‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 13 sur 47 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Population.

Nombre. Répartition inégale des habitants. Leur composition. L’indieu Péruvien : sa nature, sa vie, ses mœurs, sa danse des adieux et le Christ des tremblements de terre. Les Indiens sauvages. Le blanc. Le noir, sa nature et ses mœurs. Un bal de nègres. Les Chinois de la Costa. Fusion de ces diverses races et familles humaines.

La population actuelle du Pérou s^’élève à environ 3,500,000 âmes, dont 180,000 étrangers : ce qui donne à ce pays une moyenne de 1 habitant par 46 hectares environ ; tandis qiPen France, nous sommes 1 habitant par 1 hectare et un tiers.

En d^autres termes, chaque Péruvien a, pour vivre, un espace terrestre de 46 hectares, tandis qu^en France chacun de nous n^a quhm hectare et une fraction (1).

Ces chiffres comparatifs sont, à mon sens, une des meilleures preuves de l’utilité de Fémigration et des avantages que notre Europe peut trouver à la pratiquer. Plus un homme a d’espace terrestre, donc de facilités d’existence, plus il a de bien-être (2).

(1) Ce calcul est basé pour le Pérou sur 160,000,000 d’hectares et 3,500,000 haLtants ; pour la France sur 52,000,000 d’hectares et 40,000,000 d’habitants.

(2) Le nombre des habitants d’un pays ne saurait nullement être proportionné à sa superficie, puisque telle contrée est parfois cultivable en totalité, tandis que telle autre ne l’est qu’au tiers. Celle-ci est agricole, celle-là manufacturière, etc. Mais lorsque, comme dans l’espèce, le pays le plus vaste est en même temps le plus riche et le moins habité de beaucoup, il est évident que la répartition plus égale des habitants de ces deux pays est chose à souhaiter.

Si l’émigration, au lieu d’être restreinte à quelques individus privilégiés, était pratiquée en grand, d’une façon nationale et à l’aide de colonies, de sociétés, etc. ; la déserte Amérique se peuplerait et l’Europe, ça et là gorgée d’habitants, verrait s’ouvrir une issue régulière à ses pléthores. De plus.

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Cette inégale répartiton de notre espèce humaine sur la surface du sol est d’ailleurs plus sensible et surtout plus bizarre au Pérou même, qu^elle ne l’est généralement dans nos pays européens.

Tandis que la Costa, sur quelques-unes de ses parties, est aussi peuplée que TEurope, la Sierra et la Montana sont presque désertes. La Montana n’a peut-être pas une moyenne d’un habitant par 1,500 à 2,000 hectares. La partie située au bas des Andes, sur les limites du Brésil, est un des pays les plus déserts du globe. Je Tai sillonnée à plusieurs reprises. On y voyage parfois pendant des semaines consécutives sans apercevoir une seule demeure humaine : pas même des carbets de sauvages. Aussi la nomme-t-on indifféremment le désert, ou plus souvent encore le pays des moustiques: ce qu’elle est avant tout.

Or, comme on La vu plus haut, la Montana est cependant la partie la plus riche et la plus vaste du Pérou : celle qui par conséquent devrait être la plus peuplée. Cette singulière anomalie dans la répartition de la population péruvienne est même si saisissante làbas, qu’elle frappe les regards avant tout.

Un nord américain qui venait de parcourir le Pérou dans tous les sens et auquel je demandais ses impressions sur ce pays, me répondit avec cette précision pratique du Yankee :

« C'est la plus belle contrée que je connaisse : mais ce

nous trouverions clans ces contrées aujourd’hui si rapprochées de nous par la vapeur, de l{i matière première qui commence à nous manquer et des débouchés nouveau! pour nos magasins encombrés. Ce qu’il faut à l’Europe et surtout à la 3F rance, c’est un va et vient de vis, de sève, de richesses, ^ pour notre ruche d’abeilles, qui souffre, parce que depuis la perte de nos grandis colonies, elle n’a plus où. chercher son miel et verser ses essaims surabondants.

n^’est qu'un contre-sens. Sur la Costa, il y a du monde comme dans Ne\v-York,et point de terre: sur la Montana, de la terre, comme dans nosplaines, et pas d’habitants.»

L’ignorance et la routine ont maintenu jusqu’à ce jour cette inégale répartition, malgré ses inconvénients. C’est aux chefs de ce pays à y porter remède, car les demi-famines et surtout les révolutions, qui fatiguent le Pérou à si fréquents intervalles, sont en partie causées par cette situation. Le gouvernement actuel s’occupe de cela en ce moment même, avec une rare énergie et un système d'ensemble destiné, je crois, à amener de puissants résultats. Nous ne pouvons, présentement, que lui envoyer, par-dessus l’Océan, nos souhaits de réussite : ce que je fais par ces lignes.

De même que tous les autres peuples de l’Amérique du Sud, la nation péruvienne se compose d’éléments divers, très-dissemblables d’instincts, donc d’intérêts et de tendances. C’est encore une des causes du peu de cohésion de ces populations et des troubles partiels qui les agitent.

Au lieu d'être formée d'une seule race homogène, comme nous sommes en Europe, de par le temps et les origines même, cette population contient à la fois par masses, les trois grandes races humaines, qui se partagent notre planète : le rouge, le blanc et le noir. Toutes trois se trouvent là avec les nombreux mélanges qu’elles forment, en quantités inégales, mais suffisantes pour que chacune d’elles influe puissamment sur la race future de ces contrées. Ainsi, presque partout au Pérou, on trouve encore par groupes distincts :

L'Indien ou l’homme rouge, composant la race originelle dans laquelle se fondent les deux autres, tout en la modiflant : comme jadis, sur nos Gaules, les deux

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familles romaine puis franque se sont fondues dans notre race gauloise autochthone, tout en modifiant profondément sa nature.

Le blanc, autrement dit, nous Européens : le créole Espagnol, celui qui, comme les Romainâ chez nous, est venu en conquérant civilisateur, avec sa religion, ses lois, ses mœurs, toute sa nature supérieure : et, de par cette supériorité, s’est établi le maître du pays.

Le nègre, l’africain, amené par le blanc : peu nombreux, mais si tranché de couleur et d’essence que meme après plusieurs générations, on reconnaît distinctement sa présence dans chaque famille à laquelle il s’est mêlé.

Enfin, entre ces trois races, ou plutôt faisant partie de la race rouge qu’ils viennent comme ravitailler, arrivent actuellement, les Chinois. Débarqués depuis peu à la suite du reflux californien et des relations américaines de plus en plus fréquentes avec la Chine, ils ne sont encore que sur la côte et peu nombreux, comparativement aux blancs. Mais la puissance numérique de la race dont ils sortent, sa consanguinité évidente avec les indigènes et ses affinités naturelles avec le pays, font prévoir des immigrations puissantes de leur part. On estime que depuis quelques années, il en arrive en moyenne 8 à 10,000 par an. C’est sur la Chine que le Gouvernement Péruvien devra surtout, à mon sens, diriger ses efforts, pour peupler les parties désertes de la République.

