CHAPITRE DIXIÈME
causait un préjudice considérable aux avides colons, fut le prélude d'une sédition; le vice-roi tint bon. Louis de Yergas, chef des mécontents, paya de sa tète sa coupable tentative, et la tranquillité se rétablit.
Le second vice-roi, don Hurtado de Mendoza, marquis de Cafiete, suivit les mêmes errements que son prédécesseur; désirant se concilier T affection des indigènes , il fit de pacifiques propositions à Saïri-Tupac , fils de cet Inca Manco-Gapac , proclamé souverain du Pérou à Guzco, après la mort de Huascar et d' Atahualpa . Saïri vivait retiré dans les montagnes de Yilla-Pampa ; le marquis l'engagea à venir s'établir auprès de lui avec les siens , lui promettant sécurité complète , son appui auprès du roi d'Espagne et une pension assez considérable pour pouvoir vivre d'une manière conforme à son rang. L' Inca, après de longues hésitations , accepta la proposition ; il se rendit d'abord à Lima, puis à Guzco, dont la population l'accueillit avec un enthousiasme impossible à décrire. Saïri, âme naïve et douce, fut bien vite frappé de la majesté imposante des cérémonies du culte catholique; il demanda et reçut l'instruction chrétienne, et fut baptisé sous le nom de Diego.
Diego de Cuniga , Gante de Nieva , Garcia de Gastro et François de Tolède furent les quatre premiers successeurs du marquis de Gaflete. François de Tolède, abandonnant les principes de ses devanciers, souilla sa vice-royauté par un acte de perfidie qui le rendit l'objet de l'exécration des Péruviens.
Diego Sdïri-Tupac était mort^ laissant un frère
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nommé Tupac-Amaru^ qui jamais n'avait ooDseoti à quitter ses montagnes. Le vice-roi voulut l'attirer à Cuzco et lui promit de le maintenir en possesnon des privilèges dont Saïri avait joui. Amaru s'y étant refusé, François de Tolède lui déclara la guerre sous le faux prétexte que l'Inca complotait pour remonter sur le trôoe^ et qu'il faisait piller les mar* chands espagnols lorsqu'ils traversaient le district dans lequel il s'était établi.
Le vice-roi leva à la hâte deux cent cinquante hommes et chargea don Garcia Loyola y le plus hardi de ses (aciers, d'aller attaquer le prince indien dans les montagnes de Yilla-Pampa*
Tupao-Amaru quitta sa retraite à l'approche des Espagnols; poursuivi et hors d'état de soutenir une lutte inégale, il se rendit avec sa femme, ses deux fils, une de ses filles et les indigènes de sa suite. On conduisit les captifs a Cuzco, où se trouvait François de Tolède.
Alors commença le procès criminel le plus odieux , le plus îniqne qui se puisse imaginer. On accusa le malheureux Inca de conspiration et de projets d'assassinat; on impliqua dans la cause tous les métis fils d'Espagnols et d'Indiennes, feignant de croire qu'ils nourrissaient des desseins homiddes contre les dominateuTs du pays. Le vicc-roi avait recours à ce moyen abominable pour se débarrasser de ceux qui tenaient aux indigènes par leurs mères; loin de coin-prendre que la fuskm des races était ce qu'il y avait de plus désirable dans l'intérêt bien entendu de la