux, et qui joignait à un courage à toute épreuve, à nne audace înoniè, à une persévérance que rien ne pouvait abattre, une cupidité insatiable, une cruauté réfléchie et nne duplîcHé sans égale.

Les jours qui suivent la mort de Tafelantado édairent des forfaits d'un autre genre. Une fonle de gens se déclarent pour le jeune Almagro ; son précepteur Herrada, Tâme du mouvement, le fait monter à cheval ; suivi de ses partiisans qui Tacdament, il parcourt les rues de Lima. La municipalité réunie est oMigée de reconnaître don Diego en qualité de gouverneur général. Puis commencent d'épouvantables représailles. Tous ceux qui ont été attan chés à la fortune des Pizarre sont condamnés à mort on proscrits. Le palais de Tatelantado et les demeures de ses partisans sont pillés. Almagro s'empare de la fortune du prince et des biens de ceux qui ont péri oo qui sont absents; ceux mêmes de ses oompliees qo; laisi^nt paraître quelque horreur à la vue de tant de

CHAPIfftB HUITIÈME. m

crimes, soot imniolési ea secret ou périssent sur i'éebafaud. La ville eslière de Liioa est livrée à la dé* solaiion ; et telle est la terreur qui y règae que les amis de François. Piaarre ik'oseut rendre le$^ derniers devoirs à sa dépouille mortelle; uu vieux et fidèle serviteur Tensevelit eu seeret et au péril de sa vie pour empêcher qu'elle ue ^ik livrée aux insultes de la populace.

Bientôt Almagro se voit à la fête de huit cents hommes , ramassis de gens sans aveu et de brigands qui se réunissent spontanément soua ses drapeaux. Le nouveau gouverneur général se flatte de parvenir prompiement à consolider sou autorité» grâce à cette troupe bien digne d'un tel chef.

Mais les autres villes occupées par les Espagnols ne se montrent nullement disposées à subir le même sort que Lima. Pedro Alvarez Holguin, commandant de GuzcOt se déclare hautement contre don Di^o; Alphonse d'Alvarado et quelques autres, officiers refu* sent paiement de reconnaître l'autorité de i'usurpa* teur. Les partisans dispersés de Pizarre s'empressent de se grouper autour des deux chefs <iue nous venons denommei*; ainsi se forme le noyau d'un petit corps d'armée qui n'est pas encore asses; nombreux pour entrer en lutte avec la troupe d'AlmagrOt mais que de nouvelles recrues grossissent chaque jour.

Les indigènes avaient dépensé tout ce qui leur restait d'énergie et de patriotisme lors de la grande conjuration de Manco^pac , ils ne songent plus à profiter

de la désunion de leurs ennemis pour secouer le joug

et assistent, spyectateurs en apparence impassibles, à une querelle dont Tissue les livrera soit aux partisans des Pizarre, soit aux adhérents d'Âlmagro.

Tout présageait que le moment de la lutte ne pou* vait plus être éloigné, lorsqu'on vit arriver sur la scène un nouvel acteur destiné à y jouer un rôle important. Nous en parlerons au prochain chapitre.

Page 1