Notamment dans son Examen des leronsde Laromhjiiière
LA VOLONTi: LOCOMOTRICi: DL MAINI-: DK BIRAN
« Jv tiic scjts ou in aperçois ccuise lihrc, donc je sfds rrel- Icnicnl caitse. L'activité proprement dite, ou la liberté, est un sentiment, une aperception immédiate interne... Quand on s'informe si l'agent est libre et comment il l'est, on demande ce qu'on sait » : cette fière formule de Biran est déplorablement arbitraire. On y confond le sentiment avec la vérité de l'objet du sentiment. Si la vérité de l'objet du sentiment était d'aperception immédiate, on n'en disputerait pas.
(c ^'eut-on savoir de plus quels peuvent être les instruments, ou les ressorts organicpies, (ff(.r(ji/cls twnnettt les volitions, on ne sait pas ce qu'on demande. » — Mais qui donc cherche cet introuvable : l'instrument auquel tient sa volition? On pourrait bien j)lutot se poser la question : pourquoi la volition n'est-elle pas toujours suivie du fonctionnement des organes , mais cela, l'expérience ne nous l'apprend que trop pour la théorie de la volonté de Biran, qui aurait à découvrir les rcssoris immédiats de son application là où il n'en existe point.
Il semble qu'à une théorie nouvelle qui supposait une sorte de rapport d'identité entre la cause volitive et l'effet organi(|ue, une théorie particulière delà perception externe aurait du se rattacher. Mais apparemment la difficulté s'est trouvée trop grande. II a fallu se renfermer dans les idées communes sur la prise de connaissance du non-moi par le moi. Biran admet que les premières sensations de l'être humain sont accompagnées d'une certaine \mii\cj/crccjj/icc, d'une intuition, comme il la nomme, mais « à un état de simplicité native, avant même son union avec le moi ». Le visuel elle tactile en forment deux éléments unis dans une même impression générale, et comme en une sorte d' « intuition tactile )) qui étant sentie indépendamment de l'effort actuel « peut se rapporter d'abord et par une induction très précoce à une cause indéterminée non-inoi )). Après cette exposition préliminaire, qui serait conciliable avec
l'TUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
LA VOLONTi: LOCOMOTRICK DE MAINE DE RIRAN
une théorie aprioristc des premiers éléments de l'expérience sensible, et dont certains termes peuvent môme se dire très heureusement trouvés, Bir-an passe à une explication delà perception externe, où ses vues propres se combinent avec la théorie de ses anciens maîtres, les idéoloo-ues; il demande aux cx[)érionces associées de hi pr^\ssion et de la résistance des corps de « compléter le rajjjjorl (/\'jLi('riorilr, en tondant la connaissance oi)jeclivc ou représentative «les corps étrangers :
« La pression du touclier, associée d'une manière immédiate à un sentiment de résisttmce absolue, est bien piu'ticuhèrement le signe de Texislcnce d'une cau=.e ou force positive déterminée qui j)resse Toi^-'ane en même temps (ju elle résiste à relîort... Les autres signes sont secondaires et dérivés ou traduits de celte langue primitive... Connue le j)remier jugement personnel, énonc- dans la formule affirmative : frxislc. se fonde sin* Taperception immédiate d'un elïbrt libre (pii a pour terme une simple résistance organique, le rapport, ou jugement d'extériorité énoncé parla formule négative : Ce nés/ pas moi, se fonde sur la perce|)lion d'un elïbrt contraint (pii a pour terme médiat une résistance absolue, invincible, étrangère*. » La résislance orya/i./</fi'' c.^l une fiction pure. Nous avons ap})récié plus haut l'idée d'une yr.s/.v/^mcr ahsolae, terme médiat de l'action locomoti'iee volontaire ; elle n'a aucune réelle signification physiipie, elle n'est qu\me curréhilion mentîde avec le désir et le vouloir poui* la satisfaction desquels il V a empêchement dans l'état actuel du corps. Supposé que le sentiment de cet obstacle fût l'origine réelle de la croyance au non-moi, le jugement qu'en |)urterait en ce cas^ le 7noi serait erroné, puisqu'il lui re|)résenteiait l'essence du corps sous l'aspect de ces i)ropriétés d'étendue et d'impénétrabilité dont la réalité externe est à tout le moins contestable. Biran regarde cette réalité comme
