‹ Le Pérou et Sainte Rose de Lima:Chapitre 9 sur 244 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

transportent toujours les fardeaux les plus pesants. Elles se servent à cet effet de sortes de hottes, fixées au moyen de lanières qui portent sur le front. On a découvert plusieurs tombeaux très-anciens provenant de cette nation. Contrairement à l'usage observé par les autres peuples péruviens , les morts trouvés dans ces sépultures étaient étendus , couverts de vêtements en laine d'une finesse remarquable , et séparés par sexe et par âge.

Outre les quatre nations dont nous venons de parler, l'ancien Pérou comptait un assez grand nombre de peuplades, qui, retirées dans des lieux presque inaccessibles, paraissent être restées étrangères à la civilisation générale de l'empire des Incas. Les débris de ces peuplades existent et vivent aujourd'hui plus ou moins à l'état sauvage '. Nous nous bornerons à faire connaître celles que leurs mœurs, leurs usages et leurs caractères rendent particulièrement dignes d'attention, en continuant à nous attacher aux récits intéressants ^e M. d'Orbigny dans son Homme américain.

Le savant voyageur nomme d'abord les Yuracaris*j tribu qui compte encore environ deux mille individus dispersés, au milieu des bois, dans les derniers contreforts des Andes orientales *.

"* Celles que fait connaître M. d*Orbigny sont les suivantes : \e&Furacarès, les Mocéténès, les Tacanas, les Maropas, les Apo' listas , les Huacanahuas , les Suriguas, les belliqueux Machuis, les Ultume-Cuanas , les Chontaquiros,\es Chunchos, les Quixos et les Chaj/arUos,

^ Ce nom signifie homme blanc,

* Entre les 67" et 69* degrés de longitude occidentale et les 165 et 17« degrés de latitude sud.

Les Yuracarès sont presque blancs et ont le visage et le corps couverts de taches plus claires que le reste de la peau. Les naturalistes attribuent ce teint, qui se rapproche de celui des Européens, à Tombre et à l'humidité des forêts vierges dans lesquelles ce peuple vit constamment. Les Yuracarès sont très-grands, agiles et bien proportionnés; mais par les traits, par leur chevelure rude et noire et par Tabsence presque complète de barbe, ils rappelleqt beaucoup le type quichua; toutefois ils ont une expression vive et fière qu'on ne trouve jamais chez les descendants des anciens dominateurs du Pérou. Ils parlent une langue particulière ; ce langage, très-doux, diffère de celui des autres peuplades péruviennes : on n'y remarque ni désinences dures ni redoublements fréquents et accumulation de consonnes.

M. d'Orbigny fait un sombre portrait de ces sau* vages qu'il a eu l'occasion d'observer de près-. ff Leur caractère , dit-il , offre la monstrueuse réunion de tous les défauts que peut amener, chez l'homme ignorant et superstitieux, une éducation affranchie du frein des réprimandes et même des conseils. Les Yuracarès sont gais, ils ont de l'esprit, de la pénétration , de la finesse ; mais ils sont cruels , insolents , hardis, et ne redoutent rien. Endurcis aux souffranées physiques, ils se couvrent de blessures et martyrisent leurs femmes et leurs enfants, dans toutes les occasions que leur présentent leurs innombrables superstitions. Ils n'ont aucun attachement pour leurs

* L'Homme américain, t. I, p. 869 etfuiv.

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