‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 79 sur 244 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

valent vacantes, il fallait procéder à une nouvelle distribution 9 et toutes les ambitions, toutes les cupidités étaient en éveil comme à l'occasion du partage fait àCuzco. Les intrigues recommencèrent. La Gasca, résolu à quitter l'Amérique et voulant couper court aux réclamations, prépara son décret, le remit cacheté comme la première fois , aux membres de l'audience , leur enjoignit de n'ouvrir le pli que huit jours après son départ de Lima , et de se conformer strictement à son contenu. Puis il s'embarqua.

Tandis que le navire qui portait le président se dirigeait vers Panama , Pierre et Fernand de Contreras, fils du gouverneur de cette ville, qui s'étaient révoltés contre l'autorité royale et avaient attaché à leur cause un bon nombre de mécontents, se rendirent maîtres de quelques navires et croisèrent le long des c6tes pour s'emparer de la Gasca au passage et le retenir prisonnier. Il leur échappa et arriva, après avoir couru encore plusieurs dangers, à Nombre-de-Dios , d'où il fit voile pour l'Espagne. Il y arriva en juillet 1550.

L'ancien président reçut un accueil enthousiaste dans sa patrie. Parti sans troupes ni argent pour remettre à la raison les plus audacieux des rebelles, un succès complet avait couronné sa difiiclle niission. Ajoutons qu'en un temps où la cupidité était la passion dominante de ceux qui visitaient le nouveau monde, il brilla par le plus rare désintéressement. La Gasca avait eu des sommes considérables entre les mains, et il fit parvenir à son maître d'immenses trésors; mais comme il était parti pauvre pour le Pérou ,

pauvre il en revenait. L'Empereur fut même obligé de payer pour lui quelques dettes contractées à Toccasion de sa mission ; il le pourvut de révèché de Palencia en récompense de ses services. La Gasca y vécut tranquille , sans faste , dans l'exercice de ses devoirs épiscopaux, et mourut en 1567, pleuré de tous ceux qui l'avaient connu.

Après le départ du président, les différents partis recommencèrent à s'agiter au Pérou; mais ils manquaient de chefs, et les scènes hideuses qui avaient ensanglanté précédenunent ce pays ne se renouvelèrent plus au même degré. Il y eut, à la vérité, encore des conspirations et des soulèvements partiels dans l'ancien empire des Incas , mais ils furent promptement comprimés.

A partir de la présidence de la Gasca , le Pérou fut gouverné par des vice-rois. Don Antonio de Mendoza, comte de Tandilla, ouvre la série de ces grands dignitaires'. Mendoza, protecteur éclairé des indigènes, compléta l'œuvre ébauchée paf son prédécesseur et exempta, par un décret, les Indiens de tout service personnel obligé : c'était la mise en vigueur de l'ordonnance royale à l'occasion de laquelle on s'était révolté contre Nugnez Yela. Cette disposition , qui améliorait considérablement le sort des Péruviens , mais qui

*■ Mendoza, comte de Tandilla, et frère du marqais de Mondéjar, nommé en 1532 vice-roi de la Nouvelle-Espagne, l'avait gouverné pendant dix-sept ans avec autant d*humanité que de sagesse. Il fîit nommé en 1549 au Pérou en la même qualité, arriva à Lima en 1561 et y mourut Tannée suivante.

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