‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 103 sur 211 · LA THÉORIE DE LA PERCEPTION DE BERKELEY 2Û · texte numérisé non relu

LA THÉORIE DE LA PERCEPTION DE BERKELEY 2Û

de nos perceptions, et il ne reste plus aucune difficulté à concevoir des corps, sans organes sans doute, mais composés d'éléments actifs, capables de perception en leurs actions mutuelles. Ceux des êtres que la croyance commune envisage connue inorganiques, au fond, autant qu'ils le sont dans leurs propriétés perceptibles |)Our nous, ofTruht, en ces propriétés elles-mêmes, de sérieux motifs analogues de leur attribuer l'être propre. Le nondjrc considéi'able des groupes donnés et distincts de phénomènes de cet oi'dre, et le nombre immense des composés stables que peuvent former les éléments, ou par retîet des actions naturelles, ou par notre opération et à notre gré, dans nos laboratoires, éh/igne ab.solument de nous la pensée qu'ils pourraient n'être cpie formés de qualités dont toute l'essence serait un jtercipi, en telle sorte qu'elle ne donnerait lieu à perception possible qu'aux moments et selon les occasions où les esi)rits, seuls doués du jjcrciperc, se trouveraient dans le cas de recevoir communication de certaines sensalioris de la part de l'esprit divin qui a la puissance de les

produire.

Si la conviction de l'existence propre des êtres naturels inoro-anisés et de toutes les combinaisons, transformations et j)roduits plus ou moins stables cpii en dérivent spontanément, ou à la fa\eur de l'industrie humaine, pouvait avoir besoin d'être cori-oborée, elle le serait aujourd'hui par l'ouverture du monde iidini des connaissances chimiques, dont l)erlvele\ put à peine observer les premiers indices; car l'analyse a découvert des éléments réels et des actions spécifiques des corps, à la place des vagues assemblages de qualités que les anciens désignaient sous le nom d'éléments, et appris en conséquence à composer des corps nouveaux, à propriétés définies calculables en rapport avec les conditions où ils seraient placés. De tels corps, multipliables à volonté dans les laboratoires, puis dans les usines, ne sont eux-mêmes rien de moins que des êtres naturels

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dans leur fond, et, à notre égard^ des puissances de itcvcipi, qui leur demeurent attachées pour agir sur les ôtres qui possèdent la réceplivité corrélative, sans même qu'aucun de ceux-ci perçoive actuellement leur existence et soit aCfecté par leurs qualités.

La gloire de Berkeley est dans la réfutation des motifs fallacieux de la croyance au monde extérieur, quoicju'une certaine combinaison intellectuelle de la mélhoile emi)ii*iste et delà doctrine théologique lui ait fermé les yeux sui* les vrais motifs rationnels de cette croyance. Il a réfuté les faux molifs, par la critique de la substance matérielle étendue, mobile et résistante. Les arguments qu'il a développés contre Texistence externe des qualités sensibles, surtout des qualités secondaires, ne peuvent sans doute que ressembler souvent à ceux que les sceptiques ont de tout temps fait valoir, mais ils n'en partagent pas la tendance agnostique, parce qu'on ne perd jamais de vue avec lui cette proposition fondamentale : que les qualités sensibles sont des perceptions immédiates qui, n'étant j)as séparaljles de leur être perçu, ont toute leur existence en des esprits. H n'aurait fallu fpi'étendre l'idée de \ esprit à des sujets de j)erception, d'ordres inférieurs à la personnaliti'. «i des monades.

Mais l'argument décisif est celui qui se tire du principe de relativité, et dont l'emploi est capital dans la question des qualités primaires. Elles dépendent toutes de l'étendue, en nos actes de la reconnaître : la divîsiôi/ilé, son premier et essentiel caractère; la /if/ffrr, dont elle est le propre sujet; la niotiUlr^ parce que l'idée du mouvement est un rapport de Tidée de l'étendue à l'idée de la succession; enfin, Yunjn'nrlrdhilitè^ la cohrsiojt, la s<dldi/r, la rrsistance, parce que ce sont des noms d'impressions reçues à l'occasion de certaines expériences, actes du sujet percevant, dont l'objet concerne toujours la propriété de quelque chose d'étendu. Cela posé, il suffit d'observer que la perception

