‹ Le Pérou; tableau descriptif, historique et analytique des êtres et des choses de ce paysChapitre 9 sur 47 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Histoire.

L’âge de pierre du Pérou. Emigrations asiatiques. Preuves à l’appui. Chinois et Péruviens d’Eten. Routes suivies par ces émigrations. Nations Collahuas, Aymaraës, Chinchas, Canas, etc. Les Collahuas et leurs cinq soleils. Les Aymaraës : leurs sépultures et leurs momies aux crânes déformés. Les Quichuas ; leurs monuments, leur langue, etc. Etats primitifs de ces peuples. Origine des nations.

Nous connaissons le pays, Phôtellerie, examinons maintenant son hôte principal, l’homme. Son étude doit constituer la partie la plus importante de ce livre, et, si vous voulez me suivre encore, c^est lui maintenant que nous allons regarder.

L’histoire d’abord. Afin de prendre la race péruvienne à son origine et de la menerjusqu^’à nos jours, comme un fleuve qu^’on descend de sa source à sa bouche, pour le bien connaître.

Les indigènes du Pérou ont leur origine enfouie dans une obscurité presque absolue. Leurs annales réelles ne datent que du onzième siècle de notre ère environ : des premiers Incas. Tout ce qui, chez eux, a précédé cette époque, est perdu dans un lointain vague dont l’existence se révèle de fois à autres par un monument ou un souvenir retrouvés, mais dont on ne sait rien de positif. Si peu éloigné de nous que soit ce temps, il est l’âge de pierre du Pérou. Or, au Pérou comme chez nous, on ne sait guères de cet âge qu’une seule chose : c’est qu’il a existé.

Cette situation, d’ailleurs, n’a rien d^’anormal; elle est de sort commun pour les nations comme pour les

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individus. Lès premiers terùps de cKacun sont ûne‘ ép‘oqué dé formation embryonnaire qui point d^annâleSj parce qu’elle n’a point de vie propre. Ce n-est que peu à peu, au fur et à mesure d’une existence ' que des traditions, puis une histoire, naissent de Létat même qu’elles racontent. Jusque-là tout est limbes^ germes, fœtus inconscients, oublieux et oubliés !

Si peu que soient ces riens historiques, nous allons cependant essayer de lés coordonner. L^étude en est curieuse, non à titre d’enseignement, mais parce que, comme les abîmes, les limbes dès peuplés ont un attrait d’inconnu qui attire lesregards> par èèlâ seul qü’On né peut que les entrevoir !

L^’homme au Pérou, de iriême que pârtout sür les deux Amériques et sur notre Europe , paraît être vend du dehors, dePAsie. Nos livrés saints, èous ce rapport, sont conformes à ce que la science élucidée par le temps nous apprend peu à peu.

Vainement, de nos jours surtout, dès sùppôsitidüs contraires se sont produites : les unes imputant à l’Europe le peuplement du Nouveau-Mondè; les autrès attribuant à PAmérique une espèce d’iibihmes véritablement antochthones ou nés sur le continent américain. Ces deux suppositions, ne leur eh déplaise, sont des fruits de vanité, germés l’un en Europe, l’autre en Amérique. Aucune d’elles ne vaut l’origine asiatique directe et par suite la version d’Adam, d^un être unique dont la descendance s’est répandue peu à peu sur lé mbhde entier, par deux grandes routes divergentes, dont PAmérique est le point dê jonction.

Les instincts naturels de Vhûmànûé, lés bJpjpàrèhcès géographiquest la nature des Indierîs, lès monurhents retrouvés, les traditions locales, les idiomes et ce que

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nous connaissons des civilisations du Nouveau-Monde avant notre arrivée : tout se réunit pour corroborer cette présomption d'orig-ine asiatique.

Eu effet, l’homme, aussi bien que les autres animaux, insectes, poissons, oiseaux, quadrupèdes, est poussé par un instinct raisonné à aller devant lui en vue d^améliorer incessamment sa condition terrestre. Partout il va ainsi, tant quhl peut, jusqiPà la mer, la côtoie, puis passe sur les terres qu’il aperçoit à l’horizon, comme font les oiseaux de passage : cailles, bécasses, etc. C’est cet instinct qui a dû conduire sur le Nouveau-Monde les asiatiques d’abord, puis nous-mêmes et nous fait peupler ce continent au fur et à mesure des besoins de notre espèce humaine.

Descendant des hauts plateaux de TAsie où les traditions le font naître, l’homme est arrivé progressivement jusqu^à l’Océan indien : l’a côtoyé à droite et à gauche en le traversant partout où il voyait des terres à l’horizon : et ainsi a dû passer en Amérique par le détroit de Behring.

C’était alors — peut-être ? — un grand voyage même pour les aventureux de cette époque. Mais c^’était une terre nouvelle à proche portée , un espoir incessamment offert à quiconque avait soif de meilleur. Dans ces temps, pas plus que de nos jours, en Asie pas plus qu^’en Europe, la mer n’arrête jamais quiconque a besoin de s’envoler. Un premier pionnier découvreur passa, puis d^autres et d^autres encore. Le Nouveau-Monde commença de se peupler.

