‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 4 sur 47 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Volcans.

Le Misti ; le Huayna-Putina : le Tutupaca, etc. Les tremblements de terre et leurs phases diverses. Mœurs péruviennes à ce sujet. Le tremblement de 1746 à Lima et au Callao. Cent personnes survivant seules de 5.000, On se fait à tout. Les volcans et la croûte terrestre. Causes présumées des éruptions et des tremblements de terre. Remède possible.

L’aspic est dans l’herbe ;

Hélas ! hélas ! Le ver est dans le fruit superbe.

Victor Huoo.

Comme sTl fallait qu’ici-bas toute chose ait son revers et que la nature même la plus belle porte une plaie quelconque, le Pérou est en proie au phénomène le plus effrayant de ce monde, aux tremblements de terre . De plus, quelques-unes de ses provinces, ayant encore des ** volcans en activité, sont exposées à des éruptions, qui, de temps à autres, dévastent tout le pays situé autour d’eux.

La plupart de ces volcans sont inconnus dans leur passé, aussi bien que dans leur présent. Cependant on a sur eux quelques notions éparses, qui méritent d^être ** signalées.

Les principaux sont :

Le Misti, situé au-dessus d^Aréquipa, Pune des montagnes les plus élevées du globe, 6,700 mètres. L^histoire n’a conservé aucuues traces de sa vie de volcan et on pourrait le croire éteint, si les neiges de sa cime ne fondaient pas, dit-on, à certains moments, comme

SOUS le coup de subites chaleurs intérieures. De plus, pendant les tremblements de terre, il vomit parfois des tourbillons de flammes semblables à ceux que produit la poudre enflammée à Tair libre : ce qui peut s’expliquer par le voisinage des immenses quantités de salpêtre répandues dans ses environs et de là peut-être tombant, soit en eaux, soit en sels, sur le foyer intérieur du volcan. De fois à autres, on voit aussi s’élever sur lui des nuages de fumée; mais on croit en général que ce ne sont que des tourbillons de cendres ou de poussières soulevées par le vent, sur les flancs gigantesques delà montagne.

Quoiqu’il en soit, en exercice ou non, le Misti est un des principaux volcans du globe, sinon le principal. Notre Etna malgré ses quarante lieues de tour, n’approche pas de ce colosse. On estime qu’Aréquipa est à plus de 16 kilomètres du faîte du volcan; et cependant elle est bâtie aux pieds du Misti, sur une de ses déclivités dernières, comme Catane sur EEtna. Gela explique même pourquoi il la secoue si souvent, comme son confrère secoue sa compagne sicilienne. Ces ruches àleurs flancs les piquent peut-être !

L’Atchatahua, dans le département d’Ayacucho ; un glaciér plutôt qu’un volcan. Isolé du système des Andes, il n’en est pas moins très élevé, 4,600 mètres, et, par suite, porte des neiges éternelles. Cependant on assuré que dans son glacier même on voit un cratère béant, . qui, de juin à septembre, vomit régulièrement de la fumée. On pourrait s'étonner de cette monomanie volcanique de faire du feu, juste quand nous n'en faisons pas . Mais l’Atchatahua, — que Dieu veuille empêcher d'éternuer, — étant situé de l'autre côté de l’équateur, doit tout faire à notre inverse. Il est dans son droit, si tant

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est qu’il fume autrement que dans ^imagination des Péruviens très incandescente quant à leurs volcans.

Le Huayna-Putina, en repos depuis l’an 1600, époque à laquelle il a eu une éruption, qui, si elle avait rencontré son Pline serait, elle aussi, enregistrée tout au long dans la mémoire des hommes . Un pauvre bourg situé à ses pieds, Quinistaquillas, périt comme Herculanum, enseveli sous les laves. Pendant six semaines, l’air fut obscurci par les fumées de l’éruption et il tomba une telle pluie de cendres, qu^elles volèrent, dit l’histoire, jusqu^à 200 lieues de distance, ce qui est beaucoup de lieues ! Cependant le fait n’a rien d’incroyable ; l’Etna dans ses grandes éruptions vomit des cendres jusque sur Malte.

L’Isluga, dont on estime la hauteur à 5,800 mètres. L’histoire de ce volcan est inconnue. Quant à son existence présente, elle se borne à des grondements souterrains et à quelques tremblements de terre accidentels.

