‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 24 sur 47 · IÇA · texte numérisé non relu

IÇA

Situé sur la côte, au sud de Lima, était naguère encore le chef-lieu du guano, par lesChincha. Mais depuis le détrônement de ces îles par Tarapaca, sa célébrité se réfugie dans ses eaux minérales, ses verreries, ses vins et ses eaux-de-vie, justement renommés d’ailleurs, môme en dehors du Pérou. Le pisco est aussi connu et recherché sur le Pacifique, que le cognac en Europe, bien qu"à moins de titres. On cite plus de cent grandes métairies ou se fabriquent du vin et des liqueurs d^exportation pour la côte sud-américaine. Enfin on y rencontre plusieurs ruines d’acqueducs incas, remarquables par la grandeur et Phabileté de leurs constructions.

La population de cette province atteint 130,000 âmes dont, à coup sûr, elle doit une bonne partie, à l’ex-guano de ses îles.

Ses villes principales sont Ica, sa capitale, comptant 19,000 habitants et Pisco, jolie petite ville, mais détestable port, malgré sa jetée en fer.

IIUANGAVELIGA

Serait tout-à-lait insigniflaiit sans ses mines. L’argent, le cuivre, le plomb et surtout le mercure y abondent. C’est le foyer de ce dernier métal au Pérou. Près do Huancavclica, en 1850, dans de simples fossés creusés par hasard à fleur de terre, le mercure sortit par globules et si abondant, qu’on en recueillit plus do 1,000 kilogr. dans ces seules ouvertures.

Par une conséquence naturelle de cette richesse métallique, ce département est le plus pauvre du Pérou en végétaux et animaux. Situé tout entier dans la Cordillère, à une hauteur considérable, il ne produit guère que de l’herbe, telle le stipa-ychu, de l’orge, des pommes de terre et quelques troupeaux de Hamas et vicognes. Sa population est de 142,000 habitants. Sa capitale est lluancavelica, ville de 9,000 âmes.

Ayagugiio

Portait originairement le nom delluamanga, du mot quichua Huamanccaca, qui veut dire, le rocher du faucon ou, selon d’autres, rassasie-toi, faucon : paroles sanguinaires qu’on prête à l’inca Yiraccocha, donnant à son armée permission de pillage et de meurtre sur ce pays récemment conquis par lui. Le Pérou moderne a abandonné l’ancien nom pour celui d’Ayacucho, où s’est livrée la bataille décisive de la guerre de l’indépendance. La signification indigène d’Ayacucho est d’ailleurs analogue à celle de Huamanccaca. Ce mot, ou plutôt cet assemblage de mots veut dire le coin des morts: parce qu’au temps des Incas, un combat sanglant eut lieu sur ce même champ de batailles et le couvrit de cadavres.

Gomme le prouvent ces deux désignations consécu-

tives, ce departement est un des cirques traditionnelsdes luttes de ces contrées, tel que la Lombardie chez nous. C’est là que, tour à tour, à des siècles de distance, les iVymaraës avec les Incas, les Incas avec les Espagnols et enfin les Espagnols avec les Péruviens, se sont rencontrés tour à tour, comme sur le champ prédestiné des guerres nationales du Pérou.

Sa principale richesse se compose de mines d’argent, çà et là exploitées jusqu’à une grande profondeur. Ses productions animales et végétales sans importance, consistent en quelques vaches, moutons et chèvres; des pommes de terre, de Porge et du blé sur les plateaux; des cannes à sucre, des bananes, du maïs dans quelques vallées ; partout des cactus ou figuiers de Barbarie, dont le fruit constitue l’une des principales ressources du pays. Ce végétal y est même si nombreux, qiPon prétend que les épines de ses feuilles, emportées parles vents, causent des cécités multiples qui sont en effet la maladie la plus commune du pays. C’est une propriété peu connue du cactus que je recommande aux méditations des oculistes, tout en faisant observer que ces épines sont bien solidement attachées à leurs feuilles bien grosses et bien lourdes pour faire ainsi tant d’aveugles ! Mais enfin, on dit cela dans Ayacucho, je devais le redire à mon tour, ne fût-ce que pour exposer l’idée.

Ce pays d’ailleurs est généralement très-sain. C’est même sous ce rapport un des meilleurs du Pérou pour les Européens. Sec, un peu froid, sans gelées qu’à peine, d’une élévation bien inférieure à celle des plateaux voisins, Ayacucho a un climat qu’on peut avec raison nommer tempéré. Sa salubrité La même fait habiter depuis des temps immémoriaux, malgré sa pau-

vreté, comme le prouvent les ruines nombreuses dont il est semé. C’était un des départements les plus populeux de l’ère des Incas et, bien que très-déchu aujourd’hui à ce point de vue, il compte encore 230,000 habitants.

De même que sur Arequipa, son voisin et probablement par les memes causes climatériques, la race humaine de cette contrée, soit indienne, soit blanche, a été de tous temps une des plus braves de l’Amérique du sud. Ses guerres acharnées avec les Incas et les révolutions nombreuses dont elle a été Tinstigatrice pendant les deux périodes espagnole et même péruvienne, sont là pour le prouver, C’est encore et toujours Iluamanccaca: lerocher du faucon, la race rebelle qu’on ne peut dompter qu’en la livrant au glaive.