Cependant les nations d^’Asie, comme aujourd'hui les nôtres d’Europe, fourmillaient de plus en plus, si pressées à certaines places qu’il leur fallait, à elles aussi, épancher au dehors leurs trop pleins de population. Le

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détroit de Behring n^’est pas large : le voyage était de plus en plus facile et court, pas même une traversée de France en Angleterre. Un va et vient analogue au nôtre avec l’Angleterre, plus grand même peut-être, s’établit entre l’Asie et les colonies naissantes. Chaque ébranlement civil, chaque guerre religieuse ou politique vit successivement une partie de ses vaincus émigrer sur les terres nouvelles, soit par familles, soit par tribus entières : de même qu^aux temps où nos pères descendaient tour à tour sur TAfrique, l’Italie ou l’Espagne, avec Didon, Enée, Genséric, etc.

Ces premiers essains d’aventure se posèrent d’abord sur le rivage situé en face de leur patrie asiatique comme ont fait les Grecs ou les Africains en Sicile, comme nous faisons nous-mêmes sur le continent américain. Puis peu à peu, à mesure de leur nombre croissant, ils descendirent vers le Sud en suivant les bords de la mer : c’est-à-dire une voie naturelle, riche en coquillages, en poisson, en gibier, de plus en plus douce comme climat, partout fermée sur ses côtés par l’Océan et les montagnes, deux murailles.

Ainsi vont les oiseaux quand ils sont en émigration. Ainsi en voyage, quand on va devant soi sans savoir où, on suit instinctivement une grande route comme pour se perdre moins !

Chemin faisant, ces émigrants rencontrèrent le Mexique, puis le Guatemala, et enfin le Pérou. C’était et ce sont encore aujourd’hui les contrées les plus séduisantes du Nouveau-Monde, de par le grand maître de nous tous, le climat. Les nouveaux venus s’y fixèrent et peu à peu, sous les ravitaillements civilisateurs de leurs mères-patries ou d’eux-mêmes entr’eux, devinrent ces peuples, à la fois civilisés et primitifs.

que Cortez et Pizarre ont si facilement conquis.

Telles sont les origines de la population indigène de tout le Nouveau-Monde; du moins telles je les crois être; car tout ceci n’est qu^’inductions personnelles; mais des inductions longuement élaborées et que j’étaye sur les faits suivants recueillis cà et là dans des livres ou dans le pays même.

Le plus visible indice de l’origine asiatique des premiers habitants du Nouveau-Monde, Mexicains, Péruviens, Indiens sauvages de toutes nations américaines, est leur ressemblance avec les Asiatiques, Chinois, Japonais, Siamois, etc. Il suffit de voir côte à côte quelques-uns de ces échantillons divers pour se convaincre qu’ils appartiennent tous à la même race humaine. Le climat des Amériques et ses variétés infinies les ont déjà modifiés, mais bien moins que notre climat d’Europe ne La fait pour nous Européens, parce qu’ils ont quitté notre commun berceau originel depuis moins longtemps, je pense.

Au physique comme au moral, ce sont encore les mêmes hommes, avec le même galbe de visage, large, rougeâtre, aux cheveux d’un noir d’ébène, aux regards rapides et presque toujours fugitifs; avec les mêmes allures à la fois souples et nerveuses de la panthère et de l’hindoue ; la même démarche grave, réfléchie, majestueuse et visant à Leffet, de l’Asiatique, autrement dit de ITiomme- vieillard. Les uns et les autres sont égoïstes à l’excès — plus encore que nous — félins, adroits, dissimulés, âpres au gain, sagaces et résignés. Il n"est pas jusqu’aux Indiens sauvages eux-uiêmes, auxquels la vie du désert a fait une nouvelle nature, qui cependant ne portent tous encore un cachet commun d’origine asiatique impossible à méconnaître .

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Outre ces similitudes, maintes traditions locales racontent les arrivées, les séjours, la puissance même souvent, d’étrangers venus du dehors et ayant une civilisation plus avancée que celle des naturels du lieu. Les uns bâtissent d^’une façon particulière plus ou moins babylonienne; les autres creusent les pierres à Laide d’outils de fer, chose inconnue des indigènes ; ceux-ci cultivent d^une manière nouvelle ; ceux-là enfin ont une langue à part, si distincte qu^elle ne ressemble à aucune langue du pays. La côte péruvienne, et même toute la côte américaine du Pacifique, est semée de bout en bout de traditions locales, qui établissent les arrivées partielles d^’émigrations diverses.

Or, ces différentes traditions, les idiômes, les coutumes et tout ce qu^’on découvre au jour le jour des anciens habitants du Pérou ont une commune allure asiatique, principalement chinoise, qufil est facile de reconnaître.

