CHAPITRE Y
Productions minérales et autres.
Emeraudes. Pierres de galiinazo. Métaux. L’or et l’argent pendant l’âge de pierre du Pérou. Les huacas aurifères de Truxillo. Le tombeau de famille du cacique Chimunchaucha. Trésor de 3^750,000 fr. Les métaux précieux sous les Incas et sous la domination espagnole. Pépites d’or et d’argent de 30 et 368 kilogrammes. Un pavage de 400,000,000 de francs. Charbon de terre. Bitume. Soufre. Salpêtre. Borax. Guano, etc. Nature, extraction, commerce et revenus de ce dernier produit.
Gomme on le doit présumer par les chapitres précédents, les productions naturelles du Pérou sont riches et nombreuses. Tout s^’enchaîne ici-bas en vertu de Tordre providentiel de la nature. Presque toujours les beaux arbres ont de bons bois, les belles plaines de bons sols. N’en déplaise à quelques théories modernes, plus envieuses que justes, les beaux êtres sont généralement bons.
Les produits les plus importants du Pérou sont ceux de ses mines et carrières. Je ne sais point de pays, pas même le Mexique et la Californie, qui soit plus riche sous ce rapport. Chaque département, presque chaque province, possède un filon quelconque de matière précieuse. Quelques-uns de ces produits exploités depuis des siècles consécutifs, ne se rencontrent plus désormais qu’assez avant sous terre. Mais la plupart étaient et sont même encore si près de la surface du sol que le plus souvent on les peut exploiter à ciel ouvert. On dirait que la Providence s^’est plu à répandre là, à portée de main, tout ce que Thomme recherche ici-bas.
Les émeraudes se rencontrent en quantité considérable aux environs d’Aréquipa, où leur taille est même une des principales industries du département de ce nom. On trouve, çà et là dans différentes provinces, une pierre assez curieuse, connue sous le nom depiedra de gallinazo ou pierre de corbeau. G^est une vitrification volcanique que les Indiens du temps des Incas et même les premiers Espagnols employaient en guise de miroirs, mais qui ne sert plus aujourd’hui que comme parure de deuil.
Les métaux abondent. Je crois que tous se trouvent là, soit purs, soit 'composés. Or, argent, mercure, cuivre, étain, plomb, fer, manganèse, antimoine, aluminium, magnésium, etc.; tous les métaux et métalloïdes, excepté le platine qu’on y découvrira peut-être quelque jour.
C’est la terre classique de l’or, de l’argent et du cuivre. Feu Raspail disait, dans un procès célèbre, qu’il y avait de Tarsenic dans tout, jusque dans des rideaux de cour d’assises. On peut dire qu’au Pérou il y a de l’or ou de Targent partout, dans les montagnes, les vallées, les fleuves, partout.
Dans l’origine de la nation, quand l’homme est arrivé au Pérou pourda première fois, ces deux métaux étaient probablement répandus sur le sol, comme le silex en Europe au temps de notre âge de pierre . Les indigènes d'’avant les Incas, c’est-à-dire des siècles de pierre pour les Péruviens, employaient l’or et l’argent comme nos ancêtres employaient le silex, à presque tous leurs usages. On a retrouvé, çà et là, à la suite de différentes fouilles, des outils, des armes, des objets de toute sorte, faits de ces métaux et dont la profusion métallique prouve la vileté de la matière .
C"est ainsi que les Espagnols des premiers temps de la conquête ont découvert certains cimetières indigènes dont toutes les tombes renfermaient de l’or, notamment aux environs de Guzco et de Truxillo. Quelquesunes de ces nécropoles contenaient des trésors immenses réunis là par la piété filiale de chaque famille.
Dans celle de Truxillo entr’autres, les conquérants firent, pendant plusieurs années consécutives, une véritable moisson d’or.
Les Indiens de la côte enterraient leurs morts sous des monticules artificiels, nommés huacas, en briques, en pierres bâties ou simplement en roseaux cimentés avec de la glaise pétrie, et si bien assimilés au sol qu^’on les prendrait pour des collines naturelles (1). Puis, autour de ces morts, dans leurs mains, dans leurs bouches souvent, ils plaçaient des objets de différente nature, en or, en argent, en terre; comme nous mettons dans les bières ou sur les tombes de nos proches, des bijoux, des pierres, des grilles, des fleurs. C'était à la fois Tobole de Caron et l'hommage mortuaire que, sous une forme ou sous une autre, les survivants de tous pays consacrent à ceux qui s'en vont.