Ces diverses races sont encore assez distinctes entr’ elles pour qu’on les puisse étudier séparément et ainsi vais-je faire en quelques pages ; afin- de montrer les divers éléments humains qui constituent le Pérou actuel.

La base de la nation est Tlndien : en ce sens, qu^il

entre généralement dans le Péruvien plus de sang Indien qu’Européen. On le trouve encore là, dans beaucoup d’endroits, pur ou presque pur, sans alliage perceptible avec nous ou les nègres. De même que dans les deux Amériques, depuis le Canada jusqu'à la Patagonie, il peut être rangé en deux catégories, savoir : PJndien dégénéré et l’Indien sauvage, qui diffèrent essentiellement entr’eux, bien que tous deux appartiennent à la même race humaine (1).

L^’Indien dégénéré ne se rencontre guère que dans les contrées occupées par les blancs, telles la Costa et la Sierra, où il mène une existence à part, sédentaire et cependant analogue à celles des Bohémiens de chez nous : à ce point de vue que son type et ses mœurs dissemblent de plus en plus de ceux du reste de la nation.

Le nombre d'individus appartenant à cette race ne s'élève pas à six cent mille. Si on voulait même ne compter dans ce recensement que les indigènes tout-à-fait purs , on n’en trouverait peut- être pas deux cent mille (2).

C’est tout ce qui reste des cinq millions qu’ils étaient

(1) Je ne parle eu ce chapitre que des Indiens purs. L’étude des métis qui composent la masse de la nation péruvienne trouvera sa place plus tard.

(2) Cette évaluation est très- arbitraire et ne peut pas ne point l’être.

Au Pérou, comme dans toutes les Républiques espagnoles, nul ne saurait dire où commencent l’indien et même le nègre sur les limites du blanc. C’est comme si, chez nous, aujourd bui, on voulait dénombrer exactement la noblesse, la bourgeoisie et le peuple. Où commence et unit chacune de ces classes ?

De plus, la masse des indigènes et des nègres s’étant déjà fondue dans le conquérant, soit par alliances, soit par habitudes prises, il faut regarder de près chaque Péruvien pour reconnaître son essence et le regarder avec d’autant plus de soin, que la plupart renient leur portion d’origine rouge ou noire surtout. Le blanc est le gouvernant, l’être de race supérieure : tous veulent être blancs, tous se disent l’être et à l’occasion même VoUs montrent leurs parchemins : comme dans nos contrées tant de gens se costument de noblesse.

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avant la conquête, en 1500. Le reste est mort, comme nous Lavons vu dans les pages précédentes, sous les maux divers par lesquels il plaît au Créateur de faire finir une race, ou s’est fondu dans le conquérant Espagnol, ainsi que nous le verrons au courant de ce livre.

Sauf quelques différences originelles ou locales, le type physique et moral des Indiens du Pérou est à peu près identique d’un bout à Tautre de ce pays, et même des deux Amériques.

De taille moyenne, bien proportionnés, rougeâtresnoirâtres, demi- cuivrés, ils ont généralement la face large, les traits forts, l’œil vif et parfois voyant clair, mais furtif : l’œil de l’homme qui a peur qu’on ne s’aperçoive qu’il regarde. Tous ont les yeux et les cheveux noirs^ la démarche souple, agile et souvent rapide. A peine ils semblent toucher le sol quand ils courent. Beaucoup portent un signe particulier à leur ancienne catégorie du temps des Incas ; ainsi^ les oreilles percées, les cheveux nattés, une agrafe en forme de cuiller sur la poitrine, une marque distinctive quelconque, dont ils ne se rappellent plus l’origine, mais qu^^ils continuent de porter religieusement. A part cela, presque tous sont vêtus de haillons, sales et négligés de toutes manières, comme sont les hommes et les races qui s’abandonnent avant de mourir !

Au moral, la plupart sont bons et doux, trop doux même dans leur intérêt, généreux, obligeants et naïfs. Rarement ils se battent et presque jamais leurs querelles n^entraînent morts d’hommes. Ils se rudoient parfois quand ils sont gris, mais beaucoup moins que les ivrognes de chez nous ; et, à Létat normal ils ont entr’eux des tendresses infinies.

Ainsi, quand un Indien péruvien part pour un voyage.

sa famille et ses amis, la bourgade entière souvent, vont le conduire jusqu^au dehors de la ville, et là, lui font une sorte d’ovation suprême, pleine des affections les plus touchantes. C’est une coutume quhls ont conservée du temps des Espagnols, où le départ pour les mines entraînait presque toujours la mort. Chaque village a son arbre des adieux qui sert de limite à ces conduites, et il y a une danse tout exprès, nommée cacharyarihuai ou la danse des regrets, exclusivement consacrée à ces occasions. Comme toutes les réunions indo-péruviennes, cela se termine le plus souvent par une ivresse générale qui dure tant qu’il y a de quoi boire. Mais l’affection, celle première loi de l’homme en société, n’en est pas moins au fond de cette coutume.

Ils sont nés intelligents, sagaces, adroits, imitateurs par excellence quand ils veulent ou peuvent Têtre encore. Leurs ivrogneries, leurs longues souffrances et surtout les nécessités de dissimulation que leur a inspiré Eesclavage, les ont rendus taciturnes, déliants, dissimulés et menteurs. Mais quand ils sont certains de n^être ni battus, ni spoliés, ils se montrent, au contraire, accueillants, ouverts, joyeux comme des oiseaux en liberté. On leur reproche beaucoup d’être voleurs, et on a raison. Toutefois, ils sont chipeurs plutôt que voleurs, car ils forcent rarement un meuble ou une maison, et presque jamais ne vont jusqu’à Tassassinat. Enfin, bien que craintifs vis-à-vis des blancs, n’agissant guère que sous le coup de la menace et ne résistant à rien, ils sont cependant assez braves entr’eux et très-braves vis-à-vis de certains dangers naturels qui nous trouvent hésitants.

Leurs grands défauts sont la paresse, la saleté et Eivrognerie. Ce dernier vice surtout dépasse tout ce que

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nous voyons sur notre hémisphère. Chacun d’eux boit tant qu’il peut, toujours : et ce qu'il peut est presque incroyable en fait de capacité . Deux, trois, quatre litres de tafia disparaissent parfois dans un gosier indien en une seule journée. L'ivresse chez eux, hommes et femmes, est pour ainsi dire une seconde nature tant ils y cèdent facilement. Tout ce qu’ils gagnent passe en boissons fermentées : chicha de maïs, d’orge ou de bananes, eau-de-vie, tafia, peu leur importe pourvu qu'ils boivent quelque chose de fort et d'enivrant.

En résumé, c'est ou plutôt c’était une race qui, lorsqu’elle n’est pas abrutie par la souffrance, m'a paru de beaucoup supérieure à la race nègre, et, quoique inférieure à la nôtre en général, nous valant, voire même nous dépassant à plusieurs points de vue.