L'’Ubinas, le Tutupaca ou Candarave. Ce dernier, dont la base possède de grands amas de soufre natif est toujours en activité. C’est même le seul cratère du Pérou qui se trouve dans ce cas.

Soit qu’ils aient déjà fini leurs carrières ignées, soit qu’ils dorment, les volcans de ce pays sont présentement assez tranquilles. A part le Candarave, aucun même ne brûle sans cesse comme fait le Vésuve par exemple. Sous ce rapport, le Pérou est bien moins riche que la Bolivie et la République de l’Equateur, ses proches voisins, où les volcans en exercice fument par troupes, comme en hiver les cheminées d’une ville.

Mais si, par suite de cet état, les éruptions sont rares, il n’en est pas de même des tremblements de terre .

Nulle part, je crois, ce phénomène n^est plus fréquent. La Costa presqu^entière et certaines parties de la Sierra ressentent des secousses terrestres tous les ans et souvent plusieurs dans la même année. Chaque vingt ou trente ans, un de ces tremblements, plus fort que les autres, détruit de fond en comble la montagne, la plaine ou la ville, devenues gênantes pour lui sans doute. Cela est régulier comme une fièvre intermittente qui prendrait la terre à certaines époques.

La Montana n’est pas à beaucoup près aussi sujette à ces secousses et celles qu’elle subit sont moins formidables. Cependant elle en éprouve cà et là, de temps à autres, à faire trembler aussi bien ses maisons que ses habitants.

Quoique capricieux au plus haut degré, ce singulier phénomène parait cependant soumis à certaines lois générales. Ainsi, il se produit surtout au commencement ou à la fin de la nuit; aux changements de saison, lorsque depuis quelques jours ou quelques heures, Tatmosphère est chaude, lourde, accablante, comme chargée d’une électricité orageuse qui ne trouve pas où s’épandre. Alors, tout à coup, avec ou sans bruits souterrains, la terre éprouve une secousse soudaine plus ou moins forte, selon le tremblement. Cette première commotion est généralement suivie de plusieurs autres, qui se succèdent à intervalles réguliers. La plupart ont une même direction du sud au nord; mais elles dissemblent dans leur force, leur durée et surtout leur nombre. Les unes ne sont quMn frémissement, les autres bousculent tout. Celles-ci durent une demi-seconde, celles-là près d’une minute et plus. Tel tremblement n’a quMne ou deux secousses, tel autre en compte dix, quarante et jusqu’à deux cents, en un seul jour.

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L^ensemble de ces secousses constitue un terre-moto, un tremblement de terre.

La longueur de chaque cataclysme varie entre quelques heures et quelques jours. Il y a des années où on ressent des commotions pendant des semaines consécutives et plusieurs dans la même journée. Mais, en général, la durée d’un tremblement n’excède pas douze à quinze heures.

D^ordinaire le phénomène se borne à quelques commotions sans force, qui lézardent ou renversent les murs malades. Gela ressemble aux légers tressaillements que nous ressentons çà et là, en France, c^'est-àdire à une menace plutôt qu"à un danger. Mais quelquefois aussi les secousses sévissent à tout renverser. Le sol tremble et oscille à la fois, comme un pont de navire, sous la trépidation de la chaudière unie au balancement du roulis. Les maisons se disjoignent. Des bruits sourds, semblables à ceux d’un tonnerre souterrain se mêlent aux fracas des murs qui croulent. Des crevasses se forment, vomissant de la vapeur et de la boue. La terre grondante, entr’ouverte, roulante, semble prête à s’engloutir, comme en rêve, dans des abîmes d'anéantissement.

Tel on raconte là-bas ce terrible phénomène. Il est si fréquent sur la côte qu’il y est passé dans les mœurs pour ainsi dire. A Lima, Truxillo, Aréquipa surtout, on l'accepte comme on accepte le choléra dans l'Inde. Il a sa part dans la vie individuelle et générale. Non-seulement on n'y élève que peu de monuments, par crainte des secousses terrestres, mais les maisons n'y ont qu'un étage et beaucoup possèdent dans leur intérieur un champ d'asile, hors l’atteinte des bâtiments, où aux heures des cataclysmes, on peut se retirer sans crainte d'être écrasé.

