LETTRE LXV
John ll^'olj à Louis FricdcU
Fraocfort-siir-lc-Mcio , le.
vJli, je le le cofiscillc, amiiv-toiasiagcr Lo^fi'/ace :\\ ce une Agnès de seize ans, cl une paysanne nudri-e de Ircnic ou Irenle-six. AUends Iranfjnillcmcnt que Tune ou l*anlre le fisse signifier, par la juslicc , de IV'jHJUSir ; forge-loi des entraves pour le seul plaisir d*excrcer Ion sublime g^iiie ; endors-loi, comme un autre Aiuiibal , au sein des délices d'une Cafyouc nts/if^ta' ; berceloi de Tesperance frivole de faire ecla- 1er sur Ion frère la ioudrc qui gronde sur la lèle ; enfm , penK-loi , j*y consens, puisque cela le fait plaisir ; mais
(7=) permels-moide ne pas partager le sort qui le menace , et quand tu auras cueilli les roses, ne sois pas assez injuste pour m'en faire ressentir toutes les épines.
Ce frère que tu hais tant , ce frère que tu crois perdu sans ressources ^ est sur le point d*au<(menler la haine par son bonheur. Pendant que lu l'amuses à tromper des femmes sans expérience , son nom vole de bouche en bouche , accompagné de l'admiration publique ; son bonheur est sorli du gouffre même où tu voulais le précipiter à travers les flammes qui dévoraient la maison du notaire : il a sauvé une jeune fille , belle , noble , et opulente ; c'est la fille d'un Lord , la sourde ce Gottlieb , dont nous détestions tant laverlu. La reconnaissance a fait place a Tamoi r ; et au moment où j'écris, il sont disposés à partir pour
( 73 ) l'Anglelerre où ils doivent s'unir. S'il n'y avait que cela, je leur souhailerais un bon voyage 3 cela n'aurait rien de dangereux pour nous : mais voilà bien une aulrc histoire !
Hier soir, un homme assez mal vêtu , enveloppe dans un manteau qui déguisait sa taille, un grand chapeau rabaUu sur sa figure, a demande a parler à ton père ; il avait , disait-iU des choses de la dernière importance à lui communiquer. Présumant que c'était quelqu'ar(amé,commc on en voit tant, qui sous ce prétexte venait demander des secours^ j'allais prudemment réconduire , lorsque le bonhomme paraît lui-même, et après deux ou trois mots que l'inconnu lui dit à l'oreille , il le prit poliment par la main et l'inlroduisit dans son cabinet où il s'enferma avec lui. Ils eurent ensemble une conférence qui dura plus d'une heure ;
(74) jVlais sur les t-piois ci j'aurais donné tout au nionJf pour tii connaître le hujcl : à la fin , ils sorlirent. Le bonlioninie avait les larmes aux yeux , et j'aurais ptnsé cjije l'inconnu J'avail allenJri pr quticjnc vfcn bien palhclhlquc de ses malhmrg imaginaires, 5aii» Jeux exclanialions <|ui sorlircnl invoîontaiiviiicnl Je là iiouclie Je ton pire, ci cpie lu intrrpi^leras comm»^ lu pourra^ ; le» Voici :
I^ prenaert'. m O Louis ! Louii , comme (u m'as li ompe'. »
\'oici la secoDilf : • Cliertl mallunn'iix FerdinanJ î poujvai-,-je jamais icp;4nT.... »»
Je n'ai pas entendu la Cm ^ il disait cela en reconduisanï riMOonnu^ ri iU C'Iaienldejà loin Je moi.
Ib'ibizn, qu'en dis- te? ! .Si ic croyais au Diable , je dirais que cW SuXau en
( 7^) personne (jiii rsl venu inslruirc toQ père lie nos myslcrcs les plus accrois, t! cela p(i\\r se venger de son «It^-lt'pue. X0///5 Fiicclel qui N*acqiiille avec Irop de fenleurdcs fonciionsqiii lui ont vie Confiées par sa majesté infiTHalc.
Ce qu'il y a do prouvé pour moi, c'est que lu es trahi : comment et par qui , c'est ce que j'ignore ; sui-i-je compris dans la déialinn du salan en manteau?
c'est ce que je crains. Et cpiantl même il n'aurait pas paHc de moi, il es' plus qutî pr<»hali!e que si le bonhomme change de son timens à ton l'gard, il ne inau(picra pas de n>e compivndre dans la distribution do .«^s laveurs; la disgrâce d'un |Meniivr m Uislie doit néccssairenienl entraîner la chute do son favori ou de son ùmc d^mnce , si tu l'aimes mieux,
Pe ndanlliiu tic reste dr la soirée, libon* huaime n'a pas laissé échapper un mot
(76) qui eût rapport à sa visite mystérieuse ; il n'a rien dit qui pût me faire croire que sa confiance en moifût diminuée , il m'a parlé même avec plus de douceur qu'à l'ordinaire , circonstance qui redouble mes alarmes au lieu de les calmer. Crois-moi , cet homme-là médite sa vengeance , il dissimule pour mieux nous enveloppei . Il m'a annoncé, du Ion de la plus grande indifférence, qu'il allait faire une absence de deux ou trois jours , et m'a recommandé de ne pas négliger sa maison pendant ce temps. Oh non, je ne la négligerai pas ! mais je la quitterai pour n'y jamais rentrer.
C'est dans quinze jours que les premiers billets vont arriver ; je n'ai aucune envie d'clre témoin de la manière dont il les escomptera ; ainsi ne m'écris plus ici ; dès que le bonhomme ser^ ea route ^ je quitte la maison et
( 77 ) ■ je prends la roule de France par Mayencc ; je t'allendrai à Calais, i riiôlcl de monsieur Dessein; lu demanderas monsieur Voljhach , c'est sous ce nom que je veux parcourir ma nouvelle carrière. Depcche-loi avant que Tennemi ne soil à les trousses.