P/iilosophie de l'esprit hinuain, chap. i. sf». t
Celte interprétation a motivé la réclamation des critiques qui ont nié à Reid le règne, universel, selon lui, de la doctrine des idées dans la philoso[)liie moderne ; et, en effet, elle marque, à l'interpréter ainsi chez Descartes, une complète inintelligence du principe même de sa métliode, d'où sortit la théorie des cdKscs occdsionnelles. Mais Reid a donné une bien autre extension à cette doctrine des idrrs^ qu'il combat, et qui est la doctrine de resjtrit tout coui't, fornudée (hms les termes suivants : « Il est évident, pour qui considère les objets de la connaissance humaine, qu'ils sont ou des idées imprimées actuellement sur les sens, ou d'autres qui sont perçues en applicpiant l'attention aux modifications et aux opérations de l'esprit, ou enfin qui sont foi'mées à l'aide de l'imagination et de la mémoire, en composant, divisant ou ne faisant que représenter celles qui ont été ainsi originairement
perçues. »
Celte excellente formule, citée par Reid, et qui est de Berkeley, n'exprime pas seulement une vue de Berkeley, qui la j)rend pour la [)i-emière proposition de ses Principes de la connaissance ; elle est la vérité sous-entendue par toute recherche rationnelle ; car il n'en est aucune dont Tauteur puisse supposer Yohjet déterminable autrement que sous la condition des données de ses sens, et des modifications et opéi-ations de son esprit. Reid, niant Tévidence de cette affirmation : « que tous les objets de la connaissance humaine sont des idées de notre esprit », et regardant, au heu de cela, « comme « les propositions évidentes par elles-mêmes celles dont la vérité frappe toute personne de bon sens qui entend la signification des termes, et qui est libre de préjugés », ferait aussi bien de renoncer pour lui-même au titre de philosophe. Car c'est là admettre a priori comme vraies des idées ou croyances vulgaires dont la philosophie n'a jamais fait autre chose que mettre en doute le fondement, ou discuter les termes; et c'est
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montrer qifon ne sait pas ce que c'est, et ce que cela implique, d'rntenlre lasl:/ni/icafion des tcrnvs, — comme aussi iVrfre sans pn'juf/h. Et lleid, liabihi.' (ju'il est à donner aux idées ce sens de représentations r^nv ressemblance, ou imag-es des objets, dont il reproche la supposition aux philosophes, ne s\aperçoit pas cpie ce sont aussi des idées, en un sens général du mot, (pie ces modes de connaissance, qu'il prétend avoir, de cei-laines qualités rêdle>^ des corps. En eiïel, la nature, si elle nous force à croire à Texistonce hors de nous des corps, ne nous force pourtant pas de croire que ces qualités ap[)artieanent à Tessence du corps, qu'elles sont de la malière en sui, et non pas des formes d'intuition et des concepts (pie la nature aurait mis en nos esprits pour nous re[)résenter les êtres extérieurs, le non-moi, tandis que l'essence de ces êtres appartiendrait à un certain oi'dre inférieur de la conscience. La nature ne nous interdit pas celle interprétalion du monde extérieur. Si elle nous linterdisaiL Heid n'aurait pas besoin d'usurper l'autorité de la nature poui- nous en
détournei'^
La prétention de 11-id de faire i)asscr l'existence de la matière comme certaine pour nous indéi)endamm ont de nos idées, a du lui faire attribuer ro[)inion de la perce|)tion de la chose externe comme ne supposant l'existence d'aucune sorte de moyen pour Taltuindre, ce (pii est bien près de paraître absurde, et ce qui est pourtant l'opinion de Mamdton, et (pie Hamilton a prêté à Ueid, et non sans raison; car Ueid lui-même a parlé de jK'rccjj/ion uiiini'diaie, en quelques passages, et affirmé (pie lr< c/io^c^ (/m r.rt^/enf rcellem^nf sonf /es c/io^es nihu"^ qw lon^ j^mevons-. Mais on a coutume aussi de présenter l'opinion de Ueid comme étant un jugement fundé, selon lui, sur le sens
1. Rfiil, Recherches sur l'entendement, chap. v. sect. vu cl viii, et Essai sur les facultés intellectuelles, Essai ii, rliap. x.
t. l'assatïe allégué par llamilloii (voir la Philosopliie de Uamdton par St. Mil!., U-ad. de M. E. Gazelles, p. 207).