CHAPITRE XVIII
J jE vaisseau qui porlail Ferdinand el SCS I résors fendait rapidement la surface des ondes. Le vent avait été continuellement favorable ; deux jours encore , et Ton devait apercevoir les côtes de l'Angleterre. Comme Ferdinand sentait bal Ire son coeur au nom de ce pays qui lui rappelait tant de souvenirs ! Il allaii fouler le meme'sol , respirer le même air que Clara ; Clara qui l'avait si cruellement abandonné , si injustement méconnu , el qu'il ne pouvait s'empêcher de toujours chérir ! A mesure qu'il approchait ,son trouble devenait f)lus grand ; il tremblait de la rencontrer; et par une contradiction naturelle a un cœur agité , il aurait donné la moitié de son
( ^77 ) or pour la voir el la contempler encore un instant^ sans qu'elle le sût.
Sans cesse occupé de celte image dangereuse , assis sur le tillac , et les yeux tournes du côlc deTAngleterre , SCS pensées se partageaient entre les regrets cuisans du bonheur qu'il avait perdu , et la joie d'embrasser un pcre chéri , d'essuyer ses larmes , et de semer de (leurs le reste de sa carri<^re. Bientôt un point blanchâtre parut à rhorison : Voilà les côtes d'Angleterre, s'écriaient les matelots joyeux ! Mais bientôt la consternation succéda aux transports d'allégresse , lorsque ce point blanc , s'avançant et reculant à vue d'œil , n'offrit plus qu'un énorme nuage , funeste avant-coureur d'une lempete certaine. Il se développe avec une rapidité effrayante. Le soleil disparaît , une nuit horrible succède à la clarté du jour. Déjà les vents déchaînés
mugis-eiU , sifflent dans les cordages , decliiienl les voiles el soulèvent le^ flots tumultueux. La confusion règne dans tout l'équip;»gc ; loul le monde commande à la fois, cl la voix du pilote eslàpeine entendue aujmilieu du niugissemenl des flots , et du louleinenl d'un tonnerre continuel. Un coup de foudre brise le grand mat ; le bâtiment touche sur un roclier et s'cntruuve : déjà les bras nesnAiNent pins pour rejeter l'eau qui entre avec vio** lence ; lout semble présager une moit certaine.
Au milieu de ce désastre épouvan-»
lable , Ferdinand ne songe qu'à sou père; il ne craint pas la mort pour lui - même; mais que deviendra c^ père infortune, si la mer engloutit le fils qui doit le consoler el les trésors qui doivent le sauver? Cette idée in*piie i notre héios un courage au-
( ^79 ) dessus de riiuinunilé. Il se miiUiplie , pour ainsi dire , de cent façons ; il donne l'exemple du travail , encourage les uns , réprimande les autres ; il est partout , il est à tout. Vains elîurU ! Les matelots n*onl plus de bras , et toutes ces bouches qui naguères proferaient des juremens et des cris de joie , ne s'ouvrent que pour prier et dt'plorer leur perte inévitable. Cependant l'eau entre de tous cole's;da[)S un instant le vaisseau sera submerge; on jette la chaloupe en mer , on s'y jette , on s'y précipite en foule, et Ferdinand se trouve seul avec Ctli sur le bâtiment qui va bientôt s engloutir. A une distance qui ne paraît pas con* siderablc ^ ils aperçoivent une lumière, c'est une marque certaine qu'ils ne sont pas éloignés de la côte. Il n'y a pas de temps à perdre : d'un moment aTautre le vaisseau va disparaître pour
jamais. — « Cali , dil Ferdinand, lu sais nager comme un poisson. Crois-lu pouvoir atteindre celle lumière ?» — Moi, oui : mais vous, cher niiiilre ?