Plus de trente ans après la conquête, en 1560, le fils du premier cacique chrétien du Pérou, nommé probablement Simon Caucha, dont on a fait depuis Chimunchaucha, enseigna la huaca ou sépulture de ses ancêtres à un Espagnol nommé Garci,Gutierrez, deToledo. Les objets d’or qu’on y trouva furent évalués, par le fisc royal, à 3,750,000 francs de notre monnaie. On voit encore de nos jours les ouvertures par lesquelles on a
(l) Nous reviendrons sur ces curieux cimetières en traitant des mœurs indiennes.
pénétré dans ce cimetière indien : elles sont si nombreuses qu’on dirait les trous d’une ruche.
Quant à Chimunchaucha, sa complaisance lui valut l’emprisonnement. On supposa qu’il connaissait d^’aiitres sépultures que celles indiquées. Il refusa de rien dire, parce qu^on n^’avait pas tenu les promesses qu’on lui avait faites. Alors on le jeta en prison pour le forcer à parler, et, il fallut rien moins qu’une ordonnance du roi d’Espagne pour le faire relâcher après plusieurs années de captivité (1).
Il y a dans l’or comme dans le feu, quelque chose qui attire mais qui brûle I
Malgré les nombreuses fouilles pratiquées par suite de ces découvertes, on croit qu’il existe toujours, surtout dans le département de Libertad, plusieurs huacas aurifères. On.cite entre autres, près de Truxillo, une colline nommée Campana, qui est un cimetière inexploré. A diverses reprises, sur la foi de la chronique, on a tenté des fouilles. Mais là, l’ange de la mort semble veiller lui-même, dit-on, sur son domaine. Dès qu’on ouvre un de ces tombeaux, des exhalaisons méphitiques en sortent, qui donnent une maladie mortelle, connue dans le pays sous le nom de humpé. C’est le cerbère de cette nécropole et quiconque a osé l’atfronter n’a jamais échappé à l’étreinte mortelle, disent les indigènes !
Sous les Incas, l’or et l’argent foisonnaient. Ces deux métaux étaient, il est vrai, consacrés principalement à la religion et aux souverains, mais on n’en cônsom-
(l) Une autre version s’appuyant sur les procès-verbaux du temps, fait monter le trésor de Chaucha à 24 millions passés ! Toutes ces histoires de huacas, de trésors et d’or étant pour la plupart très-exagérées, parfois même apocryphes, j’ai choisi la version la plus modeste .
mait pas moins des quantités surprenantes. Quelques empereurs avaient des trônes d’or massif. Le dernier des Incas, Atahuallpa, donnait pour sa rançon un amas d’or et d’argent évalué à 80 millions de francs, et on prétend qu^’à la nouvelle de son exécution plusieurs de ses envoyés qui lui en apportaient encore plus s’emparèrent de cette seconde rançon ou la jetèrent aux torrents. Nous verrons plus tard les merveilles des temples de Cuzco et de Titicaca, dont les murs étaient plaqués de métal. On a estimé que les richesses des seuls édifices religieux du Pérou à cette époque, s’élevaient à plusieurs milliards de francs.
Sous les Espagnols, cette richesse métallique était plus grande encore. Pendant toute la longue période de leur domination, on voit l’or et l’argent ruisseler, sous toutes les formes : en numéraire, en bijoux, en minerai. On dirait du blé dans une grange, tant il y en a et tant les nouveaux venus gaspillent cette riche moisson. Jamais probablement, ni avant ni depuis cette époque, Phomme n^’a manié à la fois tant de métal précieux.
Ainsi, Pizarre, à peine débarqué expédie à Panama des objets d’or et d’argent évalués à plusieurs centaines de' mille francs. Puis, d^année en année, les exportations se multiplient. Ce ne sont plus des mille francs, mais des millions par vingtaines, que la nouvelle colonie envoie successivement à sa mère patrie. Aux trésors des temples, des Incas et des tombeaux, viennent se joindre ceux du sol, que les vainqueurs fouillent d^’un bout à Pautre de leur nouvel empire. Des mines sans nombre sont ouvertes partout. En 1791, au déclin de cette activité, on en voit fonctionner encore plus de 900, rien que pour Por et Pargent.