Chaque génération humaine prétend toujours avoir tout changé en elle. Erreur ! 11 en est des instincts des peuples, comme de leurs champs de bataille. Le temps coule et avec lui les générations, les peuples se transforment: mais c’est toujours aux mêmes lieux, avec les mêmes passions et de la même manière générale que les choses se passent. Huamanccaca ou Ayacucho !

La capitale du pays, fondée par Pizarre en 1539, a subi les changements de nom de son département. Tour à tour Huamanga puis Ayacucho, elle possède une assez belle cathédrale dorée à Pintérieur, une université, un séminaire, un hôpital, des rues bien alignées, 25,000 habitants et un bel aspect. Tout pauvre qu’est le pays dont elle est le chef-lieu, c’est une des jolies villes du Pérou.

Apurimag

Récemment formé pour les besoins de la colonisa-

tion^ je pense, et distrait de Cuzco trop peuplé pour un seul département, ne se trouve encore sur aucune carte du Pérou. Je l’ai vainement cherché, lui et sa capitale, Abançay, probablement Santa- Anna? Deux mythes tous deux, bien qu’ils figurent dans la nomenclature péruvienne. Je le présume devoir son nom à sa rivière, l’Apurimac, qui pourrait bien être l’Ucayali portant deux noms, comme l’Amazone en porte trois, selon les pays qu’il traverse. Mais cette partie du Pérou est à peine connue : pas plus la terre que les eaux et les habitants . Ainsi on ne sait même pas quel est le vrai père de l’Ücayali. L’Apurimac? l’Urubamba et le.Yuca de Cuzco? Mystère! comme pour le Nil, par suite d’origines si multiples et mêlées qu’on ne se retrouve pas dans cette confusion. On a beau chercher, questionner les habitants eux-mêmes, ils ne savent pas et ne peuvent rien savoir au milieu de l’inondation presque permanente qui caractérise ces contrées. Allez donc, par exemple, reconnaître le vrai cours de dame la Loire quand elle déborde ? Or, tous les fleuves de l’intérieur Amazonien étant généralement dans cet état désordonné, donc en confusion d’eau avec leurs voisins, Ariane elle-même y verrait son Thésée se perdre là malgré leur peloton.

Quoi qu’il en soit, le Pérou officiel donne à ce département une étendue considérable, allant jusqu’au Rio de la Madeira et une population non moins étendue 165,000 âmes. Je ne vais pas à l’encontre ; car j’ignore absolument, et lui aussi, le nombre exact des Indiens sauvages, cannibales même parfois, tels que les Tigrés, etc., qui peuplent ou plutôt traversent incessamment ces déserts, sans plus savoir que vous et moi s’ils sont 'pérv.annos ou brazileiros.

Quant à Tinlrouvable Abançay, les documents officiels lui attribuent G, 000 âmes; à eux le brevet, comme celui de la ville et du département, mais sans garantie de l’auteur.

CUZGO

Est le département où les Indiens restés les plus nombreux ont le mieux conservé leurs anciennes mœurs. Il renferme 300,000 habitants. Ses productions animales et végétales sont abondantes, variées et trèsbelles. Il est telles vallées où presque tous les végétaux du globe se rencontrent et la plupart de qualité supérieure. Ainsi le cacao, le café, la coca, la canne à sucre et tous les légumes y sont réputés les meilleurs de l’Araérique du sud, si estimés sur les marchés péruviens, qu’ils atteignent souvent des valeurs doubles et triples de celles des produits voisins.

On le croit très-riche en mines et, en effet, l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le plomb, le mercure, l’amiante et l’aimant s’y trouvent en maints endroits. Les Incas, puis les Espagnols, ont meme çà et là ouvert des exploitations. Mais la fertilité du pays fait qu’on y recherche peu les minéraux : il en est de ce département comme de celui de Loreto. La terre y est trop couverte de végétation pour laisser voir ses richesses métalliques et, dans ses parties cultivées, à quoi bon bouleverser un sol productif en vu de richesses hypothétiques?

La capitale du département est Cuzco, la troisième ville du Pérou, la Rome de l’Amérique du Sud, par son grand passé, ses ruines et ses instincts religieux.

Fondée par le premier Inca, Manco-Capac, Ccoszcco est restée la capitale de Fempire inca pendant toute la durée de cet empire. Son laQm, en quichua, signifie

nombril : parce que les Péruviens d’alors la regardaient comme le centre du monde, Omgaloc, à cause de sa position entre les deux Cordillères. C’est Vumbiliciis terrarum des Romains : le nombril par lequel la terre avait tenu au ciel. Il y aurait même quelque chose d^’inexplicable dans cette coïncidence de désignation originelle entre les Romains et les Indiens, si les uns et les autres ne l’avaient pas évidemment prise à la même source asiatique. Umbilicus! Gcoszcco! trait-d’union de notre planète avec les deux, dont la pensée a du naître dans le berceau de Thumanité, cette vieille Asie, où le premier homme est descendu du sein du Créateur.

