‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 27 sur 47 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Agriculture.

Les méthodes chinoises de la Costa. Projets d’irrigation : 200,000,000 de mètres cuhes d’eau en réservoir. La canne et la betterave. Cultures de la Sierra. Le jardin de ville de la Montana. Les chacras : comment on les fait et ce qu’elles contiennent. Avantages comparés des procédés agricoles du Pérou et de ceux de l’L,urope.

L^’agriculture péruvienne est peu de chose comparativement à la nôtre. Cependant, sur certains points du littoral, elle est beaucoup plus avancée qu^on ne le pourrait supposer d’après l’état général du pays à ses autres points de vue. Les étrangers, Américains du Nord, Anglais, Français, Chinois, etc., sont là avec leurs activités d^’émigrants et galvanisent incessamment Tindolence des naturels. Par contre, la Sierra et surtout la Montana où il n’y a guère que des indigènes indiens ou Espagnols, sont aussi en retard que du temps des Incas, sinon davantage.

Sur la côte du Pacifique, partout où la culture est possible, les terres sont cultivées. Mais les Péruviens, à beaucoup d^’égards, paraissent en être encore à l’agriculture de Manco-Gapac, comme jadis les Athéniens, d’après Triptolème ; et, de même que beaucoup de cultivateurs de chez nous, semblent ne pas vouloir sortir de leur routine. De plus, il est probable que leurs anciennes pratiques, leur venant d’Asie, ils les conservent en vertu des souffles et des immigrants asiatiques qu’ils reçoivent plus que les nôtres. Quoiqufil en soit, leurs procédés agricoles sont chinois plutôt qu’eüro-

péens. Il y a évidemment exception à cette tendance générale ; mais à un point de vue d^ensemble, on peut dire qu’ils cultivent à Tantique, avec des arrosages primitifs^ économes et ingénieux, avec du travail de main, des soins assidus, de la patience, du temps surtout : bien plutôt que selon les méthodes anglo-saxonnes, c’est-à-dire avec des machines, à la vapeur, à coup d’argent et de fièvre, sans repos jamais.

Sur quelques points, tels que les banlieues de Lima et d’Aréquipa, cette culture est aussi belle que celle des environs de nos grandes villes. Arbres fruitiers, céréales, légumes et fleurs, se disputent le sol à champs couverts. Pas un pouce de terrain qui ne soit arrosé, fumé, sarclé, comme un marais parisien on un fond de vallée sicilienne. La terre, là aussi, vaut de l’or et rapporte de Por.

Le Gouvernement péruvien projette de faire de grands travaux d'irrigation, dont l'exemple lui a été donné par les Incas ou même par leurs prédécesseurs qui, dès avant l'arrivée de ces souverains, aménageaient les eaux delà Cordillère pour irriguer la Costa. Non-seulement l'histoire raconte ces pratiques en détail; mais on trouve de tous côtés des vestiges de canaux dont plusieurs servent encore. Il me paraît même probable, tant cette irrigation était considérable et bien entendue, qu’elle avait été apportée au Pérou par les émigrants chinois d’alors, ces irrigateurs par excellence et dès la plus haute antiquité. Les Incas n’ont fait que suivre leurs enseignements, que les Péruviens suivent à leur tour en les améliorant : comme tout ce succède ici-bas sur ce monde, où

C’est imiter quelqu’un que de planter des choux.

Musset.

AGRICULTURE

Plusieurs grands projets de ce genre sont, dès aujourd’hui, à l’étude sur la Costa.

Ainsi, à 31 kilomètres de Piura, un barrage-réservoir qui devra contenir 200 millions de mètres cubes d^eau. Près de Lima et à son usage surtout, un réservoir en fer sur le Rimac, contenant 35 millions de mètres cubes. A Aréquipa, Tarapaca, Tacna, des canaux d’irrigation considérables dont le dernier, celui d"’Ucliusuma, n^’a pas mdins de 46 kilomètres de parcours et traverse un tunnel de 750 mètres de long.