Je sais qu’en parlant ainsi, je heurte beaucoup de vanités et d’assertions contraires. Dans ces derniers temps surtout, on a le plus souvent fait de l'Indien un être lâche, vindicatif, méchant, presqu’immonde, et quelquefois même plus bas placé dans l’échelle humaine que le nègre esclave. Mais, à mon sens, cela est faux ou très-exagéré, comme tout ce qui a une origine intéressée.

En effet, la plupart des détracteurs des Indiens sont des blancs. Or, l’Indien là-bas est leur serviteur, serviteur par force le plus souvent, donc à contre-cœur et servant mal, j’en conviens. Inde ira. Mais, s’il pouvait répondre, que n’aurait-il pas à dire sur les façons dont on l’exploite et dont on le traite surtout? Or, en vertu de quel droit, s'il vous plaît? je voudrais bien savoir ce que nous dirions si nous avions à supporter seulement le dixième de ce qu'il subit sans colère et sans haine cependant, sans autre vengeance qu’une si-

LE rÉnou

lencieiise inertie? Mais ce n’est i>as seulement pour notre hémisphère que le grand voyant du dernier siècle. Beaumarchais, a écrit :

« Aux qualités qu’on réclame dans un domestique, combien de maîtres pourraient-ils être valets? »

De plus, quelques écrivains ont lait, de tous les Indiens sans distinction, des mendiants serviles, corrompus et souvent hideux au physique comme au moral. .Mais il n’y a là encore, selon moi, qu’une exagération, suite d’une méprise de voyageurs hâtés. La plupart de ces écrivains n’ont guères que traversé le pays, sans le touiller : et, en conséquence, n’ont eu sous les yeux comme échantillons de la race que les quelques lazzaroni des villes qui leur ont servi de guides ou de domestiques, qu’ils ont étudiés à la hâte, et, sur lesquels ils ont décrit tous les Indiens du Nouveau-Monde. Or, juger une race humaine sur ces échantillons de rencontre : c’est comme si on jugeait l’Italie et la France sur les mendiants de Naples ou les voyous de Paris. Ce sont des Indiens, il est vrai, donc des échantillons de la race : mais le haillon de l’étoffe. Juger l’étoffe sur ce haillon, sans tenir compte de son état exceptionnel, c’est commettre la plus flagrante des erreurs et des injustices.

Je me bornerai à ajouter que, pendant près de trois années, un de mes frères et moi nous avons eu avec nous des Indiens porteurs, rameurs, etc., jusqu’à vingtcinq à la fois : que par natures et habitudes prises, nous les avons toujours traités de notre mieux, presque comme nous-mêmes, sans menacer ni sévir qu’aux dernières extrémités : et que, sur toutes choses, nous nous sommes attachés à être envers eux d’une équité parfaite.

POFULATIOX

Or, si leur rac<3 était mauvaise comme on le dit, tous nos soins à leur égard eussent été lettres»mortes: en ce sens que nous eussions été abandonnés, pillés, assassinés même par eux à l'occasion. Cependant,, bien loin delà, un seul équipage, sur quarante peut-être que nous avons eus, nous a abandonnés en route ; nous n’avons jamais perdu que des objets insignifiants; et, pour certains services, tels que chasses, pêches, courses, com-' missions, etc., je. n’ai nulle part rencontré serviteurs préférables.

Tous, sans exception, sont catholiques et même catholiques très-croyants, bien qu’ils le soient à la manière des païens d’avant Notre-Seigneur.

Ainsi, ils ont, çà et là, confiance dans une statue ou une image de Jésus-Christ ou de la Vierge ou d'un saint quelconque, généralement le patron de la ville ou du village de leur résidence. Cette foi va jusqu’à la passion : à ce point que, comme à Naples le jour de saint Janvier, il ne faudrait pas avoir l’air de douter d’une façon quelconque, sous peine de passer pour un hérétique, vn chien sans baptême, comme ils disent, c’està-dire le dernier individu de l’espèce humaine. Ils regardent avec un dédain commisératif l'image ou la statue de la ville voisine, quelle qu'elle soit, n'importe, du même saint ou de Notre-Seigneur. Ils l'envient s'ils la croient plus puissante que la leur. Mais ils n’en aiment et n'adorent qu’une seule : celle de leur coin natal.

Ne les méprisez pas, qui que vous soyez, vous qui lisez ces lignes? Si vous sondiez votre être avec soin, au fond, plus ou moins au fond selon votre degré de lumières, vous y trouveriez au moins le germe de ce sentiment : Dieu protège la France !

Ainsi, pour citer un exemple de leur nature religieu-

LE PKUOl'

se, les Indiens de Giizco ont une conüance fanatique dans le Christ des tremblements de terre. Il est représenté par une statue de bois ornée de longs cheveux dénoués et d’une jaquette blanche à la grecque. Si on changeait cette statue, ou seulement une partie de son costume, il y aurait émeute à Cuzco. C’est le palladium de la ville, et les jours où on le promène, le pays est en fête comme si les Incas y revenaient.

A l’heure dite, on va chercher l’image à l’église. Une procession s’organise promptement, escortée d’une foule immense qui suit avec amour, en interpellant la statue des noms les plus tendres, en lui envoyant des baisers, en gambadant autour d’elle avec des hurlements et des cris joyeux. Mais, à la fin de cette promenade plus ou moins longue, selon le jour, au moment où l’image est près de rentrer dans l’église, et, par suite, d’abandonner ses fidèles, la scène change brusquement. On lui demande de rester dehors, de ne rentrer que ce soir, demain, jamais : puis, pour obtenir cela d’elle, on multiplie les efforts à l’indienne. Injures de toute sorte, malédictions, désespoirs, larmes, rixes manuelles même; tout est essayé. La procession est souvent contrainte à se défendre par la force, tant la foule adorante s’acharne pour empêcher l’impassible crucifié de rentrer dans l’église.

Par contre, une fois l’image disparue, l’ivresse morale cesse comme par magie et l’ivresse physique commence. Elle dure tant qu’elle peut, ce qui n’est pas long en général, parce que, dès avant la nuit, il ne reste plus de case indienne dont les habitants ne soient tous couchés dans leur raison noyée. Vous diriez les antichambres de la Belle au bois dormant, où tout s’étale et s’endort, comme ces dix mille bienheureux que

rOPüLATION

Goethe nous montre se vautrant dans un prél

A les voir et à les entendre, on les prendrait pour des idolâtres accomplissant une cérémonie de l^ancien culte du soleil, suivie d'aune saturnale romaine ; jamais pour des chrétiens fêtant Pâques ou la Trinité.

Quant aux pratiques de notre religion, tous reçoivent les sacrements du baptême et même du mariage, vont régulièrement aux processions, honorent, payent et servent leur curé; enfin et surtout observent trèsexactement le repos pendant les jours de fête. Mais demaudez-leur ce que prescrivent les commandements de Dieu, aucun d'eux n’en sait le premier mot : et si, par aventure, il en pratique quoi que ce soit, croyez bien qu'il ne le doit pas à son instruction.

