REID, BROWN ET IIAMILTON
prouver directement perçues, c'étaient des Idêes^ malgré qu'il en eût, qu'il rétablissait ainsi, et, de plus encore, des idrrs reprrsenfuflces^ puisqu'elles représentaient pour lui
la uui/lère!
Brown avait donc voulu mettre fin à une véritable aberration de la méthode philosophique en corrigeant la fausse interprétation des idées. Il revenait d'ailleurs à un lieu commun de la méthode sensationiste, qui reconnaît dans la matièi'e une cause, mais inconnue en soi, de la sensation; et Ilnmilton, successeur de Brown, à Edimbourg, fit une œuvre rétrograde en reprenant le système de Reid, qu'il soutint avoir été mal entendu parBrowu. Le véritable sens qu'il prétendit rendi'e à l'opinion de Reid était loin d'en présenter une rectification qui {)ei-mît de discuter les arguments immatérialistes de Berkeley, et d'essayer d'y répondre, — ce dont Reid, au surplus, n'avait jamais paru sentir la nécessité. — Ce véritable sens était, au contraire, une confirmation et une exagération de la plus insoutenable prétention de lleid, de celle qu'il n'avait pas exprimée en termes rigoureux et constants, et qu'il avait d'ailleurs démentie lui-même par le fait d'une explication toute différente exposée en termes précis. Cette dernière consistait, on l'a vu, à regarder la perce[)tion externe comme le produit de nofre ua/ure, c'est-à-dire de l'organisation mentale, qui suscite en nous la connaissance de l'objet réel, quand la sensation nous en offi'e les signes. L'interprétation de liamiîton exige quelque chose de plus métaphysique, à savoir que l'objet, ou ses qualités, soient perçus immédiatement en eux-mêmes : opinion qui n'a pu, à aucune époque, passer pour intelligible autrement que dans la supposition de l'identité du percevant et du perçu, laquelle fait disparaître la perception externe et, par conséquent, supprime la question.
Sluart ]slill a consacré un chaj)itre de sa Philosophie de llauùUon à l'éclaircissement du litige. Il a montré que l'opi-
ÉTUDE SUR LA PKRCl.PTION KT LA FORCI-
nion (le Picicl et celle de Brown avaient nux yeux de la critique la même si^nifiealiun : celle de la croyance au monde externe, sans aucunr pussibililé de la l'cndi-e rationnellement démonsti'alive; et qu'il n'y a\ail là chez les deux philosophes que deux diiïéientes expositions de l'/VAv/lisnie cosnwlhil'KjHe ; mais que néaimioins Brown n'avait point admis la perception {\r^ (jualitrs primairc^s. Seule, cette dernière difïei'ence a de limportanee; mais la diiïérence de l'opinion de llamillon r\\ a davantag-e, cpioiipi'il n'ait pas voulu le reconnaître, car elle se donne pour quelque ciiose de plus qu'une opinion, pour la conscience d'une connaissance immédiate. Son intérêt tient à sa discussion qui est singulièrement subtile.
<c Dans l'acte de la perception sensible, j'ai conscience de deux choses: de moi, sujet jiercevanl, et d'une réalité externe (mi rapport avec mes sens, objet perru. Je suis convaincu de Texistence de ces deux choses, parce (}uc j'ai conscience de connaîti*e chacune d'elles, non pas médiatement, dans (juehpie chose cpii la n^présente, mais immédiatement, en elle-même, comme existante... Je les appréhende, chacune hors de l'auti'e et en opposition avec l'autre. »
Une distinction, (juc Ilamilton ne fait [)as, est aisée à rétablir: des deux choses définies (huis cette formule, il y en a une, \ct sujet pcrcevanl, (jui end)rasse l'autre, l'o/yyVv perru, par le fait de le reconnaître, et (pii est certain de lui-même comme [)ensée actuelle, pliénoménale, mais cjui c^t moins cer-tain de se fair*e une juste idée de l'auti'i^ en lui prêtant une existence propre. Il est clair (pie Ilamilton n'avait pas assez réfléclii à l'argumentation (pii accompagne l'exposé du prineipe cartésien : Çorjilo. C'est, au l'esté, le cas des philosophes anglais en général, (pii ne veulent guère connaître (pie les auteui's de leur nation.
Au sujet des qualités sensibles qui dépendent de la perception de l'étendue, « Toutes les sensations, dit Ilamilton,
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doni nous avons con.-'CicMice conmie de l'une en dehors de l'autre nous appoitent eo ijtso la conviction d'appréhender immédiatement et n('cessairement l'extension ; car la conscience de rextéi'iorité récij)ro(pie implique en fait la perception de la diiï(''rence de lieu dans l'espace, et, ])ar consétpient, de la chose comme étendue. » Ot argument se réfuter par la th(''orie de l'espace comme forme de la sensibilité, la perception de l'objet externe comme étendu n'étant pas moins nécessaire, en cette tliéorie. que dans l'hypothèse n'aliste de l'étendue en soi. ^Nïais la réfutation n'en est j)as plus malaisée au point de vue de la j)sycliologie emjiiriste. Bain, citant Ilamilton à cet endroit, lui oi)jecte, en effet, qu'il suppose ce qui |)our lui. Bain, est en question : à savoir q le, indépendamment de l'expérience acquise par nos mouvemenis, nous pouvons percevoir entre deux sensations diiïérentes (celles de deux chandelles allumc'cs, par exemple; une diiïérence de lieu\ La vraie question n'est pas où la place Ilamilton, mais elle se pose entre la méthode empirisle, rpii pari de la table rase de l'esprit et prétend expli(pier toutes les perceptions par l'expérience, et la méthode aprioriste, qui n'admet pas que Tinlerprétation des sensations soit possible autrement que par l'application de notions logiquenK'ut antécédentes. La position de Hamilmiton est indéfendal)le.
Il est aisé de voir que la tentative est illusoire, de faire passer la conviction (ju'on a de l'immédiateté |)our la certitude de l'immcMliateté. C'est la rendi-e sophistique, que de réduire finalenuMil la thèse à ceite proposition: (pi'encequi concerne le momhi extériinu', il y a idenlilé entre Incroyance ù rej:i>itenre et la croi/nucr ù lu connaissance. « Les philosophes, dit llamillon, ont sidji presque tous la j)uissance du fait, en reconnaissant la première ; il est étrange qu'on les trouve d'accord pour abjurer la seconde. » Il n )us semble, à nous, que les deux jugements s'unis-