‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 29 sur 47 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Industrie.

Son peu d’importance. Les mines et leurs difficultés. Histoire d’une compagnie anglaise dans les mines de Tapuani. Procédés employés au cerro de Psfsco. Rendements et travaux des mines de Pasco, Huayllura et Santa-Barbara. Lavages d’or sur les fleuves. Les placers-syrènes des deux Amériques. Le salpêtre : son exlraction, préparation et valeur. Les chapeaux dits de Panama, leur matière première. Cherté de certçiqs objets manufacturés et sa raison d’être. De la différence (ju’il y a entre l’industrie et le bonheur.

LTndustrie non-seulement n^est pas importante, mais tout ce qui est fabrique à un titre qyielconque pst antipathique à la nation Péruvienne en général, par nature d'hêtres, de pays et de souvenirs nationaux.

Du temps des Incas, les manufactures étaient défenr dues par les lois de l’empire. Chacun devait façonner cç dont il avait besoin, ses vêtements, sa nourriture, ses armes même. Pendant la période espagnole, la colonie, recevant tout de la mère-patrie, n’avait que faire de fabriquer quoi que ce fût. Si on joint à cela que les Péruviens sont trop enclins au farniente par climat et trop riches par patrie pour travailler beaucoup, on comprendra facilement que l’industrie soit peu florissante chez eux. Ce n’est que plus tard, lorsque leurs champs fatigués et leurs villes débordantes les forceront à se créer des ressources factices, qu’ils se mettront aussi à s’entasser dans des ateliers -ruches.

Toutefois, comme rien n’est absolu en ce monde, on compte un certain nombre d’industries généralement entreprises et menées par des étrangers, mais qui n’en

appartiennent pas moins à la nation Péruvienne, et, à ce titre, ont droit à notre examen, puisque nous sommes ses visiteurs.

Depuis quelques années surtout, depuis le grand mouvement du Pérou, les affaires industrielles ont pris un essor inusité jusqu’alors et dont le guano a été le germe. Ainsi, on compte trente à quarante grandes sociétés ou compagnies, fondées par actions^ pour les chemins de fer, la banque, les assurances, le gaz, l’eau, à Lima, un mont de piété et ses magasins, le pétrole^ le sucre, quelques mines de métaux et de charbon, les constructions, la navigation du Pacifique, la télégraphie, les extractions de salpêtre et de guano, plus toutes les industries particulières.

Les chemins de fer ont absorbé depuis leur création jusqu’à leur achèvement prochain, tel qu’il est établi en prévisions actuelles, un milliard environ. Le guano nécessite l’emploi annuel de 150 à 200 millions de francs. On évalue le capital des grandes sociétés civiles indiquées précédemment à 150 millions, argent versé, et 300 millions en capital nominal, ce qui, considéré comme formant moitié de l’industrie privée, donne 600 millions pour le tout : soit 1,800 millions environ d^'argent industriel. Mais je iPai pas besoin d'ajouter que cette appréciation purement arbitraire et approximative, à quelques centaines de millions près, ne doit être regardée que comme un de ces chiffres financiers, à usage d'économistes plus ou moins nuageux maigre leurs positivismes d’apparence.

Après les chemins de fer énumérés avec les travaux publics, comme appartenant en général à l’État, et le guano que j’ai senti le besoin de classer aux produits, parce que c'en est un plutôt qu’une industrie, les mines

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viennent en première ligne au point de vue industriel.

Leur exploitation a dû exister au Pérou dès les premières grandes immigrations chinoises, qui de suite probablement, seservirent de métaux pour bijoux, outils et vases : comme Tindiquent plusieurs antiquités retrouvées, la tradition et les excavations nombreuses pratiquées dans les sols métalliques. Cette exploitation d^abord facile, à fleur de terre, comme elle a commencé de s’opérer de nos jours en Californie, est devenue de plus en plus difficile et par suite perfectionnée, à mesure qu’elle avance en âge. C’est le propre de tout ici-bas, hommes et choses!

