HAMILTON ET HERBERT SPENCER
contradictions renfermées dans les formules très [)récises que Ilamilton a données de la thèse du relatif comme seul connaissable, et de l'existence, (pi'il soutient en même temps, d'une faculté intuitive en vertu de la(juelle nous connaîtrions les qualités primaires comme elles sont dans la substance matérielle.
D'une paît, a l'inconditionnel ne peut être ni connu ni conçu, la notion (pi'on en a étant une pure négation du conditionnel, (pii seul peut être positivement connu ou conçu » ; — Xous ne pouvons concevoir ni un tout absolu, ni une partie absolue... Xous ne pouvons nous représenter ni un tout inlini, ni une division infuiic de parties... La même impossibilité se présente dans la limitation en temps, en espace et en (\('o;^\v ; — La [)ensée suppose nécessairement des conditions, |)enserc'est conditionner, etla limitation conditionnelle est la loi fondamentale de la possibilité de la pensée; — L'infini est inconcevable aussi bien que l'absolu ; nous ne pouvons en concevoir la possibilité, ni en l'homme, ni même en Dieu, sans contredire la nature de l'intelli-
gence .
Mais, d'une autre part, l'espace et le temps ne sont pas seulement des formes ti priori de l'esprit, suivant Ilamilton, mais des réalités extérieures, perçues empiriquement; nous percevons la solidité et l'étendue réelles, dansres[)ace réel, données en dehors de leurs relations; et nous pouvons et devons croire à l'infini et à ral)solu, attributs du Dieu que nous ne j)ouvons connaîti*e ni concevoir. Xous sommes cei'tains de ces inconnaissables, en vertu d'une crovance qui ne dépend pas de la connaissance, mais qui la domine".
Il sera bon pour la clarté de noter le trait principal de
1. Par uifinl nous iMitt'ndoiis. ici et dans la suite, riiifiiii (juaulitatif actuel, en (U'Iîors de toute idée de perfection, et pai- ubsoln le non relatif, a l'exclusion du sens i\c parfait, ou accompii. (juLloinde s'allier à Vinfini, en est la contradiction.
2. Philosophie de l'ahsola : Coi/sin-Schelling, dans les Fraf/ments de la jihilo.soidtie de Hainilton (trad. L. Peisse), p. 17-19, et U-i5. — Stuart Mil), l'hilusophie de Ilamilton (trad. E. Cazelles), p. 57-o9 et 70-73.
ETUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORGE
la plillomphle du condUlonw'^ ainsi que Ilamillon appelle cette méthode par laquelle il démontre qu'une chose peut être vraie sans (jue la possibilité en soit concevable. « Toute pensée positive? se trouve placée entre deux extrêmes dont nous ne pouvons concevoir la possibilité ; et pourtant, comme ils se contredisent mutuellement, il faut que nous reconnaissions (selon le principe de Talternative' ou l'un ou l'autre comme nécessaire. » C'est en partant de là que Hamillon entre diuis un examen, analog'ue à hi théorie kantienne des antinomies de la raison |)ure, portant sur les idées de l'espace et du temps au [)oint de vue du tout et de la partie. A sur l'idée de la volonté comme libre ou déterminée, et pense pouvoir conclure de son analyse que Tesprit est tenu de choisir entre deux propositions dont les objets sont rrjalemenf inconcrvahlcs. ^lais la conclusion de Hamilton est fausse, parce que les inconcevahihh's ne se rapportent pas à de pareilles dilTicultés de comprendre. Hamilton a eu le tort de ne pas soumetti'c à la seule log'ique la décision de questions essentiellement logiques de leur nature.
L'inconcevabilité est, en eiïet, de plusieurs sortes : il v en a une qui tient à ce que notre expérience ne nous a jamais fait voir réalisée la relation que nous ne comprenons pas; et celle-là peut souvent n'avoir pour cause que notre ignorance. Une auti*e n'est qu'un nom de nos haljiludes d'esprit. Telle est. par exemple, celle qui provient du {)réjugé réahste de l'ùti-e en soi de l'espace. Une autre, mieux nommée, est attribuable, d'une manière cette fois générale, à notre condition d'ùti'cs intelligents situés dans un milieu d'expériences et de relations dont notre entendement n embrasse pas les termes premiers, en sorte que nos jugements sur l'existence de ces termes s'imposent à nous sans que nous les comprcnwns. 11 y en a une enfm, et c'est la seule qui nous oblige logi(juement à déchu'er fausse la proposition reconnue inconcevable en ce sens ;