On cite des faits de richesse minérale inouïs dans les
annales des métaux précieux. Ainsi, en fait d’or^ le Pérou envoie successivement à Charles-Quint une pépite trouvée dans la province de Cuzco, qui a la structure d’une tête de cheval et pèse 50 kilogrammes ; puis bientôt, à Philippe II, la pareille sous forme de tête humaine. Mais celle-là, la mer la prend en route. Au commencement du siècle dernier, une montagne qui s^écroule met à découvert des monceaux d’or massif dont quelques morceaux pèsent jusqu’à 25 kil. La terre en est si remplie qu’un siècle après, en 1787, les pluies découvrent encore dans le même endroit des pépites de deux onces et plus. On estime que la seule mine de Carabaya, dans le département de Puno a produit, sous la domination espagnole, 2,772,000,000 francs. C/était, il est vrai, une des mines les plus riches du Pérou : mais il y en avait tant d^autres !
Emargent abondait plus encore. Une autre mine de cette même province de Carabaya donnait, dans les premiers temps de son exploitation, 1,175 kil. d^argent par 2,500 kil. de minerai brut, soit presque moitié de métal pur. En 1758, au Cerro de Pasco, on trouvait un morceau d’argent natif de 160 kil. pur comme si on l’avait fondu au creuset. Pendant ce même siècle, dans une autre mine, on découvrait une masse d’un sol bloc pesant 368 kil. Enfin, pour tout résumer par un fait, l’argent était là en si grande quantité, qu’un des vicerois do ce temps, le duc de la Palata, faisait son entrée à Lima, par une rue pavée en argent massif. On estime le métal employé dans celte excentricité courtisanesque, à une valeur de 400,000,000 de francs.
Il est impossible d’évaluer, même approximativement, ce que l’Espagne, état et particulier, a tiré du Pérou en fait de métal. Mais, d’après ce qu’on voit par
les récits du temps, cela doit dépasser en valeur plusieurs cubaines de milliards.
Cependant, tout s'épuise ici-bas^, même la richesse métalli(]ue du Nouveau- Monde. Les mines actuelles du Pérou sont loin d’être productives comme au temps des Espagnols. D’une part les Indiens, puis leurs conquérants ayant, les uns après les autres, pris tout ce qu’ils ont pu découvrir à la surface du sol, il faut aujourd’hui creuser davantage. D’autre part, une partie des mines a été abandonnée par suite de l'appauvrissement de population du pays et peu à peu les eaux les ont envahies. Mais c’est une richesse qui dort sans. être morte.
Ainsi, il est constant que beaucoup de mines ont été inondées en plein travail, bien avant d’être épuisées. L'or et l’argent suintent encore du sol péruvien à maintes places. La plupart des fleuves roulent des paillettes d'or. Il y a une fontaine publique à Ayapata, capitale de Carabaya, qui dépose tant d’or en poudre et même parfois en pépites, qu'on l’y recueille comme du limon dans nos fontaines d'eau de Seine. Une seule mine, découverte en 1830 a donné entrois ans plus de 30,000,000 de francs. Enfln, la présente exportation du Pérou dépasse annuellement, rien qu’en or et argent, 25,000,000 de francs.
Outre ces deux métaux, on trouve encore en abondance du mercure, qu’on rencontre parfois à un tel degré de pureté qu’il forme des amas comme du plomb fondu: du cuivre et de l’étain dont on exporte des quantités considérables, etc., etc. ; bref, exploitées ou non, à peu près toutes les productions métalliques connues.
Les produits de carrière et autres,* susceptibles d'exploitations fructueuses, sont peut-être encore plus abon-
dants que le métal. Charbon de terre, pétrolç, bitume, salpêtre, soufre^ borax, nickel, amiante, cobalt, aimant, potasse, sel marin et sel gemme, guano, alun, sulfate de fer, marbres, granits, laves, porphyres, plâtres, terre à porcelaine, craies de maintes couleurs, etc.^ tout ce que khomme utilise ici-bas !