C'est de cette ville, comme du foyer de Fempire inca, que rayonnait la civilisation péruvienne d’alors. L’empereur y résidait. Toutes les routes partaient de là. Les . otages des peuples conquis, devenus peu à peu des députés de par les moeurs adoucies d’après la conquête, habitaient autour de la ville, dans ses faubourgs, des quartiers disposés par rapport à son centre : comme les provinces elles-mêmes dont ils répondaient étaient géographiquement placées autour de la capitale. Une haute muraille flanquée de sept tours la protégeait. A part cela, ce n’était d’ailleurs qu’un grand village, sans autres monuments que sa massive citadelle, défendue par trois remparts, qui avait coûté aux Péruviens d’alors le travail forcé de 20,000 hommes, pendant 50 ans ! Plus le palais de ITnca et le fameux temple du soleil. Mais ce n’en était pas moins la source de la civilisation sudaméricaine de son époque.

Cuzco, de nos jours, est déchue de son ancien rang : bien qu’elle ait beaucoup gagné en constructions et en canfortable. Les demeures du temps des Incas, y compris le palais du souverain, n’étaient ni belles, ni com-

modes, et les bourgeois actuels de Cuzco, qui regrettent Tantique splendeur de leur cité, seraient très-gênés s’il leur fallait habiter les bouges dans lesquels vivaient leurs ancêtres. Leur capitale rajeunie est aujourd’hui une jolie ville de 45,000 âmes, chef-lieu d’un riche département, et possédant une belle cathédrale, vingt-etune églises ou couvents, un évêché, une université, trois collèges, une monnaie, etc. : qui, à eux tous, valent bien le plus Capac de leurs Incas. De plus, elle est, ce qu’elle n’était pas alors, un des centres de l’industrie péruvienne et fait un commerce important d’étoffes, de broderies et surtout de métaux.

Cuzco n’en vit pas m.oins dans ses souvenirs, plus que dans son présent, de par la tendance générale de chacun, peuples et individus, à s’identifier de préférence avec l’époque la plus brillante de son histoire, sans rien voir que cette splendeur, souvent douloureuse. Cuzco n’échappe pas à cette loi et vit de passé plus que d’espérances; ce qui est une faute toujours, surtout quand on a, comme elle, par son prochain réseau de fer, un riche avenir en perspective.

Il ne lui reste de ses Incas que des ruines ou plutôt des fondations : car la ville nouvelle est bâtie tout entière avec des débris. Ses fortifications ne sont plus que des vestiges. Les monolithes de ses anciens palais servent de soubassements à ses maisons modernes. Son temple du soleil est un couvent de dominicains, et le palais de ses vestales abrite les nonnes de Santa Catalina !

Ton bois, ma bien-aimée, est à des inconnus.

Y. Hugo.

Rien qu’à raconter ces transformations, on comprend la tristesse d’Olympio et des Indiens. Leur antique

Ccoszcco est encore plus renouvelée que notre Paris î Pour nous qui partons et ne vivons plus que de souvenirs, c’est triste : je le sais, je le sens. Mais c’est la vie, o! mes confrères en cheveux blanchissants ! Il faut s V faire! Sous peine de tomber dans l’égoïsme monstrueux des Incas, voulant tout voir mourir avec eux, il faut non-seulement comprendre, mais aider ces utiles rajeunissements d^un passé mort sans retour!

L‘’ancienne ville de Manco-Gapac a d^ailleurs conservé certaines apparences de vétusté sacrée, auréole indélébile des vieilles cités-reines. Par ses souvenirs, ses prêtres, ses pierres, son vieil aspect, c’est avant tout la Rome du Pérou, comme on la nomme; Pantique douairière de la civilisation péruvienne, devant laquelle chacun s’incline, parce qu’elle est la grandeur des aïeux!

PUNO

A pour lui des mines célèbres et des alpacas passant pour avoir la plus fine laine du Pérou. Comme dans Guzco, les Indiens y sont encore nombreux. Ce sont pour la plupart des Aymaraës, dont la race pure n’existe plus qu^à peine. Leurs têtes ne portent point traces des difformités factices de leurs aïeux. Mais^ soit résultat de ces pratiques, soit plutôt souffrances accumulées et fin d’une race, les derniers échantillons de ces rudes guerriers d’autrefois sont presque tous hideux.

Les mines de Puno, entr’autres celles de Garabaya, passent pour avoir été les plus riches des deux Amériques. Ce sont elles qui ont fourni les énormes pépites d’or que je vous ai montrées plus haut et voudrais pouvoir vous offrir en prime de mon livre. Une prime de 50 kilos d’or : 150,000 fr. Comme vous achèteriez mon Pérou I

Ces mines aujourd’liai sont généralement abandonnées, bien qu’elles soient encore très-riches, puisque les neuves y charrient de l’or autant qu’autrefois. ^lais l’eau les a toutes prises : et, telle est la configuration do ce sol montueux, sans système général d’écoulement, qu’il faudrait des dépenses excessives pour les vider. Des nuées de chercheurs d’or, attirés par la légitime réiiutation de Puno, viennent fréquemment y tater la fortune : tous s’en retournent, sans avoir fait autre chose que perdre leur voyage et leurs peines. Comme les Iluacas, les mines du Pérou ont leur Cerbère, l’eau. Mais Hercule est ressuscité sous forme de la vapeur en chemin de fer : les enfers de Puno sont bien près de voir envahir do nouveau leurs abîmes aurifères.