1. Fondements de la psycliologie, t. IL p. 4ô et luG sq. (édit. Naville^
démontrée j)ai' la sensation. Il nomme, à la vérité, les qualités sensibles, des sigties de l'extériorité, mais il combat l'opinion de lleid, suivant qui ce ne sont point les signes comme tels qui fondent la croyance, attendu qu'à les prendre strictement dans ce qui afîecte les sens, ils ne représentent point, même celle du toucher, ces qualités auxquelles nous croyons naturvllement. Xous exj)liquerons tout à l'heure cette curieuse opinion de l'adversaire des i.drr^ reprrsenfalires. Mais Biran croit, en vertu de ce qu il appelh^ le r(if)j)ort simple ou subs/anlicl (\u toucher, que les (juali/rs itrcmii'rcs, distinguées par Locke sous ce nom, constituent l'essence du corps, l'entité résistante ; qu'elles se résument dans la ivsistance à notre effort ; que même l'étendue n'est là qu'un;^ qualité accessoire ; « car nous pouvons très bien concevoir 1 unité de résistance concentrée dans un point mathématique, et l'être que Ton supposerait touchant avec an omjle ai^^a aurait ï'idco très nette de cette unité séparée de l'étendue, qall connaîtrait plus tard par succession de moucements. Il en est de même de la motiHtr, (\\\\ ne serait point attribuée aux corps, s'il n'y avait que des résistances invincibles ^ )>
L'appropriation que le métaplwsicien fait à son système de hi fiction du point matériel, c'est-à-dire d'une abstraction convenue qui n'est à l'usage que de la mécanique mathématique, met follement en relief le caractère exorbitant de cette théorie de la percej)tion externe, dans laquelle ridée j)ure du corps brut, portée à l'absolu, d'une part, et, de l'autre, l'idée originaire de la conscience, définie par le sentiment d'une force active à l'encontre de cet objet que sa résistance lui fait reconnaître comme non-moi, et extérieur, indépendamment même de la notion de l'étendue, sont prises pour les deux pôles de la philosophie première.
1. Fondemenls de la psucliolo'jle, L II, p. 110 s(}. et 12G-128.
ÉTUDE SUR LA PERCEPTION ET L\ EORCI-
ClIAriïUi: M
LA TIIEOIUE DE LA PEllCEPTioN 1»E lîEKKELEV
Les théories dont nous avons ma'mlcnaiil à nous occupei* supposent comme antécédent la doctrine de IJeikclev, qu'elles combattent, ou qu'en partie elles acceplenl. Nous avons donc à prendre d'abord une idi'-e de celte doctrine en ce qui concerne la thèse de Ximma/rrifdtsNK'.
On tirerait, pour la clarté des exj)licali(>ns, un gTand avantage d'une terminologie qui j)ermettrait, en aiVectant un nom nouveau et spécial à l'opinion désignée vulgairement par le terme de mafrri(iHsinf\ d'employer ce terme (et rien ne serait en soi mieux indicpié dans le sons général de la thèse à^exi^lencr dr la jnalihc. On entendi^ail, en ce cas, poser cette existence comme entièrement indépendante de celle de \ esprit et de toute conscience donnée, quelque opinion qu'on entretint d'ailleurs sur l'existence, qu'on pouri'ait admettre ou non, de resj)rit lui-même, ou sur le rapport de l'esprit avec la matière en le sup|)Osant existant.
Il va de soi que l'idée à se faire du corps, dans le malrrialismc, demeurerait celle d'une substance avant j)our attributs les qualllrs premirres de Locke, les mêmes dont on a coutume de placer la mention à l'entrée des traités de phvsique, sans avoir là à les approfondir, parce ({u'eilcs expriment, en toute hypothèse, des abstractions utiles pour
la science.
