‹ Le perroquet (volume 3)Chapitre 11 sur 18 · LETTRE XXXV · texte numérisé non relu

LETTRE XXXV

Clara à son frère.

Dieuze , le...

■t^ ^UTEde grives , on prend des jnerles ; voilà un proverbe que j'avais souvent entendu répéter dans ce psys , et jusqu'à présent je n'avais pu imaginer d'où il tirait son origine ; j*en ai trouvé la solution dans une partie de plaisir dont on a voulu absolument nous régaler. On m'a menée aujourd'hui à la tendue : voilà encore un mot que lu ne comprendras pas; un peu de pa lien ce.

Un des plaisirs les plus allrayans pour les propriétaires de foicts dans ces cantons, après le plaisir de tuer

( >37 ) d'innocens animîiux à coups de fusil , esl celui de prendre des oiseaux plus innocens encore , avec àtssQulerelles»

Ces sauterelles-ià ne sont pas ceilc»

qui sont comptées parmi \es plaies de rE2;y[)te, ce sont tout bonnement des branches de coudrier ou de tout autre bois élastique. Un des bouts de la ba-guette esl percé pour recevoir uno ficelle double , au milieu de laquello on fait un nœud. Entre les deux ficelles on passe une autre baguetle plus mince , fichée en terre , et destinée à tenir la sauterelle debout. Quand elle est ainsi placée , on rapproche les deux»

bouts de la sauterelle, comme si on tendait un arc, et on l'assujettit , dans celte position , par le moyen d'un petit morceau de bois équarri par le bout, et que l'on fait tenir en Temboilanl?

légèrement entre le nœud de la ficeller ot une petite rainure que l'on fait au-> 2. 12;

C >53 ) dessus du trou. La ficelle alors s'écarte sur ce petit morceau de bois qu'on Domme hilboquet , dans la foFnie d'un O. Le pauvre oiseau , voyant la terre fraîchement remuée au pied de la sauterelle , accourt dans l'espérance à'y trouver quelque ver pour sa pâture ; il se perche sur le bilboquet perfide, qui, cédant au poids de l'oiseau , tombe , et rend à la baguette courbée toute son élasticitéi Celle-ci s'écarte avec force , et retirant la ficelle qui se trouvait arrêtée au trou , le malheureu»

oiseau se trouve pris par la patle , qui se casse presque toujours. Eh bien , pour faire une tendue , on a des mil» iicrs de ces sauterelles; on ert met tout autour du bois, le long de lous Icschemins , et surtout on en couvre lc&ruisijeaux. et les fontaines, où la génie volatile va se baigner ou se désaltérer.. Ou fait ordinairement trois tournées,

( ï59 ) par jour , pour amasser les oiseaux pris et retendre les sauterelles. Les oiseaux que l'un prend en plus grand nombre, sont des me'sauges de quinze ou vingt espèces différentes , et de toutes les couleurs; des rouge-gorges, que les friands estiment autant que les ortolans ; des rouge-queues, des merles et des grives. Ces dernières sont les oiseaux que l'on aime le mieux 3 mais quand les oiseleurs prennent plus de merles que de grives, ils s'en consolent par le proverbe que j'ai cité en commençant ma lettre^

En arrivant au bois, nous trouvâmes sous une grande loge de feuillages plusieurs dames qui nous avaient devancés. Les unes étaient occupées à plumer les oiseaux qu'on avait pris dans la tournée du malin; les autres coupaient du lard, les mettaient à labroche , pendant que d'auti^es prépa-

iraiefiluné salade, eldisposaîent le couvçtt sur une pelouse yulourdci.inucUe OQ avair pral.iqué de jolies inmcs de ^azon. Bicntol les hommes itvitirent iivec quelques douzaine^ de viclioiesv elloul le moade^se mit à plumer. Lorsque nos cliiinlres des bois furcul juges suffisainnit ul cuilscl rôli^jOnse rangea autour de la pvlouse ^ et l'on fit un rep?shès-gai ; ensuile ces dames pro* posèrent d'alltr cueillir des noisciles.

Celte proposition fui reçue avec Inaisporl ; nous enliàmes tous ensemble d;ins Te'paisseur du bois; mais au bout de quelques m^inules , qous nous trouvîimes tous dispersés , el uous ne nous teuninies qu'aj>rès avoir entendu le eoup de fusil de celui qui e'iait reste' pour gnrder la l<^ge. Le soleil e'tait près de se coucliei* , et nous relouraàmes à la ville , bien faligue's d'avoir couru les bois^ Chacuu s'élant relire

^at»* son appartement , je ne vouln»

pas me coucher avant de l'avoir écrit celle relation , qui pourra être un jour utile , cela pourra te donner ridée de faire quelque jour une tendue dans tes bois , et je préfèrent»

encore ce diverlis>enienl à votre vilaine chasse aux renards.