Attendez , aidez-moi. *
Cali, aide de Ferdinand, détache une e'norme pièce de bois ; il prend un cable , s'y fixe lorlement, et, s»
passant l'autre bout sous ses bras et ceux de son maître , il fait rouler la poutre dans la mer , et tous deux se précipitent après elle. Ferdinand, étourdi du saut , buvait malgré lui l'onde amère , et avait perdu la présence d'esprit nécessaire pour se remettre à flot; mais Cali, aidé du cable , le soutient d'un bras , tandis que, suivant la corde, il regagnait la poutre, qu'il atteint facilement, et sur laquelle il pose Ferdinand , en lui recommandant de s'y allaelur fortement. Cependant les vagues en fureur couvrent
( =8. ) a tous momcns nos deux aventuriers ; quelquefois ils sont si près de la cô(e , qu'ils se croient sauves , lorsqu'au moment de prendre terre , les Ilots les rejettent bien loin , et semblent se faire un jeu de leur donner cl de leur dter l'espérance.
Cependant , au milieu du fracas et du bruit effr.iyant des flots . des venls et du tonnerre, ils croient entendre une voix sur le rivage. O Dieu î vien* drait-on à leur secours! Tous deux^ dans celte douce pensée , soulèvent leur tête au-dessus des flots, et font retentir les airs de leurs ciis de detresse. On leur répond par des cris d'encouragement. Toul-i\-coup , à la lueur d'un éclair prolongé , ils aperçoivent un lion-ime qui s'oflorç.dl .de diriger vers eux une faible nacelle , à travers les flots soulevés. L'espoir renaît dans leuis âmes; ils redoublent
tl'eiïorls : déjà ils sont assez près pour qu'on puisse leur jelt^rnn cable ; Cali le cherche a travers les léîièbres , le trouve , et s'y allache en soutenant son maîlre. Mais , malgré tous ers decours réunis, leur perte paraissait inévitable : la mer était toujours trop agitée, pour que le naulonier courageux , qui bravait la mort pour les secourir, put diriger sa frêle machine k son gré. Leurs forces s'affaiblissaient ati point qu'ils ne pouvaient plus tenir le cable secourable , lorsque tout-à- ^Up une vague , hatite comme une montagne j les soulève , les lance à une grande distance , et , sfe retirant avec rapidité , les laiisse sur le sable , nieurtris , à la vérité ^ mais rendus à la vie'fcomme par miracle.
Le premier mouvement du bon
Ferdinand fut de se jeter à genoux ,
^el de remercier la divine Providence
( 285 ) qui Tavaît sauv<$ au moment oh tout espoir semblait perdu. O Cali ! mon clicr Cali , s'ectia-t-il ! enfia nous sommes en Europe ; nous avons sauve noire vie , mais aussi voilà tout. La mer a tout englouti^ trésors, espérance ; il ne nous reste plus rien y absolument rien !
— Bah ! el Jaco , donc? Tenez, comme il me cariasse ; il n'est pas triste , lui ! V
— Gomment , lu as sauvé ce pauvre oiseau ! Et comnaenl as-tu donc fait ?
— Oh ! i\ s'est bien sauvé luimême ; car j'avoue , à m« honte , que Cali avait oublié Jaco. Mais le Perroquet n'est pa« béte. Quand il a vu que noiis nous édons jetés dans la grande eau sans lui : Un moment , dit Jaco, je ne veMX pas rester seul ici. Il prend sa volée , et vient se percl^er sur ma tête ; quand la mienue était sous l'eau.
il allait sur la \6lre , el quelquefois il ;i'oUigeait 9u-Je>5us de nous, en di^ sanl : « Ferdinand ! prie pour Ion père ! » Ah bien oui, disais- je ! c'est Jîien là le moment de prier ! sauveloi comme tp pourras , Jaca, et laissenous nager !
— O mon pauvre Cali , qu'allons-»
nous devenir ?
— • Esl-ce qu'il n'y a pas des hommes dans Ion Europe? Eh bien , puis-* que nous n'avons plus riea , nous demanderons à ceux qui ont quelque, phose ! Si lous ceux de ton pays le ressemblent j ils se [ferout un plaisir ^e nous obliger.
