CHAPITRE DIXIÈME
le publier qu'après huit jours révolus , puis il partit pour Lima.
La publication du décret produisit une explosion de fureur, ainsi que la Gasca s'y était attendu. Peu d'individus, des mieux partagés, s'en montrèrent satisfaits; les autres, trop persuadés de leur mérite personnel, et exagérant outre mesure la valeur des services qu'ils avaient rendus, crièrent à l'injustice, à la partialité, et chargèrent le président de maiédic* tions. Les passions, momentanément assoupies après la fin tragique de Gonzale Pizarre, se réveillèrent une fois encore ; déjà les mécontents parlaient de reprendre les armes, mais ils reconnurent qu'ils manquaient d'un chef autour duquel ils auraient pu se grouper, et que les soldats leur faisaient défaut; force leur fut de renoncer à leurs projets. La tempête que l'on craignait se borna à quelques coups de tonnerre ; leurs éclats, d'abord redoutables, s'affaibKrent peu à peu et se perdirent bientôt dans le lointain.
L'attitude de la Gasca fut pour beaucoup dans ce résultat. Unissant à la douceur du prêtre une fermeté inébranlable, il écouta les réclamations qui lui semblèrent fondées , opposa un mur d'airain aux prétentions outrées, et travailla avec un zèle qui jamais ne se trouva en défaut à rétablir l'autorité dans toutes les provinces de l'empire du Pérou. Bientôt l'ordre succéda à l'anarchie, la perception des revenus publics se fit avec régularité, le pouvoir fut respecté et le gouvernement se trouva établi sur une base solide.
Le président de l'audience se conforma aux volontés
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de la cour et s'occupa ayec une solUcitode paternelle du sort des indigènes. Il publia des règlements pour les soustraire à la tyrannie des vainqueurs et pour les faire instruire dans la religion chrétienne. Fidèle aux ordres qu'il avait reçus, il défendit sous les peines les plus sévères de faire ou de marquer des esclaves , il régularisa le tribut que les Indiens devaient payer, il fixa le salaire auquel ils avaient droit lorsqu'on les faisait travailler dans les mines, à la pécha des perles ou en qualité de portefaix , et il établit en tons lieux des officiers chargés spécialement de les (mtotéger et de veiller à leurs intérêts. La Gasca fui mer* veîUeusement secondé dans cette partie difficile de sa (àchc par les clergés séculier et régulier; nous parle* rons de leurs travaux dans notre prochain chapitre. Les Péruviens, se voyant véritablement prot^és, perdirent peu à peu leur timidité et prirent Thabi* tude, dans leurs nécessités, de s'adresser avec confiance à ceux sur l'appui desquels ils pouvaient compter.
Dix-sept mois s'étaient écoulés depuis l'arrivée du président de l'audience au Pérou; il aspirait à retourner en Espagne, à reprendre un genre de vie plus conforme au caractère dont il était revêtu, et à abdiquer des fonctions qu'il n'avait acceptées que par dévouement envers son souverain et dans l'intérêt de l'humanité. Cependant il avait à remplir encore une rude tâche.
Plusieurs des colons les plus riches et les plus influents venaient de mourir, leurs terres se trou*