Superstitieux comme tous les malheureux, ils ont une foule de crédulités plus bizarres les unes que les autres, auxquelles ils restent fidèles avec une constance touchante d’ailleurs, parce qu’elle procède avant tout du respect des ancêtres. Chose singulière, ils laissent^ sans souci, leurs vieux parents végéter misérables jusqu’à mourir dans le coin où les retient leur âge ; mais tout ce que ces mêmes parents et les pères de leurs pères ont aimé ou adoré, ils l’aiment ou l’adorent sans hésiter et avec un culte qui grandit par le temps au lieu de décroître.

Ainsi, pour rien au monde, ils ne veulent approcher de certain monument, ou de tel fleuve : toucher à tel animal : passer à certaine place sans saluer ou surtout sans y jeter une pierre. Il y a des points de leurs roules, qui, à raison de cette coutume, forment de véritables amoncellements de cailloux. Et cela, parce qu'un de leurs aïeux est tombé à cet endroit, il y a parfois deux ou trois siècles et plus : parce que tel animal a tué leur

père, ou qu"un Iiica est mort à cette place : dit la tradition, qui souvent n'^est qu’une fable.

Sur à peu près toutes choses, ils ont des crédulités étranges, presqu’insanes pour nous, mais souvent douées d\me poésie naïve pleine de charmes. Ainsi, d’après eux, tout dans la nature vit, pense et parle, bien plus que nous. La montagne, le fleuve, les pierres, les fleurs ont une existence que Dieu nous donnera quelque jour, à nous aussi. Et, dans cette vie future, leur rêve surhumain, tout est si doux, si tendre, si chastement amoureux qu’on dirait un long baiser : Tamour infini, sans mesure et sans lendemain,

Du pur séjour ou l’esprit seul s’envole.

Où les anges amoureux se parlent sans parole, Comme les yeux aux yeux.

Lamartine.'

Ah, si leur croyance était fondée! Si la montagne ou la fleur vivaient cette rêverie divine qu’on nomme l’amour, comme j’en sais un du moins parmi les hommes qui changerait d’existence avec elles.

Ils sont très-soumis à leurs gouvernants, et, malgré les incarcérations et les coups souvent injustes qu’ils on reçoivent, il est rare qu’un Indien se révolte autrement qu’en quittant la bourgade où il a été maltraité. Leur nature douce, indolente et fatiguée ne sait résister arien, pas même à l’iniquité flagrante, qui cependant leur est très-pénible. Aussi, la meilleure manière d’obtenir d’eux quoi que ce soit est-elle d’être à leur égard d’une justice parfaite.

Sous la domination espagnole, ils formaient une caste à part, esclave par naissance, comme les ilotes de Sparte. La révolution les a affranchis et c’est même, à

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mon sens, son principal titre de gloire, bien qu'il se trouve un auteur contemporain, un Français, je le dis avec regrets, qui blâme cette mesure ! parce que depuis elle, dit-il, les voyageurs n’ont plus autant de porteurs à leur- disposition ! En vérité, Fégoïsme est un singulier prisme !

Malgré cet affranchissement, les Indiens étaient restés astreints à une taxe et à certaines redevances locales en dehors de celles des autres citoyens. Avec une haute raison humanitaire et politique, qu’on ne saurait trop louer, le maréchal Castilla, Fun des plus illustres présidents du Pérou, leur a restitué le droit commun. U résulte de là que ceux d’entr’eux qui sont sans énergie travaillent et louent leurs services encore moins que par le passé ; ce dont se plaignent beaucoup leurs maîtres et le jeune voyageur du précédent alinéa, dont les doléances ingénues sont même sous ce rapport véritablement drolatiques. Mais il en résulte aussi, que tous ceux qui ont conservé quelque virilité, et c’est la masse, montent peu à peu parmi les blancs et augmentent d'autant la nation. Or là, est le grand point.

Par infériorité de race, mais surtout par ivrognerie paresseuse, leur vie à tous, presque sans exception, s'écoule dans une misère matérielle presqu’indicible.

Ainsi, en fait de vêtements, ils n’ont en général que celui qu’ils portent ou plutôt qu’ils portaient, car ce ne sont le plus souvent que des lambeaux. Les mendiants napolitains sont mieux mis qu'eux. J’ai vu des Indiens se considérer comme vêtus, sous prétexte qu’une moitié seule du haut de leurs jambes portait un reste dé • pantalon, retenu à son ancienne place par une ficelleceinture. Leur maison, quand ils en ont une, se compose

d'une hutte en terre, ou en pierres, ou en branchages, selon le pays : car partout l’homme conforme sa demeure aux matériaux qu’il a sous la main. Beaucoup vivent sur les voies publiques des villes, où couchés ça et là, dans les tambos ou caravansérails communs, dans les églises, et surtout dans la demeure de leur patron du moment. La plupart sont commes les béats d'orient dont parle Musset :

N’ayant ni sou ni poche et ne pensant à rien ;

Si ce n'est à ne travailler que juste ce qui leur en faut pour boire et se rendormir I

Leurs métiers ordinaires consistent à cultiverautour d'eux les quelques animaux et végétaux indispensables à leur nourriture quotidienne. Ainsi du maïs dont ils fabriquent une pâtée remplaçant le pain et surtout une boisson fermentée nommée chicha qu'ils adorent : quel ques légumes, principalement des pommes de terre, que dans la Sierra ils font geler pour les durcir et les conserver : des cannes à sucre, pour en tirer de la mélasse et du tafia : cinq ou six cotonniers ou bombonaza, pour tisser leur jupe ou leur chapeau, etc., etc.

Ils élèvent surtout des animaux, parce que cela leur coûte moins de peine que la culture : ainsi quelques poules et oiseaux divers pour en avoir les œufs : une chèvre qui leur donne du lait pendant sa vie, de la graisse après sa mort : des pullulants cochons-dindes, pour en manger les petits ou les pères à l’occasion : un mouton ou deux un llama, une vicogne, c’est-à-dire de la laine : des porcs surtout qui leur représentent à la fois du cuir, de la chair et de la graisse : enfin un cheval, un mulet ou un âne, rôdant en liberté autour de leur carbet.

Avec cela ils vivent. Mais végétaux et animaux, les

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uns et les autres ne sont jamais élevés par l’Indien que le moins qu’il peut, sans soin ni amour, au plutôt fait, comme une besogne fastidieuse.

En dehors de ces nécessités d^existence, chacun d’eux, désirant de temps à autres un bijou pour sa femme, une flûte pour lui-même, un coup de tafia pour tous les deux, se loue moitié de gré moitié de force, à porter les bagages des voyageurs, guider les mules, faire les courriers, ramer, garderie bétail, servir, etc. A peu près comme font les lazzarones-facchini de ntalie, avec la même indifférence pour le maître et le travail du moment, le même phlegme apathique ou empressé selon leur degré de besoin — et cela par les mêmes raisons climatériques.

Tomar chicha, mangiare macaroni : tel est le rêve unique. Tunique nécessité, le fond de la langue, le fond de la vie de Tun comme de Tautre.

