CHAPITRE ONZIÈME
ces Pères donnèrent successivement des missions dans rAmérique centrale et au Pérou après la chute de Tempire des Incas; ils firent beaucoup de fruit en tous lieux.
Témoins de la conduite désordonnée des conquérants, les missionnaires prirent en main la cause des Indiens avec une énergie qui leur attira souvent des persécutions. Ils défendirent en toute occasion ces peuples malheureux contre leurs vainqueurs qui s'efforçaient de les représenter comme constituant une race imparfaite , marquée par la nature du sceau de la servitude, incapable de se former à la vie sociale et de comprendre les vérités de la religion. Ils furent pour les indigènes des ministres de paix, cherchant à les soustraire à la verge de fer de leurs oppresseurs. Partout où il y avait des injustices à combattre, des actions coupables à stigmatiser, on les voyait sur la brèche, ne transigeant jamais avec le devoir.
En maintes occasions les religieux surent faire arriver la vérité au pied du trône et instruire l'Empereur de ce qui se passait dans le nouveau monde. Ce fut à leur prière que Charles-Quint chargea spécialement les membres du clergé de protéger les jndiens contre l'oppression ; à leur demande , il renouvela les ordonnances publiées précédemment en faveur des indigènes, mais qui étaient restées à l'état de lettre morte.
les jésuites, firent partir pour TAmérique de nombreux missionnaires, que leurs œuvres et leur dévouement ont rendus célèbres.
Usant des droits que leur reconnaissaient les instroctions royales, le^ missionnaires commandèrent miC habitants du pays de leur amener les enfants aftn qu'ils leur apprissent à lire et à écrire en espagnol, et qn'ils leur enseignassent la doctrine chrétienne. Ils avaient compris que pour fonder quelque chose de durable il importait de s*emparer dea jeunes générations. Bientôt ils établirent en diverses localités de véritables écoles. Les jeunes Indiens, comme pour donner un démenti à leurs détracteurs, y apprenaient avec une surprenante facilité les langues, la lecture, récriture, les arts et les sciences d'Europe.
Les indigènes qui se trouvaient en contact avec les missionnaires éprouvaient pour eux la plus haute vénération , leur témoignaient une confiance filiale et leur demandaient le baptême. Ces heureux résultats eussent été bien plus complets sans la conduite indigne des laïques espagnols; en particulier durant les années qui suivirent la conquête, en un temps où aucune autorité ne fonctionnait régulièrement en Amérique.
Deux actions se trouvaient alors en présence, Tune chrétienne, l'autre qu'on est tenté de qualifier d'infernale; le Pérou et l'Amérique centrale en ressentaient les effets , et une partie très-considérable de la population, exaspérée par de trop longues souffrances, haletante sous le joug, pleurant ses anciens souverains et son antique indépendance, échappait à l'action des religieux, confondait dan& son ardente haine ses tyrans et le christianisme qu'ils voulaient lui imposer,