La curiosité principale do ce département est le lac de Titicaca : à cheval sur le Pérou et la Bolivie, où son trop plein va se perdre dans un autre lac, l’Aullagas, après un cours do 25Û kilomètres. Avec la voie do fer qui relie ce lac à l’Océan, Titicaca, ses 23 rivières et son désaguadero vont devenir le grand trait d’union des deux républiques : et leur trait d’union effective, j’espère, contre les convoitises voisines intéressées à les désunir.

Grâces à son climat et à son sol variés, Puno possède une grande diversité d’animaux et de végétaux. Comme sur son voisin Cuzco,tous les êtres animés y vivent ou peuvent vivre, tout y pousse ou peut pousser. Aussi la population y est-elle nombreuse : 273,000 habitants.

Le chef-lieu est Puno, ville de 18,000 âmes, aux environs de laquelle se tient la foire do Vilque,'Une des plus importantes du Pérou par ses transactions d’une valeur annuelle d’eiiviron-cinq millions de francs.

Arequipa

Justement célèbre par les charmes de son climat, ses séductions et l’intelligence de ses habitants, mais surtout par leur turbulente nature. En vertu de leur sol volcanique, probablement, le génie de la révolte semble incarné en eux de nature. On les croirait piqués de notre tarentule émeutière diaprés 1830, tant ils s^’agitent sans cesse, à tort ou à raison. De chez eux presque toujours sont sortis les soulèvements du Pérou, tantôt vainqueurs, tantôt vaincus, mais la plupart éclos là comme dans une serre à rebellions.

En dehors de cette spécialité révolutionnaire, quoique probablement par les mêmes causes volcaniques, ce département est un des plus avancés de la République sous les rapports industriel, agricole, artistique et même scientifique.

Ainsi, on y fait des pendules astronomiques réputées égales à celles d’Europe. Plusieurs de ses habitants ont le génie de la construction, qu^ils doivent sans doute à l’abondance de matériaux répandus sur leur sol. La cathédrale d'Arequipa, bouleversée par le tremblement de 1868, était l’œuvre d’un enfant du pays, qui l’avait construite de lui-même, dit-on, sans imitation des constructions antiques, ces éternels modèles dont l’architecture moderne semble impuissante à sortir. Bien qu’en dehors des idées suivies pour les édifices religieux, c’était une œuvre remarquable, surtout par sa majestueuse simplicité. Enfin les maisons, bâties en pierres ponces, voûtées et intelligemment construites, en vue du climat et des secousses du sol, sont solides,

fraîches, salubres et à bon marché : ce qui ne gâte rien (1).

L'agriculture et Tinduslrie y sont très avancées, relativement à l'état général du Pérou. Ainsi, dans Arequipa même, on compte plusieurs fabriques et usines : entr’autres une pour la taille des pierres précieuses, qui, en habileté , pourrait , dit-on, rivaliser avec les tailleries de Hollande. Les alentours de la ville admirablement cultivés ont une grande valeur; et cette richesse est due surtout au génie agricole de ses habitants, car le sol par lui-même n’a rien de remarquable. Plusieurs champs y valent 10,000 fr. l'hectare et produisent en raison de ce prix. Ainsi les oliviers y rendent, comme dans les meilleures terres d’Italie. Le blé donne 25 et le maïs 80 pour un. La luzerne, favorisée par un sol crayeux, fournit jusqu’à six coupes par an.

Le reste du département est très-loin de cette supériorité industrielle et agricole. Cependant, il suit l'impulsion de son chef-lieu; d’autant plus que, sous les rapports animal, agricole et minéral, Arequipa, sans être aussi riche que Cuzco, est cependant parmi les favorisés du Pérou. Ainsi, en fait de mines, quoique beaucoup soient abandonnées faute de bras, quelquesunes ont été et pourraient être encore une source de richesses. L’une d'elles, découverte récemment, a donné pendant les premiers temps de son exploitation plus de 10,000,000 de francs par an.

Ce département renferme 200,000 habitants.

Sa capitale est Arequipa, la seconde ville du Pérou,

(l) La maçonnerie y vaut 16 fr. le mètre cube; très bas prix pour l’Amérique.

sa Catane^ par le ciel, les mœars et les malheurs ! Une des cités les plus curieuses à étudier pour son singulier assemblage de qualités et de défauts, qui la font tour à tour prospérer, puis languir, comme par une fièvre intermittente de succès et de revers.

Son climat et sa situation font d’elle, au point de vue naturel, un des lieux les plus séduisants du Nouveau- Monde. Son nom même, dit-on, lui vient de ses séductions. On raconte que l’Inca Maita-Gapac, passant par là au retour d’une expédition, y fut soudainement entouré par son armée, qui, captivée par le climat ou les accueils hospitaliers des habitants, demandait à rester là. Ce à quoi Tlnca aurait répondu par ces mots : t Ariquepaï : en quichua : arrêtez-vous. »

Dont on a fait Arequipa (1).