Enfin, en vue d^aménager les eaux plus facilement, en modérant leurs chutes torrentielles, le Pérou projette de reboiser sa côte presque de bout en bout, avec toutes espèces d^essences forestières : comme celanous a si bien réussi en France avec des sapins, dans les Landes, en Auvergne, etc. Si ces reboisements se font, les Péruviens actuels créeront ainsi, pour leurs descendants surtout, une ressource précieuse qui manque absolument aujourd’hui sur la Costa, le bois.

En admettant qu’une portion seulement de ces grands travaux s'exécutent, comme il y a lieu de l'espérer, cette partie du Pérou prendra une valeur agricole qui pourra rivaliser avec celle de plusieurs contrées de l’Italie. Manioc, riz, maïs, caféiers, cotonniers, etc., s'étaleront par vastes champs cultivés comme dans le sud des Etats-Unis. Quelques-uns déjà ont tellement prospéré depuis ces derniers temps, que la canne à sucre, par exemple, y va tout à l'heure détrôner notre pauvre betterave.

Ainsi, aux environs de Lima et s,ur divers points de la côte irrigués, la canne pousse bien mieux qu'aux Antilles. De dix-huit en dix-huit mois, deux en deux ans au plus, elle donne, sans avoir besoin d’être replantée

jusqu’à dix récoltes consécutives. On estime le rendement d’un hectare de cannes à une valeur annuelle de 3 à 4,000 francs. Plusieurs usines à sucre, établies à portée de ces fructueuses plantations, fabriquent par jour de 30 à 40,000 kilog. de sucre qui, à raison de 50 centimes environ le kilog., donne par jour un rendement brut de 15 à 20,000 fr., soit 7,300,000 fr. par na, dans les années non bissextiles 1 Mais quand même to.ites ces usines seraient d’essence anglaise, greffée sur américain, je connais trop bien les mœurs péruviennes pour ne pas être certain que, tous comptes faits, elles chôment en moyenne plus qu’elles ne travaillent. Il y a tant de fêtes et dimanches au Pérou !

Quoi quffl en soit, tenez-vous bien, oh ! betteraves, mes compatriotes ! Ou plutôt tournez-vous de plus en plus vers le bétail; il vous saura gré de vos préférences et graissera de son mieux pour vous manifester sa gratitude. Mais quant à du sucre, faites en peu à peu votre deuil, vous ne pouvez pas plus rivaliser avec la canne que les vignes de Suresnes avec celles de Bourgogne. Des animaux, de la viande, des œufs, pour le Gargantua moderne qui, chaque jour, dévore un peu plus que la veille : le moins d'industrie possible. Tel est, à mon sens, le véritable avenir de notre agriculture.

La Sierra est dans des conditions toutes différentes. De par ses montagnes et ses immenses pâturages, elle est beaucoup plus pastorale qu'agricole. En dehors de ses vallées, il n’y a même que peu ou point de culture réelle, non que le sol s’y refuse, mais parce que ses rares habitants préfèrent avec raison l’élevage des animaux à celui des plantes. Ils ne cultivent, pour la plupart, que juste ce qu’il leur faut de végétaux pour vivre; ainsi, un peu d’orge, des pommes de terre, des

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chénopodium quinoa, dont les graines se mangent en potage ou en gâteaux et dont les feuilles remplacent notre épinard ; du maïs, entre autres une variété connue sous le nom de maïs sacré qui, comme le quinoa, a mérité et mériterait davantage encore les honneurs de racclimatation pour ses qualités nutritives et sa facile culture. *

Par coirtre, les plantes fourragères poussent là si abondantes et si riches qu'elles pourraient nourrir des bestiaux presque autant que les savanes de notre Guyane. Ainsi, pour en donner une idée, la luzerne y vaut toute fauchée, entre 5 et 6 centimes les 10 kilog., c’est-à-dire le vingtième environ de ce qu’elle vaut chez nous. C’est le pays des troupeaux dont l'élevage sera l'une des richesses duPérou, comme ses armes l’indiquent, comme déjà, peu à peu, cela commence d’être, ainsi que nous le verrons au chapitre des animaux.

