CHAPITRE PREMIER
Après quatre mille ans d'attente, le Verbe s'incarne, et quand il a vaincu l'enfer et accompli la mission dont son Père l'avait chargé, il retourne au ciel et laisse son pouvoir à l'Église visible, fondée sur le roc etorgane par lequel il restera autorité vivante pour nous jusqu'à la consommation des siècles.
Les voies qui rétablissent les rapports de la créature avec Dieu, préparées avant l'avènement du Messie, sont ouvertes après son incarnation. Le péché, qui avait renversé Tordre primitif, est détruit en Jésus- Christ et par Jésus-Christ, et l'homme, fidèle à l'appel d'en haut et soutenu par une grâce toute spéciale^ peut monter aux plus sublimes hauteurs et reconquérir les privilèges qu'Adam avait possédés avant sa chute; cependant il peut encore, en résistant aux grâces ordinaires, rouler d'abtme en abime, tomber dans les dernières profondeurs du mal et se rendre semblable aux démons.
Car aucune contrainte n'est imposée à la liberté de la créature rachetée. Elle est maîtresse de se donner à Dieu ou de rester sous l'esclavage de Satan. Jésus- Christ, en la sauvant, lui a laissé la redoutable faculté de se révolter.
Les êtres privilégiés vénérés par l'Église catholique sous le nom de saints sont ceux en qui l'œuvre de la rédemption a produit ses fruits les plus abondants. Les trouvant toujours fidèles à correspondre, la grâce les rétablit en partie dans la supériorité exercée primitivement par l'âme sur le corps, et renoue pour eux, plus ou moins complètement, les rapports avec le
monde invisible, que notre premier père avait perdus par le péchét.
L'initiative du mouvement qui conduit les âmes à la sainteté vient de Dieu. Seul il fait choix de ses élus 9 et ce cfaoix est une grâce toute gratuite. Ayant reçu l'appel d'en haut» il faut que Vâme consenti 4 êvivre le viouvement ascenêionnel qui lui est imprimé et à rompre ses liens terrestres pour en contracter de nouveaux. Alors commence la vie du retour, dont le but est de rétablir T homme dans sa liberté primitive et véritable, en Taffranchiasant des liens dont le péché l'avait enlacé, en le rapprochant de ce dont il l'avait éloigné. Il s'agit, par conséquent, d'une con« version totale de l'être, du pénible traitement d'uncf maladie héréditaire invétérée.
Ce traitenient attaque d'abord la nature physique. Le corps, en quelque sorte plus grossier et plus matériel depuis la chute d'Adam , et sans cesse renforcé par les él^ents qu'il s'assimile, pèse de tout son poids su^ là créature que Dieu appelle à la sainteté. Pour le réduire à l'état d'instrument docile, l'âme doit le condamner au régime le plus sévère; elle lui retranchera autant que possible la nourritv^re^ qui entretient sa vigueur et son penchant à la révolte, le sommeil^ qui est une des manifestations les plus puissantes de la domination exercée par la matière sur l'esprit.
La nature inférieure étant soumise et brisée de la sorte, il importe que les dispositions, les penchants et les passions de l'homme soient disciplinés à leur