Mais ce beau climat est déparé par les secousses du sol. Presque tous les ans et souvent deux ou trois fois dans la même année, on y subit un tremblement de terre. Arequipa est sans^ cesse sous le coup d’une secousse terrestre ou d’une éruption, comme Résina sur le Vésuve. Fondée ou plutôt reconstruite par Pizarre en 1536, depuis ce temps jusqu’à nos jours, c’est-à-dire en trois siècles, elle s’est vue détruite treize fois et ne compte plus ses bouleversements partiels. Son dernier tremblement, celui de 1868, a été un des plus terribles et la pauvre cité ne fait guère que sortir de ses ruines. Mais son passé est là répondant de son avenir !

Au point de vue politique, c^'est la ville du Pérou qui a eu le plus d’influence sur les destinées de sa patrie. Lima est la capitale et le siège du gouvernement. Mais

. (l) Garcilaso de laVega dit, qu’en quichua ancien, Arequipa veut dire ; trompette sonore. Mais les habitants répudient cette étymologie, à tort ou à raison? j’en ignore.

Arequipa était la pépinière de ce même gouvernement ; en ce sens que la plupart des révolutions sont nées dans ses murs, d'où elle les lançait sur Lima. Or, on devine, sans que j’insiste, les sources d'avantages et de revers qui découlaient de cette idonéité; des emplois et des fortunes à flots, quand le soulèvement réussissait; l’écrasement quand il succombait ; et pour le peu- [)le, toujours, la misère, avec la longue kyrielle de souffrances que les commotions civiques, réussies ou non, traînent derrière elles.

Autant que les tremblements de terre peut-être, les troubles révolutionnaires d’Arequipa ont arrêté sa prospérité croissante.

Nous avons vu combien elle était industrieuse et manufacturière. Elle est do plus, par situation plutôt que par idonéités naturelles, très-commerçante. Trois départements et une partie de la Bolivie s'approvisionnent chez elle. Située à 40 kilomètres de l’Océan et séparée de lui par un désert de sable, elle possède à l'instar de toutes les villes sud-américaines du Pacifique, un port qui dépend d’elle; comme Givita-Veccliia dépend de Rome et en est la gare d'arrivée par mer. Islay ce port, le plus important du Pérou après Callao, avait naguère un mouvement commercial de 35 à 40 millions, qui doit être aujourd'hui plus que doublé par le chemin de fer de Puno.

Malgré cette multiple activité commerciale, industrielle, scientifique, Arequipa est en même temps d’une oisiveté créole ou plutôt intertropicale, à ne le céder à nulle ville même d’Orient, La mendicité et le lazzaronage régnent dans ses rues, comme à Naples. Pendant qu’une partie de la population s'ingénie et travaille, l’autre vit de farniente, de contemplation et de soleil, à la

croire payée pour cela; ou plutôt c’est cette même population qui tantôt travaille et tantôt paresse, aux caprices soudains de sa volcanique nature. Sous toutes les faces on trouve dans cette singulière ville une dualité de bien et de mal, qui semblent présider à sa vie entière. Mauvaise tête, mais grand coeur, sa population est capricieuse, futile, paresseuse, mendiante, turbulente, rebelle s’il en fût ; mais elle est en même temps accueillante, gracieuse, hospitalière, brave, libérale, généreuse, fière et patriotique ; comme une vraie race napolitaine dont elle semble la fille.

Les femmes y sont séduisantes au plus haut degré. Les Liméniennes elles-mêmes ne les dépassent point sous ce rapport. Jolies plutôt que belles, elles savent mieux que pas une darder sous leurs résilles leurs longs regards espagnols, demi chinois, à la fois provocants et prometteurs, qui font perdre la tête aux cœurs les mieux trempés. Leur coquetterie facile est même un des reproches qu'mon leur fait, juste ou faux, j’en ignore. Mais, n’en déplaise à la fatuité des voyageurs qui les accusent, il doit y avoir dans ces attitudes encore plus de bienveillance hospitalière que tout autre sentiment. L’affection, chez la femme, est chose si multiple, ondoyante et diverse !

De par ses séduisances, Arequipa, comme Lima à qui elle ressemble, malgré la jalousie qui les divise à tort, est une des capitales de l’hémisphère américain. Ses détracteurs eux-mêmes, et elle n’en manque pas, lui reconnaissent un charme hospitalier, le rêve des voyageurs. Weddel, dont le nom est un gage de sincérité, la regarde comme la ville la plus accueillante du Pérou, même avant Lima. C’est bien vraiment Naples on Gatane,sur le Pacifique ; par son ciel

sans nuages, ses douces brises et sa mer limpide ; par sonEtna-Misti, ses destructions et ses reconstructions incessantes ; par sa paresse aux accès intermittents de travail ou de désordre, aux élans passionnés d’arts, de sciences, de poésie, de liberté, de patrie; par ses chauds accueils et ses amours; tout ce qui fait la vie douce et bonne enfin! Catania, Napoli, Arequipa, citéssœurs, séduisantes et dangereuses, comme les volcans aux pieds desquels dorment leurs flammes, villes étranges qu’on aime et qu’on maudit, mais qui fascinent.

