‹ Le perroquet (volume 2)Chapitre 17 sur 32 · Il · texte numérisé non relu

Il

nent frapper son oreille : il s'arréle , écoule ; une voix de femme prononce son nom : « Fricdel ! cruel Ferdinand, dit-elle, tu seras la cause de ma morl 1 » Ferdinand surpris, s'approclie, et , aulant que Tobscurité le perme liait, il distingue une femme étendue sur les degrés du temple. C'e'lait Rose :

la malheureuse était restée dans l'église jusqu'au moment où le sacristain t'tait venu Tavertir qu'il albiit fermer les portes. Etant donc sortie et ne sachant où porter ses pas, elle était restée dans l'endroit où Ferdinandla trouva.

Qui étes-vous, lui dit-il» et d'où me connaissez -vous ? Elle fit un effort pour se lever, mais elle retomba de suite, en disant : Je ne vous connais pas. Mais, repriî-il , vous avez prononce mon nom !

— Que Dieu vous en préserve ; îe nom que j'ai prononcé est celui du plus faux de tous les hommes.

— Infortunée ^ dit-il j vous paraissez souffrir?

Il prit sa main ; elle avait une fièvt e brûlante. — Levez-vous , Madame , vous n'èles pas bien là : où vou'e?vous que je vous conduise ? — Dans la tombe ! Ce n'est que là que je puis espérer un terme à mes peines. — .- Venez, dit-il en la soulevant dans ycs bras; prenez confiance en Dieu , il ne vous abandonnera pas. — OFriedel ! 6 Ferdinand ! quel mal tu m'as fait ?

— Vous n'aurez pas invoqué Friedel tn vain j répondit-il d'une voix animée par la surprise et la compassion ; fiez-vous à moi , Ft iedcl ne vous abandonnera pas î

Dans ce moment , un cri Je douleur se fit entendre à quelques pas de lui; il entrevit dans l'ombre deux femmes qui s'éloignaient rapidement.

C'étaient Lady Borman et CI .ra ;

elles s'avançaient lentement^ lorsque Clara eiUendil Rose s'écrier : d Frie^del! d Ferdinaiid ! Bii^niol elle recon» naîl aussi la voix de celui dont elle accuse la perfidie ; elle s'arrête , voit Friedel qui lient la jeune personne dans ses bras, et l'entend lui-même prononcer ces paroles fatales : Friedel ne vous ahaji donnera pas /Elle pousse un cri involontaire , et entraîne sa tante.

Cependant Ferdinand, qui a en*tendu ce cri , a cru reconnaître la voix de Clara; mais il rejette bientôt celte ide'e. Il sait que Clara est sortie en voiture , quelle apparence qu'elle parcoure les rues dans l'obscurité ! La position de l'infortunée qu'il soutient dans ses bras, absorbe bientôt toute aulre pensée ; elle souffre , elle a de la peine à se tenir. Ah ! quand il s'agit de secourir l'humanité souf-

( 125 ) franle , de sécher les larmes d'un malheureux, Ferdinand ne songe plus à lui : son père , son amante , lout disparaît devant ce devoir sacré , qui fut toujours le premier hesoin de son cœur. Il console Rose, Tencourage , lui inspire assez de confiance pour qu'elle consente à le suivre. Rose sent hien qu'elle commet une nouvelle imprudence en suivant un jeune homme qu'elle ne connaît pas ; mais qu'at-elle encore a ménager? Sa répula* lion ? Elle est perdue ; et quand même ce jeune iiomme , dont la voix est si douce, serait aussi perfiJe que celui qui Ta séduite, quel mal peut-il lui faire? Assassinée dani sou honneur^ trompée dans sa plus chère ospLiaiiCe, succombant sous le désespoir qui déchire son à me , et la lièvre a r dénie qui affaiblit son corps , Rose n'eî»t plus en état de réfléchir : n'ayant plus licu

a espérer j elle n'a plus rien à craindre; la mort lui paraîtrait un bienfait. Elle se laisse donc cnlraîner par Ferdinand , qui la conduil dans une maison de connaissance. Il frappe, il parle : à sa voix on ouvre. — Quoi î c'est vous , Monsieur Fricdel ? Qui amenez-vous donc là , Monsieur Ferdinand ?

