LETTRE LXIII
Miss Clara à Lord Dchnott,
Heidelbcrg, le.
JLn voyant ces lignes tracées d'une main encore Ircmblante , vous sentirez sans doulc ^ o le plus cliéri des pères 1 vous sentirez un plaisir que riiomme vertueux partage avec l'auteur de notre elre , le plaisir de faire des heureux. C'en était fait de votre Clara, de'jà les torches funèbres brûlaient autour de son lit de mort, lorsque votre voix consolante a ranimé les sources de la vie dans mon corps inanimé, et m'a ressuscitée pour vous aimer encore long-temps , et vous rendre témoin de mon bonheur qui
(64) sera votre ouvrage. O mon père , ap es vous , c'est encore à lui que je dois la vie pour la troisième fois ; a lui qui m'\ Iransporlée a Iravcrs les nommes; à lui cjui m'a arrêtée dans sesbras,aul)or(l(lu précipice où j'allais disparaître ; à lui qui d'un mol a remis la vie dans mon cœur qui ne ballait plus , et a rendu le mouvemeni à mon sang , qui commençait à se dissoudre cl à se glacer ; à lui enfin , qui sentait son existence s'alTaiblir, à mesure que mes forces diminuaient , et qui rcuaîl avec moi , pour vous aimer et vous offrir dans sa tendresse la récompense de votre bonté.
J'ai bien souffcri , j'ai été bien malade, Milurd; mais je vous assure qu« la plus grande douleur que j'aie éprouvée venait de l'idée que vous n'aimiez plus votre Clara ; c'est la crainte d avjoir perdu votre tendresse sans retour,
( 65 ) plus encore que la perle de mes espérances, qui m'a mise à deux doigls de la mort. Je voudrais pouvoir vous exprimer lout ce que je sens depuis que votre lellre a dissipe toutes mes craintes ; mais ma tcte est encore trop Lible pour être l'interprète de mes sentimens. Je la tiens cette leltre que j'ai arrose'e de douces larmes; leurs traces se sont confondues avec les traces de celles que vous y avez répandues ; je l'ai mise sur mon cœur, je ne veux pas qu'elle quitte celte place. O quand p(Mnrai-je vous y presser aussi ! Ou me fait espérer que je serai bientôt en elal de sortir ; déjà je sui» assez forte pour faire quelques tours, seule dans la chambre , et c'est à vous , mon père, et au noble Ferdinand, que je dois ce retour à la vie ; à la vie qui m'est devenue plus chère depuis, que je peux espérer de la passer entre
les deux elres que j'aime le plus au inonde , mon père el mon époux !
J'avais encore bien des choses a vous tcrire , mais on me force de termw jier ma lellre.