On rencontre là, sous des formes diverses, les mêmes cultes du soleil et du feu mélangés dfincarnations divines; les mêmes constitutions patriarcales et draconiennes; les mêmes moeurs souvent. Le souverain y cultive de ses propres mains comme en Chine. Certains mots — et probablement des idiômes tout entiers — sont asiatiques, sanscrits, etc. On prétend qu’un jour à Lima, un Ghinôis et un Péruvien d’Eten, bourgade de la Costa où on parle une langue particulière, se sont compris comme des compatriotes qui se retrouvent. Certaines marques de comptes, nommées quipos, sont communes à la fois au Mexique, au Pérou et à la Chine. Les formes monumentales, bas-reliefs, lignes sculpturales et modes de bâtir, rappellent les constructions indiennes, égyptiennes, asiatiques enfin directemenit..ou indirectement.

Tous les vestiges de civilisation en un mot participent de TAsie par le fond et la forme. Seulement, chacun d’eux a une teinte sauvage plus ou moins forte, selon quTl est plus ou moins vieux d’importation. C’est de Thindostanique, du japonais, du chinois, le tout mélangé et américanisé : fruits sauvages des civilisations asiatiques, comme les Etats-Unis, le Brésil et les Républiques de la Plata sont les fruits sauvages de nos civilisations européennes.

Il n’est pas jusqu’à la route suivie par ces émigrations qui ne soit indiquée, aussi bien par la configuration géographique du sol américain, que par les monuments qu’on y découvre et les histoires diverses de ces civilisations.

En effet, lorsqu’on trouve sur un sol des débris superposés, il est évident que ce sol a été occupé par des habitants successifs, ayant vécu là les uns après les autres, comme des générations successives dans un vieux manoir de famille, où chaque génération a laissé son empreinte. C’est ainsi que sur notre Europe, la Grèce par exemple, la première peuplée et repeuplée par des émigrations asiatiques, est bien autrement riche en ruines et en traditions historiques que nos Gaules ou l’Angleterre.

Or, les contrées du Nouveau-Monde où on trouve les vestiges de civilisation les plus nombreux sont le Mexique, le Guatemala et le Pérou. A mesure qu’on descend vers le sud, ces vestiges sont de moins en moins achevés et superposés : en ce sens que la patrie de Montezuma est plus riche en ruines de toute sorte que le Guatemala, et qu’à son tour ce dernier pays est plus riche que le Pérou, qui n’a guère que des débris encore frais de Père des Incas ou de leurs prédécesseurs. Le

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Nord, Californie et autres, devrait, à ce compte, être mieux fourni que le Mexique lui-même. Mais il y a à son égard une question de climat qui domine tout. Les contrées septentrionales ne savent pas plus conserver intacts leurs monuments que leurs institutions : parce que 'les variations destructives de leurs climats y rongent si bien tout que cela est l’affaire de quelques siècles. De plus, elles sont pour la plupart trop pénibles à l’homme pour qu'il s'y accumule longuement.

Gomme les renseignements ethnologiques le font présumer, le Mexique, puis le Guatemala et enfin le Pérou ont donc été les points successifs du Nouveau- Monde les plus habités.

Quant à préciser les époques où ont commencé ces émigrations, le temps pendant lequel elles ont continué et celui où elles se sont arrêtées, cela est difficile à faire même d'une façon approximative, par suite du manque d’histoire écrite qui caractérise ces contrées. Toutefois, ces temps paraissent de beaucoup antérieurs à notre arrivée sur le Nouveau-Monde, sans remonter cependant à des siècles très-éloignés. S'il me fallait supputer des dates, je dirais les commencements de notre ère chrétienne ou environ. Rien d’elles n’est assez enfoui sous la terre et l’oubli pour remonter à plusieurs milliers d'années. C’est presque de la civilisation grecque ou romaine encore à fleur de sol, de souvenirs et de siècles .

Telles sont, à mon sens, les explications les plus plausibles du peuplement des deux Amériques antérieur à la découverte de Christophe Colomb. Longtemps avant notre arrivée, des émigrations, puis des civilisations sortant de l'Asie par différents peuples, ont dû venir à différentes époques s'implanter sur la côte asiatico-amé-

ricaine du Pacifique : exactement comme sur notre côte européo-américaine de PAtlantique, les mêmes faits s'accomplissent aujourd'hui par nous.

Ces moments d’émigration nous sont inconnus , parce qu’ils se sont produits en dehors de nous et dans un temps où l'Europe elle-même n’existait qu’à peine. Comparativement à l'Asie^ nous sommes nés d’hier, et, par suite, aussi étrangers à l’histoire ancienne de cette vieille mère de l’humanité qu’un homme fait est étranger au passé de son aïeul. Mais à mesure que notre science grandira avec notre âge, nous apprendrons probablement ces faits, comme nous apprenons tous les jours quelque chose de plus, sur cette Chine millénaire enfouie dans sa décrépitude. Si ignorées que ces émigrations soient de nous, elles ont dû laisser dans les fastes de leurs pays d'origine des traces sensibles de leurs départs ou de leurs créations nouvelles : de même que l’Allemagne et la France ont leurs émigrations américaines et leur Algérie inscrites tout au long dans leurs annales.