De par ces qualités et ces défauts s^’annihilant entr’eux, cette ville reste stationnaire. Comme elle a toujours son ciel, ses péris et ses hospitalités si charmantes qiConest partout en famille quand on est chez elle, elle va croissantet s’enrichissant à vue d’œil. En vain, ses paresses léthargiques Tétiolent; ses émeutes l’épuisent ; ses tremblements de terre la bouleversent; peu importe, elle va progressant. Mais un jour, subitement, une révolution ou un temblor plus puissant que les autres la détruisent. Tout est à recommencer !

Présentement, au temps dont nous sommes, elle compte 50,000 âmes et se relève du tremblement de 1868. Puisse Dieu la préserver longtemps et puisse-telle se préserver elle-même de toutes secousses naturelles et civiques : car elle est de ces villes privilégiées dont on dit comme de Naples, chaque fois qu’on s’y trouve : où aller où je serais mieux ? Ariquepaï : restons là.

Moquegua.

Le pays des volcans, jouit d’un climat salubre, mais

torride, au point que le manque d^eau, dans plusieurs de ses parties, sévit souvent comme une calamité. Au point de vue végétal et animal, c’est un des plus pauvres départements du Pérou, malgré ses fruits remarquables, entr^autres une espèce de raisin dont les grains sont de la grosseur d^un œuf de pigeon. La terre, et la très -bonne même, ne lui manquent pas, car tous les végétaux y sont excellents et y poussent à merveille — . quand on les arrose. Ainsi la vigne, nombreuse et productive, malgré la sécheresse, donne des vins et des eaux-de-vie remarquables. Mais Peau, l’eau ! Voilà ce qui manque à la Costa, surtout à ses deux extrémités, Piura, Moquegua et Tarapaca. Le soleil, pour eux, est pire que leurs tremblors et leurs volcans, à moins qu^on ne le désaltéré, il les brûle.

On va faire ou plutôt refaire sur Moquegua et ailleurs, sur différents points de la Costa, de grands travaux d^’irrigation, telsqu’en avaient construits les Incas : entr’autres l’aqueduc d^’llchusuma. Mais cela suffira-t-il? Le soleil a si soif sur celte côte 1 II boit tant et si vite quffi dessèche le sol avant qu^’on ait fini de Parroser I Si, à l’usage de ce Silène, et au nôtre, on tentait çà et là quelques puits artésiens ? L’eau ne demande peutêtre qu"à sortir : et si elle sortait, elle ferait comme en Egypte et dans notre Sahara algérien, des oasis où il n’y a que des déserts. Ce n’est pas une contrée de plaines , comme le Sahara, mais c’est le dos de la Cordillère, le pays aquatique par excellence : le bas de Titicaca et autres. Qui sait? Des sondages là-dedans amèneraient peut-être autant de Pactoles ?

La population de Moquegua est de 90,000 âmes. Son chef-lieu est Tacna comptant 24,000 hab. Bouleversée de fond en comble en 1833, cette ville aujour-

d'hui rebâtie à neuf^ augmente rapidement, grâce surtout à ses relations avec la Bolivie, alimentées par le chemin de fer qui la relie à son port, Arica. Détruite, elle aussi, en 1868 et ne se relevant qu’à peine de ses ruines, cette dernière n^’en est pas moins restée Tun des principaux ports du Pérou et plus encore qu^’Islay, le centre du commerce direct de la Bolivie avec le Pacifique.

Taràpaga (province littorale).

Doit sa récente création à son guano ou plutôt à Texploitation future de ce produit, que le Pérou commence à tirer de là. On estime les dépôts connus de cette seule province à 7,000,000 de tonnes, d"une qualité supérieure à celui des Chincha. Mais il est possible que Pextraction en soit plus difficile et coûteuse, à cause de sa situation sur la côte plutôt que sur des îles.

Nous avons regardé plus haut en détail ce singulier produit, la fortune du Pérou. Je n^’ai donc plus à y revenir. Toutefois, pour terminer^ je dois dire qu'mon la matière, les Péruviens me paraissent avoir mangé leur pain blanc le premier : ce qui est tout simple quand on trouve un pain aussi riche. Tobie lui- même aurait fait comme eux.

Mais évidemment c^est un de ces produits que les besoins monstrueux de notre humanité moderne vont encore épuiser avant peu, sans chances de le voir se reformer. Là, comme partout, les oiseaux s^en vont, efiàrés par nos chemins de fer^ nos vapeurs, toute notre bruyante civilisation actuelle. Nous tuons Panimal sauvage partout : il n’a plus que les pôles, pour vivre en paix sur notre planète.

Tarapaca possède des mines très-riches, notamment

celle de Huantajaya, où on a trouvé des blocs dVgent presque pur, d'aune grosseur considérable, entr’autres un de 368 kilog. Le borax, le salpêtre, dont l’importance de rendement marche sur les traces du guano, proviennent aussi de cette province. Nous regarderons ce dernier produit en examinant l'industrie du Pérou.