Leur idonéité principale consiste à porter des fardeaux, ce qu’ils font très-habilement, malgré leurs chemins impossibles, et en parcourant des distances quotidiennes de 20, 30 et même 40 kilomètres. Leur charge moyenne est de 30 à 37 kilos. A vide, ils font des courses presqu’extraordinaires de vitesse et de durée : ainsi, jusqu’à cent kilomètres par jour, pendant plusieurs jours de suite, et cela sans paraître fatigués, s’ils n’ont pas une raison pour affecter de Têtre. Ils suivent votre mule ou votre cheval au trot, durant des heures consécutives, en souffiant dans leur flûte de pan ou en criant : et, le soir, au bivac, ils sont moins pressés de se reposer que ne le sont votre cheval et vous-même.

Chemin faisant, ils peuvent se contenter pendant tout un jour de quelques boulettes de coca . Ils sont parfois extraordinaires sobriété. Quatre ou cinq cigarettes.

OU ([e\\xaciiUicos, avec quelquesbananes grillées le soir : voilà tout ce qu"il leur tant par jour pendant dix journées de suite au besoin : s'ils le veulent, si vous leur plaisez, s’ils ont confiance en vous. Par contre, si on leur donne ou s’ils trouvent une prébende à discrétion, ils mangent à ne s’arrêter plus : comme font nos Arabes du Sahara, avec lesquels ils ont beaucoup de similitudes. On dirait les mêmes nerfs, flanqués des mêmes estomacs de caoutchouc, au service de la même philosophie misérable et sensuelle. Seulement si les uns ne sont jamais ivrognes, les autres sont rarement féroces. J'aime mieux les Indiens.

Presque tous entendent et parlent l'espagnol. Mais leur langiie entr’eux est le Quichua auquel chacun d'eux, selon le pays qu'il habite, mêle certains mots et idiomes particuliers. Quand on le leur parle, ou qu’on tente de l’apprendre, ils raillent volontiers les essais malencontreux qu’on fait, en vous disant par exemple :

t Gomme tu es brute, patron? Tu ne sais même pas dire : mana tiancho : je n’en ai pas. On a donc de tout dans ton pays, que tu ne sais pas répondre cela! Alors pourquoi viéns-tu dans le nôtre? »

Il est bon d’ajouter que mana ti ancho, je n’en ai pas, est le fond de la langue et de la défense des Indiens, pour refuser tout ce qu’ils ne veulent pas donner. Je me suis vu, sur nos routes, entrer successivement dans vingt carbets d’indiens, et, pour or, promesses, menacés, en vue d'avoir une provision quelconque, n’obtenir invariablement que ces trois mots sacramentels.

En dèhors de la boisson, qui, peut-être, à l’origine du m'oins; à été pour plusieurs d'entre eux, ce qu'est l’absinthe pour bien des buveürs, une manière d'ou-

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blier, leurs plaisirs se bornent à peu de chose. Ge sont des chasses ou des pêches, tant qu’ils peuvent : des spectacles forains ayant nombre d’analogies avec les nôtres : des réunions dansantes et musicales dont les allures ou les sons monotones indiquent la mélancolie de leur nature : et, pardessus tout leurs incessantes ivresses, soit privées, soit en commun.

Leur danse la plus usitée consiste en une ronde uniforme, lente et presqu’automatique, qu^ils ne mouvementent que dans les fêtes d’adieux. Alors seulement ils lèvent et baissent incessamment la tête, en la tournant de côté à mesure qu’ils tournent. Une autre de leurs danses s^’exécute aussi deux à deux, face à face, sur place et sans s’agiter qu’à la fin de chaque figure. Enfin ceux qui aspirent au rang de blancs imitent avec assez de grâce les danses créoles : mais il n’y a qu’eux. Jamais l’Indien pur ne prend quoi que ce soit des mœurs du conquérant : ce serait à ses yeux commettre une sorte de sacrilège dont il s’abstient religieusement.

En fait de musique, soit pour se distraire, soit pour danser^ ils emploient la guitare ordinaire : la mandore (bandurria), sorte de guitare dont les cordes sont en fils de laiton, qu’on touche avec une plume: et une flûte en roseau, à six trous, cinq sur la longueur et une sur le côté, qu’on nomme la quena. Presqu’invariablemènt leur musique est douce, mélancolique, plaintive même. La quena surtout a des sons d’une tristesse sinistre, qui dans une de leurs manières d’en jouer; consistant à souffler au fond d’une cruche, aurait pu servir d’àccompagnement aux pleureuses dé l’ancien terbps. Ort ne trouverait peut-être pas dans tout l’arsenal des concerts 'humains un bruit à la fois plus lugubre et plus sonore. C’est à faire accourir dès cochers de corbillard,’ à rani-

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merdes squelettes, pour se trémousser sous cette mélodie de la mort !

Sur cette musique ou même en dehors d’elle, ils chantent parfois des espèces de stances à refrains, sur lesquelles je reviendrai à propos des sciences et arts. Mais leur véritable poésie, celle qui touche quiconque les étudie avec un peu de soin, est la mélancolique affection qu’ils gardent aux souvenirs de leur race. Chacun d’eux, si abruti qiCil est par la misère ou la boisson, conserve en son cœur et manifeste en toutes occasions le plus pieux des resi)ects pour le passé de ses aïeux. Ainsi jamais ils u’approchent d’un monument des Incas, sans se découvrir ou traduire leur respect par quelque signe extérieur. Cuzco, leur ancienne capitale, est encore pour eux la ville sainte et dès qu’ils l’aperçoivent à l’horizon, ils rejettent la chique de coca qu’ils ont à la bouche, comme s’ils ne devaient plus faire autre chose qu’admirer. Tout ce qui leur reste de pensées et d’amours intimes est pour ce passé perdu ! Ainsi au déclin des ans, le reste du cœur est pour les êtres aimés pendant les jeunes jours! Le souvenir! cela vaut peut-être mieux que la réalité même. En tout cas, c’est la consolation d’ici-bas : car c’est encore une espérance, celle de se retrouver ailleurs.

Tel apparait l’indien du Pérou, quand on l’étudie avec attention, au lieu de le regarder en passant. C’est d’ailleurs une race s’éteignant de toutes les manières et avec une rapidité qui montre mieux que tout le néant éphémère de l’homme en ce monde.

Il y a trois siècles et demi, pas plus, à quinze cents lieues de notre continent, vivait, civilisée à sa manière^ une race humaine comptant plusieurs dizaines de millions d’êtres. Une autre race plus forte et plus avancée

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de civilisation^ la nôtre., débarque à l’aventure sur cette terre lointaine alors.

Et voici qu’aujourd’hui, l’une de ces deux famillestVères, exploitée à outrance, traquée, détruite par les nouveaux arrivants, nous, ne forme plus ni une nation, ni même une catégorie d’êtres distincts f Ceux d’entre elle qui ont encore quelque virilité s’absorbent dans nos rangs et s’efforcent de s’y confondre. Les autres se meurent. Ce n’est plus qu’un débris respirant encore, mais déjà si enfoui dans'les herbes montantes, qu’avant trente ans, la fin du siècle, on ne trouvera plus ses traces que sous le sol qui l’a portée !

