‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 2 sur 47 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nom, Situation, Limites, etc.

Origines du nom. Couleurs nationales. Armes. Superficie. Côtes. Iles. Montagnes. Rivières. Mode et époque présumés do formation terrestre.

Le Pérû que nous appelons Pérou est, après le Brésil, le plus grand Etat de'l’Amérique du Sud.

L’origine de son nom, comme celle de la plupart des noms de pays, remonte à ses premiers habitants. Selon quelques historiens, elle vient de Pelû qui était le nom d’un de ses fleuves et que Pizarre prit pour l’appellation générale de la contrée. Selon d’autres, elle dérive de Birù, nom du cacique indien, gouverneur de la province où les Espagnols abordèrent pour la première fois. Or, les deux versions ont probablement raison toutes les deux.

On raconte qu’à l’instant de leur débarquement, les Espagnols demandèrent aux premiers habitants quTls rencontrèrent, comment se nommait leur pays. L’un, croyant qu’on lui parlait du fleuve dit : Pelù. L’autre, comprenant le cacique, répondit : Birù . Il paraît que

tout ici s'appelle Pérù, dirent les Espagnols; et le nom resta.

Quoi qu’il en soit, confusion ou plaisanterie, les premiers conquérants, puis l'Espagne, puis l’usage et la géographie ont adopté cette désignation, au lieu de celle de Quichua, qui était le nom réel des habitants de cette contrée.

Les couleurs, la devise et les armes nationales du Pérou expriment très-tîdèlement la nature, voire même l’état social de ce pays.

Le drapeau est blanc et rouge : formé de trois bandes verticales, une blanche entre deux rouges.

Et, en effet, le Pérou d’aujourd’hui est plus asiatique qu’européen, plus rouge que blanc.

Sa devise est : Firme y feliz por la union : Fort et heureux par l'union.

Ses armes portent, sous un soleil :

Un llama figurant le règne animal; un quinquina, la principale richesse végétale ou du moins celle qui est la plus connue : enfin, une corne d’abondance laissant échapper des monnaies, cette proverbiale fortune du Pérou.

Il serait difficile de trouver des armes mieux appropriées à la nature d’un peuple et l’exprimant mieux en blason. Mais, n'en déplaise à ses apôtres modernes, cette langue figurée d’une époque qu’ils s’essayent en vain à faire revivre, s’en est allée avec le moyen âge et toutes les institutions du moyen âge. La science héraldique est éteinte. Quelque bien choisies qu’elles soient, les armoiries nationales ou autres ne sont plus désormais qu'un souvenir historique à l'usage des archéologues. Le Pérou actuel ne se sert que peu ou

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point des siennes et la plupart de ses habitants ne savent seulement pas qu’ils ont des armes I

Ce pays est situé, en latitude, entre le 3® et le 22® degré au sud de Féquateur : en longitude, entre le 69® et le 84® degré, à l’ouest du méridien de Paris : c’est-àdire entre l’équateur et le tropique du sud, sous la même latitude que la majeure partie du Brésil.

Il est borné à l’ouest par l’océan Pacifique : au nord par les républiques de l’Équateur et de la Nouvelle-Grenade ; à l’est par le Brésil et la Bolivie ; au sud par la Bolivie.

11 mesure du nord au sud 2,340 kilomètres et de Test à Touest 1,325 kilomètres dans ses plus grandes longueurs et largeurs. Sa superficie est évaluée à 1,600,000 kilomètres carrés, autrement dit à 160,000, 000 d’hectares : c^est-à-dire à plus de trois fois la surface de la France (1).

Ses côtes maritimes, estimées à 2,500 kilomètres environ, présentent une grande quantité de golfes, rades, baies, etc. qui, çà et là, sont assez sûrs. Au point de vue de la navigation, c’est un pays richement doué. Il possède 50 ports, dont 9 grands, 10 moyens et 31 abris plus ou moins fréquentés : bien que la main de Thomme n’ait encore rien fait pour améliorer la nature.

Il a, sur sa longue côte dentelée, un grand nombre de petites îles. Mais présentement, aucune n^’est susceptible de culture, aucune même n’est habitée, si ce n’est momentanément pour Fexploitation de quelques produits accidentels, comme le guano dont nous parlerons plus tard.

(l) Cette surface était évaluée à 520,000 kilomètres carrés, autrement dit 52,000,000 d’hectares : avant Nice et la Savoie : avant aussi, hélas ! l’Alsac» et la Lorraine perdues !

Ses montagnes sont à bon droit célèbres par leur étendue, leur nombre et surtout leur richesse métallique, Quelques-unes comptent parmi les principales du globe : tels, dans le département d’Ayacucho le glacier de Sarasara, dont on estime la hauteur à 6,800 mètres (1).

Ses lacs et surtout ses fleuves ne sont pas moins célèbres. 11 suffit dflndiquer le lac de Titicaca et le fleuve des Amazones avec ses affluents immenses. Ses eaux minérales sont nombreuses et puissantes.

Les végétaux, les animaux et les hommes sont moins connus et cependant ne méritent pas moins de l’être, car, au point de vue naturel le Pérou est, je crois, le plus riche pays du monde. C’est même à ce titre surtout, que je commence par lui cette série de travaux sur les diverses parties du globe qu’il m^'a été donné de visiter.

Comment cette belle contrée s^’est-elle formée ? J^'en ignore et, de même que pour le reste de notre planète, personne, je crois, ne peut répondre à cette question autrement que par des suppositions plus ou moins discutables. Ce qui paraît certain, c’est que le Pérou a subi les phases ordinaires de tous les grands pays de montagnes.

