‹ Le perroquet (volume 3)Chapitre 14 sur 18 · LETTRE XXXIX · texte numérisé non relu

LETTRE XXXIX

Laây Borman à Gottlieh.

Mayence , le...

ilous avons quitté la France, sans avoir trouvé l'objet de mes recherches:

vingt fois j'ai tenu le fil qui devait in'aider à sortir du labyrinthe , et vingt fois le fil s'est échap[)é de mes mains. Je suis au bout du peloton: encore quelques pas , el je serai dehors , ou je n'en sortirai jamais.

Je o*avais obtenu à Nanci et à Lunéville que de faibles r«nscigtiemeus sur Mademoiselle de Fiquémonl : on se rappelait bien confusément son histoire ; mais, comme le père et le fils étaient morts depuis près de vingt ans^

( '76 ) tout cela était à peu près oublie'. Ce que je vis de plus positif, c'est que la naissance du fils d'Adèle e'iait un mystère pour tout le monde. Je résolus donc d'aller à l'Abbaye de Vergaville , dans la persuasion que j'y obtiendrais quelques lumières. Je lassai Clara dans la société de Madame de ***, à Dieuze, et je me rendis à l'Abbaye , qui n*est qu'à une demi-lieue de là.

Je demandai à la tourrière la permiission de parler à Mademoiselle de Fiqnémont. — « Héias, répondît-elle, c'est bien la chose impossible ^ car il y a bientôt deux ans qu'elle est morte ! » Je n'étais pas encore revenue de la surprise et de la peine que venait de me causer cette nouvelle inattendue j lorsqu'un prêtre se présenta. — Ah î Monsieur Abraham , dit la tourrière , vons arrivez fort à propos j voilà une dame étrangère qui de-

( '77 ) mande'des nouvelles de Mademoiselle de Fiquemonl : personne ne peut lui en donner de plus positives que vous.

Monsieur le curé, puisque vous étiez son confesseur, et que c'est vous qui l'avez enterrée !

— Vous avez connu Mademoiselle de Fiquémont, dis-je au curé? que je me féliciterais d'avoir eu le bonheur de vous rencontrer, si je pouvais obtenir de vous les renseignemens pour lesquels j'ai fait le voyage d'Angle tercQ ici !

: — D'Angleterre? reprit Monsieur Abraham ; soyez la bien venue , ]Madame , il y a long-temps que je désire rencontrer quelqu'un de votre pays ^ pour lui remettre un dépôt que Mademoiselle de Fiquémont m'a confié avant sa mort. Voulez-vous bien me faire l'honneur de me suivre au presbytère 2 — Volontiers , Monsieur»

Lorsque nous fumes chez M. Abraham , il me remit une lettre cachele'e , en me disant : « Quelques heures avant sa mort , Mademoiselle de Fique'monl me remit ce paquet, en me conjurant de le faire parvenir à son adresse , par l'entremise de quelque Anglais qui retournerait dans son pays. Jusqu'à présent, Toccosion ne s'en est pas encore pre'senle'e ; les soins de ma paroisse ne m'ont pas permis de la chercher, »

Monsieur Abraham m*invila à dîner. J'acceptai , dans respe'rance d'obtenir quelque lumière sur le sort du malheureux enfant d'Adèle > mais lorsque je voulus loucher cette corde d'une manière détournée , M. Abratam me fit observer que le caractère dont il était revclu lui défendait de communiqvier aucun des détails qu'il n'avait appris que sous le secret de la

< 179 ) confession : du reste , il s'élendil longuement sur la douceur, la résignation el la charité <le Mademoiselle de Fiqu(?monl ; mais il ne lui échappa pas un seul mot sur l'objet qui m^intéressait le plus. Voyant que je n'en oblien- (Irais pas davantage , je pris congé de lui , et je retournai à Dieuze.

Je brûlais d'impatience de prendre connaissance de la lettre qu'on m'avaif remise ; je l€ pouvais faire sans scrupule , puisqu'elle était adressée à Loixi Borman , qui n*e\islait plus. Je m'enfermai dans mon appartement , et je lus avec avidité la lettre que je vou* transcris ici.

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