CHAPITRE NEUVIÈME
de la révolte du Pérou et de remprisonnement du vice-roi bien avant Tarrivée de l'envoyé de Pizarre. Charles-Quint, qui se trouvait alors en Allemagne, en était au plusiort de sa lutte avec la ligue de Smalkalde. Son fils Philippe et ses ministres ne pouvaient songer à envoyer des troupes en Amérique en un temps où l'Espagne avait tant et de si graves affaires sur les bras en Europe. lisse décidèrent à faire partir pour le Pérou un négociateur habile , chargé de remettre les rebelles à la raison , et muni de pouvoirs assez étendus pour être à même d'agir en toute occasion , selon les circonstances, sans demander de nouvelles instructions à la cour.
Leur choix, se fixa sur Pierre de la Gasca , prêtre et licencié en théologie. G'étaitun homme de haute vertu, d'une probité à toute épreuve, joignant la fermeté à la douceur, et un courage inébranlable à une perspi* cacité extraordinaire. La Gasca, bien qu'âgé et faible de santé, accepta avec un admirable désintéressement la mission difiicile qu'on lui confiait. Il ne se faisait point illusion sur les dangers qu'il aurait à courir, ne voulut accepter que le titre de président de l'audience de Lima, renonça d'avance aux appointements qui y étaient attachés et se disposa à partir sans soldat ni argent, n'ayant d'autre garant de son succès que sa capacité et son irrévocable intention de ne manquer à aucun de ses devoirs.
La Gasca s'embarqua ^u mois de mai 1546. Son
humble escorte se composait d'un petit nombre de
domestiques et de quelques employés. Après une beu-
reuse traversée, il mit pied à terre à Nombre^le-Dios. Pizarre avait ordonné à Femand de Mexia, gouver* neur de cette localité ^ de n'y laisser débarquer aucun détachement espagnol ; mais le président de Taudienee arrivait avec si peu d'appareil, avec des dehors si modestes, il disait si hautement qu'il venait chargé d'une mission toute pacifique et de faire droit aux réclamations des colons, que Mexia n'hésita pas à le recevoir avec déférence. A Panama également, Hinojosa, qui commandait la flotte au nom du gouvemear général , lui fit un accueil empressé.
Dès que la Gasca a mis le pied sur le sol américain, la situation change.
Il écrit à Gonzale Pizarre une lettre, modèle de sagesse et d'éloquence, pour l'exhorter à se soumettre aux injonctions de son roi et à rentrer dans le devoir; à ces conditions, il lui promet le pardon de ses crimes.
Gonzale refuse de renoncer au gouvernement quil a usurpé, et, dans sa réponse, il rappelle avec hauteur que le Pérou a été conquis par son frère , dont il est le légitime héritier; il ordonne à la Gasca de retourner en Europe, et, afin de donner plus de poids à cette injonction, il y joint un présent de dnquante mille pesos d'or, que le président refuse avec mépris.
Les députés que Pizarre a chargés de son message remettent à Hinojosa un billet contenant des instructions secrètes, qui enjoignent à cet officier de faire périr la Gasca par le poison s'il refuse de s'en aller.
Loin d'obéir à cet ordre abominable , Hinojosa et