lisant pour un moment de cette terminologie, d'un tout autre sens que celui dont on a l'habitude, nous dirions en deux mots : la doctrine de Berkeley est vi'aie, elle est même la seule défendable eii méla[)hysique, aujourd'hui, en tant que réfutation du malvrkUismc ; elle devient paradoxale et fausse, par suite de la confusion (jue lierkeley,
LA THEORIE DE LA PERCEPTION DE BERKELEY ^r.u
induit lui-môme en erreur par une vicieuse application de la croyance qu'il combat, fait partout entre la matière et le monde extérieur réel. Pas un seul de ses arguments ne po te, en effet, contre l'existence réelle d'êtres immatériels^ qui nous sont présents sous des représentations matérielles^ c'est-à-dire à la fois donnés pour soi et donnés pour nos perceptions, indépendamment des signes sensibles attachés à cette existence et aux rapports de ces êtres entre eux, — CCS signes étant toujours des sensations du percevant et non des qualités du perçu, ainsi que cela est entendu dans un système de monades, — Berkeley n'a point fait la distinction, non plus que ne la faisaient avant lui des philosophes, ses précurseurs, qui ont contesté aussi la connaissance de l'extériorité par la sensation ; et ses critiques, après lui, ne l'ont pas faite, retenus qu'ils ont été par la force du préjugé de Verisfenee matérielle. Ils n'ont pas remarqué qu'on pouvait accorder à Berkeley ses premiers principes : à savoir, que les e hases sensibles sont celles-là seules que les sens aperçoivent immédiatement ; — que de telles choses ne peuvent exister dans une chose qui serait elle-même jf rivée de la faculté d apercevoir ; — et que la conception d'un substrat um, ou soutien matérifl îles qualités sensibles^ duquel on ne saurait assiqner aucune idée positive, serait la conception de quelque chose djitt on n\i point la conception ; — qu'on peut, disonsnous, accorder ces propositions, et nier celle-ci, que Berkeley entend conclure : à savoir, quil n tj a rien de sensible qui puisse exister hors de tout esprit. En effet, Berkeley prend le ter'me cï esprit dans le sens le plus entier, qui est d'ailleurs le sens ordinaire, ou même le seul qui ait cours, et alors toute sa doctrine est en germe dans cette formule, puisque il en résulte que des perceptions n'existeraient que pour des personnes humaines, ou pour Dieu, personne suprême, qui serait en ce cas l'auteur des qualités sensibles, et qui nous les donnerait à percevoir. Mais on Ren'ouvieu. — Le Poràoniialisme. 1"
ÉTLD1-: SLU LA PKRCi-PTlON ET LA FORCE
échappe à la conclusion en remarquant qu'il peut exister des êtres capables de percrp/wn, et (jui ne soient i)as des
esprits.
Les raisons vraies de rinvinoible croyance à Texislence réelle des êtres extérieurs ne sont seulement |)as mentionnées dans les Dialogues d'ilylas et de Pliilonous, toute la place y étant réclamée par la discussion des raisons factices qui se résument dans la j)uissance de Timage inducment réalisée de la substance étendue, ligurée et mobile liurs de Tesprit. Les raisons vraies et légitimes sont les lois constantes observées dans la cuniposition naturelle des phénomènes, dans les groupes spécifiques qu'ils forment, dans les modifications de ces groupes, de leurs prui)riétés et de leurs rapports, toutes variations qui ont une relation i)arfaitement évidente à leur constitution pF*opre et aux évolutions que leur constitution peut subir, indépendannnent des sensations que des circonstances quelconques, de celles qu'on nomme accidentelles, nous amènent à percevoir à la rencontre des ol)jets. Ces propriétés cpii caractérisent des êtres sont, les unes, inorganiques, les autres, gouvernées par des évolutions vitales, et ce sont celles qui portent le caractère le plus indéniable d'une existence pour soi. d'une destinée indépendante de ce fait : (|uo la |)eiveplion de leurs |)hénomènes nous est ou ne nous est pas donnée.
Berkeley ne paraît j)as avoir nié, conuiiu Duscartes, que les animaux aient des perce|)tions de la figure et de retendue ; car ces perceptions lui fournissent un argument pour démontrer la relati\ ité de la grandeur. Une simple mite et des animaux plus petits encore, ne sont [)ourtant [)as, sans doute, des esprits {sjnrits^ à st.'s yeux; et il [)arle sans hésiter des dimensions sous lescpielles les corps à leur portée doivent leur apparaître ^ ; or il suffit de supposer l'échelle de grandeur diminuée autant (ju'on le voudi'a pour mettre les êtres vivants élémentaires hors d'atteinte