‹ Le perroquet (volume 3)Chapitre 10 sur 18 · LETTRE XXXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIV

Lord Delmott à son fils Golilkh.

Londres , le...

Al ^tait tard lorsque je m'éveillais Clara dormait encore d'un profoïid sommeil. Je me levai et m'habillai à la hâte , dans l'inlention d'aller voir Carwell ; j'entre daiîs sa chambre , il n'y est pas. J a!iaisdescendre,lorsqne la ■vieille Brigitte vint me remettre ii« billet de sa pari , et m'annoncer qu'il était parti de la veille. Surpris d'un départ si brusque , je rentre chez Clara, qui s'était éveillée et qui s'inquiétait de ne pas me tiouver à ses col es. Je lui annonce ce que je viens d'apprendre ; elle partage ma surprise et inc:

presse de cberclier des eclaircisse- Hiens dans le billet de man aaii. Il Qliàl ainsi conçu i

JBilht.

Vous êtes à l'abri de loutes les recherches que Ton pourrait faire , et votre sùrelé maintenant ne dépend plus que de votre prudence. Il faut que j)ersonne ne se doute que le manoir de sir Godolphin est habité , que les contre-vents de la façade extérieure et la grille restent constamment feejnés. L*inlérieur est abondamment pourvu de tout ce qui est nécessaire à la vie. Le parc et les jardins suffiront pour vos promenades ; il ne faut pas tant d'espace pour contenter deux personnes qui s'aiment. D'ailleurs, s'il vous arrivait de regrcttei- votre liberté, si quelques peiitts privations

VOUS causaient de la peine , vous vous eo consolerez facilement , en songeant que celte génc n'est que momeDtane'e, qu'elle impoile à voire sûrelë, et que d'ailleurs la retraite où je vous ai places vaut encore mieux qu'une chaumière , perspective ordinaire des amans persëcute's. N'écrivez à personne , reposez-vous sur moi; je renverserai tous les obstacles qui s'opposent à votre bonheur; je travaillerai eu même temps au mien , car j'espère bien qu'un jour j'aurai une petite Clai-a pour ma récompense.

Vous pouvez \ oui fier en toute siire* te à la vieille Brigitte et à Williams le jardinier, que j'ai places dans la maison; ils me sont entièrement de'voue's, ainsi qu'à vous.

J'ai pris le parti de vous quitter sans vous prévenir, pour ëciiapper à des questions auxquelles il ne m'est pas

encore permis de répondre. D'aiîlenrs^ il esi de voire inle'rét que je sois a Londres, et q<i'on ne s'aperçoive pas dç raon absence. Adieu, mes amis j courage et palience.

E. Carwell.

Continuation.

Je ne m'appesanlirai pas sur les réflexions que la lecture de ce billet nous suggéra ; l'ide'e de la solitude ne nous effrayait point ; quand on est avec ce qu'on aime, c'-est la société qui importune. L'amour, la prome^ ijnde , la musique, le dessin, rem- , plissaient nos journées ; quatre mois s'écoulèrent avec une rapidité étonnante. Les six semaines qui suivirent se passèrent un peu plus lentement ; le beau temps avait disparu:

( 1^9 ) arec lui cessèrent dos prompîiaJes delicieustjs, il fallait garder la chambre.

CepeDclarrl le temps approchait où Clara allait devenir mère. Cet événement fuUiF e'iait pour nous une source de délices et d'inquiétudes. Comment concilier le secret et la solitude qiii nous étaient recommandés, avec les soins qu'exigeait la situation de Clara ? Nous tînmes plusieurs fois conseil entre nous, et Williams et Brigitte , pour trouver les moyens d'introduire dans le château une '^agefemme ou un chirurgien , sans compromettre notre secret. Enfin, un projet que nous nous accordâmes tous à regarder comme le plussnge, futgéné»

raie ment adopté. Mois le ciel, qui veillait sur nous , ne permit pas ([u'il fût mis à exécution : il est inutile que je te le communique»

tJn jour qiie Clara s'était plairit d'une légère indisposition , je l'avais forcée de prendre quelques heures de repos, et, pour ne pas troubler son sommeil , j'étais allé promener mes réflexions dans le parc , après avoir toutefois plis la précaution de recommander à Brigitte de se tenir dans une chambre voisine , pour être à portée de donner des secours à sa maîtresse, en cas de besoin. Je me promenais depuis une coxiple d'heures, lorsque je vois venir à moi Williams tout essoufflé, a Milord , s'écria«t-il du plus loin qu'il m'aperçut, vencz^donc Nite , il y a du nouveau à la maison. » Et , sans s'expliquer davantage, il me laissa «n proie à la plus vive inquiétude.