Quelque jour probablement, un voyageur revenant de Pékin nous rapportera l'histoire de la découverte asiatique de ce Nouveau-Monde, que nous croyons avoir inventé sans autre secours que la science transcendentale de l’un des nôtres! Ce qui est le comble de la vanité absurde, comme le prouvera la note ci-dessous, que je prie instamment le lecteur de ne pas sauter, et pour cause (1).

(l) Ces découvertes se sont réalisées depuis le moment où j’avais écrit ces lignes, il y a quelques années.

Je devrais donc aujourd’hui, en me relisant pour publier, faire ce que je fais partout où le temps a modifié l’état de choses péruvien ou même mes impressions. Mais ma vanité de Cassandre sud-américaine se refuse à ce sacrifice, J’ajoute seulement la note suivante, qui, j’en conviens, eut figuré

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Nous savons d’où sont venus les premiers habitants du Nouveau-Monde. Cherchons maintenant quelle a pu être leur vie nationale depuis l’époque de leur arrivée

avec plus de raisou dans le texte même. Que voulez-vous? L’homme n’est point parfait. Si j’effaçais la trace de ma prédiction, comment sauriez-vous que je l’avais faite?

Le professeur Cari Neuman, de Munich, a trouvé dans les archives de la Chine le récit détaillé d’une de ces émigrations, accomplie par des prêtres houdhistes, un millier d’années environ avant notre arrivée au Nouveau- Monde. Leurs difficultés de route, leurs souffrances, leur long voyage en Amérique jusqu’au pays des Astèques : tout y est relaté en détail.

De plus, les grandes annales de la Chine, intitulées Nan-om (histoire du midi) constatent différentes émigrations chinoises en Amérique, comprenant ou non la précédente — je ne sais — mais survenues à la suite de troubles civils, nés de la chute de la dynastie de Tsin, en l’an 420 de notre %re. Deux itinéraires différents de ces émigrations y sont même donnés, aboutissant tous deux au passage par mer, à la presqu’île d’Alaska et aux îles Aleoutiennes, puis à l’Amérique.

De plus, ces itinéraires en Asie et la traversée du détroit sont aujourd’hui complètement élucidés par les travaux de MM. Guignes, d’Eichthal, Wrangel, Maury. Ils sont d’une simplicité si frappante qu’on ne conçoit même pas comment, dès le début des discussions sur le peuplement de l’Amérique, on n’a pas pressenti ce grand mouvement humain, remontant à une haute antiquité et continuant de nos jours, sous nos yeux mêmes. Les Indiens de ces parages, civilisés à leur manière et très-nombreux, vont ainsi sans cesse d’une rive à l’autre, d’Asie en Amérique et 'oice-versâyONQG une facilité excessive : d’île en île, par 7 kilomètres à l’heure, à deux, homme et femme, dans un canot de cuir, avec des branches pour voiles et une perche pour gouvernail. Comme ils font depuis des milliers d’années peut-être, comme je l’ai vu faire aux Indiens, et l’ai fait moi- même soit en haut soit en bas de l’Amazone, jusqu’en mer.

Cette émigration chinoise terrestre, à flots probablement continus, à va et vient régulier établi de toute antiquité, est donc aujourd’hui un état de choses acquis à l’histoire.

Quant aux émigrations maritimes, elles sont également établies par ce fait contemporain, que de temps à autres des jonques japonaises sont etitraînées jusqu’aux environs de San- Francisco' par le Kouro-Siwo ou fleuve noir et le courant de Tessan, qui partent des côtes sud du Japon et vont mourir le long de la Californie.

Il n’y a donc plus désormais l’ombre d’un doute sur le peuplement du Nouveau-Monde par l’Asie, et par une double voie terrestre et maritime, ouverte dès les temps les plus reculés. L’immense émigration asiatique actuelle que nous prenons pour un fait nouveau, n’est qu’une continuité traditionnelle et logique de leur mouvement millénaire d’Orient en Occident, comme le nôtre. Notre découverte de l'Amérique n’est qu’une réminiscence humaine, inspirée à Christophe Colomb, soit par un de ses voyages en Asie, soit, comme on l’a dit, par un marin qui était allé au Mexique et que le grand Génois eut longtemps pour commensal. Cela ne lui retire rien de ses mérites ; mais cela les “explique, et bien mieux que cette fable répétée d’âge en âge, que Colomb avait pressenti le Nouveau-Monde par ses calculs de pondéra-

sur leurs nouvelles patries, jusqu^'au jour où une civilisation à annales est venue éclairer chacun d'eux. La plupart de ces tribus n'ont laissé de leurs passages icibas qu'une empreinte si faible qu’il faut se baisser pour la retrouver ; mais enfin il y a empreinte^, donc certitude d'existence humaine quelconque, sédentaire et civilisée à certain degré.

