‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 82 sur 244 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

leur Inca si près de la mort, en furent leliement aflligésque, poussant des cris jusqu'au ciel, ils remplirent de terreur toute la place, où Ton ne pouvait s'en* tendre, ce qui fit que les prêtres qui parlaient à Tlnca le prièrent de faire taire ces Indiens. Aussitôt il haussa le bras et ouvrit la main, puis il la porta à son oreille, et ensuite il la baissa peu à peu jusqu'à sa cuisse droite. Les Indiens , connaissant par là qu'il leur commandait de se taire, cessèrent incojitinent de crier et firent un si grand silence, qu'il semblait qu'il n'y avait plus personne dans la ville.

» Les Espagnols et le vice^roi, qui étaient à une fenêtre pour voir cette exécution, en furent fort étonnés* et admirèrent l'obéissance que les Indiens rendaient à leur prince, même au dernier moment de sa vie. On lui coupa la tète aussitôt, ce qu'il souffrit avec une grandeur de courage surprenante; mais cette constance est ordinaire aux Incas et aux gentilshommes du pays, qui ne s'épouvantent jamais, quelque mal et quelque inhumanité qu'on leur fasse. »

Tel est le récit que nous transmet rbislorien contemporain; cette tragédie fut plus hideuse encore et plus criminelle que le procès scandaleux fait à l'infortuné Atahualpa. Les deux fils de Tupac-Amaru le suivirent de très-près, ainsi que nous le disions cidessus ; avec eux s'éteignit la descendance masculine de Manco-Capac , race étonnante, qui pendant plus de quatre siècles avait donné au Pérou une suite de souverains tous dignes du nom de père , et adorés de leurs sujets presque à l'égal de la Divinité. Pendant bien

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des giénérationsy le jour anniversaire de la mort d*Amani fut pour les indigènes un jour de deuil public; ils le célébraient par des chants funèbres et par

des représentations scénîques dans lesquelles les der-

niers moments du dernier Inca étaient pathétiquement reproduits et qui provoquaient toujours une explosion de larmes et de sanglots parmi les assistants. Ce crime non-seulement avait été infâme et inutile , il avait été impolitique. Les Péruviens ne l'oublièrent ni ne le pardonnèrent.

François de Tolède n'en retira aucun fruit; la plupart des Espagnols qui résidaient au Pérou, les membres du clergé en particulier, blâmèrent énergiquement la conduite du vice-roi, et celui-ci ne trouva pas les trésors qu'il croyait devoir être en la possession d'Amaru. Il s'était figuré aussi que Textirpatîon de la race inca serait considérée par Philippe II comme un service signalé rendu à la couronne d'Espagne et magnifiquement récompensé. Il se trompait : Philippe en fut indigné, et Iorsqu*à son retour du nouveau monde François se présenta devant lui , ce prince lui dit d'un ton glacial : « Je ne vous avais pas » envoyé au Pérou pour y tuer les rois , mais pour les » servir; vous pouvez vous retirer. )} Bientôt après, Tancien vice-roi , convaincu d*avoir détourné pendant son gouvernement des sommes très-considérables au préjudice de la couronne, se vit au moment d'être arrêté et mis en jugement. Accablé de honte, il en mourut.

Ses successeurs reprirent les errements des premiers

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