Lorsque le tremblement n’est pas fort, ce qui est son état normal, à peine les plus timorés vont-ils dans cet asile. Gela ne réveille pas tout le monde et sans la commère ou le journal de la localité, qui le lendemain renseigne chacun, le désordre de la nuit passerait inaperçu. Mais quand les secousses sont fortes ou se multiplient, la terreur est générale. Au choc, chacun s’éveille, sort et fuit comme la peur qui le mord et l’emporte l’a surpris : en pantalon, en chemise; tel qu’il est. La foule effarée se sauve par la campagne, oubliant ses refuges intérieurs. L’homme n’est plus qu’un mouton fuyant sous l’orage, la tête perdue. Tremor! Tremor! c’est à qui clamera plus fort, comme pour conjurer sa crainte par le bruit de sa voix.

Puis, tout bas ou tout haut, chacun invoque Dieu, ce Dieu qu’il avait oublié depuis le dernier tremblement 1 Mais c’est le Dieu du Christ, le Dieu qui pardonne : priez, priez-le, car, seul, en ces terribles heures, il peut préserver sa créature.

Rien, dit-on, rien d’ici-bas ne saurait donner une idée de cette convulsion de la terre quand elle est à son paroxysme. Ce que l’histoire rapporte du tremblement de 1746, qui a détruit les trois quarts de Lima et le Callao entier, est sinistre, rien qu’à la lecture.

200 secousses en 24 heures !

La terre s’entr’ouvrant çà et là pour vomir de la fumée, du sable et des roulements de foudre I

Toutes les maisons lézardées, croulantes ou ne formant plus qu’un amas de ruines !

L’Océan, au Callao, se retirant jusque dans ses abîmes, puis, revenant sur la ville, et, à deux reprises, l’inondant avec une sorte de furie !

Sur 23 vaisseaux mouillés dans le port, 19 sombrant,

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et les quatre survivants lancés par le flot dans Tintérieur des terres !

Le désastre estimé, pour le seul Callao, à plus de trois milliards de francs, et les habitants de cette ville, si bien détruits, que de 5,000 qu’ils étaient il n^’en resta que 100.

Après ces secousses formidables, il semble que la nature, comme un malade après une crise, ait peine à se remettre. Des déluges de pluie, à Lima, où il ne pleut jamais, viennent inonder la ville. La plupart des rues sont submergées. Les cadavres, sans sépulture, pourrissent dans les décombres ou flottent emportés aux torrents. Le sol, bouleversé de fond en comble, ne produit plus rien. Les villes détruites et veuves de leurs habitants restent couchées dans leurs ruines sans se relever. On dirait que c’est fini d’elles !

Mais Lima est vivace et le Pérou est le Pérou î Lés tremblements de terre, pas plus que les révolutions, n’ont réussi jusqu’à ce jour à faire fuir Thomme de cette terre promise. Il suffît de quelques années seulement pour panser toutes ces plaies.

Les Péruviens eux-mêmes ont comme la conscience de la longévité de leur patrie. A l’instant où le tremblement de terre sévit, la terreur les gagne : tout est perdu ; aucun d’eux ne restera désormais sur ce sol troublé ! Mais, dès le lendemain, le soir même, quand les secousses n^’ont pas été fortes,. leur double insouciance indienne et créole a repris le dessus de chacun . La gaîté, les plaisirs, les fêtes — cette vie du Pérou — recommencent comme devant et quel que soit le nombre des morts, en moins d’une année, tout est oublié !

C’est leur nature ! Au moment du malheur, tremblement de terre ou autre, ils souffrent bien plus que nous, hommes du Nord et du vieil hémisphère» Mais, par cela

même que leur douleur est violente à les déborder, elle ne dure pas. Chacun d’eux mourrait s’il souffrait aussi longtemps que nous. J’ai assisté à un de leurs désastres par incendie : c’était à croire qu^ils allaient s’enterrer dans leurs décombres. Le surlendemain ils dansaient dessus!

Joignez à cela qu’on s^’accoutume aux tremblements de terre comme à autre chose.

Rien qu’à lire les récits de ces terribles catastrophes, la pitié vous prend. Vous supputez avec effroi quelque secousse imprévue jetant notre Paris en ruines sur tout ce que nous aimons ! Eh bien, au Pérou, on ne pense même pas à ce danger. Cette mort imminente qui vous apitoyé sur le sort des Péruviens, ces désastres et cette menace de chaque seconde qui vous feraient, croyez-vous, déserter ce pays, malgré ses splendeurs, n'occupent personne là-bas. Les Liméniens ne s’inquiètent pas plus des tremblements de terre que nous ne nous inquiétons nous, Parisiens, de dormir sur les catacombes. C'est le Napolitain de Résina sur le Vésuve, le soldat en guerre, le couvreur sur son toit. Et même, sans aller chercher tout cela, c’est vous, lecteur, qui vous endormez chaque soir, sans penser que demain vous pouvez vous éveiller dans l’éternité.