D'après ce qu’on sait par la tradition et surtout les monuments retrouvés, la population du Pérou se composait originairement d'un grand nombre de peuples distincts. Les principaux d’entr'eux ou du moins ceux dont les noms et certains actes sont les mieux parvenus jusqu’à nous sont les Gollahuas, les Aymaraës, les Chinchas, les Yuncas, les Quichuas, les Cahas, les Gauchis, les Huancas, les Atacamas, les Ghangas, etc.

Les Gollahuas, presque perdus dans les brumes originelles, paraissent avoir été les plus anciens de tous. Ils venaient du nord et prétendaient que le soleil actuel avait été précédé par quatre soleils, ses ancêtres, successivement éteints. Avaient-ils pris ces idées dans un séjour polaire? Probablement. L'homme ici-bas n'invente que ce que lui inspire la nature qu'il a sous les yeux.

Les Aymaraës, qui ont laissé des traces bien plus précises, paraissent avoir été la nation la plus ancienne après les Gollahuas. Ils habitaient la Sierra Per uviano- Bolivienne, principalement les environs du lac de Titicaca et une partie des rivages de l’océan. Plus vaillants

tion terrestre! Il savait ce monde exister, il y est allé avec audace et sagacité; nous l’y avons suivi et l’y suivons depuis quatre cents ans. Mais bien avant lui, avant même peut-être que nous ne fussions établis par nations distinctes en Europe, l’Asie émigrait là sans cesse et s'y installait successivement en tribus, en peuples, en empires : comme sur son propre domaina originel.

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que leurs voisins divers, ils soumirent successivement les Huancas et les Ghinchas. On pense que les deux premiers Incas sont nés chez eux et le choix de l’île de Titicaca, pour foyer du culte du soleil, n^a sans doute été, de la part de ces césars-fétiches, que le résultat d’un souvenir patriotique.

Cette nation existait encore en débris importants, il y a moins d^un siècle. En 1795, on comptait 75,000 Aymaraës purs et environ 15,000 métis tenant d’eux plus que des Espagnols. De nos jours, ils sont à peu près fondus dans la nation péruvienne ou du moins dans ce qu^’on désigne sous le nom général d’indiens. Toutefois leur langue subsiste toujours. C’est un idiome guttural, dur et assez peu formé, bien que possédant des déclinaisons et des conjugaisons comme le latin. Mais il est sonore, concis et énergique : telle que jadis, avant la conquête espagnole et les Incas, devait être la nation belliqueuse qui le parlait.

Ce peuple avait une civilisation relative, établie par quelques monuments retrouvés de lui, entr^’autres par des sépultures assez curieuses. Ces vestiges consistent surtout en pyramides tronquées, hautes de 15 à 30 pieds, qui renferment une chambre-cave, sans autre ouverture quMne étroite lucarne, pour laisser pénétrer l’air et le soleil. Les cadavres, au nombre de cinq ou six en général, y sont rangés en cercle comme s’ils causaient et accroupis à la manière indienne, c’est-àdire, le corps assis sur les jambes avec les genoux au menton. Quelques-uns sont embaumés au chenopodium amhrosioides . Tous sont enveloppés dans des sacs-paniers en fibres végétales tissées, qui les couvrent jusqu’à terre, sans laisser voir autre chose que les bouts des pieds et les faces grimaçantes des cadavres.

La plupart de ces momies sont d’une conservation remarquable, d’où on a inféré que leur état de civilisation avait dû être très-avancé. Mais, à mon sens, cette conservation analogue à celle delà Sicile et de l’Egypte, ne prouve rien, parce qu’elle est le résultat du climat, bien plutôt que des pratiques usitées. G^est le propre d’une certaine zone climatérique, située nord et sud de l’équateur, donc comprenant le Pérou, de conserver tout admirablement sous son ciel sans nuages : les ruines, les morts, le guano et même les institutions. La durée presqu’illimitée des pyramides, des momies et des mœurs de l’Egypte, n’a probablement pas d’autre cause que la pureté conservatrice de son ciel. Et, quant à l’invention en elle-même, des idonéités climatériques analogues enfantent naturellement des mœurs analogues. Ces momies ne sont donc qu’un indice presqu’insignifîant de la civilisation réelle ou prétendue de ces premiers habitants du Pérou.

Outre leurs pyramides funéraires, les Aymaraes ont laissé diverses traces historiques assez curieuses, entr’autres, l’usage de se modeler le crâne, commun à beaucoup d’hommes de cette nation ou plutôt de ces nations, car cette puissante tribu semble avoir formé une confédération plutôt qu’un peuple homogène.

Dès que l’enfant était né on lui enserrait le crâne dans des éclisses de bois, garnies de coton et placées soit dessus, soit sur les côtés, selon la proéminence qu’on voulait créer. Puis on maintenait ces éclisses ainsi serrées pendant plusieurs années, au bout desquelles l’enfant avait la tête qu’on avait choisie, plate, oblongue, pointue, etc. : il y en avait pour tous les goûts. On ne compte pas moins de seize difformités différentes obtenues par cette trituration, à la suite de laquelle le

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loi

crâne restait ainsi déformé — réformé selon eux — à perpétuité vivante et morte, car c’est surtout par les momies de ces peuples qu’on a constaté cet usage. On trouve telles têtes Aymaraës dont le sommet est deux à trois fois plus long que le visage. C’est hideusement bestial.