Ainsi, avant les Incas et même pendant les premiers temps de leur domination plus conquérante que civilisatrice, le métal évidemment se trouvait à fleur de terre. Il n’y avait guère qu’à le ramasser. Plus tard, dès avant la grandeur de leur empire, on creusait déjà çà et là, même assez avant, comme l’indiquent plusieurs mines de leur temps retrouvées intactes. Enfin, sous les Espagnols, ce genre d’industrie était à son apogée, non de perfection mais de production, puisqu’on 1791, au déclin de leur période, on comptait encore en activité 70 mines d’or, 834 d’argent, 40 de mercure, 12 de plomb, 4 de cuivre, etc.

De nos jours, ces exploitations viennent de subir une phase très-marquée de décroissance, dont elles se relèvent surtout depuis peu, mais qui dure encore. A la suite de l’appauvrissement de la population et des troubles de l’indépendance, la plupart des mines ont été abandonnées. Les eaux les ont remplies, puis la richesse des placers californiens et autres empêchant la spéculation moderne devenir les vider, le plus grand nombre dort en attendant l’heure d’un réveil que les chemins

de fer vont opérer tout-à-fait : parce que l’incroyable état des routes arrêtait cette industrie plus à lui seul que tous ses autres impedimenta réunis.

Le fait suivant raconté dans nos annales du commerce, peint les difficultés encore aujourd'hui existantes dans ce genre de travaux.

En 183G, une maison anglaise acheta les mines d’or deTipuani et celles d'émeraudes d’Illimini, situées près de la rivière du même nom, dans la Sierra. Aussitôt, cette maison se mit à exploiter son acquisition, avec l’habileté pratique de nos voisins en fait d'industrie.

Ses mines manquaient de vivres, faute de végétation possible dans le voisinage, et on n'en pouvait avoir' que dans les vallées de la Bolivie, de l'autre côté d’un lac considérable, interceptant les communications. Les Anglais achetèrent à un vieux navire condamné qui finissait de pourrir dans le port d’Arica, ses agrès, ses ancres, chaînes, cables, etc. Puis, avec des difficultés et des dépenses énormes, ils transportèrent tout cela à travers les Andes, jusque sur les bords du lac. Là, on fit venir à grands frais des charpentiers d’Arica. Une espèce de chêne indigène fournit le bois et, au bout de deux ans, un navire apportait jusqu’aux pieds des mines toutes les denrées nécessaires.

L’exploitation avait des vivres, mais elle manquait de voies d’écoulement, telles que routes ou rivières navigables. On creusa un canal alimenté par l’eau même des mines et portant neuf écluses. On y installa des bateaux plats en fer à l’aide desquels on éleva le minerai jusqu’à une hauteur de 33 mètres d’où un chemin de ferle transportait à la fonderie. Enfin, pour se mettre en communications avec les routes carrossables du bord de la mer, on ouvrit à travers la montagne de Lacay-

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cocha uii chemin de cent kilomètres, par lequel arriva bientôt sur les Andes la première machine à vapeur qui les ait gravies.

J'^ignore quel a été le résultat final de tant de travaux et si leurs auteurs ont été rémunérés de leurs peines. Mais, quoi qu’il en soit, cela peint les difficultés de l’industrie minéraliste au Pérou : difficultés de vivres, d^’inondations, de bras, de transports surtout. Il faut que le minerai y soit riche comme il Pest pour donner encore des produits fructueux au prix des labeurs qu’entraîne toute exploitation de cette nature.

Les méthodes d’extraction se ressentent naturellement de ces difficultés. Les améliorations ont mille peines à franchir ces barrières multiples qui ferment l’entrée du pays aux hommes comme aux choses. Dans la plupart des mines, on ne se sert que des anciennes méthodes usitées il y a des siècles, c’est-à-dire qu’on y travaille presque sans machines, sans même employer les procédés nouveaux d’amalgames ou de fusions inventés par la chimie moderne.

Voici l’une de ces méthodes et des plus usitées : celle qu’on employait naguère encore à Pasco, dans la mine de Lauricocha, une des principales du Pérou,

Au sortir de terre, le minerai est transporté dans des moulins, où, des meules, mouvées par des roues hydrauliques, le broyent. De là, il est amené au huitron, cour pavée où on l’essaye. Lorsqu’on sait ce qu’il doit produire, on y ajoute du sel dont la quantité varie suivant la qualité du minerai, et on triture le tout à l’aide de chevaux : c’est ce qu’on nomme le fourmillement . Cette opéi*ation faite, on verse du mercure et on mélange de nouveau par le même procédé. Enfin, suivant l’état de la masse ainsi produite, on y ajoute soit de la

chaux^ soit de la boue, etc., pour modifier son état.

