‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 69 sur 244 · CHAPITRE NEUVIÈME. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME. U

voulaient sauver les apparences et ne pas avoir l'air d'être de connivence avec lui. En effet, le premier acte de Gonzaie fut de demander au tribunal suprême de l'investir des fonctions de gouverneur et de capitaine général; le conseil, fidèle à son rôle, ayant feint de résister, Carvajal, lieutenant de Pizarre, entra ^ Lima et fit mettre à mort quelques-uns des partisans les plus connus du vice-roi. Les auditeurs, considérant dès lors leur responsabilité comme à couvert, ne résistèrent plus, et le même jour Gonzaie fit son entrée solennelle à Lima et se mit à la tête du gouvernement.

Tout semblait marcher au gré de ses désirs, lorsqu'il se vit menacé d'un danger auquel personne n'avait songé. L'audience, croyant la révolution terminée, voulut renvoyer Nugnez Vêla en Europe, et chargea l'un de ses membres , le licencié Alvarez , auquel la garde du captif avait été confiée, de l'accompagner en Espagne. Mais dès que, le bâtiment qui devait les transporter eut mis à la voile, Alvarez se jeta aux pieds de Yela, implora son pardon et jura de lui être fidèle. Le vice-roi , profitant de ce retour inespéré de la fortune , se fit déposer à Tumbez et y releva la bannière royale. Il se vit promptement à la tête de forces assez respectables, car Pizarre, à peine arrivé au pouvoir, avait déjà mécontenté beaucoup de monde par sa tyrannie, et quelques-uns des lieutenants mêmes du nouveau capitaine général se déclarèrent pour le représentant de leur prince légitime.

Gonzaie ne perdit pas son sang-froid dans ces cir-

la LE PtlOU.

constaBoes aritiqms : il marcha coalre Yela, errant se débttrrasser à jamais de hiî en lui livrant une bataille décisTe. Le vioe-roi , dont Tannée était m<Mns forte que celle de son antagoniste , ne voulut pas conrir encore les chances d*un combat et se retira vers Quito pour s'y fortifier. Pizarre le poursuivit. Les deux troupes eurent a endura des souffrances inouïes eo franchissant les montagnes et les déserts. Les malheu* reux indigènes durent prendre part à cette expédition ^ les uns sons tes étendards de Véla^ les autres sous ceux de 6<mzale. Dix à quinze mille de ces infortunés, répandus dans chaque armée, aplanissment les chemins, portaient Tartillerie et les bagages et étaient réduits à la condition de bètes de somnie de leurs tyrans.

Après des marches et des contremarches dans le détail desquelles il est inutile d'entrer ici, le vice-roi, qui jusqu'alors avait soigneusement évité le combat, se crut assez fort pour risquer une bataille, et contrairement à Tavis de ses officiers les plus dévoués, qui rengageaient à tenter la voie des négociations, il se dirigea de nouveau vers Quito , où Pizarre se trouvait alors.

Celait an mc»s de janvier 4545. La lutte s'engagea ; elle fut très-opiniètre; les deux rivaux commandaient leurs troupes en personne et donnèrent des preuves du plus téméraire courage. Pendant longtemps la victoire fut indécise; mais un certain Femand de Terres ayant fendu le crâne du vice-roi d'un coup de liache, Vêla tomba de cheval; dès lors la déroute

Page 1