La Montana, sous le rapport agricole, est dans un état primitif singulier .

D'abord là chacun travaille la terre, par lui-même ou par ses gens, dans une proportion quelconque. Mais il ne la travaille que pour lui, pour avoir ce qui lui faut, et, au jour le jour, ou à peu près. L’agriculture n’y est pas objet de négoce, à cause de la richesse du sol et de son peu de valeur, des facilités de la culture, des difficultés du transport, des mœurs locales surtout, qui font que les vivres étant à vil prix, on ne pense pas à les vendre. Mais, par contre, si tel oujtel pays, de mille habitants par exemple, avait à nourrir seulement cent voyageurs, il lui faudrait demander des vivres au fleuve ou à la forêt, qui en donneraient facilement d’ailleurs, car ils sont assez riches pour fournir à eux seuls plus que toutes les cultures ensemble.

Par suite de ces mœurs, chaque citadin de la Montana, quelque pauvre quhl soit, possède à la fois maison de ville avec jardin et maison de campagne avec défrichement, d’où il tire tout ce qui est nécessaire à sa vie.

En fait de luxe et de confort, les maisons, même les plus fortunées, ne sont pas riches. Celle de ville est le plus souvent en terre battue, plutôt qu’en briques ou en pierres^ à moins quÙl n’y en ait abondamment dans le pays. Ses toits sont en tuiles grossières ou en feuilles de palmier tressées, d’ailleurs très-agréables à l’œil. Les meubles, légers, grêles, en bois ou en canne, comme dans tous les pays intertropicaux, ne sont rien, même dans les maisons opulentes. Et, quant aux mille bibelots de luxe qui garnissent les nôtres, on ne comprend même point que nous nous encombrions de cela sans en être marchands : ce qui n^’est pas très-déraisonnable, ne nous en déplaise. Car je voudrais bien savoir à quoi nous servent les monceaux de potiches, de plats, de meubles, d^’inutilités de tout genre qui font ressembler l’appartement de chacun de nous à une boutique de bric à brac, arrangée pour des chalands. Mais ceci soit dit, entre nous, crainte de troubler les différents maniaques adonnés au bibelot, entr'autres votre serviteur.

Par contre, le jardin est luxueux à sa manière. Sa base est un bois àQ'platanos, bananiers, le végétal par excellence, l’arbre d’Adam, assurent-ils gravement; parce que c’’est une banane qui a perdu notre père, et, l’ayant perdu, l’a fait rougir, puis se couvrir avec les larges feuilles du bananier ! Les Normands disent que c"est la pomme, les Algériens Porange, les Guyanais la mangue, etc. A vous de voir lesquels ont raison ? Pour moi, je m’y perds, je l’avoue. Mais quel que soit le fruit

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corrupteur de nos premiers parents, le platane n^en est pas moins tout ou à peu près pour le Péruvien ; aussi a-t-il tous les honneurs de son jardin.

Ce bois donne’ de l’ombre avec ses feuilles vivantes, des matelas avec ses feuilles mortes, et, avec ses fruits, le pain quotidien de la famille, l’avoine du cheval et le régal des porcs; car bêtes et gens tous vivent plus ou moins, de ce végétal- arbuste, sous lui et sur lui. Mure et crue, ou verte, grillée sous les cendres, ou bouillie et réduite en marmelade oji en pâte sèche, en confitures, en boisson fraîche ou fermentée, la banane est pour ces pays la ressource universelle. Un seul régime contenant de 60 à 100 fruits, fait vivre une famille pendant un jour, et elle ne s’en lasse jamais, pas plus que nous ne nous lassons de pain et devin, ce que la banane représente à la fois, dans la Montana.