Cette difformité ne se pratiquait que sur les enfants mâles et libres. Les filles et les esclaves n’étaient pas admis à cette quintessence de beauté distinguée, apanage exclusif des guerriers bien nés : car il est probable que plus un homme avait la tête plate, ou oblongue, ou pointue, plus il était objet de respect pour ses compatriotes. C’était son galon, et, quand on prend du galon, on n’en saurait trop prendre ! parce que plus on en a, plus on est respecté.

Quant aux causes originelles de cette bizarre coutume, on a écrit là-dessus des volumes. Plus de cent auteurs s^’en sont occupés, apportant chacun son contingent de renseignements et de théories. Je demande donc à mon tour, à fournir mon système, que naturellement je tiens pour le meilleur de tous.

Cette coutume n’était point particulière aux Aymaraës. Plusieurs peuplades antiques et même contemporaines la pratiquaient et la pratiquent, moins excessive peut-être que celle des Aymaraës, excessifs en tout, mais non moins barbare. Ainsi les Huns d’Attila, les Kirghis de la présente Asie, les Campas de l’Ucayali, les Citibos leurs voisins, et autres peuplades plus ou moins primitives. La plupart des tribus indiennes se mutilent d’une manière ou d’une autre : et, sans aller chercher si loin, nous nous trouons encore les oreilles, comme faisaient nos pères sauvages î

La difformation Aymaraës est simplement la résultante des préoccupations perpétuelles de guerre inhéren-

tes à cette peuplade surtout : de son amour immodéré de distinction commun à tous les hommes, principalement aux sauvages : et enfin, des mœurs brutales dellndien, qui, dès qu’il a un but ne réfléchit à rien si ce n’est à Tatteindro.

Le sauvage sans cesse en lutte se préoccupe avant tout de la lutte. C’est sa vie. Or, un de ses grands moyens est d^’effrayer l’ennemi par des hideurs terrifiantes, des monstres : comme ses aïeux les Chinois en portent encore à la tête de leurs armées. Les Aymaraës, guerriers avant tout, se faisaient des têtes de guerre, et d’autant plus volontiers que cette disposition factice du crâne les rendait, croit-on, plus violents qu’ils ne l’étaient naturellement. Les Incas ont trouvé cette coutume établie. Elle pouvait les servir, et les servit souvent peut-être dans leurs nombreuses guerres. IlsTont laissée se perpétuer : et voici pourquoi, même aujourd’hui, on trouve ces crânes en si grand nombre .

De plus, les tribus indiennes avaient et ont encore bien plus que nous, civilisés, la passion des distinctions à la fois patriotiques et nobiliaires : passion justifiée d’ailleurs plus que chez nous par leur état permanent d^embûches, de vols, de surprises, où il leur faut avant tout se reconnaître ; donc se marquer eux et leurs enfants, quÙls se volent sans cesse. Ils les marquent et se distinguentà leur manière, en se faisant une tête énorme ou se sculptant une tortue sur la peau : comme naguère encore nous nous tatouions les bras, comme nous nous faisons ducs ou barons, comme nos fermiers marquent leurs bestiaux. Ces crânes insolites étaient à la fois leur civis Aymaraës, leurs titres, leurs marques de fabriques, dûment estampillées par un front de six pouces de haut.

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Veuillez même tenir pour certain qu'élis étaient trèsfiers de leur marque, et que nul d’entr’eux, pas même les pauvres mères, ne devait manquer de la pratiquer sur sa progéniture. C’était difficile à bien réussir, dangereux, barbare et hideux de résultats ; n^’importe. Un Indien, jamais, ne regarde à rien de tout cela quand il a une idée. Sa passion permanente est de se distinguer par un signe national et individuel. Il satisfaisait sa passion avant tout, sans s'occuper de ce qu’elle pouvait lui coûter à satisfaire.

Il me faudrait dépenser plus que ce chapitre, en récits burlesques, si je voulais citer à l'appui de mon dire tous les tatouages, les marques, les brûlures, les exostoses, les pratiques barbares de martyrisation diverse que font subir à leurs enfants et à eux-mêmes, les Indiens de l’intérieur. Cela dépasse en richesse suppliciante^ la liste des tortures inventées par l’inquisition. Aussi raconterai-je cela en détail dans le volume du Pays indien ; mais pour le 'moment, je me borne à ce qui précède.

Cette explication, je le sais, dissemble de celles de mes prédécesseurs qui donnent généralement pour cause à cet usage, soit une marque religieuse ou gouvernementale, soit une espérance de former des hommes supérieurs, plus capables ou plus braves, ou plus forts, etc. Autant de théories que d'auteurs.

