CHAPITRE PREMIER
De même que les corps physiques parfaitement pénétrés de lumière échappent à la vue, de même en certains cas de la vie mystique, Tesprit, embrasé par la flamme d'en haut, fait participer momentanément le corps à sa nature ens'emparant de lui. De semblables faits se présentent dans les histoires de saint François de Paule, de saint Vincent Ferrier, de saint Joseph Hermann de Steinfeld .
Le contraire a lieu lorsque de purs esprits se rendent visibles, c'est-à-dire dans les visions. Celles-ci sont une conséquence de Textase; elles se font dans Vima-gination, ou bien elles sont purement intellectuelles.
Dans les visions -du premier genre, l'extatique assiste à des scènes , voit les objets avec leurs formes extérieures et est parmi les acteurs du drame qui se déroule en sa présence. Un monde merveilleux l'entoure; il n'y a plus pour lui ni temps ni espace. Notre- Seigneur, la sainte Vierge, les saints et les anges lui apparaissent.
La vision intellectuelle, au contraire, réside dans les plus hautes facultés de l'esprit; celui-ci saisit les choses dans leur essence et en est saisi de la même manière ; l'action du sens intérieur et du sens extérieur y est absolument nulle , et souvent l'âme ravie finit par perdre entièrement le sentiment d'eHe-même dans l'intime contemplation de Dieu. Les admirables visions de sainte Thérèse, consignées dans l'histoire de sa vie écrite par elle-même, ont été purement intellectuelles*.
' L'Église prend toujours de très-minutieuses précautions
Passons à une autre manifestation de l'extase. Il arrive qu'elle s'empare des organes de la voix. Alors, le voyant prononce des mots que l'esprit humain n'a point pensés, et qu'on dirait parlés par un autre; il s'énonce avec une éloquence entraînante en diverses langues qu'il ignore dans son état habituel ', ou bien encore il fait entendre des chants d'une douceur infi^ nie sans que l'on remarque en lui aucun mouvement de la langue ou des lèvres ^.
L'extase produit souvent l'immobilité la plus complète; en d'autres occasions, elle est mobile et donne naissance à une série de phénomènes très- remarqua* blés, tels que les stations mystiques^ la marche, le ravissement , le vol extatique et les effets produits à distance.
Dans les stations mystiques, le voyant imite Jésus- Christ souffrant; il reproduit en tout ou en partie
lorsqu'il s'agit de constater des visions et les soumet à la critïqpt la plus sévère.
Car il peut y avoir des illasion& des sens, et il peut y en avoir de rimagination. Les visions peuvent aussi être produites par un état surexcité et maladif , ou par la malice de Tesprit des ténèbres ayant revêtu la forme d'un ange de lumière.
On ne saurait donc assez admirer la prudence avec laquelle rÉglise procède pour &ire un discernement exact et séparer le vrai du faux.
^ On en trouve de très-frappants exemples dans les Actes des apôtres, au jour de la Pentecôte, et dans les vies de Madeleine de Pazzi, de Jeanne de la Croix, de Marie d'Âgreda, etc.
'C'est ainsi que sainte Humilienne, Pierre le chartreux, Ghrîstina mirabilis, etc., chantaient pendant leurs extases.