CHAPITRE IV
V^u'iL faut peu cle chose pour bouleverser les projets qui paraissenl les mieux elablis , les mieux combinés 1 La deslinëe de l'homme ne lient souvent qu'à un fil : au moment où l'on croit toucher au lerme de ses vœux , une circonstance , qui ne paraissait rien , renverse et détruit tout. C'est l'absence de Gottlieb qui me suggère ces réflexions qui , pour ne pas être nouvelles, n'en sont pas moins justes.
Il était allé à Manheim ^ pour acheter ditlérens objets pour Clara et sa tante , et ne devait revenir que le lendemain.
S'il eut été présent , que de peines il aurait épargnées à nos deux amans !
Il serait allé chez Ferdinand ; il aurait appris la cause ^ il aurait communi-
que les inquiétudes de Clara , lout se serait expliqué, la méprise n'aurait pas eu lieu , et la calomnie serait retombée sur son auteur ; mais aussi mon histoire serait finie , au lieu qu'il me reste encore bien des événemens à raconter.
Il y avait déjà quelque temps qu'il faisait nuit, et le sommeil de Monsieur Friedel durait toujours, Ferdinand soi lit doucement , après avoir recommandé do dire à son père , dans le cas où il le demanderait, qu'il ne tarderait pas à revenir. Il vole à l'hôtel de Clara , et apprend avec surprise que ces Dames ne sonl pas encore renlrées : on ne peut lui dire ni où elles sont , ni à quelle heure elles reviendront. Singulièrement contrarié, il s'en retournait lentement , lorsqu'en passant devant une église , des cris plaintifs, des gémissemens vien-