Cela fait, la mixture argentifère est complète. On la laisse reposer pendant deux à trois mois, au bout desquels on la met dans des entonnoirs dont le fond est formé par des tamis de crin. Là, l’eau terreuse s'égoutte. La pella, c’est-à-dire l’amalgame d'argent reste à sec sur les crins, d’où il est porté dans des creusets d’argile munis d'un canon de fusil, dont le bout plonge dans un vase plein d’eau. On chauffe. Le mercure s’évapore par le canon. L’argent reste pur au fond des creusets.

On calcule que cette main-d’œuvre excessive et la perte de mercure estimée à 75 0/0, coûtent, par chaque kilogramme d'argent, 133 francs, c’est-à-dire les quatre sixièmes environ de la valeur du métal. Ces procédés ont été améliorés dernièrement, mais il y a de nombreuses et importantes réformes à opérer encore.

Outre ces difficultés, la plupart des mines en ont à souffrir une autre, non moins grave, le manque de combustible. S'il y avait des canaux ou des chemins de fer, chaque exploitation aurait du bois et du charbon, car l’un et l'autre abondent au Pérou. Mais, comme ces deux produits ne se trouvent point partout, les fourneaux qui n’en ont pas à proche portée, sont réduits à employer de la tourbe, de la terre mélangée de paille ou de la taquia, autrement dit de la fiente de llama. Ce singulier combustible est, d'ailleurs, le seul qu’on emploie sur plusieurs points de la Sierra où il joue le rôle de la fiente de chameau dans notre Sahara d'Algérie.

Enfin, on manque de bras. Beaucoup de mines chôment, faute de mineurs, et, dans celles qui en ont, les ouvriers exigent des salaires de 15 à 30 fr. par jour, sans devenir plus riches pour cela. Car, non-seulement

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la vie y est à des prix excessifs ; mais les maladies qui régnent à l’état permanent, raréfient le travail et absorbent le salaire à mesure qu^’il arrive. C’est tantôt la fièvre périodique^ maligne, pourpre , etc. ; tantôt le point de côté ou un tremblement incessant produit par Tabsorption du mercure.

Malgré tout, telle est la richesse métallique de ce pays que l’industrie minérale y a une importance considérable. Quelques-unes de ces mines donnent des revenus énormes et sont de véritables cités, non par leurs travailleurs, mais par leurs dédales souterrains.

Ainsi, dans le département d’Aréquipa, la mine de Huayllura, découverte par un Indien nommé Angelino Torrès, a rendu en trois ans plus de trente millions de francs. Mais elle produisit en même temps une telle série de querelles, que de dégoût pour cette triste richesse, son possesseur finit par la faire sauter, et peu après mourut dans la misère. On y travaille encore, mais sur une échelle si restreinte que, comparativement à son passé, cette mine n^existe plus en quelque sorte.

Le seul cerro de Pasco comptait récemment plus de 2,000 ouvertures ou tranchées, entretenant de minerai cent métairies ou exploitations diverses qui possédaient 200 moulins en activité. Cela diminue au lieu d’augmenter; mais, vers 1860, Pasco produisait encore chaque année, autour de 10,000,000 de francs de métal.

Dans le département de Huancavélica, la célèbre mine de mercure de Santa-Barbara est tout un monde. Elle s^enfonce sous terre jusqu’à 350 mètres de profondeur, à travers des grès imprégnés de cinabre qui composent le minerai. î e rendement mercuriel de ces grès varie entre un millième et trois pour cent, selon

le filon. C'est une des plus vastes mines du globe. Une seule de ces galeries, qui a coulé 5,000,000 de francs, mesure 600 mètres de long sur 3 à 4 de large et 4 de haut.