— Dieu te maintienne long-temps^ dans cette douce erreur. Mais^ en attendanl, où allons-nous pisser U nuil ? fî^ous sommes nieurlris, irempes Jus^ qu'aux os; la pluie loinbe toujours ^^ il f^it froid ^ et pas un asiU l
'— ^ Feixlinand ^ mon maître , du courage !
C'était Jaco qui répétait ce qu'il avait entendu dire plusieurs fois à Calij pendant qu'il exhortait Ferdinand à nager.
— « Venez chez moi^ mes bons Messieurs, venez; )e ne suis qu'un pauvre diable de pécheur ; je n'ai pas grand'cliose , mais le peu que j'ai je V0U5 l'offre de bon cœur : du pain , du fromage , un bon feu pour vous sécher , et un lit lel qu'il le vous faut pour vous reposer. »
Ferdinand ne savait quel était celui qui lui adressait ces paroles pleines de bonté , prononcées par une voix rauque et dure. L'obscurité était encore trop grande pour pouvoir distinguer les objets. « Homme bienfaisant^ qui nous offrez si généreusement des secours sans nous connaître , qui êtes vous t
— Comme je vous Pai dit , je suis un pécheur : lanlôt j'ai enlendu , au milieu de l'orage j le signal de de'lresse d*un vaisseau , et puis je n'ai plus rien enlendu du lout. Allons , me dis- je , tâchons de sauver quelque malheureux , si c'est possihle. J'ai mis mon baleau en mer , cl j'ai tâche de le diriger du côte où j'avais entendu le signal. J'appelais de temps en temps, mais le tonnerre faisait un tintamarre de tt)us les diables. Cependant , les éclairs m'onl fait voir comme quelque chose qui se Irétnonssail sur l'ea«; Courage , Tohie , me dis-je ! Que je ne prenne jamais une sardine , si ce ne sont pas là des hommes qui nagent ! J'ai crié , ils m'ont répondu ; je me suis approché à grande peine, je leur ai jelé une ficelle grosse comme mon poing ; ils l'ont happée aussi adroiteirenlqu'un lequinjet je croyais
déjà les tenir dans mon sapin , quand une bourasque m'a fait reculer plus vite qu'une ccre visse. Mon bateau s*est trouve à sec ^ el je pense qu'il a reçu une trop rude secousse pour que je puisse recommencer la peche ce soir.
Mais, venez, il fait meilleur bavarder au coin du feu qu'ici.
Ils suivirent le pêcheur dans sa cabane , qui était à quelques pas de là ; ei bientôt , par les soins de ce brave homme , un grand feu fut allumé , du pain el du fromage furent servis; et nos deux naufragés, réchauffés el restaurés, n'eurent plus besoin que de repos.
— Je voudrais , dit Tobie , pouvoir vous loger plus commodénient ; mais un pauvre diable n'iesl pas un Lord, et ne peut donner que ce qu'il a. J'ai déjà disposé de mon lit en faveur d'un vieillard, faligué et rnalade , que j'ai trouvé ce soir couché parmi les
rochers; il repose , et je vous prie de ne pas faire de bruit , de peur de le déranger. Pour vous , Monsieur , tous coucherez dans ce cabinet : c'est là que couche mon fils, quand il vient me voir. Quant à ce diable noir, ma foi, il faudra qu'il se conlenle d'une botte de paille fraîche que je vais lui étendi'e ici. »
— « Excellent homme , dit Ferdinand, songez donc que jamais peutêtre je ne pourrai payer ce que vous faites pour nous. »
— « Eh ! qui vous parle de paiement?N'ya-t-il pas quelqu'un là haut qui se charge de payer pour tous ceux qu'on oblige ici bas ? Allez, Monsieur, celui-là ne fait jamais banqueroute à celui qui a confiance en lui. Je sais bien que ce n*esl pas Tavis de tout le monde , mais c'est le mien , à moi ; et quand il n'y aurait qu« cette joie de
rallie que j'éprouve . quand je pense rendre quelque service , je nieWrouverais déjà assez payé. Mais je m'amuse là à babiller, sans songer que vous avez besoin de repos. Bonne nuit, Monsieur, je vais apporter de la paille au Noir. »