L’homme ici-bas se fait à tout : aux tremblements de terre, à la mort ; à tout. Le volcan, aussi bien que le fossoyeur, devient pour nous, à les user, indifférent et banal comme le temps qui roule en nous emportant. Le seul point à réserver est de ne rien faire contre sa conscience, parce que dans ses conseils muets est l’avenir d'après ce monde !

En attendant notre heure, cherchons — si vous voulez, — d’où peuvent provenir ces étranges mouvements de notre demeure terrestre.

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L’étude est intéressante.

Si c’est un passe-temps, il vaut bien la bouillotte Et si c’est un métier, ce n’en est pas un pire Que fille entretenue, avocat ou portier.

A. DE Musset.

Maintes théories se sont produites pour expliquer les tremblements de terre péruviens ; les unes basées sur les volcans, les autres sur les vapeurs de la côte, l’électricité terrestre, la chaleur tropicale, etc. Je pourrais les reproduire, mais aucune ne m^ayant satisfait, j’ai préféré construire à mon tour un échafaudage. Si — comme votre serviteur — vous n’aimez pas les conjectures, veuillez passer le reste du chapitre, car il ne renferme plus que cela.

Les tremblements de terre du Pérou sont, je crois, le fait combiné d’une région ignée et d’un pays neuf, autrement dit d’une contrée volcanique et d’un sol jeune où la croûte terrestre, n’a encore que peu d’épaisseur.

Ils sont causés par des vapeurs souterraines qui, ne trouvant pas une bouche par où sortir, frémissent sous la terre.

Ils sont déterminés, le plus souvent, par un change « ment de température, tel que refroidissement, chaleur, etc., qui modifient le calorique de la croûte terrestre et par suite son état. Ainsi, lorsque sous le coup d^un changement quelconque de son atmosphère, un homme éprouve un besoin d’éternuer qu’il ne peut pas satisfaire, son être entier frémit sous le coup- de ce besoin comprimé.

Tout ici-bas, les choses aussi bien que les êtres, est soumis à certaines lois générales, qui sont les conditions communes de la nature terrestre.

Telles sont mes hypothèses. Je vais maintenant les expliquer et quelque bizarre que vous paraisse mon idée d'eternuement terrestre, ne la dédaignez pas trop, je vous prie, avant de l’avoir examinée. Je ne l’habille pas des vêtements scientifiques ordinaires, autrement dit de formules plus ou moins obscures et gourmées. Mais elle m'a été inspirée par ce que j’ai vu ou appris sur le Vésuve, l’Etna et le pays américain comparés . Je l’ai façonnée en l’amalgamant avec ce qu'on sait de la vapeur, etc. C’est une billevesée peut-être, mais qui, du moins, a des bases raisonnées sinon raisonnables.

Ces bases les voici :

Gomme le prouvent les puits de Grenelle et autres, ces dangers à venir des générations d’après nous — une fournaise intérieure brûle au centre de notre planète. Pourquoi et comment? Je ne saurais vous le dire, vu que je n’y suis pas allé voir, ni vous non plus, je pense ? (1) Mais quelle qu'en soit la cause, ce feu n’en existe pas moins.

Les volcans sont les tuyaux d’échappement et de respiration, autrement dit les corps de cheminée de cette fournaise. Par suite, ils vomissent, soit par leurs cratères, soit par leurs bases, selon leur degré de vieillesse, une fumée presque constante et de temps à autres de la lave, des cendres, des vapeurs, etc., suivant ce que la machine brûle dans son estomac-fourneau.

Chaque pays à montagnes importantes a eu, a, ou

(l) C’est cette fournaise qui, avec l’eau, a eu et a encore pour mission de fabriquer notre globe. Sa fonction est de faire de la croûte terrestre, pierre ou cendre, comme nos mécaniques font du papier. Puis, à mesure qu’elle a accompli son œuvre autour d’elle, en produisant dans chaque localité la quantité voulue de sol, elle se réfugie de plus en plus dans son centre.