Par contre les déserts abondent, comme dans Piura, Il en est même un, où on subit, ainsi que dans le Sahara africain, des tourbillons de sable et le mirage amenant une inflammation des yeux nommée surunpi qui coûte parfois la vue. Ce désert, connu sous le nom de pampa del Tamarugal, n^en est pas moins une des richesses présentes et futures du Pérou. D’une étendue de 240 kilomètres environ en latitude, sur 100 kil. en longitude, il renferme sous ses sables ou mêlés avec eux, du sel, du borax et du salpêtre, à faire sauter le monde ; 6,000,000 de tonnes et plus, espère-t-on I C’est la dot offerte à ce Sahara par ses pères et mère voisins, les volcans et la Cordillère. Les feux des uns et les eaux de l'autre enfantent sous terre ces âcres produits et à mesure de leur travail créateur, ils enrichissent leur désertique enfant ; comme pour lui compenser les végétaux qu’ils lui ont enlevés par leurs éruptions et par ces présents mêmes I

Tarapaca, province, compte 70,000 habitants, et Tarapaca chef-lieu 10,000. Il est probable que le guano et le salpêtre vont faire pousser cette population, encore plus vite que celle d’Iça.

Le port principal de Tarapaca est Iquique, le centre de rembarquement du salpêtre : et dont, à ce titre, l’importance croît dans des proportions considérables.

Callao (province littorale).

Se compose presqu’uniquement de la ville dont elle a pris le nom : Callao, port principal du Pérou. Elle compte 30,000 h. sur lesquels 25,000 appartiennent à son chef-lieu. Plus des deux tiers du commerce de la république passent par là : donnant ainsi un va-et-vient déjà évalué plus haut à 300^000,000 de francs, sans que je puisse garantir l’exactitude de ce chiffre basé cependant sur divers documents. Un chemin de fer, le premier construit au Pérou (1850), le relie à la capitale en en faisant son faubourg commercial. Enfin, des travaux militaires bien entendus, dit-on^ protègent ce port du côté de la mer.

L’Espagne a dépensé à ces fortifications un argent désordonné, au point que Philippe III disait que, de son palais de Madrid, il pourrait les voir avec un télescope, tant elles devaient être énormes. Leur forteresse principale a coûté 150,000,000 fr. Mais du moins elles ont servi à plusieurs reprises : à PEspagne, pendant la guerre de Pindépendance et récemment, en 1866, au Pérou, contre la flotte espagnole. Ce serait donc faire oeuvre sage que de la munir d’artillerie moderne, en vue de nouvelles attaques à prévoir.

Le bombardement devient de plus en plus à la mode, avec les cuirassés !

En fait de constructions modernes, Callao possède un mole ou dock, l’un des plus importants de PAmérique, ayant 51,500 mètres carrés de surface. Bâti en fer sur blocs de béton, ce' mole paraît réunir des conditions exceptionnelles de durée et surtout de facilités de débarquement. On estime ses frais de construction à 50,000,000 fr. fournis par une compagnie au

privilège de soixante ans d’exploitation, dont dix exclusive. Bien qii’encore inachevé, il a déjà rapporté pour les quatre dernières années, 1870 à 1874, au-delà de 1,200,000 francs. Ses actionnaires et les Péruviens espèrent les plus grands résultats de cette construction.

En résumé, Callao, est un des ports les plus suivis du globe et tout fait présumer qu^il sera le premier de ^Amérique du Sud, non-seulement par son mouvement commercial toujours croissant, mais parles importants travaux qu’il achève ou prépare .

Par malheur, car au Pérou surtout, il faut que chaque grande chose ait une mauvaise face, la salubrité de Callao laisse plus qu’à désirer. Presqu’en toutes saisons, les maladies y sont nombreuses et la mortalité excessive : au point que si sa population n’était pas sans cesse ravitaillée du dehors, elle finirait en peu de temps. C’est pire que dans les villes manufacturières. Pourquoi ?

Par différentes causes, que le gouvernement péruvien devrait, ce me semble, chercher, puis supprimer. La première est l’insalubrité de la ville, dont les détritus accumulés dans le port fermentent par la chaleur et engendrent des miasmes délétères. La seconde, plus grave et plus difficile à faire disparaître, est probablement dans les eaux de la mer qui le baigne, dont la nature particulière doit être malsaine à l’homme, comme elle l’est aux animalcules. Cela porte même un nom : la peinture. De décembre en avril surtout, la mer à Callao comme à Lambayèqiie au nord, a la bizarre propriété de changer de couleur environ trois fois par 36 heures, assez régulièrement. Elle est tour à tour jaunâtre, puis noire-verte et enfin blanche : peignant alors en blanc tout ce qu’elle baigne, même les navires, et, à certains

moments, exhalant une odeur nauséabonde très-prononcée.

