CHAPITRE NEUVIÈME. 44a
comnieiiça, et Gonzale resta maître do champ de bataille.
Il souilla son triomphe par d'abominables cruautés. Il livra aux insultes de la soldatesque la tète du viceroi, plantée au bout d'une pique; il condamna au supplice de la corde les partisans de Nugnez, qui s'étaient retirés dans les églises de Quito; il en fit mourir d'antres par le poison.
Cependant le Pérou entier ne tarda pas à reconnaître l'autorité de Pizarre. Il rentra en triomphateur à Lima: Pedro Hinojosa, qui commandait sa flotte, le rendit maître de la mer de Panama et réussit aussi à mettre une garnison dans la forteresse de Nombrede-Dios, située sur la c6te opposée de l'isthme; il ferma ainsi l'entrée de l'empire à TEspagne.
Gonzale n'avait plus ni rival ni adversaire sérieux dans le pays ; Yaca de Castro s^étaît réfugié à Panama. Le plus dévoué des amis de Pizarre, le vieux François de Carvajal , encore vert et entreprenant malgré ses quatre-vingt-quatre ans, unissant l'ardeur impétueuse de la jeunesse à l'expérience de la vieillesse, suppliait Gonzale d'user largement de sa victoire et faisait briller à ses yeux les plus séduisantes perspectives. II l'engageait à proclamer sa propre indépendance en sa qualité d'héritier du conquérant du Pérou, à se déclarer ouvertement, en toute occasion, l'ami, le protecteur des indigènes, et à épouser la fille de race inca la plus proche du trône pour acquérir, aux yeux des Indiens, une sorte de légitimité qui doublerait sa puissance et assurerait à jamais à ses descen-
Mi LE PÉROU.
(lants la -possession de la plus riche couronne du monde. Le licencié Ce péda, autre conseiller intime du gouverneur général, lui parlait dans le même sens.
Gonzale avait la plupart des défauts et quelquesunes des qualités de ses frères, mais il était de beaucoup le moins intelligent des quatre. 11 est très-probable que Fernand n'eût pas hésité à sa place. Pizarre n'avait plus qu'un pas à faire pour franchir les degrés du trône; il n'osa pas, et malgré l'attrait que le sour verain pouvoir avait pour lui, il recula devant cetfe dernière trahison ou devant ce dernier danger. Il oublia qu'après avoir levé l'étendard de la révolte et renversé le représentant de son souverain, un crime de plus ou de moins ne modifiait en rien sa position. Puisqu'il ayait eu la hardiesse de tirer l'épée et de dénoncer l'obéissance à l'Empereur, il devait aller
jusqu'au bout de sa téméraire entreprise; au lieu de cela, il se borna à solliciter timidement de la cour d'Espagne la faveur de conserver le gouvernement du Pérou, et il chargea un de ses officiers d'aller présenter sa requête à Charles-Quint.
Après cet acte de couardise, Gonzale continua à se conduire en despote et à se livrer à ses instincts sanguinaires. Il établit au Pérou un régime plus exécrable que tous ceux qui l'avaient précédé; son insatiable avarice, sa cruauté, son orgueil firent bientôt soupirer après un libérateur beaucoup de ceux mêmes dont les intérêts étaient liés aux siens.
Cependant la cour de Madrid avait eu connaissance