Il est possible. Tout est dans tout, et il est certain que tel ou tel chef, ou prêtre Aymaraës, a dû imposer l'usage de l'éclisse à ses subordonnés : que telle ou telle mère, en déformant le crâne de son fils, a espéré en faire un grand homme. Mais les causes principales sont, je crois, celles que j'ai données plus haut et qui

m^ont été inspirées par ce que j’ai vu se passer chez d’autres peuplades sud américaines.

Quant aux conséquences de cette opération, elles n’ont pas moins été discutées que les causes ; mais avec encore moins de résultats : parce que la question restera insoluble tant qu’on n’aura pas expérimenté sur des enfants, ce qui est contraire à nos mœurs. Les uns ont dit que cela les faisait idiots; d’autres qu’on les rendait ainsi agiles, ou braves, ou audacieux, etc. Autant de têtes doctorales, autant d’idées. J’en ignore absolument^ ignorant quelles étaient les idonéités spéciales des Aymaraës ainsi crânifîés. Mais, n’en déplaise à toutes les Facultés du monde, je crois que cela ne faisait pas grand chose à leurs qualités, ni à leurs vices, ni même à leurs santés ; si on en juge par la façon dont ces momies ont l’air de causer tranquillement entr’elles, comme de bons bourgeois qui jasent de leurs affaires après décès.

Sur ce, assez de phrénologie comme cela, soit dit sans critiquer mes devanciers. Retournons aux autres nations péruviennes, antérieures, postérieures ou contemporaines de ces bizarres mouleurs de cervelles.

Les Ghinchas, les Yuncas et les Quichuas, contemporains des Aymaraës, plus nombreux qu’eux, mais moins belliqueux, paraissent avoir habité jadis la majeure partie du Pérou, entr’autres la Costa presqu’entière. Ils sont évidemment la base première de la nation péruvienne, comme les Gaulois de Brennus et de Vercingétorix sont la base de notre nation française. La principale langue indigène du pays avant l’arrivée des Espagnols, était la leur, celle qu’on nomme aujourd’hui indifféremment le Quichua ou Inca, bien que les Incas se servissent entre eux d’un idiome spécial différent de celui de leurs sujets.

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loo

Cette langue, telle que la parlent encore tous les Indiens du Pérou, indique un état de civilisation assez avancé. Mais comme elle a été l’idiome national du pays .pendant toute la domination Inca., c’est-à-dire pendant plus de quatre cents ans, elle a dû être entièrement refaite et enrichie. C’est une langue douce, assez riche et imitative, qui possède des déclinaisons et des conjugaisons comme l’Aymaraes, et même mieux définies. Elle est moins mâle et moins énergique que cette dernière, mais aussi plus sentimentale, plus poétique et bien nioins dure. Elle emploie jusqu^’à Eabus, les images, les figures, le langage des animaux et des fleurs, comme si elle arrivait directement de l’Inde. Tout en elle indique la langue façonnée de longue date, et, par suite, ayant noyé peu à peu dans son harmonie réglée l’idiome du vainqueur encore barbare. C^est le galloromain de nos pères ayant absorbé peu à peu la langue des francs .

L’échantillon copié en note donnera, d’ailleurs, un exemple (1).

La race quichua a été presqu’à elle seule^ pour la domination espagnole., ce que les ilotes de la Grèce ont été pour Sparte, c’est-à-dire les esclaves. Après les persécutions de tout genre qu’elle a subies pendant plus de trois siècles, et pendant quatre autres encore peutêtre, sous la domination des Incas, il est diflîcile de se faire une idée de sa nature originelle. Cependant, elle

(l) Oraison dominicale en quichua :

Yayacu hanac pachacunapicac : sutiyqui muchhasca cachun ; ccapeccayniyqui nocayeuman hamuchun : munayniyqui rurasca cachun : imainam hanacpachapi, hinatac, cay pachapipas ; ppurichaunincunà ttantâycucta cunah cohnaycu : huchaycuctari pampachapuhuaycu imanana nocaycupas, nocayeuman huchallicuccunacta, pampachayeu hina. Amatac cacharihuaycuchu huatoccayman urmanccaycupac ; yallinrac, mana allimantac quespichihuayeu. Amen.

paraît avoir été de toas temps, douce, sociable, hospitalière et très-aimante de civilisation. Les longues luttes partielles de quelques-unes de ses fractions avec les Incas prouvent sa force de résistance. Les vestiges encore debout, çà et là, de ses forteresses, de ses temples et de ses sépultures, indiquent un état social beaucoup plus avancé que ses vainqueurs divers n’ont voulu le laisser croire. C’était évidemment une racé dominante, et, jusqu’à un certain point, civilisée, lorsque ses différentes tribus, soumises par les Aymaraës ou nationalisées par les Incas, se sont fondues peu à peu dans l’empire de ces souverains.

En l’état actuel des choses, c'^est une famille humaine qui aura tout à fait disparu d^’ici à quelques vingtaines d’années peut-être. Après avoir compté des millions, elle n’avait plus, à la fin du siècle dernier, que 745,000 représentants. Elle compose encore presque seule les derniers vestiges de la population indigène du Pérou. Mais comme tout ce qui est indien du Nouveau-Monde, elle va s’effaçant si vite que le jour est désormais facile à prévoir, ou elle aura complètement disparu.