A ces mots si chéris , si détestes , Rose semble sortir d'un long sommeil, on dirait qu'elle vient miraculeusement de recouvrer ses forces, elle ouvre de 'grands yeux, les attache avec surprise sur son conducteur, le contemple la bouche béante. Qu'aije entendu? s'e'cric-t-elle enfin? Ré- ]>t'tez, répétez ce nom , mes oi^illes m 'ont sûrement trompée. Ferdinand!

Friedel !

— C'est ainsi que Ton m'appelle.

— Et quel est donc le démon qui

(■27) u raide de voire nom , s'est si cruel-» Icment jone de ma jeunesse^ et de mon inexpérience , el a fait , de l*adnuralion que m'in^^pirait le brnit de Vus vertus , l'inslrumenl de ma perte ?

Ces paroles étaient autant d'enigmeç pour lesanditeurs. Mais personne n'otail plus surpris que Ferdinand. Il avait entendu [)iononei' son nom «nr les marches de Teglise , mainlcnanl il se \oyait lie' aux malheurs de cette jeun(i fille : qu'est-ce que tout cela sigMi-» fi.iit ? Sa délicatesse rempech.iit de questionner la jeune inconnue ; sa curiosité lui en inspirait le plus vif désir. Elle s'aperçut dt^ son agitation , et dit : Je vois que j'ai été la victime d'un complot infernal ; les avis et les ]>récaulions de Gerlrude n'ont pu m'en g.irrmiir.

Nouveau sujet de surprise pour Ferdinand. Gerlrude î Quoi , vuus coa-

nais<^ez Gcrlrude ? — Helas ! c*esl elî« qui est la cause innocenlc de ma perle ! — Ah, je vous en supplie , lui dit Ferdinand , ne me cachez pas plus long-lcmps les causes qui vous ont réduite a ce dcj»l()iab!e ctat , vous êtes ici entourée d'àmes compatissantes, discrètes, et qui ne demandent à connaître vos blessures que pour les cicatriser.

Madame Klein ( c'était le nom de Ihdlesse), (it observer que Rose paraissait faible, et pioposa d'attendre qu'elle cul pris quelque restaurant avant de faire un récit qui exigeait peut-être plus de force quVlle n'en avait dans ce moment. Ferdinand pro« posa alors d'atlendie jusqu'au lendemain matin , mais Rose n'y voulut pasconsenlir : « Je veux que vous connaissiez de suite par quelles machinalions infernales je juis tombée dans

( 1^9 ) l'abîme où je me tiouve. » On eut de la peine à obtenir d'elle qu'elle prît quelques rafraîcbissemens avant de commencer son récit , et après un léger repas, qui cependant parut avoir ranimé ses forces, elle commença.

Son bisloire fut longue ; elle s'élendit avec un douloureux plaisir sur les maux qui l'avaient assaillie au moment où elle avait perdu ses parens, sur la protection et la mort de sa lante ; elle n'oublia pas la moindre circonstance, jusqu'au moment où Ferdinand Tavail tr<Hivée sur les marcbes de Te'glise.

Qu'on juge de ce qu'il éprouva, quand il lui entendit raconter sa visite à Miss Clara , et le brusque départ de celle-ci. Il lren)b'a pour son amour, mais il ne tarda pas à sourire de ses craintes. En eflcl , rien n'élail [)lus facile que de détromper Clara ; la vue

( ,5o ) et un mol de Tiose suffisaient pour la tranquilliserde ce côté; il recommanda celle dernière à Madame Klein , et sortit en promettant de revenir le lendemain.

Il ne perdit pas un moment pour se rendre près de son père , qu'il trouva fort inquiet de son absence ; il lui raconta ce qui lui était arrivé, et fut Irès-surpris lorsque son père lui dit : Je connais le malheureux qui a trompé cette jeune personne, c'est le même qui m'a rendu si long-temps injuste à ton égard 5 un monstre que je me charge de découvrir et de punir. Ce sera demain mon premier soin^ je m'en occuperai, pendant que de Ion côté lu iras calmer les alarmes de jVIiss Delmolt. »

Ferdinand fit quelques questions auxquelles son père refusa absolument de

re[)onclre; il ne voulait pas Iroubler son bonheur en luinpprenanl que son bourreau était son frère. Comment l'avaitil appris? c'est ce que l'on saura quand il en sera temps.

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