‹ Le perroquet (volume 2)Chapitre 30 sur 32 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

-Ljn ce moment , ils furent inlerrompus par la voix de Cali , qui faisait retentir les rochers du nom de Ferdinand. — C*esl mon bon nègre qui me cherche , dit celui-ci , permettez que je le lire d'inquiétude. Il monta sur la roche , et a[)crçut , à quelques pas de lui, ChH qui regardait partout, en ciiant de toutes ses forces : Mon^ sieur Friedell Ferdinand , Parant appelé , en trois ou quatre sauts le nègre gravit le rocher avec l'agilité d'un daim ; il était tout essoufflé — Ah ! dit-il, j'ai eu bien peur; je craignais que vous n'eussiez abandonné Cali ; mais je vous retrouve , et je suis tranquille.

Ils descendirent ensemble vers Mon-

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sieur Fiicdtl, à qui Ferdinand pre'senla Cali , non comme son esclave , mais comme un aii:ii qui lui avait sauve' la vie. Lo»'sque Cali sut que c'était le père de Ferdinand qu'il avait devant les yeux , il l'accabla de caresses; il lui baisait les raains, les pieds , sautait^ dansait autour de lui j puis, s'arretant comme par réflexion , et le regardant d'un air de compassion :

Dis-moi donc, bon vieillard, est-ce que tu es malade ?

— Je l'ai été , mon ami ; mais je n.c le 5uis plu5 , la vue de mon fils m'a guéri. Si tu pouvais , ajoula-l-il en s'adressant à Ferdinand , me débarrasser de mon avare p^alron , et retirer de lui mes vétemens , en lui payant mon passage , j'aurais l'esprit plus tranquille.

— Soyez sans inquiétude , mon père , nous allons nous en occuper ; re-

(3o. ) tournons vers notre hôte , il pourrait être en peine Je nous ; pendant que vous causerez avec lui , Cali et mol nous aviserons aux moyens de vous tirer d'embarras.

Ils le prirent chacun par un bras, cl le reconduisirent dans la cabane.

La surprise du pécheur fui exiréme , quand il apprit que le hasard avait réuni sous son humble loil le pèie et le fils. Ferdinand , le voyant eu conversalion avec Monsieur Friedel , fit signe à Cali de le suivre ; ils sortirent tous deux. Quand ils furent ù une certaine dislance de la cabane , Ferdinand s'arrêta tout-à coup , et d'un ton ému : « Cali , dil-il , mon cher Cali , j'ai besoin de tes conseils. Tu viens de voir mon père j il est plus brisé par les maladies et les chagrins que par l'âge. Tu sais que c'était pour le soulager que je quittai la Jamaïque :

MHS ma falale précipilahon j j'aurais pris le temps d'échanger mon or contre des effets , qu'il m'eût e'ie facile de sauver du naufrage ; mais le malheur est fait , il n'y faut plus songer. Cependant je ne suis pas tout-à-fait sans ressources, je po.^sède encore quelque bien dans mon pays; j'ai des amis dans celui-ci , et , avec le temps , nous serons à l'abri des besoins de la vie ; mais , encore une fois , tout cela demande du temps , et je ne puis laisser mon père plus long-temps dans l'elat de de'nuemenl où il est j il faut le le tranquilliser ; nous ne pouvons rester plus longtemps à charge à cet honnête pécheur qui est aussi pauvre que nous.

Il faut absolument trouver de l'argeni^ et c'est pour cela que J'ai besoiu do les conseils.

— O bon mailre ! quel dommage que nous soyons si presses ! Je suis

jeune , je suis foii , j'aurais travaillé le jour et la nuit : pour nourrir toa père, rien ne m'aurait fatigue'! Mais il me vient une idée ; oui , c'est cela , tu peux avoir de Targent de suite.

Viens avec moi dans la grande ville que j'ai aperçue du haut de cette roche ; Tobie m'a dit qu'il y avait làdesgen* bien riches, lu me vendras! Viens.

— Moi! levendre! Ah, Cali^qu'oseslu dire? vendre mon ami, mon compagnon d'infortune, mon sauveur!

D'ailleurs Cali , en mettant le pied sur cette terre, tu es devenu libre : ici il nV a pas d'esclaves.

— C'est bien dommage ! j'aurais bien pleure tn le quittant , mais je me serais consolé, en songeant que je ne l'avais quille que pour te rendre ser* vice. Comment donc faire ?

— Feixlinûiid j prie pour ion père!

dil le perroquet , qui dans le moment

( 5o4) venait de se percher su rl'e'paule de Cali.

— Oui^ dit celui-ci tristement, tu donnesde bons conseils, toi! il s'agit bien de prier! c*est de l'argent qu'il nous faut, et lu ne nous en donneras pas !

— Pourquoi pas, dit Fei^dinand d'un air joyeux 1 Jaco n'a jamais parlé plus à propos, je ne pensais pas à lui , il peut nous sauver.

— Lui ! laissez donc , il ne sait rien faire.

— Ecoute; dans la ville dont tu viens de me parler, ily a, comme tuledisais, beaucoup de gens riches qui ne savent que faire de leur argent , tel d'entre eux qui refuserait un schelling à un malheureux^ n'hésite pas à sacrifier une grosse somme pour satisfaire un caprice , une fantaisie. Prends Jaco , porte-le dans la ville et lâche de trouver quelqu'un qui l'en donne trente ou quarante guinées.

( 5o5 ) — Vendre Jaco ! Ccsihicn dur!

je n'en aurai jamais le courage.

Quelle folie ! Je suis cerlaine-

ment aussi aJlache que toi à ccl oiseau , mais il s'agil de sauver mon père; pourrais-lu hésiler , loi qui tout à riienre voulais que je te vendisse loi-mcme?

— Non^ non, je n'hesile plus. Viens, Jaco; viens , baise ton maîlre pour la dernière fois. Tàclie de parlera propos, et surtout de faire honneur à i'éducalion que nous l'avons donnée , entends-tu , Jaco !

Ferdinand aime toujours Clara !

toujours! toujours! ré po\^di\ l'oiseau.

— Empoile-lc,Cali, il me fait mal ,

rends-le bien chcr^ et reviens le plus

loi possible.

— Cali prit le chemin de la ville avec Jaco, e,l Ferdinand retourna Ycrs son père.

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