Enfin, indépendamment des mines, on lave de Eor sur beaucoup de fleuves. Il est telles plages dans les lits du Chinchipe, duPastazza, du Napo, du Tigre, etc., où un travailleur actif récolte à ce labeur jusqu’à une once d^or par jour et au-delà. Cependant, on ne lave guère sur ces fleuves que par des procédés imparfaits qui triplent la besogne. Ainsi, à l’aide de couis ou moitiés de callebasse, avec lesquels on ramasse, puis on délite à la main, le sable aurifère afin que l’or plus lourd que la terre, s’accumule au fond du coui. Mais, la richesse de ces plages est si grande que souvent le métal y apparaît, à première vue^ semblable à des paillettes sur un tapis. C’est presque la seule industrie de certaines localités dont les habitants vont recueillir ces sables par masses, pendant la saison sèche, quand les fleuves sont au plus bas, puis les entassent tels quels, devant leurs maisons, pour y puiser à mesure de leurs besoins, comme nos fermiers puisent du blé dans leurs granges.

Cependant, tout profitable que ce métier soit en apparence, il vaut peu de chose à la pratique. Les crues des eaux réduisent à quelques mois seulement le travail d’une année. Le manque de vivres étiole les laveurs. La maladie les décime. Tous les étrangers et même les Péruviens que j’ai connus l’ayant pratiqué, y avaient tous renoncé au bout de peu de temps.

En dépit de ces difficultés, de ces misères, de ces morts même, la lueur d^'or qui s’élève de ce pays, est si forte, qu’elle y attire sans cesse des nuées d’aventuriers

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venus de tous les points du globe. Ils arrivent par bandes de temps à autres, au retour d’une expédition avortée sur les placers de TAmérique du Nord ou au lendemain d’un débarquement d’émigrants, A peine arrivés, ils courent au fleuve le plus en renom dans le moment; séjournent quelques mois sur ses plages; puis presque toujours s’en retournent à la côte, comme ils sont venus, aussi pauvres : quands ils ne restent pas à perpétuité sur les rives du fleuve, pris par ses eaux ou par la maladie. C’est inouï, ce que, d^’un bout àTautre de leurs placers- sy rênes, les deux Amériques ont dévoré d’hommes ! Il y a dans leurs marais immenses, des millions d’êtres tombés avant Fâge, et disparus là comme des gouttes de pluie dans TOcéan sans mémoire.

En résumé, malgré ses dangers et ses déconvenues l’industrie minérale au Pérou, après avoir décru considérablement depuis la période espagnole, revient peu à peu à son ancienne prospérité. Il y a progrès presque chaque année. Ainsi, vers 1850, l’exportation de tous les métaux réunis, or, argent, cuivre, étain, n’était estimé qu‘’à 20,000,000 de francs. En 1861, le seul port duGallao a exporté rien qu'en ïnétaux précieux, or et argent, une valeur de 26,000,000 de francs passés ; ce qui donne en moyenne pour tous les ports réunis du Pérou, environ 40,000,000 de francs. Quant au cuivre et à l’étain, la France, à elle seule, en a pris, pendant cette même année 1861, pour 3,000,000 de francs (1). On estime que depuis vingt ans l’exploitation métallique du Pérou a triplé.

(l) Les métaux provenant de Bolivie sont compris, il est vrai, dans ces relevés, parce qu’ils passent presque tous par les ports péruviens ; mais la tres-grande masse de cette exportation n’en appartient pas moins au Pérou.

Après les mines, l’industrie qui paraît destinée à devenir la plus importante est celle de la fabrication du salpêtre. Ce produit vient de la province de Tarapaca. On le trouve là, sur une étendue déplus de 300 kilomètres carrés, mêlé à des terres sablonneuses, situées à fleur de sol souvent, jamais à plus de 8 mètres de profondeur ; sa quantité est évaluée à environ 6,000,000 de tonnes, que les eaux qui suintent de la Cordillère reforment peu à peu à mesure des exploitations, de telle sorte que cette immense carrière est peut-être inépuisable.

L’extraction de ce produit est simple et peu coûteuse.