Les Ganas, Gauchis, Huancas, etc., ne sont guères connus que de nom, pour avoir existé côte à côte avec les nations précédentes, dont ils n’étaient probablement que des fractions plus ou moins importantes.

Tels ont été, en général, les premiers habitants du Pérou avant Gère des Incas. Ces différentes nations composaient-elles vraiment les naturels du pays, autrement dit les premiers arrivés? leur état social étaitil si voisin de la sauvagerie qu’il ne méritait pas d’autre nom, et que les Incas sont absolument les premiers civilisateurs de la nation péruvienne?

On le dit, et on le croit généralement, de par ces sou-

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verains qui l’affirmaient, et surtout de par Garcilaso de la Vega, leur chroniqueur et leur descendant, sur lequel la plupart des annalistes du Pérou ont plus ou moins copié leurs récits. Mais les assertions des Incas et de leur représentant, sont intéressées : donc à examiner. Dans un but de domination à asseoir, ils ont fait sur leur empire ce qu’ont fait les Romains sur la terre, c’est-à-dire table rase de tout ce qui vivait avant eux. Puis, afin de s’ayribuer le mérite exclusif de la civilisation de leurs sujets, ils les ont représentés comme des presque brutes avant Parrivée de leur dynastie.

Or, le fait est contredit par les assertions de ces souverains eux-mêmes, à propos de plusieurs coutumes abolies par eux, qui révèlent des civilisations préexistantes. Il est contredit par différentes traditions locales, des langues originelles et des monuments, retrouvés çà et là, dont la construction est évidemment étrangère aux Incas; en un mot, par tout ce qui constitue une organisation sociale quelconque.

Enfin, il est reconnu qu’aucune civilisation, quelle qu^elle soit, celle des Incas pas plus que la nôtre, n^’est sortie d^elle-même tout à coup, à la façon d^un poulet brisant sa coquille. Elle a toujours été précédée par un ou plusieurs états transitoires qui se sont enfantés les uns les autres, comme font les générations et les idées. L^’histoire de chaque peuple, sous ce rapport, est trop uniforme pour ne pas créer une loi commune, en dehors de laquelle la prétention des Incas et de tous les historiens à leur suite ne saurait être admise.

Excepté chez eux et chez les Rohinsons de romans, qui apportent avec eux une civilisation toute faite, on voit dans l’origine, sur chaque terre, un être humain plus ou moins nu, selon le climat, et vivant de chasse

OU de pêche, comme les fauves ou à peu près. Il demeure dans des grottes ou sous des cabanes de feuilles. Il a pour outils ou pour armes des pierres aiguisées; pour langue, un idiome informe, pauvre et dur. Ses croyances, sa vie sociale, ses mœurs, toute son existence enfin est dans une enfance bégayante, comme celle d^’un baby qui sort du sein de sa mère. Il n'^a point de tombeauxpyramides, comme ceux des Aymaraës ; point de langue formée comme celle des Quicbuas ; point de constructions comme en avaient ces deux peuples. Il vit au jour le jour, errant, misérable, égoïste, sauvage enfin, jusqu^’à ce qu'inné civilisation quelconque lui arrive, venant du dehors toujours et généralement d^outre-mer.

L’homme primitif est une terre nouvelle, qui reste nue jusqu’au jour où le pollen d^une fleur étrangère vient féconder sa virginité ignorante.

Ni plus ni moins que l’Italie, la Sicile, les Gaules, les deux Amériques, etc., le Pérou a du passer par ces phases originelles de tous les peuples. Les Incas, quoi qu’ils en disent, n’ont dû être que les seconds et peutêtre même les trois ou quatrièmes civilisateurs de ces contrées. Ils ont trouvé avant eux quelque chose qui, lui aussi, était une amélioration relative analogue à la leur. Ce quelque chose, c’était les nations Quichuas et autres, la transition entre l’état primitif et les Incas, comme les In cas eux-mêmes ont été une transition entre ces tribus et les Espagnols.

En tous cas, ces peuples vivaient au moins divisés, sans cultes ni lois fixes, dans Pétat des Arabes d’avant Mahomet, lorsqu’un changement radical s’opéra pour eux. Une civilisation religieuse apportée du dehors et appropriée à ces nations par un grand homme inspiré, s’étendit tout à coup sur elles : de même que sur notre

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hémisphère et vers les mêmes temps, à quelques siècles près, la civilisation musulmane s^'étendit sur uae partie des peuples méditerranéens (1).

C’est cette ère, connue dans l’histoire sous le nom d’ère des Incas, que nous allons examiner dans le chapitre suivant. L’étude en vaut la peine : outre que le sujet est curieux par son originalité, il est fertile en enseignements de tous genres.

(l) Mahomet est mort en 632, Manco-Capac, le premier Inca, en 1062, d’apres Garcilaso, bien que'cette date doive, je crois, être avancée d’un siècle au moins, entre .1150 et 1200.

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