Ainsi un feu, couvant sous les cendres qu’il a faites, s’y enterre progressivement et pour peu qu’on mouille ces cendres, forme au-dessus de lui une croûte déterre calcinée.

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aura ses volcans. La France a eu les siens dans les Pyrénées, les Vosges, FAuvergne. Ses eaux minérales chaudes, ses cratères éteints, ses secousses légères même, sont là pour le prouver. Le Pérou est dans Fétat où nous étions, il y a plusieurs milliers d^'années, dans l’état où sont encore Fltalie, l’Islande, etc. Du Mexique au Chili, la Cordillère intertropicale est : par excellence, un pays de volcans. On en trouve là comme on devait en trouver autrefois en Sicile : par troupes. Situé tout entier sur cette Cordillère ou à ses hases, sur lès flancs d’un immense amas volcanique, comme Naples est au bas du Vésuve, le Pérou est donc au-dessus d’une immense fournaise en activité. C’est un marbre de poêle placé sur un foyer allumé.

Or, quand vous êtes assis sur un poêle, vous sentez la chaleur, vous entendez les bruits, vous éprouvez les contre-coups des incidents divers du feu qui brûle sous vous, sans cependant subir ce feu directement.

Le Pérou éprouve les contre-coups des incidents de la fournaise intérieure qui brûle sous lui, sans les subir d’une façon directe. Il est, dans la situation de tous les pays à volcans en exercice, et par suite exposé comme eux à des commotions terrestres. Truxillo, Lima, Aréquipa, etc., sont comme Résina, Torre del Greco, Gatane, etc. La seule différence qu’il y ait entre les tremblements de terre du Pérou et ceux de l’Italie, est que les premiers sont jeunes, forts, terribles, tandis que les autres sont vieux, fatigués, faibles.

Or, cette différence résulte uniquement de la diversité d’àge des deux continents. Ainsi que la suite de ces livres le prouvera, l’Amérique du sud est une contrée de formation bien plus récente que notre Europe. Dans aucune de ses parties la terre, ni même le climat, ce co-

rollaire du sol, n’y sont achevés comme sur notre continent. Tout y est probablement encore en enfance, en facture d^’origine.

La conséquence naturelle de cette diversité d’âge est qiTau Pérou, où la croûte terrestre commencée depuis moins de temps que chez nous est moins épaisse et surtout moins bien amalgamée, les commotions du sol sont bien plus fréquentes, formidables et faciles à ressentir. Tandis que, sur l’Europe où cette croûte est épaisse et cimentée de longue date, ces mêmes commotions sont rares, bénignes et inaperçues.

Telle est, à mon sens, la cause véritable des tremblements de terre du Pérou et de tous les pays du globe (1). Ceci admis, si le travail vous intéresse à lire comme il m’a intéressé à le faire, cherchons comment et pourquoi ces tremblements se produisent. C’est plus difficile et plus hypothétique encore. Mais enfin, puisque là dessus aussi, j’ai bâti ma théorie, et qu’il en peut un jour ou l’autre résulter quelque utilité, j’éprouve le besoin devons en faire part. Qui dit écrivain dit prêcheur, convertisseur, bavard même, si vous voulez.

(l) Oa n’est pas d’accord pour attribuer ce phénomène au feu intérieur de notre planète, parce qu’il se produit parfois dans des pays oü il n’y a pas de volcans; ainsi en Algérie et au Pérou même, qui n’en ont que peu ou point à l’état incandescent. Mais il s’agit seulement de savoir si ces pays en ont eu ou sont prêts à en avoir.

Or, pour ce qui est de l’Algérie que nous avons prise comme exemple, elle porte maintes traces de volcans éteints. La rade d’Alger aussi bien que e golfe de Naples, n’est même évidemment qu’un grand cratère noyé, et il suffit de parcourir un peu le Sahel pour y trouver à chaque pas des traces volcaniques. Quant au Pérou, s’il n’en a pas encore ou plutôt s’il n’en a déjà plus qu’un ou deux, l’Equateur, la Bolivie et le Chili en ont pour lui. 11 est entre eux comme sur le dos d’un immense foyer dont les cheminées sont à Quito, Aréquipa, etc. Il doit donc trembler et il tremble en effet autant si ce n’est plus que ses voisines, par cela même qu’il est moins près des bouches de dégagements, autrement dit des volcans. Le tonnerre d’un fusil frémit plus que sa gueule. Toute la question doit être dans la nature et surtout l’épaisseur de la croûte terrestre, ce qu’on vérifierait probablement avec quelques sondages artésiens.