Quelques-unes de ces richesses sont entassées là par quantités si considérables, qu’on ne saurait prévoir l’époque de leur épuisement. Tel le sel, dont on trouve des montagnes et des plaines entières, entr^’autres une dans le département de Moquega, qui a huit lieues de large et ou la couche de sel est épaisse de 25 centimètres. Tel encore le salpêtre, qui se renouvelle à mesure qu’on en prend.
La plupart de ces produits sont à la surface du sol ou si près sous terre, qu^’il suffit presque de se baisser pour les récolter. Quelques-uns même sont sur des fleuves ou sur la mer, comme des marchandises en charge. 11 n’y qu^’à les pousser à bord pour les embarquer, ainsi le sel sur certains affluents du Huallaga et le guano sur la côte.
Malgré cette richesse et cette facilité d’écoulement, il n^’y a guère au Pérou que le guano et le salpêtre qui soient exploités d’une manière suivie. La plupart des productions citées plus haut, ou ne le sont pas encore ou le sont d’une manière insuffisante, comme nous le verrons plus tard en traitant de l’industrie péruvienne. Mais ils n’en sont pas moins là, attendant leur heure. Il ne leur faut, pour voir le'soleil, qikun homme d’Etat habile, qui sache ouvrir ces "filons d’inépuisable richesse.
Cet homme, la république péruvienne vient probablement de le trouver dans son président actuel, don
Manuel Pardo. Sous son impulsion, le Pérou a entrepris différentes réformes et de grands travaux publics, surtout des chemins de fer, destinés à changer la face du pays et peut-être à le faire monter d^'un seul effort au rang des premières nations da globe.
Patience donc et laissons faire la liberté. Quoi qu^on en dise, c'est la mère de tout ici-bas, des grandes choses comme des grands hommes. Déjà, depuis vingt ans à peine, à moins de quarante ans de Pindépendance péruvienne, deux produits d’exportation, le guano et le salpêtre, ont trouvé à se répandre en abondance. D^autres vont suivre. Le guano surtout est aujourd'hui la fortune du Pérou, le vrai fumier de sa germination nationale.
Je ne puis mieux faire, pour clore ce compte-rendu de mines et carrières, qu’expliquer en détail ce curieux produit. Gomme le tabac pour nous, c’est la source la plus intelligente du revenu public péruvien. Il n’y a de différence que dans l’odeur. Mais l'argent ne sent rien, dit-on! La prose non plus : donc, entrons en matière.
Comme on le sait, le guano, ou plutôt le liuano, se compose de détritus d’oiseaux marins, nids, œufs, cadavres et fiente surtout, fondus par le temps. On y trouve bien du sable, de la chaux, des carcasses de lions de mer et de veaux marins, mais la presque totalité de ce produit se compose de fiente d’oiseau. C’est de la véritable poudrette aviné, qui doit même son nom à ses producteurs, que la langue quichua nomme huanay.
Divers oiseaux contribuent à le former, en venant par quantités innombrables, vivre, pondre et mourir aux mêmes endroits de la côté ou sur certaines îles. Ce sont en général des mouettes et des pétrels aux
ailes rapides; des fous; des pélicans au goitre étrange; des cormorans ou corbeaux de mer ; des manchots et des pingouins, sorte d’intermédiaire entre Toiseau et le poisson; des zarcillos ou des Incas, etc.
Vivant là par espèces distinctes, chacune d’elles a des gites spéciaux, sa partie de côte, son île ou son coin, comme nous avons nos patries, et ne se mêle pas à l’espèce voisine.
Depuis des milliers d’années, ces oiseaux accumulent là leurs détritus, sans que jamais personne aille les troubler dans leur œuvre inconsciente. Gomme nous le verrons dans l’histoire des Incas, les lois de ces souverains punissaient de mort quiconque tuait ou même dérangeait un de ces oiseaux. Les lois actuelles, moins sévères, Qpt remplacé la mort par une forte amende. Mais aujourd’hui, comme autrefois, personne ne peut' chasser, camper, ni même se promener sur les îles à guano, à moins de permission expresse. Les navires de guerre eux-mêmes, arrivant dans les eaux de ces îles, sont avertis par un bâtiment ad hoc, d’avoir à respecter les règlements qui protègent les naturels emplumés du lieu.