Or, ces disparitions de races s’accomplissent toujours et partout, autrefois et aujourd’hui, chez eux comme chez nous, exactement de la même façon et avec les mêmes phases, sans qu’il y ait d’autres différences que dans nos esprits! Nos Bohémiens, dont on a tant et si vainement recherché l’origine perdue, ne sont peutêtre pas autre chose que des indigènes d’avant nos pères : les autochtones de l’Europe encore déserte : les premiers asiatiques-européens. Ces étranges anomalies, qui passent au milieu de nous, errantes, rebelles, dédaignées, gitanes enfin pour tout dire, sont probablement nos premiers aïeux I

Naître, passer et mourir : voilà la vie de tout ici-bas. Les uns meurent d’un seul coup, comme Carthage, et il ne reste rien d’eux. Les autres s’en vont peu à peu en débris sans force, qui s’éparpillent et disparaissent : comme la Pologne ou les Indiens. Leur seule ressource est de passer parmi les vainqueurs, chose pire que la mort. Mais que voulez-vous qu’on fasse, quand on est 'le plus faible? Il faut épouser son meurtrier ou mourir! Pauvres Peaux-Rouges, pauvre Pologne !

Les Indiens sauvages qui forment la seconde catégorie d’indigènes américains habitent la Montana et surtout le désert proprement dit, c’est-à-dire une autre contrée que celle dont ce livre traite.

Ils vivent réunis par petites tribus, menant une existence plus misérable encore que celle de leurs congénères, les indiens dégénérés. A tous égards, c’est Ranimai sauvage comparé à l’animal domestique : c'est-àdire plus malheureux en apparence, sans soins, sans règle et sans lois : mais ayant du moins une vie propre, et non la vie d’autrui. S’il me fallait choisir entre ces deux misères, ce n'est point, à coup sûr, parmi lespremiersque j’irais planter mon carbet.

Maigres mais nerveux et robustes même parfois, toujours libres et farouches, souvent féroces, ils repoussent toute civilisation. La plupart sont en luttes incessantes, soit entr'eux, soit avec leurs voisins. Chacun d'eux vit plus ou moins mal de chasse et de pêche, au fond des bois ou sur les plages, sous nn carbet d’aventure, où il ne séjourne que le temps d’exploiter les animaux du pays qui l'entoure. C’est le sauvage dans toute l’acception du mot.

Le volume intitulé le pays indien sera consacré en grande partie à la description de leurs mœurs farouches. Je me borne donc dans le présent travail au portrait des peaux-rouges dégénérés que je viens de tracer.

A côté des Indiens, au-dessus d’eux et les gouvernant par droit de nature supérieure non moins que de conquête, sont les blancs, les Espagnols. Beaucoup se vantent d'une pureté de sang absolue, maintenue intacte à travers les âges. Mais, pour une prétention fondée, il en est cent d’au moins contestables. Si, par

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hasard de situation, quelques familles sont restées pures de tout mélange avec les indigènes, elles se sont si bien modifiées par le climat et les mœurs qui les entourent, qu’elles ne font même pas tache grise sur la teinte universellement rougeâtre de la nation.

En réalité, le métis, autrement dit le blanc mélangé d^indien, forme la base de la population de toutes les républiques espagnoles, comme le mulâtre forme la base de la population du Brésil. G^est le canevas sur lequel s^agglomèrent toutes les autres races. Indiens, Nègres, Chinois, Européens de nations diverses. Presque partout un alliage quelconque, nécessaire d^ailleurs pour raviver notre sang européen appauvri par le changement de climat, a modifié les apparences du blanc, aussi bien que ses instincts et ses mœurs, toute sa nature enfin.

Ainsi que je Fai dit en commençant ce chapitre, cette essence d^’êtres constituant désormais la grande généralité des Péruviens et non plus une race à part, comme les Indiens , nous l’étudierons avec la nation péruvienne.

Les nègres senties mêmes que dans toutes les colonies européennes où leur race est récemment libérée, autrement dit des êtres de notre espèce évidemment, mais inférieurs à nous et même aux Indiens. De plus, des affranchis d’hier qui, sous les enivrements de leur fraîche liberté, se roulent dans les désordres et la paresse, comme des écoliers au sortir du collège. On dirait de récents parvenus d’humanité, tant ils ont à maints égards les qualités et les défauts des parvenus.

Soit par nature, soit par situation, la plupart sont vaniteux, inintelligents, entêtés, ignorants, sensuels, dissimulés, menteurs, vindicatifs et surtout paresseux au-delà de toute expression, bien plus encore que les Indiens. Mais ils sont en général très-rustiques, robus-

tes, aimants du maître, fidèles à leurs amitiés^ dévoués et reconnaissants, surtout envers les blancs dont ils ont eu à se louer. J’ai eu, pour domestique, un nègre récemment affranchi qui s'était pris d’affection pour moi et voulait me reconduire jusqu'en Europe, malgré tout ce que j’avais pu faire pour le détourner de ce projet.

« Le seigneur ne me paiera pas, disait-il en pleurant. Je le servirai pour rien et je ferai moi-mème mes habits. »

.Mais les services de Lino étaient trop chers pour moi devant l'éventualité des caprices ministériels. Je résistai. Il est mort aussi celui-là, avec tant d'autres que j’ai aimés, (|ui me l'ont rendu et dont je n'ai plus sur terre que les silhouettes pales que prend cette cire immatérielle ({u’on nomme la mémoire !

Cédant à ses instances affectueuses, je l'avais emmené au retour jusqu’à Cayenne : et là, pour l’établir de mon mieux avant mon départ, je lui avais facilité de monter une pêcherie avec des hommes de sa couleur. Peu de temps après mon retour en Europe, il s’est noyé, probablement en se jetant à l'eau de lui-rnôme, ce qu'il faisait à tout propos, sans savoir nager, mais sûr de s’en tirer, disait-il, parce qu'en tapant comme il pouvait faire, on n’enfonce jamais I Et en effets sans nager, il s’escrimait si bien sur l’eau, à coups de [)oings et à coups de pieds, qu’on avait le temps de venir à son secours. Pauvre Lino, il aura voulu faire cela tout seul! ■

... .11 dort maiulenaut dans les goémons verts.

Sociables, avides de louanges, respectueux des lois qu’ils comprennent, soumis à leurs chefs, les nègres sont presque tous animés d'un vif désir d’améliorations,

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qui doit tôt ou tard relever leur race de Tétât d’infériorité où elle est d^’un hout à Tautre du globe. Mais que de chemin ils ont à faire, hélas ! pour arriver seulement au niveau du dernier d’entre nous ! Partout où ils sont livrés à eux-mêmes sur le Nouveau-Monde, sans Texemple et la main du blanc pour les maintenir, ils se laissent retomber à une dégénérescence presque bestiale. Nos deux races rouge et blanche, abandonnées au désert, décroissent rapidement et à des degrés si voisins de Thomme primitif, qu’entre les anciens et les nouveaux sauvages, il n^’y a plus que des nuances. Mais la race noire tombe bien plus bas encore. C’est presque l’homme tombé bête. J’ai vu, tant à la Guyane que dans différentes parties du Brésil et du Pérou, des nègres sauvages devenus si voisins de la brute par les mœurs et les apparences mêmes, que je me demandais en les étudiant, s^’il n'y avait pas moins de différence entr’eux et les singes qu’entre nous et eux ?