Un terrassier nommé harratero^ creuse le sol avec une pierre, comme fait un mineur: pratique un trou jusqu’au terrain nitreux ; le remplit de poudre au tiers, bourre, allume et ainsi met à découvert la carrière. Un second ouvrier, Vascencleador, conduit à dos d’âne ou de mulet, la matière au fourneau. Là, un apiré enlève la terre, les pierres, le sel, et réduit le nitre en morceaux gros comme des œufs. Après quoi un fondeador, met ces morceaux dans une chaudière pleine d’eau. Quand le mélange bout, il jette les matières insolubles et verse l’eau saturée de nitre dans une grande cuve, où elle dépose scs sels étrangers. De là enfin on la transvase dans des cristalloirs en bois, exposés au vent et au soleil, qui la font rapidement passer à l’état de sel.

Du cristallin le nitrate est directement transporté à LOcéan, situé à 24 kilomètres environ. Son principal port d'embarquement est Iquique, relié aux usines par un chemin de fer spécial. Là, le gouvernement péruvien le prend en charge et le revend à son compte.

L'importance et la valeur de ce produit ont augmenté depuis quelques années dans des proportions encore

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plus fortes que le guano à ses débuts. Mais je doute qu’il ait dans l’avenir du Pérou, l’importance du guano, parce que ce dernier a été jusqu^ici sans rival ; tandis que le salpêtre a divers concurrents qui peuvent le détrôner. Sans compter le nitrate de l’Inde, le fulmi coton et la dynamite sont pour lui des menaces présentes ou futures.

Quoi qu^il arrive, en l’état actuel, c^est déjà un trèsbeau revenu.

La valeur de ce sel, nitre, nitrate de potasse ou de soude, car on lui donne indifféremment ces trois noms, du salpêtre de nos pères enfin, était avant 1873, époque à laquelle le gouvernement péruvien en a pris le monopole, de 250 fr. la tonne environ, à 95 0/0 de salpêtre pur. G^est à peu près ce que le Pérou le paye à ses producteurs, en vertu de son dernier décret : sous condition qu’il augmentera ce prix de moitié de l’augmentation qui dépasserait 320 fr. Un de ses derniers prix de vente flottait autour de 400 fr. Enfin, son exportation, qui était en 1860 de 50,000 tonnes, est aujourd’hui de 200,000 . C’est donc un revenu annuel de 22 millions : dont les frais ne sont pas à beaucoup près aussi considérables que pour le guano.

Quelques autres industries, telles que l’extraction de charbon et de pétrole, le sucre et l’eau-de-vie, le gaz, la glace, etc., existent encore sur différents points et, depuis quatre ou cinq ans, croissent sensiblement en nombre et en importance. Elles sont le plus souvent dans des mains étrangères, surtout d’Anglais et de Nord-Américains. Mais les Péruviens s’y mettent peu à peu. Dans certaines parties de l’intérieur, ils fabriquent même seuls, ainsi les chapeaux dits de Panama. Ce genre d’industrie, assez curieux dans ses détails, appar-

tient plutôt à la République de l'Equateur qu’au Pérou: cependant, comme il s’y propage de plus en plus chaque jour, il est devenu tout à fait péruvien (1).

La matière première de ces chapeaux se compose de feuilles d'un latanier nommé dans le pays bombonaja, dont le nom scientifique est carludomca palmata. On prend cette feuille jeune, jaune encore, reployée sur elle-même comme un éventail fermé. On la découpe par lanières longues d'un demi-mètre environ, et fines à volonté, qu’on fait bouillir pour les solidifier, puis sécher au soleil pour les blanchir. Ainsi préparée, c’est, je crois, la meilleure de toutes les plantes à chapeaux. Elle peut se couper aussi fine que la paille de Toscane ou de Manille, sans se casser comme elles. Elle a la propriété de se resserrer à l’eau et, par suite, de former un tissu imperméable. Enfin, elle se blanchit presque aussi bien qu’une étoffe véritable, dont elle a en partie la souplesse.

On tisse cette feuille-paille à la main, sur une forme. Un bon tisseur peut faire de un à six chapeaux par mois : selon son œuvre, car il y a des chapeaux de tonte qualité. Les moindres valent, dans le pays, 3 fr. : les plus beaux, 200 fr. Il est certaines parties de la Montana, entr'autresMoyobamba, où cette industrie occupe plus ou moins tous les habitants. En 1860, l'exportation de ce seul pays s’est élevée à 32,000 chapeaux, qui, à raison de 12 fr. pièce, prix moyen, donne près de 400,000 fr. On estime que la valeur de cette production au Pérou gravite annuellement entre deux à trois mil-

(l) Voir Q.M Moniteur mmrsel et au Immial pour tous-^BÏ cela intéresse quelques vendeurs — les détails que l’auteur a donnés sur cette industrie et les mœurs de ses fabriçants. ""

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lions de francs^ dont un tiers seulement est exporté à rétranger.