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Les volcans étant les cheminées de notre fournaise intérieure, si on examine Lun deux avec attention, on doit pouvoir présumer ce qui se passe dans cette fournaise, comme en examinant la fumée d’une cheminée, on présume facilement la nature et Létat du feu. Je choisis le Vésuve, parce que c’est le volcan le plus à notre portée française, celui que, bien plutôt que ses collègues d’Amérique, chacun de nous peut étudier quelque jour.

Vésuvio, comme on le sait, baigne presque dans la mer par un de ses côtés. Il est vieux et gercé à maintes places, donc pouvant facilement, par quelques-unes de ses fissures souterraines, recevoir l’eau- de sa voisine la Méditerranée. Son sort plus ou moins prochain est même d^être éteint, puis submergé par cette voisine, comme Lont été ses prédécesseurs du golfe de Naples et autres volcans noyés, de même acabit.

Dans son présent état normal, il vomit de la fumée sans cesse, et, à intervalles fixes, un jet de petites pierres, de cendres et de fumée redoublée, qui sort de son cratère avec un bruit d’explosion souterraine. On dirait l’essoufflement régulier d’une locomotive lâchant des jets de vapeur.

Chacune de ces émissions réglées, constituant une petite éruption au grand complet, ressemble au nuage de cendres, de flammèches, de vapeur et de bruit, qui s’élève d^un feu sur lequel on jette un verre d’eau. Enfin les intervalles de ce hoquet volcanique sont les mêmes que ceux des vagues de la Méditerranée battant le rivage du Vésuve.

De tout cela condensé, j’ai conclu (1) :

(l) Tout en émettant cette hypothèse nouvelle, il est de mon devoir

Que cet essoufflement régulier devait provenir de l^extrémité d"un flot du golfe filtrant à travers quelque fissure du Vésuve, et se déversant à intervalles réglés sur sa fournaise.

Puis, allant du particulier au général, j^ai pensé que les éruptions n^étaient pas autre chose qu’un duel de feu et d^eau, dans des proportions plus ou moins fortes selon le volcan et surtout selon l’eau.

De même qu’un orifice de cheminée, chaque volcan fume tranquillement, tant que le feu qu’il surmonte est dans son état normal. Mais, de temps en temps, quelques parcelles d^eau s’échappant, soit de la mer, soit des grands réservoirs souterrains, tombent sur la fournaise par une crevasse quelconque. A mesure qu’elles atteignent le feu, ces eaux s’évaporent, bousculent et enlèvent tout autour d’elles en se volatilisant, puis montent dans le volcan en entraînant leur vapeur, c’est-à-dire elles -mêmes, avec de la lave, de la cendre, du soufre, des pierres, etc. Selon ce qui brûle pour le moment Mans la partie du grand brasier où cette vapeur s’est subitement formée (1).

d’avertir que les traités ou manuels géologiques ne l’ont pas encore sanctionnée. J’ajouterai même que lorsque j’ai publié pour la première fois cette théorie, en 1862, certaines prétentions scientifiques dont l’usage est de parler sur tout sans avoir rien vu par elles-mêmes, ont beaucoup raillé cette idée. Il se peut qu’elles aient raison, mais jusqu'à théorie meilleure et surtout jusqu’à leurs voyages, je leur demande la permission de préférer mon hypothèse de visî(> à leurs affirmations sans y voir. Cependant comme ces prétentions font partie de ce qu’on nomme la science, avant de chercher à vous convertir, je devais loyalement déclarer que sur ce point je suis un hérésiarque, un novateur. Et maintenant, lecteur, vous êtes averti : croyez pour le mieux. C’est votre affaire : je me lave les mains de votre croyance.

(1) Quand il tombe seulement quelques tonnes d’eau, l’éruption est peu de chose : c’est un verre d’eau qui se volatilise.