Si on joint à cela que le climat de la côte du Pérou est sec et conservateur au plus haut degré, que ces oiseaux vivent et surtout vivaient-là jadis par milliards, qu’enfin ce produit se forme avec une rapidité excessive que peuvent comprendre facilement ceux qui ont des poulaillers : on aura les raisons d’être d’une accumulation impossible à comprendre sans ces renseignements.
Un jour, un Péruvien plus curieux que ne le sont d’ordinaire ses compatriotes, a voulu se rendre compte à la fois de la quantité d’oiseaux et du temps qu’il fallait
pour faire un amas de guano, et voici comment il s"y est pris pour obtenir les renseignements suivants, les plus complets que je connaisse en la matière.
Il est descendu sur un îlot à guano et y a parqué une tribu de jeunes pélicans ne volant pas encore. Puis, comptant ses captifs et multipliant ensuite les surfaces couvertes par leurs congénères, il a trouvé 2,500,000 oiseaux. Il a mesuré ensuite, par le même procédé, ce qu’ils avaient produit en une semaine, donc en une année, et il a trouvé 10,000 mètres cubes, soit 10,000 tonnes par an.
Plusieurs pays, entr^autres le Chili, la Patagonie, la côte Argentine, les îles Falkland ou Malouines et celle d’Itchaboë sur la côte d’Afrique, possèdent aussi du guano. Mais aucun de ces produits ne vaut celui du Pérou. Sa supériorité sur les autres, tel que celui de Bolivie, est ce que 10 est à 7, Ainsi, quand le guano péruvien vaut 275 fr. les 1,000 kil,, la même quantité de bolivien ne vaut guère que 180 fr. et celui de Patagonie 60 fr.
Le Pérou a, le long de ses côtes, plusieurs dépôts naturels de ce produit. Le plus célèbre était jusqu'^à ce jour celui des îles de Chincha, formant trois îles et cinq ou six îlots , situés à 18 kilomètres de la côte, près de Pisco, à 200 kilomètres au sud de Lima. La principale de ces îles a environ 8 kilomètres de tour. Aucune ne porte de végétaux : le ferment qui les couvre est trop chaud pour en germer.
Comme en 1871, il ne restait plus sur ces îles que quelques centaines de mille tonnes, le Gouvernement péruvien, réservant cela pour son agriculture, passa à d’autres dépôts. Il exploita d^abord deux îles situées dans le nord, en face Truxillo. Mais le guano de ces
PRODUCTIONS MINÉRALES ET AUTRES Tl
dépôts n’étant pas assez sec, il Tabandonna pour celui de la côte de Tarapaca, au sud, dont la qualité semblé préférable à celle des Chincha elles-mêmes.
A la suite de ces changements, le bruit se répandit que le Pérou n’avait plus de guano. Pour répondre à cela, les gouvernements péruviens et anglais chargèrent, Pun une commission présidée par un Français, M. Thierry, Tautre quelques-uns de ses officiers, de mesurer les dépôts de guano de la côte du Pérou.
Il résulte de cet examen :
Qu’il reste encore là, en différents amas connus, une quantité de guano qu’on peut évaluer à dix millions de tonnes ou mètres cubes ;
Que beaucoup d’autres dépôts ignorés doivent exister, recouverts de sable ou de guano pétrifié, qu’on ne découvrira qu’avec le temps, à mesure des sondages.
Mais que ce produit, qui devrait se reformer comme il s’enlève, tend à disparaître, par suite de la mortalité et du départ des oiseaux à mesure que la côte devient plus fréquentée. Ainsi, il y a trente ans, le dépôt de Tabellon de Pica, dans la province de Tarapaca fut abandonné par les oiseaux à la suite d’une mortalité qui les enleva par millions, au point que la côte était couverte de leurs cadavres sur plusieurs kilomètres . d’étendue.
Le guano se présente par masses compactes, qui généralement craquent sous les pieds comme une gelée et dans laquelle on enfonce ainsi que dans des rabouil- 1ères à lapins. Ses épaisseurs sont très-variables : de- ' puis un jusqu’à cent mètres, selon le terrain : ce qui rend les sondages très-incertains. Généralement friable comme de la terre sèche, il est parfois dur comme de la pierre, par le temi)s ou une 2^étrifîcation natu-
relie. Il apparaît soit blanc, soit jaunâtre, ou rouge. Le meilleur est le blanc, celui qui, formé de fiente plus pure, a généralement le plus de sels.