Telles sont à peu près toutes les industries péruviennes. On compte bien encore çà et là sur la côte et dans le département de Gnzco quelques usines et manufactures : fabriques d’étoffes, de verres à boire, de papier fait à la mécanique avec du manioc doux, etc. Mais aucun de ces établissements n’a une importance capitale, et leurs produits entrent pour peu de chose dans la consommation du pays. Tput ce que le Pérou consomme en objets manufacturés : outils, machines, étoffes, vaisselles, meubles même, etc., lui vient du dehors.

On peut juger par là de ce que les Péruviens, sur ^ tout ceux de la Sierra, payent pour recevoir ces marchandises. Le fret maritime est peu de chose : 120 fr. environ répartis sur 1,000 kilog. ne sont pas une affaire. La douane péruvienne non plus : bien qu’elle perçoive en moyenne 28 0/0 ad valorem. Mais les frais de gains intermédiaires et de transports atteignent des proportions énormes. Il est certains objets pesants ou embarrassants, tels des machines ou des bouteilles, dont les ' prix s’élèvent là jusqu^’à 300 0/0 au-dessus du cours des mêmes objets à Lima ou au Para (Brésil), qui sont les deux centres des approvisionnements du Pérou. Avant deux ou trois ans peut-être, les chemins de fer auront changé cette situation presque partout : mais, dans l’état actuel des choses, la plus-value de certains objets n’a pas de limites en quelque sorte.

Au premier aspect, on ne comprend pas que depuis longtemps, les habitants de contrées aussi difficiles à parcourir avant les chemins de fer ne se soient pas mis, en grand et sur beaucoup de points, à fabriquer les objets dont ils ont besoin. Mais, à regarder les choses

avec soin, cette anomalie s'explique d’elle-même, Elle est la conséquence de la richesse du pays. Quelques voyageurs la déplorent : c’est à tort, selon moi, car elle est plutôt à envier qu’à dénigrer, au point de vue du bonheur terrestre.

Comment veut-on que sur leur douce patrie, sous leur ciel, sur leur sol, sous leur liberté bénie, Thomme aille s'enfermer entre quatre murs, sous l'étreinte d’une machine ou d'un métier? Comment veut-on que, lorsqu’il n’y est point contraint par la nécessité, cette marâtre qui tient l'être humain chez nous comme sur une enclume fermée où elle le martèle jusqu’à l'écraser, l'homme consente à devenir le cheval de manège d'un maître, l'espèce de morceau vivant d’une mécanique? Le tout pour vivre, et rien de plus !

Non ! non ; le Péruvien est trop heureux pour avoir besoin de se vendre à l’industrie. Lorsqu’il travaille, c’est pour lui ou les siens directement : jamais pour autrui. Toujours il travaille à son gré : quand le besoin ou l’ennui le prennent : jamais à contre-cœur. Il peut dormir ses grasses nuits : se promener huit jours sur dix : boire, danser, paresser tant qu'il veut : et ainsi fait-il.

Le blâme qui voudra. Le méprise qui ferait autrement à sa place. Mais, quoiqu'on en glose, il est plus heureux que nous! Et pour preuve, je vous demanderai à vous qui le dédaignez sans savoir pourquoi, combien voyez-vous de Péruviens venir s'établir chez vous, autrement que pour jouir de la vie, quand ils sont riches? Tandis que les Européens, allant chez eux pour mieux vivre, partent chaque année par milliers. Pour moi, je vous le dis du fond de mon amour de la vérité, sans souci de nos égoïstes intérêts, avides d’em-

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pêcher Témigration, qui fait augmenter les prix de main-d’œuvre : je vous le dis, parce que c^est mon devoir d’écrivain : il est nombre d’heures de notre vie tourmentée où je troquerais, si je pouvais, la plume qui vous parle pour Tinsouciante liberté que je vous raconte.

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