Autour de ce bois, quelques arbustes à cacao, autant de buissons-arbrisseaux à café et à coca, des vanilliers et surtout des fleurs d^Europe, des roses entr^autres, répandent leurs senteurs pénétrantes. C'est tout. Un Péruvien qui se respecte rougirait de cultiver des légumes en ville, comme un citadin de chez nous. Son jardin est à la fois le boudoir de la Senora, la chambre du mari, le square des enfants, le salon de réception de la famille, quand il ne pleut pas. Elle y vit tant qu’elle peut, mollement bercée dans ses hamacs, aux parfums de ses fleurs ou de ses cigarettes, jasant, riant, sommeillant plutôt que vivant la plus insouciante existence qui soit sous le soleil.

La demeure de campagne, la Chacra, ainsi qu’on la nomme, est toute autre chose .

La maison n’est qu’un toit de feuilles tressées, supporté par des baliveaux ou des arbres, étêtés, sans

murs, sans autres meubles que des hamacs tendus dans tous les sens: quelques poteries pour la cuisine, autant de nipes pendantes sur une ficelle, des fusils accrochés aux baliveaux, puis invariablement un feu fumant dans un coin. Un vrai carbet d’Indien enfin, sauf les hardes et les fusils.

Quant au jardin, voici comment on le fait et ce qu’il est.

Autour du dit carbet^ à proche portée de la ville, autant que possible, dans la forêt prochaine, sur le bord d^’un fleuve, on choisit un espace d'’un demi hectare environ, bien que la terre là soit à tout le monde, sans impôts, et, que chacun en prenne ce quAl veut. Mais un demi hectare sutfit et au-delà. Sur ce terrain, on abat, à trois pieds de terre, et souvent au feu s’il a voulu prendre, tous les arbres qui s’y trouvent. Les troncs restants ne sont pas mêmes arrachés et se dressent çà et là dans chaque défrichement, comme des poteaux brisés. Quelques-uns des arbres abattus serrent à faire le carbet et le trapiche, autrement dit Talambicà tafia. Le reste est brûlé ou entassé dans un coin comme chose inutile.

Cela fini, la ferme est établie. Il n’y plus qu’à la faire rapporter.

Dans ce but, sur cet espace ainsi découvert, on plante chaque fruit ou légume, les uns sur les autres ou à peu près, comme cela se trouve. On plante à la houe, ou plutôt au bout de bois, selon le mode usité chez nous pour les colzas, mais sans façons préalables d'aucune 'sorte, car bêche, herse, charrue, etc., tout cela est inconnu. Vous feriez rire aux larmes ces bien-aimés de la nature, si vous leur parliez de labourer, fumer, etc. A quoi bon en effet ? Puisque sans tous ces soins inuti-

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les, chaque chose pousse belle et bonne, rapide et abondante, à ne pas désirer mieux. Tout au plus arrachentils de temps à autres quelques mauvaises herbes et greffent-ils certains arbres, tels que Toranger, afin d^’avoir des fruits moins acides.

Quand le végétal est mûr, ils le récoltent et l’emportent en ville, à dos d’Indien ou de mulet. Puis, sur l’heure, sans avoir besoin de suivre les saisons, sans se donner le mal de retourner la terre, presque dans les mêmes trous où ils ont fait la récolte ; ils plantent de nouveau !

Et cela pousse comme la première fois ! Et aussi vite et aussi bon, tant cette terre a de sucs !

Cependant comme tout s‘’use ici-bas, même le sol de la Montana, il vient un temps où, à force de toujours donner sans jamais recevoir, ce sol se fatigue. Aussitôt, sans plus de façons et avec moins de regrets que nous ne quittons une chambre d’hôtel, le Péruvien quitte sa chacra. Un beau matin, il prend sa hache, abat les arbres voisins puis les brûle et son nouveau champ est fait. Il ne lui faut pas plus de temps ni d^’argent que cela pour changer de domaine. La terre ne vaut pas mille francs Phectare ou le mètre ! En a qui en prend, comme de Pair chez nous !