Malgi'é la fatigue qui l'accablait , Ferdinand ne put fermer l'oeil de la nuit. Les inquiétudes qu'il avait sur son père , plus que sur son propre sort , éloignèrent de lui le sommeil; el , dès qu'il jugea qu'il devait être jour, il quitta son grabat, et traversant, sans faire de bruit, la pièce où Caliet y«co dormaient profondément, il sortit pour respirer un air plus pur, et jouir de la fraîcheur du malin : il faisait grand jour , les nuages étaient dissipés , le soleil brillait dans loutsoa éclat. Ferdinand monta sur la pointe d'un rocher voisin , d'où la vue se 4. 25
( ^9^ ) porrail au loin sur la mer , mais il
n'apefçut aucune trace de son vaisseau ; il s'était englouti , ainsi que la cha- Joupe. Ferdinand se mit a genoux , et adressa une fervente prière au Souverain arbitre de l'univers ; il le remercia de la grâce qu'il lui avait faite de conserver ses jours , et le pria de signaler encore sa bonté, en lui procurant les moyens d'être utile à son père. — O mon père ! s'écria-t-il en se levant , en quel état te reverrai-je? — O Ferdinand, répondit une voix lamentable qui le fit tressaillir, qu*es-lu donc devexiu? Ne te reverrai-je jamais!
Immobile, et retenant son haleine pour ne |>as perdre un son de celle voix qui vient de pénétrer jusqu'au fond de son cœur , Ferdinand jette de tous côtés des regards inquiets et curieux , sans découvrir personne. La voix continue : — a Père aveugle et
di^naluré, j'ai prodigue toute ma ten.J dresse à un monstre qui m'a ruine et de'shonore par ses crimes, cl j'ai repousse' de mon sein un fils qui divait faire ma gloire par ses verlus. O Louis! Louis ! je ne te maudis pas , mais il est impossible que le ciel te bénisse. Ferdiuand ! mon fils , mon seul fils ! où es-tu ?
— Me voici , mon père , me voici , s'écria Ferdinand hors de lui ; et tournant rapidement le rocher , au risque de se briser les membres, il trouva de l'autre coté, dans un enfoncement, son père étendu sur la pierre. Dieu î da[)s quel élat il était ! Ses velemens en lambeaux annonçaient le dernier degré de la misère : sa Cgnre , paie et décharnée , portait les traces des maux qu'il avait endurés , des privations qu'il avait souffertes , et , sur ses joues livides, on aurait pu voir Tem-
preinle des larmes qu'il avail versées.
Mon père ! — Mon tils ! telles furent les seules paroles qu'ils furent tous deux en élat de prononcer. Ferdi-* iiand, prosterne aux pieds de son père, arrosait de ses larmes les joues décolorées du vieillard , qui , respirant à peine , semblait recueillir toutes ses forces pour serrer dans ses bras son fils cliéri ; la surprise , l'émolion les rendit long-temps muets. Nous n'essaierons point de peindre les premiers transports de l'amour filial ^ de la tendresse paternelle : quiconque a retrouvé un père bien aimé, un fils longtemps pleuré, une amante qu'il croyait pcrdae^ se retracera plus facilement ce qu'il ressentit , ce qu'il dit en pareille circonstance , que ma plume ne saurait le faire.
Ferdinand reprit le premier l'usage de la pcU'ole : « O raon père , dit-il ,
(393) le bruit de vos malheurs est venu décliirer mon cœur jusque dans le Nouveau-Monde. Comblé des bienfaits du ciel , si la fortune en est un , j\«ccourais pour vous sauver. Un vai«iseau était cliiugé des trésors que )e brûlais de déposera vos pieds : déjà je voyais le port; un jour encore , et la main du plus tendre des fjls séchait à jamais les larmes du plus chéii des pèies.
Dieu ne Ta pas voulu ; trésors , espoir, la mer a tout englouti ! Il ne me reste rien que ma tendresse |x>ur vous, et le désespoir de ne pouvoir vous soulager.
