CHAPITRE PREMIER
Mais alors aussi les rapports de Vtuymme inférieur et de Vhamme supérieur sont complètement changés. L'âme y détachée de ce qui est terrestre, commande en maîtresse absolue au corps, et celui-ci, entraîné lui-même vers des régions plus élevées , est soumis à des conditions d'existence toutes nouvelles ' et n'a plus besoin d'éléments aussi grossiers que dans la vie ordinaire.
De ce détachement de Fàme, de ce mouvement d'ascension du corps résultent certains phénomènes opposés aux lois physiques auxquelles est sujette la nature déchue et qui se manifestent souvent dans la vie et dans la mort des saints.
Les causes n'étant plus les mêmes, les effets également peuvent être différents.
De là peut-être cette odeur suave et balsamique qu'exhalent les corps de certains saints, surtout après leur mort. L'âme, quittant son enveloppe, lui laisse un signe du parfum de ses vertus.
De là encore la légèreté, la flexibilité et l'incorrup-i tibilité plus ou moins grande de plusieurs de ces corps. Dépouillés d'une partie de la matière par le régime sévère auquel ils ont été soumis , ceux-ci se retrouvent, sous certains rapports, dans des conditions analogues à celles dans lesquelles était Adam avant sa chute, et ils sont affranchis de la putréfaction, qui est une conséquence du péché.
* Cette question est admirablement traitée dans les célèbres dialogues de sainte Catherine de Gènes entre Fàme, le corps et Tamour-propre.
Le0 passions) les dispositions et les penchants soumis f ordonnés , détachés des objets extérieurs et des plaisirs sensuels, produisent ces merveilles de pureté et d'énergie , cette puissance d'aimer qui semble participer à l'infini de son objet, ces joies extraordinaires en Dieu , ce don précieux des larmes que l'on admire dans tant de glorieux ascètes.
Le sensorium sanctifié par l'esprit d'en haut ne s'at* tache plus aux phénomènes naturels ; des sens nouveaux, tout intérieurs, pénétrant la moelle et l'essence des choses, sont donnés à un grand nombre de sainte.
Pour ces ôtres privilégiés , le toucher distingue ce qui est sanctifié de ce qui ne l'est pas.
Le goût ne trouve de douceur qu'à la trèS'^inte Eucharistie.
La vertu et l'harmonie morale affectent agréablement l'odorat ; le vice, au contraire, est acoompagué d'émanations infectes.
L'ouïe intérieure acquiert une finesse extraor* dinaire»
La vue distingue les choses spirituelles à travers les formes corporelles qui les enveloppent. Ainsi beau^ coup de saints ont vu Notre^igneur sous le voile des ei^ces consacrées et les aages qui assistaient à la célébration du saint sacrifice* Il en est d'autres en présence desquels \e& saintes images s'animaient, et qui ont eu avec elles de fréquents et mystérieux entretiens \ Il en est encore qui, pénétrant l'enve-
^ La vie de sainte Bose îLom présentera de remai^uables
exemples de ce fait.
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loppe terrestre, liftaient tout ce qui se passdit dani^ rame et dans Teftprit deft personnes avec lesquelles ils M trouvaient en rapport.
Faisons observer en outre que ches certains mystiques ) le êëmoHi^ni considéré dans son ensemble, loin d*étre borné cottime cheis les hommes ordinaires, domine tantôt le temps, tantôt Tespace. Ainsi saint Pie y, étant au Vatican le 5 octobre 1571 , est témoin de la bataille de Lépante ; ainsi encore saint Domi- Dtque voit d'avance la guerre des Albigeois et la mort di Pierre d^ Aragon.
iijotttons encore que la (acuité de perception de ces grands mystiques se manifeste surtout par la force irrésistible qui les pousse vers la très -sainte Eucba«> ristie, vers les reliques et les objets sanctifiés , et qui, i-^lproquement , pousse ces objets vers eux. On a vu plusieurs fois, pendant la célébration de la messe, Tbosiie consacrée s'élancer d'elle-même dans la bouche des saints qui se trouvaient parmi TassisusMe% Celn est arrivé à sainte Catherine de Sienne , à sainte Thérèse et à d'autres encore.
La purification complète des facultés supérieures de rbomtne et la parfeite soumission des penchants naturels à l'âme impriment à Ventendement une direction toute nouvelle; dégagé du monde visible, il ne s't)OC«pe plus que de ce qui est relatif au ciel.
îl arrive alors que l'esprit divin pénètre Tesprit humain et lui donne une science merveilleuse. Les Iréoée, lea Chrysostoflâei les Ambroîae, lea Augustin > les Gré» goire, les grands docteurs, en un mot, connus bous le
i9t SAINTE ROSE DE LIMA.
nom de Pères de l'Église, nous présentent les exemples les plus éclatants de ce genre de savoir.
La purification mystique de l'imagination se manifeste principalement dans les productions de l'art et de l'éloquence , qui reflètent dès lors une inspiration supérieure. Aussi le christianisme reconnait-il une éloquence ' et un art saints , une éloquence et un art profanes.
Quant à la volonté humaine, enfin, sanctifiée par sa résistance constante aux tentations et aux jouissances physiques, devenue conforme à celle de Dieu , — ainsi que nous le disions ci-dessus, — elle n'a plus d'inclination que pour le bien. Cette tendance invariable devient pour elle le ressort de la plus haute vertu. Cette vertu prend différents noms, selon les sphères diverses dans lesquelles elle se déploie ' ; elle atteint parfois ce degré hérmque dont l'histoire des saints nous offre de si admirables exemples.
Les phénomènes divers dont nous venons de faire mention ont leur principe dans les facultés et les penchants innés de l'homme; mais la purification parfaite de la créature peut être accompagnée encore de certains dons merveilleux octroyés par la Divinité à ceux qu'elle choisit pour être les instruments de ses
* Est-il besoin de rappeler les prédications des saint François d'Assise, des saint Vincent Fprrier, des saint François Xavier qui se faisaient entendre aux âmes de leurs auditeurs plutôt qu'à leurs oreilles et convertissaient des populations entières?
' Nous n'entrons pas ici dans le détail des vertus théologales et cardinales, on en trouve les définitions dans tous les traités de théologie.