Leur force matérielle est généralement plus grande que la nôtre et souvent très-remarquable. On voit sans cesse là-bas des nègres porter des fardeaux et faire différents actes musculaires bien supérieurs à ce que nous voyons faire chez nous, par nous. C’est, il est vrai, la force massive et bestiale plutôt que nerveuse, mais ce iTen est pas moins une puissance très à considérer dans un fait d’alliage humain.

Par contre, il en est d'eux comme du Porthos de notre bon Dumas. Leur force n’est point dans leur cervelle. Ce Lino dont je racontais tout-à-Theure l’affectueux dévouement, s'était mis (ou plutôt je lui avais ,mis) en tête d’apprendre à lire et dans ce but je lui avais donné des alphabets, puis plusieurs maîtres consécutifs.

Pendant des heures de suite, chaque jour, il ânonnait

ses lettres à voix haute, au grand dépit de mes oreilles. Cependant jamais, en plus d’une année d’efforts continus, il n’est parvenu à épeler au-delà d’un mot ou deux. Il avait beau, pour s'incruster ses lettres dans la tête, se la frapper de tous côtés à tuer un chien sous chaque coup. Son crâne laineux résonnait sans se bossuer, mais rien ne pénétrait jusqu’à la cervelle. Dès le premier tiers d’une ligne, sa mémoire et ses idées se troublaient comme si son esprit fatigué ne pouvait pas aller au-delà. Puis son cerveau, ne fournissant plus à sa langue qu'un salmigondis de lettres inintelligibles, il lui fallait s’arrêter.

On dirait et je crois que le soleil torride de leur Afrique, ayant peu à peu épaissi leurs crânes, les a différenciés de nous par un avantage et une infériorité, l'un et l’autre à la fois. Ils nous sont supérieurs en force et en santé, inférieurs en intelligence, en mémoire, en tout ce qui touche au pur esprit. Sous l'influence de leur climat probablement, l’écorce du fruit a en partie absorbé le fruit lui-même. Le crâne a pris sur la cervelle.

Leurs idées religieuses sont bizarres, presque insaisissables, encore empreintes des superstitions bestiales de leur patrie africaine où les animaux sont à la fois des objets de culte et de mépris mélangés. Ainsi, beaucoup d’entre eux se prétendent les maîtres des serpents, en ce sens qu’ils leur commandent et par suite peuvent être impunément mordus par eux. Puis, tout en se disant leurs souverains, ils les traitent avec des vénérations bizarres rapportées de l'Afrique. Culte et gouvernement, l'un et l'autre leur coûtent parfois la vie, parce que les reptiles, sans égards pour leurs maîtres-adorateurs, les mordent souvent. Mais les pauvres sorciers n’en persistent pas moins dans leurs pratiques tradi-

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tionnelles. C’est chez eux comme un besoin instinctif de jongler avec des serpents.

Enfin, presque tous sont plus ou moins initiés et croyants à certaines cérémonies sacrificatoires, qufils exécutent à diverses époques annuelles, sur le bord d^'un fleuve ou au fond d’un bois, mais toujours dans un mystère aussi complet que possible. Jadis, ils prenaient volontiers pour victime, une blanche, un enfant ou au besoin un des leurs. Mais depuis longtemps déjà, les sacrificateurs aussi bien que les fidèles, se contentent d’un bœuf ou d’une poule même qu’ils égorgent avec force incantations et cérémonies inconscientes comme toute leur nature.

Ces pratiques, très-suivies parmi les nègres frais débarqués d’Afrique, disparaissent incessamment chez les autres, à mesure que le temps leur fait oublier leur patrie originelle. Les cafres, ceux qui ont deux sangs nègres contre un blanc, les exécutent encore ; mais les mulâtres les ont tous et toutes abandonnées. Chacun, d’eux, d’ailleurs, plus ou moins, perd ses barbaries d’origine dans l’égalitarisme salutaire de notre époque, et, peu à peu, sans même s’en apercevoir, prend la religion, les mœurs, la nature entière de la race domiminante qui les entoure, c’est-à-dire de nous blancs. La féroce Afrique s’attiédit aux souffles américains.

Leur existence, comme celle des Indiens, diffère selon qu’ils habitent avec les blancs ou vivent en fugitifs au fond des forêts. Plus tard, en traitant du Brésil qui, bien plus que le Pérou, est la patrie du nègre américain, et où, par suite, on trouve encore beaucoup d’esclaves marrons ; je raconterai leur vie. Quant aux autres, la plupart sont en condition ou exercent certaines professions spéciales. Ainsi, récemment encore,

à Lima, tous les marchands d’eau étaient nègres. Ils allaient de porte eu porte, montés à bourriquet, avec doux petits tonneaux, versant à chaque porte l’eau à leurs pratiques ; pressant incessamment à coups de talons ou de poignards leurs montures épuisées ; mais sur toutes choses bousculant le monde avec des insolences préméditées qui ont amené leur suppression.

Quand ils ont un métier, une profession, une ville même où leur espèce s’est parquée, ceux-là seuls d’entre eux qui deviennent ‘mulâtres les quittent. Les autres restent là comme'confînés. Leurs instincts sédentaires et surtout leur couleur les empêchent de sortir de la condition dans laquelle vivaient leurs pères. Le reste du pays, blancs et Indiens, les regarde de haut en bas comme des êtres d'espèce inférieure nés pour vivre esclaves, et que la générosité seule de la République a libérés. Tout en souffrant de ces mépris, les nègres ne font rien pour les fuir ou les combattre, si ce n’est s’en dédommager entr'eux par des vanités incroyables.

Il résulte de là qu’ils se fondent bien plus difficilement que l’Indien dans la masse du pays. Presque seules même^ les négresses, par leurs enfants mulâtres, se mêlent aux blancs. Quant aux noirs, ils ont l’air satisfaits et fiers même de garder leur caste, pourvu qu’ils y restent dans la paresse absolue, qui est pour eux le privilège principal de leur fraîche liberté. On ne peut que difficilement se faire une idée de ce qu’ils sacrifient à cette passion dominante de leur nature. Ainsi, jusqu’à vivre exactement comme les animaux sans bouger de place pour quoi que ce soit, pendant des journées entières et sans faire autre chose que dormir, ou tout au plus écouter le vent dans les arbres.