Je vole an château , et je me précipite dans la chambre de Clara; mais, au lieu d'un malheur que je redoutais, quelle douce, quelle délicieuse.

«Dpprise ! La vieille Brigille , rayonnante de joie, me présente un nouveau ne (c'était toi , mon fils ! ) Monsieur, dit-elle , embrassez votre enfant !

Je n'essaierai pas de peindre ma joie : celle que ressent un père à la vue du premier gage d'amour qu'il reçoit d'une e'pouse adorée , ne peut s'exprimer par des mots. J'embrassai mille fois mon premier ne , et je ne pouvais le quitter que pour embrasser sa mère , qui , montrant sur ses lèvres le sourire des anges, et dans ses yeux humides toute l'ivresse de l'amour et de la tendresse maternelle, semblait doublement heureuse, etde mon bonheur et du sien 1

Lorsque le c:ilme eut succe'^de aux epanchemens de la joie , Brigitte me raconta que j'avais à f)eiue quitté moa épouse , lorsqu'elle ressenlil tes premières douleurs de l'enfantement. Ne^

( i3=») pouvant abandonner sa maîtresse <îan^ cet ëlat , pour aller m'averlir, elle lui avait donné tous les secours que sa mémoire et son expérience lui avaient suggérés. Ses soins, secondés par les efforts de la nature, avaient eu un plein succès, et il ne s'était pas écoulé une heure , que Clara , délivrée de toutes ses craintes et absolument hors de danger, tenait son premier né dans ses bras.

Passons encore rapidement sur les quatre premiers mois qui suivirent t»

naissance. Le temps, qui auparavant nous semblait se traîner avec peine , reprit ses ailes fugitives; les soins que ta mère prodiguait à ton enfance , ceux qu'à mon tour je donnais à une tendre épouse; le spectacle intéressant du développement progressif de tes facultés physiques et morales , tout cela fui pour news une source intaris-

(.35) *aWe (le jouissances , qui ne nous laissèrent pas le temps de nous apercevoir de la longueur de la niLiuvaise saison , et de regretter la société dont nous étions privés. Seulement le nom de Gotllieb, que Clara t'avait donné, parce que c'était celui de son père , rappelant souvent à sa tendresse l'auteur de SCS jours, elle se détournait de temps en temps pour me dérober une larme que lui arrachait ce souvenir , la seule chose qui troublât notre félicité.

Depuis plus d'un an , nous n'avions reçu de nouvelles de Garwell: nous ignorions absolumenl ce qui se passait dans le monde, lorsqu'un soir nous fumes aussi effrayés que surpris d'entendre sonner à la grille du château :

c'était la première fois que cela arrivait depuis que nous l'habitions. Cependant nous envoyâmes Williams s'informer de ce que c'était : nous al-

( '34 ) t-endjnies 'ion relour avec la plus vive inquielude ; il ;!< larda pas à revenir, <' Ce n'est rien , dit-il , c'était un homme à cheval , qui m'a demandé si j'appartenais au château. Sur ma re'ponse affirmalive , il m'a chargé de vous remettre de suite celte lettre. »

Je la pris , et je n'eus pas plutôt jeté les yeux sur l'adresse , que je m'emai: c'est de Carwell I

Williams sorlil , el je lus :

Mes amts,

« Vous vous êtes comportés comme des anges , et je suis très-content de vous. Le moment de la récompense approche , et j'espère que demain toutes vos inquiétudes seront terminées. J'ai enfin déterminé sir Godolphin à passer quelque temps dans son manoir; toutes mes espérances de suc-

( i35 ) Ces sonl fondées sur celle démarche ; j'arrangerai les choses de manière à ce que nous arrivions demain vers midi.

Tenez-vous prêts pour celte heure-là; dès qiie vous entendrez sonner à la grille , enfermearvous avec votre enfant dans le cabinet qui est attenant à la salle à manger. Observez-y le plus pi-ofond silence ; et , quoi que vous puissiez entendre , ne vous montrez que quand je vous appellerai. Il s'agit de frapper les grands coups ; nous allons jouer quilte ou double, mais j'espère que nous gagnerons la partie. Je ne puis vous en dire davantage maintenant , mais demain votre curiosité sera pleinement satisfaite. »

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