Je dormis lard le lendemain , et Je fus éveillée par le son du tambour.

Surprise du roulement que j'entendais dans une ville sans garnison , je passai feslemeni ma robe-de-chambre et je me mis à la croisée pour voir ce que e'étail. Je fusbienlôtau fail; comme il n'yaàDieuze aucune espèce de papier d'annonces , c'est le tambour qui est chargé d'a»noncer au public que l'on A quelque chose à lui dire.^

Après ui> longroulemeni, l'homme au tambour voyant siifiisamment de- Bûoode rassemblé autour de lui, gartU

Cr40 un moment îe silence ^ sans doute pour engager les assistans à lui prêter toute leur attention ; ensuite, avec une voix de Stentor, il lut cette annonce qui nie jeta dans la plus grande surprise ;.

« Messieurs et Mesdames , le public est averti que l'on a de fortes présomptions de croire, que dans le courant du mois de... ea l'an 177. -• (il y a vingt ans) un enfant maie , âgé d'environ trois semaines , a été exposé dans cette ville ou dans les environs.

Peut-élre aussi a-t-il été contié à quelqu'un. Cet enfant avait sur le bras gauclie un signe qui ressemblait parfaitement au clocher de Vergaville. *

A ces mois, !e crieur futinienompu par des e'clals de rire si bruyans et iellemenl prolonge's, que , malgi'é sf s> efforts pour obtenir du silence , il fut sept à huijt miuuLes sans pouvoir ^.

faire entendre. Cependant, saisissant un moment de silence , il se hâta d'en profiler pouraposlropherlamultitLide.

Là, là, dit-il, voyez donc ces imbéciles ; n'y a-l-il pas de quoi rire dans ce que je dis ? Gomme s'il n'y avait pas des signes de toute espèce ! Moi, qui vous parle , j'en ai bien un sur la cuisse droite qui ressemble à une écrevisse ; et cela , parce que ma mère , étant grosse de moi, eut envie de manger des écrevisses. Eh bien ! n'estil pas possible que la mère de cet enfant perdu ait eut envie,...

— De nxanger le clocher de Vergaville, s'écria un plaisant !'

Et les ris de recommencer; et moij.

de faire chorus de tout mon cœur.

— ^ « Non pas de le manger , gros^ lourdaud , mais de le voir , d'y grimper , de le peindre , que sais-je , moi !; Tiens, ilssoi^t aussi sobs sur la place

^u chàieau que dans la rue Jes Mou-lins, où ils ni'onl ri au nez quand je leuiai parlé du clocher. Ah ça ! voulez- TOUS entendre le reste^ou ne le voulezvous pas? Je continue : Messieurs et Dames; les ceux ou /excelles qui ont connaissance de cet enfant , qui appnr-^ tient à des gens illustres , ou , qui ont quelques renseignemens à donner sur son compte , sont invités à les cornmimiquer à Lady Borman : c'est la dame anglaise qui loge au château ».

Ici ma gaîté fiL place à la plus grande surprise. Quoi î c'est pour chercher un enfant perdu que Ladj Borman me fait traverser la France ! Quel est cet enfant ? A qui appartient-il ? Si je n'avais été «ùre que jamais ma chère tante n'était passée snv^ le continent avant le voyage actuel , Dieu sait quelles pensées se seraient emparéesde mon esprit , quelles conjectures peu flatteuses-

pour son honneur j'aurais formées maigre' moi ; mais, ma curiosité n'eut plus (le frein : je m'habillai à la hâte et je descendis dans le dessein d'obtenir quelques lumières sur le secret qu'elle me cachait avec tant d'obstinal on , et qu'elle faisait cependant divulguer, en parlie j parle .tambour de la ville.

J'enirai dans le salon en même temps qu'un homme assez mal vêtu, qui me demanda si j 'étais Lady Bornian. C'est moi, dit-elle , qu'y ;!-t-il pour votre service? — Madame , c'est au sujet de cet enfani que le tambour...

((L'auriez-vous connu? Pourriez-vous m'en donner des nouvelles? 0 Monsieur', que je vous aurais d'obligations ! Donnez-vons la peine de passer dans mon cabinet. Ma pauvre Clara, me dit-elle, je li» la cnriosilë dans tes yeux; mais, il ne m'est pas encore 2. i5

pei'mis de la satisfaire : laisse-moi seule avec cet homme, je t*en prie.

Je mie retirai de mauvaise humeur; mais, comme mes petits chagrins s'évanouissent promplement, quand je eause avec mon frère, je pris le parti de bannir encore celui-ci , en le le communiquant.

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