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Par contre, au hasard d^une fête où leur vanité pourra faire étalage de toilette, ils se réveillent doublement pour ainsi dire, semant l’argent, leurs peines, leur sang même s^ils trouvent à le placer, avec une prodigalité sans limites. Peu leur importe de tout faire pourvu que demain ils soient sûrs d^avoir une nuit de saturnale et d’abord d^’apparat. Puis, cette nuit venue, ils sont ivres avant de la commencer : ivres de plaisir, car ils boivent peu comparativement aux Indiens. C’est même plus que de l’ivresse : une sorte de délire qui s’empare d^’eux à la pensée d'’être en fête.

Il faut avoir vu un bal de nègres pour comprendre bien cette cohue puante et bondissante, dont l’aspect, à certains moments, n^’a plus rien de l’homme.

Quelque chaleur qu’il fasse, la salle est close comme une prison. Un thermomètre, chose inconnue parmi eux, y marquerait 50 degrés, la chaleur du Sénégal, leur patrie. Çà et là, devant des bancs de bois tendus de toile rouge, l’assemblée vêtue du mieux qu^elle peut, cause bruyamment. Tous font les personnages importants avec une impudence de valetaille, si exagérée que, parfois, on n’en croit pas ses oreilles. Ainsi, l’un a déjeuné le matin avec son frère ou son cousin, ministre des affaires étrangères, qui le fait appeler chaque fois qu’il y a quelque grande question en litige. L^autre a dîné la veille chez sa mère, la princesse, dont il administre la fortune. Celui-ci, pour venir, a laissé un bal de blancs donné par son petit-père, le président. Puis, tout en parlant, chacun d^eux évente à coups de mouchoirs son visage luisant de sueur montante : étale ses jambes, relève sa cravate, rajuste ses cheveux, etc.: en ^ un mot, singe de son mieux les créoles surtout dans ‘ leurs ridicules.

On dirait, à premier- aspect, qu'ils se moquent de leurs maîtres passés ou présents. Mais c’est bien vraiment la vanité copiste de Lafleur ou Latulipe, dédommageant sa récente humilité par toutes les glorioles qu’il a vues passer dans les antichambres de sa servitude.

Cependant, tout à coup, la musique, cette passion favorite du nègre, retentit. Aussitôt, chacun rompt ses vanités causantes et prend place pour la contre-danse. Durant les premiers moments, ils dansent en jeunes premiers qui ont peur de se chiffonner, en scandant leurs pas et leurs mouvements commo des automates à cadences. Cela est de bon ton de danser ainsi, puis, les habits coûtent cher et se déforment facilement ; il faut les ménager. Mais peu à peu, très-vite, la musique et leurs propres mouvements les grisent. Leurs membres s'agitent à faire croire qu’ils ne peuvent plus les contenir. Une joie sensuelle illumine leurs traits. Leurs dents brillent : leurs yeux sortent. La sueur du plaisir passionné baigne leurs faces luisantes. L’orchestre presse ses sonores ronflements : hommes et femmes, tous bondissent; puis , presqu’aussitôt, tous chantent et hurlent, emportés par le bonheur.

Ce n’est pas une contre-danse, c'est le galop de l’Opéra. Ce n’est plus un bal d'hommes, c’est un sabbat de possédés.

Cependant, d’âcres odeurs planent sur la salle. La lueur enfumée des quinquets se voile sous des nuages de poussière. La musique et les cris des danseurs se confondent en un bruit rauque. On ne voit désormais qu'une tourbe confuse, n’ayant plus de l’homme qu’une apparence vague perdue dans l’animalité. La bête a pris le dessus de l'esprit, et on se sent comme inquiet de se

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trouver seul parmi tous ces orangs bondissants, qui semblent n^être pas de nous !

En résumé, on peut dire de cet être qui a soulevé de nos jours tant d^assertions contraires, également exagérées à mon sens, qu’’il est le dernier échelon de notre espèce : celui qui peut-être la rattache aux autres animaux; mais que, malgré tout, il est de nous, par l’aspect, la parole, la pensée. C’est donc notre devoir fraternel, prescrit par la religion, de faire de notre mieux pour qu’il grandisse et se confonde en nous. Qui sait si dans les desseins de la Providence, il n^’a pas pour mission de raviver, avec sa force corporelle, nos natures blanches fatiguées par le temps ou la pensée? L"’humanité est comme les familles ; elle a besoin de se croiser pour se vivifier I

Les derniers arrivés au Pérou, les Chinois, dont Pémigration contemporaine ne fait guère qde commencer, vivent jusqu'à ce jour en dehors du pays, à part, et seulement sur quelques points de la Costa. Là, comme en Californie, associés entre eux par une sorte de francmaçonnerie latente ou même avouée, ils gardent à la fois leur religion, leurs institutions, leurs mœurs et jusqu'à leur génie asiatique et chinois. Patients, laborieux, épargneurs, imitateurs par excellence, âpres ai^ gain, rusés, trafiquants, voleurs; ils font fortune le plus vite qu'ils peuvent, et, dès qu’ils ont amassé ce qu’ils voulaient, retournent chez eux vivants ou morts, car souvent ils font remporter leurs corps.

Il semble que leur race vieillie, n'ayant plus de quoi vivre sur leur terre usée comme elle, vienne là chez ces jeunes gens américains, riches et dépensiers, pour ramasser les miettes de leur jeune gaspillage. L'usurier chez le prodigue I Puis, dès quelle a son sac plein, elle

s’en retourne en hâte loin de ce bruit, de ces plaisirs^ de tout ce mouvement juvénile qui trouble ses séniles habitudes. Son être vieilli ne se retrouve heureux qu’à l’ombre de ses pagodes en ruines, avec ses magots difformes, dans les décombres moisis de sa civilisation cinq ou six fois millénaire.

Tel est l’état actuel, au Pérou, des diverses races humaines, qui composent la population. Chacune d^’elles se s.ubdivise naturellement en familles comme les Arabes de notre Algérie par exemple, se fractionnent en tribus, ou comme l’Europe elle-même se subdivise en nations. Ainsi, parmi les Indiens, les uns sont Aymaraës, les autres Huambisas, etc. : parmi les blancs, les uns sont Espagnols, les autres Nord-américains, Français, etc. Mais ce livre ne comporte pas ce détail insignifiant d’ailleurs . Il suffît des explications précédentes pour faire bien saisir la multiplicité des éléments de la population péruvienne : donc sa difficulté de cohésion, mais aussi sa richesse humaine.

Cette diversité s’efface incessamment au courant du temps, des fusions et de la croissance nationale de la Jeune république. Dès la fin du siècle, ce ne sera plus guère qu’un souvenir. Présentement on reconnaît encore chaque race, comme dans un creuset sur le feu, on reconnaît encore chacun des métaux qui vont former le bronze. Mais déjà l’alliage est en fusion partout. Dans la plupart des villes, le mélange est même déjà fait, à ne reconnaître plus rien. 11 est la nation même, une nouvelle famille humaine, valant probablement mieux que chacune des trois autres. C’est ce mélange que je vais peindre dans le chapitre suivant : un beau et bon alliage, je vous assure ; comme est sa patrie, son Pérou, tout son ensemble de nature.

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