Sa qualité et par suite sa valeur diffèrent dans des proportions si considérables, que le mélange en est pour ainsi dire forcé. Ainsi on trouve :
Dans le Dans
plus mauvais. le meilleur.
Eau hygumétrique 5 20 12 50
Matières organiques et ammoniaque. 7 60 47 50
Sels alcalins 9 70 11 >>
Acide phosphoriqup soluble .0 64 10 50
Phosphate de chaux insoluble 15 60 15 »»
Salle 43 80 2 80
Carbonate de chaux et autres 17 46 0 70
Le premier vaut 45 fr. la tonne : le second 465 fr.
L'efficacité de ce produit est connue. Je ne pense pas qu'il y ait engrais naturel plus riche, à ce point qu^ilne faut l'employer qu’avec grande mesure, autrement il brûle. Sur les terres froides surtout, il est préférable à la poudrette et shl n’engraisse pas le sol comme fait le fumier, il le chauffe et ainsi accélère et développe la germination. Comme toutes choses , principalement celles qui réussissent, il est l’objet de maintes fraudes, falsifications, etc., contre lesquelles le cultivateur ne peut guère se garantir que par un examen chimique de la matière. Mais tel quhl doit être, c’est un des meilleurs engrais qu’on ait encore employé.
On Texporte en le détachant de la masse, comme on ferait pour de la terre, et on le charge par manches, canots, etc. sur des navires jaugés à Tavance. Le gouvernement péruvien exploite lui-même, se charge de tous les frais d’embarquement, transport, avaries, commissions; et, dans chaque pays, vend directement
à un consignataire accepté par lui en adjudication publique. Le prix, qui, dans Torigine, atteignait à peine 150 fr. la tonne de 1,000 kil., approche aujourd'’hui de 400 fr. On estime que le bénéfice net du Pérou sur chaque tonne est d’environ 200 fr. Toutefois ce bénéfice varie beaucoup : selon le fret, qui oscille lui-même entre 70 et 130 fr. ; selon la commission, qui flotte de 1 à 6 0/0, selon le pays. Ainsi, le consignataire des États-Unis n’a que 1 o/O; celui de Chine a 7 1/2; celui de France a 4 pour l’intérieur et 6 pour nos colonies, l’Algérie comprise.
Dans les premiers temps de cette exportation, la France ne prenait guère que 1,000 tonnes par an. Elle en prend aujourd’hui au-delà de 100,000, pour plus de 30 millions de francs. En présence de cet accroissement incessant d’importation, le gouvernement français a réduit les droits d’entrée sur le guano péruvien par navires étrangers. Celui qui vient par navires français entre franco.
L’Angleterre, les Etats-Unis, l’Espagne, la Chine, etc., consomment aussi des quantités considérables de guano, et, dans ces contrées comme chez nous, l’importation augmente incessamment. C’est le fait de la progression actuelle des transports et aussi de l’habileté commerciale du Pérou. Naguère, il y a trentecinq ans, ce produit, utilisé sur la côte du Pacifique depuis plus de cinq siècles, se bornait aux quelques localités voisines de sa production. En 1841, on commença de l’exporter au-delà des mers et pour le compte de l’Etat. Le gouvernement péruvien en vendit d’abord 8,000 tonnes par an. Puis, peu à peu, d’une façon toujours progressive, cette vente est arrivée au taux de 5 à 600,000 tonnes.
On pense qu’elle donne au Pérou, tous frais déduits, 80 à 100 millions de francs par an, soit les deux tiers .de ses recettes annuelles. Depuis 1841 jusqu’en 1871, en trente ans, le guano des seules lies de Ghincha a rapporté à ce pays plus de 1,600,000,000 de francs. Si on pouvait calculer, puis ajouter à cela tous les profits qu’entraîne son exportation, et surtout la quantité d’affaires qu’elle enfante, ce chiffre de bénéfices serait évidemment plus que triplé, décuplé peut-être.
Et tout cela parce qu41 plaît à un oiseau inconscient de digérer là plutôt qu^’ailleurs !
Vous qui niez la Providence, l’intervention divine dans les choses de ce monde, dites-nous, je vous prie, si c^’est l’habileté du Pérou, ou la vôtre, qui lui ont donné son or, ses pélicans et les végétaux que vous allez voir?