CHAPITRE NEUVIÈME. U
bientôt l'empire reconnaît son autorité, depuis Quito jusqu'aux provinces méridionales , les seules qui tiennent encore pourPizarre.
La Gasca avait indiqué la vallée de Xauxa comme lieu de rendez-vous général à ses partisans : il y pénètre et s'y voit à la tête de seize cents hommes. Il s'y arrête plusieurs mois pour former et discipliner ses recrues et pour essayer encore d'arriver à un dénomment pacifique. Il écrit à son adversaire et lui propose , comme la première fois, une amnistie complète pour prix de sa soumission. En cette occasion, Carvajal et Cepeda engagent Gonzale à céder; il s'y refuse obstinément, il compte sur son armée et est sAr de l'emporter sur son rival.
Le président, voyant l'inutilitéde ses démarches, se décide enfin à recourir à la force. Prêtre de très-sain to vie et ami de la paix, il comprend que, malgré son caractère sacré, le moment est venu pour lui de remplir les devoirs du général, de revêtir la cuirasse et de tirer l'épée, pour rester fidèle au mandat que son prince lui a confié. Il s'avance jusqu'à quatre lieues de Guzco. Pizarre, loin de disputer le passage à son ennemi, le laisse pénétrer au cœur du pays, afin de lui rendre la fuite impossible après une victoire dont il se croit assuré, et de terminer ainsi la guerre d'un seul coup.
Les deux armées sont en présence le " 9 avril 4548. Elles offrent un bizarre contraste. Dans celle de Gonzale, on ne voit qu'ofiiciers et même soldats magnifiquement vêtus, couverts de broderies d'or et
d'argent, que chevaax. splendidement caparaçonnés, qu'étendards somptueusement brodés.
La troupe du président est d'un aspect plus sévère. La Gasca, accompagné des premiers évoques nommés aux sièges du Pérou et de quelques autres ecclésiastiques, parcourt les rangs de ses soldats, leur rappelle leurs devoirs envers Dieu et le roi, les bénit, les encourage et les exhorte a se comporter en braves chrétiens.
Le combat s'engage à grande distance par quelques décharges d'artillerie. Mais, dans ce moment, l'armée sur laquelle Pizarre avait fondé de si grandes espérances présente le plus étrange, le plus honteux spectacle. Quelques-uns de ses officiers, ceux-là mêmes qui avaient le plus activement pris part aux préparatifs de la bataille, se détachent les premiers et par* tent au grand galop pour aller faire leur soumission au président; les autres s'empressent de les suivre, les soldats à leur tour courent après les fuyards et vont grossir les rangs de la troupe ennemie; ni menaces ni promesses ne peuvent les retenir; les bataillons que Carvajal et Pizarre commandent en personne se débandent également et laissent leurs chefis a peu près seuls; la Gasca reste maître du terrain et remporte la plus complète victoire sans avoir tiré l'épée.
Jean d'Acosta, l'un des compagnons de Gonzale, voyant cet abandon général, se tourne vers lui et s'écrie : En avant, marchons à l'ennemi et mourons en Romains I — Non, lui répond froidement Pizarra,