‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 112 sur 211 · LA THEORIE DE LA PERCEPTION DE BROWN · texte numérisé non relu

LA THEORIE DE LA PERCEPTION DE BROWN

lités abstraites : dureté, impénétrabilité, recourut à l'idée générale de cause pou»* expliquer l'origine em[)irique de la croyance au monde e> térieur. Le sentiment de la résistance éprouvée dans les impressions du loucher susciterait l'idée de cette cause inconnue : non j)as que l'existence réelle d'un sujet externe des qualités sensibles soit [)rouvée par les sensations, qui en seraient les signes certains, comme le pensait Reid, ou qui en seraient les représentations certaines, selon d'autres opinions [)lus communes, mais parce qu'elles constituent un état externe de l'esprit, une projection objective, accompagnée de l'irrésistible croyance à la réalité propre de l'objet (jui les cause.

Le sentiment de la résistance n'était donc pas employé, dans cette thi'orie, à faire connaître la nature du corps extérieur, et c'était là une grande supériorité sur l'explication, toute pareille en apparence, que donnait vers le même temps le disciple de Gondillac^ en Oi)posant à la volonté de mouvoir, chez le sujet de la perception, l'inertie du corps rencontré au contact. L'idée de cause efficiente, considérée comme intervenant au moment où le sujet sensible éprouve un sentiment confus qu'il ne peut reconnaître comme issu de son être propre, exclusivement autocinétique jusque-là, par hypothèse, est une vue philosoj)hique plus profonde que celle de D. de Tracy, dont Maine de Biran fit sortir, par un tour imprévu de son imagination réaliste, l'idée de la volonté cause motrice transitive. Nous irons plus loiîi, et nous remarquerons que si Brown eût complété le contenu de l'idée de cause (qu'il voyait tout entière dans la résistance de l'objet) par l'action du sujet, sans les préciser ni l'une ni l'autre, il aurait {)u représenter

1. La théorie de D. de Tracy sur la résistance des corps, comme preuve de l'existence de la matière et fondement de la connaissance de ses propriétés essentielles, lut exposée dans les Mémoires de lancienne Académie des sciences morales et politicpies t. III, 18UI \Di.sserlation sur quelques points d'idéoloyie]. puis dans les Éléments d'idéologie, dont la première édition est de 1804. Les œuvres de Brown sont de peu postérieures.

ÉTUt)E SUR LA PF.RCi: PTION ET LA FORCE

avec vraiscmblonco les premiers senlimenls de eausalilé, unis aux i)remiers efforts de réaction sur le dehors, et aux premières perceptions vagues qu'on peut croire i\\o\v (Hé Torigine, ou avoir constitué les premiers progrès de la conscience distincte chez le petit enfant, ou chez le jeune animal. Une théorie psycho-physiologique de ce genre, dont il ne serait [)as impossible de faire remonter le sujet jusqu'aux sensations les [)lus élémentaires de Tètre organique et mental en voie de formation, serait plus confoi'uie à la réalité des faits que ne |)eut l'être la recherche idéologique des motifs sur lesquels se fonderait l'affirmation du monde extérieur, chez le sujet adulte ramené par Tabstraclion d'un |)svcholoi;ue à l'iii^norance de toutes choses. Aucune tlié(»!-ie de la perception, fondée sur les quidités sensibles de Tordre du toucher, ne peut fournil' la genèse de l'idée de l'étendue sans pétition de principe, c'est-à-dire sans un recours à l'idée du mouvement, qui suj)posc celle de l'étendue ; mais on a cru pouvoir éviter cet inconvénient en suivant une voie indirecte, en recourant au temps, dans le mouvement, et en imaginant un pai'cours de l'organe du touclier sur (h^s parties successives du corps tangible. L'espace se présente; ainsi comme une soile de succession, et l'intuition spatiale estescamot('e. De là la curieuse théorie de D. de Tracy que nous cuimaissons (ci-dessus chap. m). Le même procédé devait venir naturellement à l'esprit de Brown : « Je suis porté, dit-il quelque part, à prendre l'inverse du procédé coiîimunéinent suivi, et, au lieu de demander' à TcHendue la mesure du temps, de dériver du temps la comiaissance et la mesui-e oriuinaire de l'étendue » ^ — Le mot ovKjinairc est heui'eusement joint au mot tjiesun\ quand il s'agit du temps, pour faire entendre qu'il ne s'agit que d'une mesure appi'oximalive et toute pratique. La mesure proprement dite, ou directe,

1. Citation de Hrown cmpruiitre ùux Principes de psychologie de W. James, t. Il, p. :27l.

LA TIIi:ORIi: DE LA PERCEPTION DE BROWN

est impossible pour le temps. Elle n'est applicable à l'espace qu'à raison de la propr'iété de sftjjrrjjoslfio/i f/f'Oj/irfri(/ffc, propriété absolument unique, qui permet la détermination directe de deux étendues égales et celle d'une étendue fixe. Ce fait capital devrait suffire pour* réfuter les ingénieux psychologues qui, de notr'c temps, ont donné suite aux idées de Tracy et de Brown à ce sujet ; car* l'aveugle-né |)eut s'assur^er qu'il met arbitrairement des temps plus ou moins longs à parcoui'ir un espace linéaire dont il a constaté la fixité par des opérations du toucher, et cela prouve indubitablement que le genre géomcHi'ique des grandeurs et de leurs rapports n'est point réductible au genre dynamique. Ce sont des catégories mutuellement irix'ductibles, dont le rapj)rochement fondamental établit en même temps la différ-ence radicale, [)ar la genèse d'un rapport original : la vitesse. Ce rappor't lui-même n'est mesurable qu'indirectement, l'étendue parcourue pouvant seule fournir l'unité de mesure, et le temps écoulé ne tir'ant jamais la sienne que de celle-là, dans un mouvement que l'on croit pouvoir suj)poser unifoi'me *.

1. On trouve dans les FniqniPnls des leçons de Hoyer Collavd, pid)!iés par Th. Jouffioy à la suiti' de sa traduction des œuvres de Reid. la thèse du caractt're absolu d»' la durée. v\ celle de sa mesure direcit\ soutenue contre l'autorité de Laplaciv Le professeur croit que Laplace s'est expiimé un peu légMH'uu'ut sur la (juestion î Sa démonstration à lui. fort lofii^iic. est un pinnloixisme d'un bout i\ l'autre, parce qu'il n'a pas l'idée e.\a<'te des conditions cpie doit riMiq)lir l'uinté démesure d'une (piantité conciéle. Il allirme (|ii.' la ttwsurc d'une quanlilè ne peut se prendre f/ue dans la quanfite elle-même : donc celle de la durée dans la durée. Or il n'y a pas. en j)liysi(pie. une seule théorie de mesure de quardités. dont l'uidté sînt autre (luindirecte. et prise de l'unité linéaire, en derrdére analyse. Les philosophes fiançais de la réaction spiritualiste, disci|)les des écossais, s.' distingiiaiiMit malheureusement de leurs rivaux, les idéologues. p;«r l'absence d'esprit scientifi(pie.

ÉTUDE SUR LA PERCKPTION KT LA FORCE

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