Quand l’avalanche a lieu par masses continues, l’éruption est forte et longue. Souvent même alors le feu s’éteint sous l’inondation. La lave ou la cendre couvertes par des torrents d’eau forment croûte au-dessus de la four^ naise et le volcan inondé devient le golfe de Naples, le lac d’Averne, la

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Cette seconde hypothèse admise, les tremblements de terre seraient des accompagnements d’éruption> ou, plus souvent encore, des éruptions comprimées — des émeutes n’ayant pas assez de force pour se faire révolutions I

De fois à autres, au hasard d’un réservoir d^eau tombant sur la fournaise, en dehors de l’échappement d^un volcan : ou lorsqu’il s^’est formé tant de vapeur souterraine que la cheminée voisine ne suffît pas à la vomir : ou quand cette cheminée s’est bouchée : le dessus de poêle, la croûte terrestre frissonne à tout casser. En d’autres termes, il y a tremblement de terre. Les secousses incessantés de Lima n’ont peut-être pas d’autres causes qu^une fissure dans le lit du Rimac, ou dans les cavernes maritimes de ses environs qui, de temps à autres, laissent échapper quelques tonnes d’eau.

Cette infiltration se produit : quand le feu trop fort a trop calciné la croûte de terre qui le sépare des eaux placées au-dessus de lui ; quand une modification dn l’atmosphère, un changement de saison, un lever où un coucher de soleil, une pierre dérangée sur le sol déplacent quelque chose sur la croûte terrestre ; audessus de tout cela, quand le régulateur souverain delà nature, poursuivant son œuvre en dehors de nos formicantes existences, a jugé que c^était Eheure !

D’après ces données (1), il serait peut-être possible de remédier au moins partiellement à ces cataclysmes, en

campagne dè Rome et autres milliers de cratères remplis, devenus des plaine*, des lacs, des golfes. ...

(l) L’électricité joue peut-être aussi là-dedans im grand rôle ; en déterroinant ces échappées a eau. Mais je crois qu’une production ‘ quelconque. de vapeur, mélangée parfois de gaz de différentes natures, selon le pays, est la cause immédiate de ces deux phénomènes connexes, les éruptions ët les trêmblements de terre. ' *

pratiquant au sol des ouvertures, autrement dit des soupapes de sûreté, comme nous en pratiquons à nos chaudières. Si j’avais Thonneur d’être Président de la république du Pérou , ou simplement maire de Lima, j’essaierais de pratiquer un forage à quelques lieues de la ville ; non dans le but d’avoir de l’eau — ce qui ne nuirait pas à Lima — mais afin de donner une cheminée au volcan bouché ou en perspective qui s’agite là. Exactement comme on met un séton à un cheval que l’humeur tourmente, un ventilateur à une cheminée qui fume.

Le remède serait peut-être pire que le mal. Cela se voit si souvent en médecine ! Mais enfin un volcan régulier s^’établirait peut-être par l’orifice de mon puits, et remplacerait les tremblements de terre ou au moins les diminuerait d’intensité. En tous cas, réussissant ou non, j’aurais du moins essayé quelque chose pour guérir ma patrie de la plus pénible de ses souffrances.

Tout ce que je demande au Président du Pérou, s’il essaye ce para-tremor et s’il réussit, c^est de donner mon nom à son volcan artificiel. Mon souvenir, comme celui d’Empédocle planera sur une fournaise, sans que je m^y sois jeté : et, en l’an de grâce 2,000 ou plus, cela peut servir à l’un de mes petits-neveux au centième degré ! Grand bien lui fasse.

Telles sont, à mon sens, les causes directes et indirectes de ce singulier phénomène. Très-probablement ces convulsions, analogues à celles que subissent quelques enfants, sont un des incidents de la formation de ces contrées. L^hémisphère américain est encore en travail presque partout, dans la nature comme parmi les hommes. Les volcans, qui, chez nous ne sont plus

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que des raretés dispersées, se rencontrent là par vingtaine et en activité permanente. Les fleuves s’y déplacent incessamment. Les révolutions se multiplient. Jusqu'à ce que le sol et les nations y soient suffisamment assis, comme ils le sont sur notre hémisphère, leur sort est de s'agiter, de frémir, de se convulsionner dans des mouvements plus ou moins dangereux qui ne sont pas autre chose que les incidents naturels de leur croissance .

Ces convulsions sont incessantes et terribles au Pérou, par cela même que cette terre est une des plus riches d'avenir qui soit ici-bas. Dans la nature aussi bien que parmi les hommes, c’est le propre des vraies splendeurs d'être laborieuses et pénibles en leurs enfantements. Dieu, dans sa pondération de tout, mesure sans doute aux choses, aussi bien qu’aux êtres, leur part proportionnelle de labeurs.

Aux grands pays, aux vrais grands hommes, les grands orages !

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