Si misérable qu’il soit en apparence, ce pauvre défrichement est ce que l’habitant de la basse Cordillère aime plus que sa maison de ville, comme nous aimons nos terres de famille, parce que c’est là qu’est sa vraie , vie large et libre, au grand air, sans voisins ni convenances pour absorber les deux tiers de sa vie. De plus, tout lui vient de là comme dùme Providence : la canne à sucre pour faire de Paguardiente, le tafia au moyen d’un pressoir muni d’un alambic en bois ; les fruits et

légumes, tels que citrons, oranges, abacates, chiriraoyes, ananas, pommes de terre, patates, carotes, haricots, lentilles, salades, piments, etc. : du coton pour tisser ses draps, ses chemises, ses hamacs : des ricins et autres oléagineux pour avoir de riuiile : du tabac et du bon, je vous assure, pour la femme et les enfants, comme pour le mari, car toute la famille fume : des plantes médicinales, surtout des purgatifs, dont il fait un usage immodéré, etc., etc.

Comme on le voit, c’est très-simple une chacra, c’est l’agriculture, telle que la devait pratiquer l’homme à ses débuts de glèbe. Cependant on ne trouverait peutêtre nulle part une ferme capable de donner seulement le dixième des produits de ce misérable défrichement et surtout de les donner aussi vite et d’aussi bonne qualité.

Là, presque tous les légumes viennent à terme en trois mois, la canne à sucre en six mois, trois fois vite comme sur la Costa, le bananier en 300 jours. Le café, le riz, la canne et la plupart des arbres fruitiers donnent deux récoltes par an. La canne repousse sans être replantée pendant dix années consécutives. Les patates et les bananiers produisent toujours, comme du pré qui se resème de lui-même, sans autres soins que celui de les sarcler de temps à autres, de leurs herbes et insectes parasites.

C’est le paradis du végétal, et, par suite, vous le verrez si vous allez jusqu’au bout de ce livre, le paradis terrestre de l’homme !

Telles sont les diverses agricultures du Pérou. En résumé, on peut dire que les procédés de ce pays si on les envisage à notre point de vue européen, sont encore dans l’enfance, en ce sens que l’agriculture n’y existe

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qu’à coups de bras ou grâce à la richesse du sol. Mais envisagé au point de vue asiatique qui pourrait bien être le plus large donc le meilleur — ils sont plus avancés que les nôtres, parce qu’ils font vivre plus de monde dé là vie- cultivante, la vraie vie en soniiné. L’agriculture ne s’y traîne pas à la remorque de rindustrie. Elle y occupe l’homme au grand air et non dans des ateliers où il végète empilé. Elle le fait rester dans les campagnes, où il vit sans souffrance, au lieu de le parquer dans des villes où il dépérit maladif et si misérable souvent, qu^’à chaque instant on Yj voit rejeter l’existence, comme un manteau de Déjaniredont le seul remède est la mort !

Le principe économiste présentement admis en Europe est, produire beaucoup et à bon marché, ce qui est,

en effet, la première nécessité de nos populations agglomérées. Mais est-ce vraiment pour les peuples la loi du bonheur et croit-on que dans Eindastrieuse Angleterre, par exemple, Ehomme soit généralement heureux, aussi heureux qu^’en Italie ou en Sicile, où il ne vit guère que de culture? Pour ma part, je fais plus qu^’en douter. La vie du paysan m^’a toujours paru de beaucoup préférable à celle de Ehabitant des villes et nulle part la quiétude ne m’a semblé aussi complète que dans le pays primitif, dout je viens de raconter la primitive agriculture. Chateaubriand, démodé aujourd’hui, mais qui n’en restera pas moins le plus grand écrivain de la Restauration, disait avant de mourir que sùl avait à recommencer sa vie, il se ferait petit propriétaire, cultivant de ses mains, parce que le bonheur était là.

Or, pour les sociétés comme pour les individus,. tout est là : le bonheur. Passer sa vie le plus quiétement

possible, sans trop de gloire mais sans trop de souffrances. Ni Versailles, ni Louvre; mais point de ruines fumantes I Le bonheur général^ tel doit être d’abord le but des sociétés et de ceux qui les gouvernent (1).

(l) Voir le chapitre xx sur l’industrie.

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