‹ Le perroquet (volume 2)Chapitre 21 sur 32 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

J^A lettre que Ferdinand avait laissée pour son père , lors de son départ de Heidelberg, causa les plus vives inquiétudes à ce bon vieillard. Il trembla pour la sûrele' de son fils chéri, et on va juger si ses inquiétudes étaient fondées. Il suffira pour cela d'entrer dans quelques détails sur la visite mystérieuse qu'il avait reçue , et dont John Wolf a fait nncntion dans sa dernière lettre. On se rap[)ellera que , pendant que ce dernier songeait à écarter Pinconnu qui demandait Monsieur Friedel , celui-ci parut, et introduisit l'homme au manteau dans son cabinet , où ils rcstéienl long-temps enfermés. Dès que l'inconnu se vit seul avec Monsieur Friedel , il se débarrassa

C >88) de son manleau et du chapeau raballu qui couvrait sa figure ; et Monsieur Friedel reconnut , avec le plus grand étonnement, un homme que personne ne croyait plus au nomhie des vivans j en un mol , le notaire Hoit.

— Vous êtes surpris , dit-il , de me voir; l'opinion commune est que j'ai pcri avec mes enfans dans l'incendie qui a consumé ma maison ; mais Dieu m'a conservé la' vie, sans doute , pour mettre au jour de grands crimes ensevelis dans d'épaisses ténèbres, et pour proléger ia vertu contre la scélératesse la plus consommée. Père injuste , vous avez prodigué toute vohe affection à un munstre qu'on aurait dû étouffer au berceau ^ et vous avez rejeté de votre cœur un fils dont l'àme tsl le siège de toutes les venus. Je vais déchirer votre cœur, je le sens; mais je veux sauver la vicliuie de votre ia-

( «89 ) • juste prévention , s'il en est encore temps, et vous épargner des regrets éternels dans cette vie et dans l'autre. Ecoulez, et si ce que je vais raconter vous paraît incroyable , suspendez votre Jugement Jusqu'à ce que je vous aie fourni les preuves de tout ce que j'avancerai.

Nous allons prendre la parole à la place de Hort , cela nous donnera l'oC' casion d'expliquer au lecleur quelques circonstances que le notaire ignorait encore.

On se rnppelle que le notaire , ayant déposé deux de sts enfans an milieu de la rue , était rentré dans sa maison . en feu pour sauver les autres , et qu'on ne l'avait plus vu paraître depuis ce temps-là. Il monta Jusqu'au grenier , où on les avait couchés cette nuit-là, à cause des déplacemens qu'il avait fallu faire pour loger Clara et sa tante.

( ^9^ ) Il trouve ces innocens qui dormaient d'un sommeil paisible au milieu de l'effroi geneVal ; il les e'veille , el les iail lever eu toute hâte. Desespérant de pouvoir les sauver en descendant par Pescalier qui était enflammé , il se rappelle que , dans ce même grenier , il existait une porte de communicalion entre sa maison et celle du voisin, et que celle porte, murée seulement en briques, pourra lui procurer une issue. Il s'arme d'une bu* che j et sapant la cloison d'un bras \igoureux , en deux minutes il s'ouvre un passage. Chargé de ses enfans les plus faibles , el suivi des autres , il de^icetid à tâtons, parvienl jusque dans une cour de derrière , sans rencontrer personne , entre dans la rue des Juifs , el va se rétugier chez un honnête Israélite qu'il connaissait depuis long-temps , el ;»uquel il avait

( iQi ) rendu d'importans services. Il frappe , c'est Aaron lui-même qui vient ouvrir, et fait un cri Je joie en le reconnaissant! Béni soit le Dieu d'Abraham , dit Aaron î Quelle joie va avoir cette pauvre Marie , quand elle saura que son maître est sauvé.

Marie ! s*écria le notaire , elle

n'aurait pas péri?

Si Hort fut content , en entrant dans le salon , de retrouver sa servante saine et sauve , il iul étrangement surpris , quand il vit celle fille se jeter à ses pieds , et lui demander grâce , s'accusant, avec toutes les marques du désespoir et du repenlir , d'être la cause de l'incendie.

Hort , saisi d'étonnement , la fît relever avec bonté , et l'engîigea à lui raconter de quelle manière elle avait pu résister à ce terrible malheur.

Aaron , s'apercevanl que sa présence

paraissait la gêner, les laissa seuls, après avoir pourvu à leurs premiers besoins.

Le lecteur nous permettra encore cle remplacer Marie dans son récit :

nous donnerons des delails qui lui étaient inconnus.

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