Quant aux causes de ce phénomène, les opinions sont divisées. Les unes l’attribuent aux passages de matières organiques descendant des Andes par le Rimac. D'autres aux immondices du port. Mieux inspiré , à mon sens, M. Hutchinson croit que ce changement provient de la coïncidence des courants circulaires du golfe de Gallao et de gaz sulfureux, s'échappant de son fond volcanique. Là, comme sur plusieurs points, l’Océan charrie des milliards d’animalcules microscopiques, des diomélacées, sortes de colimaçons imperceptibles, dont les débris de coquilles forment des amas inouis, tels que les craies de la Champagne, par exemple. Ces pullulants arrivent vivants et jaunâtres du fond où le courant les a pris ; passent au-dessus des gaz volcaniques qui les tuent et alors deviennent noirs-verdâtres ; enfin, morts tout-à-fait, devenus blancs, coquilles, tels que nous les connaissons, se déposent partout : tandis que, charriés par de nouvelles eaux de nouveaux arrivants remplacent les premiers et subissent les mêmes phases. Puis ainsi sans cesse, jusqu'à la fin du banc annuel de diomélacées, apporté par l'Océan.

Il y aurait beaucoup à dire là-dessus; mais, en tous cas, on pourrait s'assurer du fait par des analyses et y remédier, peut-être ? Soit en changeant la direction des courants par des travaux avancés, soit en repoussant les animalcules, etc. Cela n’empêchera personne de mourir; mais, enfin, on mourra moins à Callao. Si tant est que cette peinture soit la principale insalubrité de la ville : car nous en savons si peu sur nos causes de mort comme de vie l Ignorants d'où vient l'une où va l'autre, ce que nous faisions avant et ferons après,

ce que nous faisons même entre les deux, sur eë monde ?

Un cycle, comme celui des diomélacées, qui nous apporte vivants et nous dépose morts ? Cela est évident. Mais qu’est-ce que ce cycle? une expiation ? une œuvre? une éprouve? On a beau chercher, on né trouve rien de plus que le rien de Musset, à savoir :

Que sans savoir comment, je vais je ne sais où.

Tels sont les départements et les villes principales du Pérou.

Ce qui frappe le plus, à mon sens, dans le voyage que nous venons de faire, est la diversité de la nature péruvienne, ses faces multiples et brillantes, à facettes de diamant. C^est que, comme je vous le disais en décrivant la Cordillère au début de ce livre, tout se trouve dans ce riche pays : tout. Si, comme au temps d’Asmodée,. je devais aller, je ne sais où, sur quelqu^autre planète à génies curieux, porter un échantillon de notre nature terrestre, je leur porterais le Pérou comme lé spécimen le plus complet de notre globe.

En attendant ce nouveau voyage^ je résumerai mes impressions au sortir de ce chapitre, en disant que sTl me fallait comparer le Pérou à quelque pays d’Europe connu de nous, je le comparerais à l’Italie. Non pas, évidemment, à l’Italie telle que la parcourent lesTouristes affairés de nos jours : la banale aùbergé, maquignone écarts, mendiante et rufîane

Que tdut père à sôn fils payé ù Sa puberté.

Mais la grande Italie, notre mère, la vraie : celle qui

domine l'Europe, non-seulement du haut de son grand passé, mais du haut de sa belle et multiple nature. L'Italie de l'Apennin, de l’Adriatique, du lac de Corne et du Vésuve : de la République romaine, des Césars, des Papes, des Médicis, des Républiques du moyen-âge, de Victor-Emmanuel et de Garibaldil L’Italie de Virgile, d'Horace, de Tacite, de Pétrarque, du Dante, de Machiavel, de Titien et de Michel-Ange ! L'Italie de Rome, de Capoue, de Florence, de Naples, de Pompéï, de Palerme, de Gênes, de Milan et de Venise! Autant de diamants enchâssés dans leur écrin de commune patrie, et, cependant, si différents entr’eux qu’aucun ne ressemble à l'autre.

Non pas évidemment par l’histoire, les grands hommes et les vieilles cités artistiques ; mais par les beaux deux, les monts, les lacs bleus, la cœruleum mare, le sol volcanique et frémissant : par leurs passés tou remplis de commotions soudaines, d'immigrations multiples, de races et de civilisations superposées : par leur commune nature intelligente, souple, gracieuse et patriotique : par leurs villes hospitalières aux moeurs et aux aspects variés : l’Italie et le Pérou se ressemblent entr’eux comme deux sœurs aînée et cadette, l'une aux tempes blanchissantes, l’autre adolescente, mais de même galbe toutes deux, de même nature physique et morale.

Lorsque les chemins de fer, qui vont incessamment tracer partout ce monde indécouvert, quoique souvent parcouru, y promèneront à son aise la civilisation moderne, l'humanité trouvera-là probablement une moisson nouvelle de ressources imprévues. Alors, tout à coup, on verra le double flot émigrant de l’Asie et de l'Europe, arriver sur le Pérou par ses deux côtés, le féconder sous une marée humaine plus puissante encore

que celle de rAmérique du ISord, et ainsi façonner quelqu’Italie future du nouveau monde ! C’est ce que je lui désire et ce qu’il me semble entrevoir dans un crépuscule d^a venir, éclairé par le travail même que nous venons de faire de compagnie.

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