— Que dis-tu , mon fils ! Je ne demandais au ciel que le bonheur de te ▼oir encore un instant avant de mourir; il* a exaucé ma prière, et tous mes vœux sont remplis. Je n'ai plus que quelques inslans à passer sur la terre; qu'ai-je bcîroin de richesses?
( =94 ) Olcraient-ellcs Je mon cœur le ver qui le ronge depuis trois ans? Ajouteraienl-elles quelque chose au bonheur que j'éprouve en te seiTanl dans mes bras? Non , bienlQt je n'aurai plus besoin de rien. Ali l mon fils ! j'ai beaucoup souffert. Indignement trompé parl'inlàme objet de mon injuste prédileciion , je me suis vu dc^pouill^ de tout ce que je possédais ; il ne m'est pas même resté riionncur. Accusé de banqueroute frauduleuse , j'ai langui pendant deux ans dans une affreuse prison^ n'ayant pour toute nourriture qu'un pain noir et grossier que je baignais de mes larmes. Je n'avais pas même la consolation du juste, le témoignage d'une conscience pure.
Non , la mienne me reprochait sans cesse le coupable aveuglement avec lequel j'avais donné toute ma tendresse , toute ma conOance à un fils
parricide ; tandis que je fermais mon cœur à celui dont je ni'obslinuis à niéconn.Milre les vcrUis. Je serais encore dans les fers , sans Tlionnete Hort. Dès qu'il se fut assure que l'ennemi de son repos et du mitn avait quille rAllemagnc , il sortit de la retraite où il se tenait cache pour sa sûreté , se déclara publiquement moQ défenseur, (it entendre la voix de la raison cl de la pitié à mes cre'anciers long-temps inexorables , tt parvint enfin à me fiiire rendre la liberté.
Mais que jetais loin d'éprouver la joie de ceux qui se voient enlii» delis rcs d'une longue captivité î J'étais sans ressources : qu'allais-je devenir ? IIoi I me consola, et ma força d'acceplor un asile cbez lui.
— Mais il me semble , interrompit Ferdinand, que l'incendie de sa maison l'avait réduit lui-même à la dernière misère?
— C'est vrai , mais sa maison était assurée , el fui bienlôt rebâtie. Sa probile , généralement connue , inle'ressa l^s âmes généreuses en sa faveur : il ne crut pas devoir rougir d'accepter des bienfails nombreux , nécessaires pour soutenir ses enfans , de sorte qu'il jouit maintenant d'une honnête aisance. Je reslai quelque temps chez lui; mais, ne recevant aucune réponse aux lettres que je t'avais écrites à différentes époques , je ne pus résister plus long-temps audésir d'aller tacher, cher en Angleterre. Oulre ce molif , j'avais encore le projet de chercher le monstre que ma bouche ne nommera plus, et de lui arracher les débris de In fortune dont il m'a dépouillé. Hort me préla aulant d'argent que ses moyens le permettaient , et je me mis en ?^oate. La dernière nuit où je cou--
( ^97 ) chai à l'auberge , on rae vola l'argent qui me restait, de sorle que je n*avais plus rien pour payer mon passage.
Cependant le patron d'un bâtiment qui metlait à la voiie , consentit à me prendre, sur la promesse que je lui fis de le payer en Angleterre. Le mauvais temps nous a écarlés de notre route , et nous avons eu beaucoup de peine à aborder près de la ville de N... , qui est à deux milles d'ici, et que l'on voit , à découvert , sur la pointe de cette roche ; mais , avant de débarquer, le patron , qui est un homme dur et avide, voulant , à tout hasard , s'assurer de son paiement , m'a fait laisser mes vétemens en gage, et m'a revêtu de ces haillons. Ne sachant où porter mes pas , et n'osant me faire voir dans la ville sous ces livrées de la misère , Je me suis éloigne' par un
( =98) temps affreux. La nuit m'a surpris parmi ces rochers , où je serais mort de faim et de froid, sans l'humanité d'un pauvre pécheur qui m'a offert un gîle dans sa cabane. »