Par une cause ou par une autre, des soulèvements volcaniques immenses se sont produits sur cette partie de notre planète, répandant au-dessus de leur fournaise des laves, des cendres, des métaux, des sels, etc., raille matières en fusion. Les eaux, qui baignaient tout ou partie de ces matières les ont pétries, comme

(l) Le mont Blanc n’a que 4,810 mètres. Le Chamalari dans l’Himalaya passe pour en avoir 9,000, ce qui, vu surtout la célèbre ascension Crocé~ ^pinelli, me paraît être bien des mètres !

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un geindre pétrit de la farine et ainsi ont fait un sol. Sur ce sol, des végétaux ont poussé à leur tour, l’ont façonné, exhaussé, augmenté de toutes les manières. Et ainsi peu à peu, au courant de la volonté divine, la terre s’est formée (1).

Quant à remonter plus haut que cette formation même, dire d^où sont venus les premiers matériaux de notre terre, notamment le feu et l’eau ? Pourquoi ils se sont arrêtés dans l’espace? Comment ils ont été mis en œuvre? C’est ce que je ne saurais faire. On a écrit beaucoup de choses sur ce sujet, principalement de notre temps. Mais aucune des théories émises ne me paraissant claire ni rationnelle, je trouve inutile de les reproduire ici. Quoi qu’on prétende, Phomme jusqu’à ce jour ne connaît pas plus Porigine de sa demeure terrestre que sa propre origine personnelle. Tous les systèmes, bâtis sur la création primordiale de notre globe, n’ont encore abouti qu’au fiat lux de la religion dont nous sommes, autrement dit à rien, au point de vue scientifique.

A quelle époque le Pérou s’est-il formé ?

Dès l’origine même de l’Amérique du sud, probablement, comme Pindiquent les montagnes péruviennes, qui constituent le noyau ou plutôt Possature principale de ce continent.

C’est encore tout ce que je puis dire sur ce sujet. Car pour ce qui serait de préciser cette époque, personne jusqu’ici n’a pu le faire avec certitude, pas plus pour l’Amérique du sud que pour le reste du globe. L’âge de

(l) Au fur et à mesure de ces volumes sur le Nouveau-Monde, j’essayerai d’exposer clairement ce système de création terrestre, eu mettant sous vos yeux ce que j’en ai pu voir.

la terre est de sept mille ans, disent les uns ; de vingt, de cent mille ans, disent les autres ; puis la Genèse ou des pierres à la main, chacun prétend prouver ce qu’il avance. Or, il en est de cela comme de la création originelle de notre planète, c’est-à-dire que personne n’en sachant rien, chacun fait là- dessus sa théorie selon ses connaissances particulières et sa tendance d’esprit. Mais jusqu’à ce jour, il n'^y a encore que des hypothèses sur Tâge du monde. Or, ce qui est hypothèse pure n’est ni de mon goût ni du ressort de ce livre. J’aime bien mieux vous dire nettement que de l’âge comme de la formation de notre terre et du reste de Tunivers, je ne me fais pas même une idée à peu près rationnelle — ni vous non plus, je crois — et qu’en conséquence, cherchons. Gela finira par se trouver comme tant de problèmes naturels, patiemment découverts au cours progressant de ^humanité.

J’ajouterai toutefois que l’hémisphère américain me paraît être, au moins dans sa grande généralité, d’une origine bien plus récente que celle de notre hémisphère. Son ossature principale, la Cordillère (Andes et Rocheuses) peut avoir émergé des eaux, vers la même époque que la nôtre. Les géologues le pensent, vu sa composition et sa structure analogues, disent-ils, à l’ossature du vieux monde. Mais la Cordillère n’est que Lembryon, le germe en quelque sorte de Thémisphère américain.

Quant à presque tout le reste de ce continent, nord et sud, je le crois bien postérieur au nôtre deformation, comme la suite de ce livre et les suivants le prouveront, je pense. Comparativement à ce qu’on trouve chez nous, tout est nouveau dans .ces contrées : Tensemble général du pays, le sol, la végétation, les ani-

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maux, rhomme lui-même, et ses institutions diverses. G est vraiment le nouveau monde sous tous les aspects, la terre de l’avenir : comme notre Europe est la terre du présent : comme la vieille Asie, avec son sol et ses civilisations caducs, est le passé d’ici-bas.

Les choses, les êtres, les peuples, les continents, tout a un âge sur cette terre, donc une enfance, un âge mur, une vieillesse. Par son sol, aussi bien que par sa nation, le Pérou est un jeune pays, analogue, sous maints points de vue, à Eltalie de Rome naissante, souvent troublée, mais féconde et riche d'’avenirs. Quel est cet avenir ? Dieu qui tient dans ses mains les destinées des peuplés comme celles des hommes, sait seul ce qull réserve à cette jeune république. Mais, à voir sa richesse naturelle et même ses premiers pas sociaux, on peut du moins présumer que son sort est de devenir un jour un des Etats les plus puissants du globe. Il ne lui manque qu’un homme, pour que, de nos j ours „ même, elle commence à prendre son large essor. Un homme 1 G^est-à-dire ce qu"ü.y. a àla fois souvent’ de plus funeste et de plus génératéûr-,’de meilleur et de pire : mais un de ces souffles viviflants, tempête ou rosée, Maho,met ou Washington, que Dieu, par intervalles, envoie à sa créature, pour faire ou défaire quelques-unes de ses fourmillièrés.

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