LA TIlLOHIt: I)i: LA PERCEPTION DE BERKELEY

de rétendue est inséparable de celle d'une certaine grandeur, — une étendue perçue étant toujours limitée et déterminée par une autre étendue suivant une certaine figure. — Or la grandeur est essentiellement une relation ; on ne dit, on ne pense que quelque chose est grand ou petit, que par comparaison à quelque autre chose qu'on envisage sous le même ra|)port; et quand c'est de l'étendue, spécialement, qu'il s'agit, dont l'homogénéité et l'exacte mensurabilité permettent le choix arbitraire de l'unité de mesure, le chanuement de l'échelle des grandeurs, suite de la détermination de cette unité, ne peut apporter aucun changement à l'objet des perceptions qui ne sont jamais que des perceptions de relations. Il résulte de ces considérations que l'étendue em[)irique, ou perçue, étant inséparable de la grandeur, et ne pouvant être déterminée en soi comme grandeur, ne saurait être donnée absolument et exister hors de la perception ; elle existe seulement comme rapport perceptible pour un être capable de percevoir.

Telle est, en la forme précise et résumée qu'elle peut recevoir aujourd'hui, la thèse que Berkeley a exjmsée avec des arguments de forme plus familière, qui ne laissent pas d'être rigoureux. Si les savants eussent assez réfléchi à la portée du j)rincipe de relativité, dont la philosophie leur ;q)prenait ainsi à voir l'application logique à un sujet dont les traditions réalistes de l'Ecole leur imposent encore des définitions logiquement indéfendables, il y a longtemps que la malivre des physiciens aurait rejoint la force des auteurs modernes des traités de mécanique rationnelle, dans le domaine des abstractions, nécessaires, ou utiles, au moins jusqu'ici, pour la constitution des théories scientifiques, mais qui n'expriment pas les vivantes réalités.

Il est ta peine besoin de dire que la thèse de Yimmatèria- Usine portait a fortiori contre l'opinion matérialiste^ au sens courant du mot. Berkeley lui donnait l'expression la plus radicale, en ce sens, par une simple observation :

262 ÉÏUDI-: SUR LA PHKCI-PTION ET ! \ FORCI':

(( Tout ce quo vous connaissez ou concovez cVautre que des esprits, dit PhilonoCis à llylas, nï^st que vos idées ; lors donc que vous dites que toutes les idi-es sont occasionnées par les impressions laites dans le cerveau, ou vous concevez ce cerveau, ou vous ne le concevez pas. Si vous le concevez, vous parlez donc d^idées imprim^-es dans une idée qui cause cette même idée, ce qui est idjsurde. Si vous ne le concevez pas, vous parlez inintelligiblement ; ce n'est pas une hy[)otlièse raisonnable (jue vous formez 1. » Comment serait-il raisonnable, demaiule-t-il encore, de penser que le cerveau, chose sensible, idée, par conséquent, qui n'existe que dans l'esprit fut la cause de toutes nos autres idées:* — On sait cpie Scho[)enliauei-, matérialiste d'une certaine manière en son idéalisme, fut obllgv, en ciï.'t. d'identifier le principe de Causalité avec celui de l'univi^rselle illusion de la Matière, i)Our avoir le droit d'attril)iior au cerveau, cpii est une [)artie de la matière, la procbiclion de rintcUig-ence î

Après la crititpie de Hume, qui opposa à l'existence de Ti^sprit, considéré comme substance, une aro-umentation analoo-ue à celle de Berivclev contre la substance matérielle, et en général contre le concept d'un substratum de phénomènes, Berkeley, parut avoir manqu('' dr logique en ne suivant pas dans ses conséquences la méthcKle cjui lui avait fait en rpirlque sorti- dissoudre le sujet matériel porteur de ({ualités sensibles, i'ourcpioi avait-il laissé à Tesprit, uu substance spirituelle, une réalité (lu'il refusait à la substance matière ? L'obstTvation n'est pas entièrement juste. Berkeley, dans ses Principes, ne refusait pas moins au sujet humain, comme substratum, la propriété des idées intellectuelles que celle dc^s idées sensibles, car il n'en admettait point d'innées, ou données a /wliu'i avec l'entendement, et il réduisait l'entendement humain à la perce[)tion, autant du moins qu'il pouvait se llatter d'y

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