LETTRE XXIX
Mose à Gertriide»
Wald-Hof , le...
J E profite <îe l'occasion de Michel, le garçon de fer ire , qui va condnire^des denrées à la ville, pour vous faire parvenir le tënioignage de ma reconnaissance. Que Dieu , ma bonne Gerlrude, vous comble de tous les biens que je loi demande tous les jours pour vous.
Que serais-je à présent si vous ne ni*<'ussiez lendu une main secourable?
Sans parens , sans ;isi!e , sans forlune , au sein d'une ville où je ne connais personne , exposée aux pièges de lousces rludians , qui n'en veulenl qu'à l'Iionneur des pauvres filles, je serais comme
(57) un agneau , timide et sans défense , exposée à la dent meurliicre des loups de'vorans. Mais voire prudence a prë- \enu le danger; vous avez fait plus, vous m'avez procure une retraite tranquille et ignorée, où je coulerais les jouis les plus heureux, si le souvenir de m.a lanle et de mes parens ne faisait encore couler mes larmes de temps en temps. La bonae Anna, votre sœur, a beau me Irailer comme ii j'élais sa fille , je sens bien que je ne la suis pas. Je suis touchée de ses soins, moi) cœur en est rempli de reconnaissance ; mais la pensée , que je ne suis pour elle qu'aiie étrangère, qu'un objet de pitié, m'afflige malgré lijoi; je sais biea que j'ui tort, mais ou n'est pas maîlre de ses pensées. Il eu est de colle-là comme de l'idée que c'est M. Friedcl qui m*a donné cet argent par la fenêtre; vous avez beau
dire que ce n'est pas lui, ma bonne G^rtrude , je vous demande bien pardon, si je ne pense pas comme vous làdessus. Je suis de l'avis de M. Fritz , il n'y a que lui qui soit capable d'une semblable action. Je n'ai pas le bonheur de le connaîlre, mais j'ai entendu dire tant de bien de lui, et même par vous, que je ne peux m'imaginer quel au Ire aurait pus'inle'resserau sort d'une malheureuse orpheline , abandonnée de tout le monde. Si , comme vous le dites , c'était quelqu'un qui avait de mauvaises intentions , pourquoi ne s'esl-il pas montré, pour se faire un mérite de sa générosité ? J'ai toujours entendu dire que les méchans mettaient beaucoup d'ostentation dans leurs bienfaits , tandis que les gens vertueux cherchaient à cacher leurs belles .relions : tenez, ma bonne , \ous en direz ce que vous voudrez, mais
(59) on ne m'otera pas de l'esprit que c'est M. Friedcl qui fut mon bienfaiteur secret ; aussi tous les jours je mêle son nom au vôlre , dans les prières que j'adresse à Dieu. Au reste, vous en savez penl-eire à présent pins que moi là-dessus; mais si vous avez découvert quelque chose , je vous prie de m'en faire part.
Anna , qui me regarde écrire , veut absolument que je mette dans ma leltre qu'elle vous remercie du cadeau que vous lui avez fn't dans ma personne ; qu'elle est bien contente de moi, que je travaille trop, qu'elle m'aime comme son enfant , et mille autres choses si flatteuses qvie je rougirais de les écrire ; cela pourrait me donner de l'orgueil, el je n'ai jamais pu souffrir ce vilain défaut-là.
Quoique les occupations ne manquent pas à la ferme , j'ai pourtant
(6o ) encore clu temps de reste ; Je serais bien aise de l'employer d'une marnète ngre'able à IVI. Fritz, qui voulut ui'obliger de si bon cœur. Voyez s'il ne pourrait pas m'envoyer un peu d'ouvrage j cela m'occuperait dans mes momens perdus;' bien entendu pourtant que je n'en veux d'autre salaire que le plaisir de vous obliger , ainsi que M. Friedel^ qui s'inie'resse tant au sort de M. Fritz. — N'étesvous pas étonnée que '[e pense toujours à M. Friedel ? Aussi c'est qu'il a une si belle réputation l