HAMILTON ET IIKRHERT SPEN«:ER
le réalisme opposé à l'idéalisme, le réalisme de la matière, en un mot ; car il ne soustrait pas seulement à nos conceptions le souverain principe des choses, mais l'essence réelle des objets généraux des études et des connaissances scientifiques. C'est le réalisme que son auteur aurait nommé plus justement /iy/z/v' que Iransfiyurr, comme il a fait, parce (pi'il réduit ces objets à n'être que des symboles de l'Inconnu. Sa théorie de la perception, dont nous verrons tout à rheure le sens réaliste, suivant l'acception la plus vukaire du réalisme, devient alors une chimère.
Les notions scientifiques ultimes : l'espace et le temps, la matière, le mouvement et la force, objets i)our nous, suivant 11. Spencer, d'une a croyance invincible en leur réalité objective », si nous tentons de nous rendre un compte rationnel de cette réalité, nous devons renoncer à nous la représenter; car nous n'avons pour cela que le choix (( entre des absurdités opposées... entre d'alternatives impossibilités de penser ». Mais à quoi tiennent ces impossibilités ? Le philosophe qui professe le principe de relativité doit le savoir : elles tiennent pour lui à ce que, ne se soumettant pas, comme le font cependant les savants, à considérer ces notions comme des relations fondamentales, il rencontre, pour les réaliser, les contradictions dans lesquelles se débattent les philosophes substantialistes et infinitistes. La conscience elle-même lui devient quelque chose d'ininteUigil)le, et ce n'est pas merveille : étant toujours, de sa nature, une relation d'un sujet à un objc4, la conscience devrait, pour être la réalité que II. Spencer demande à se représenter, être le sujet sans l'objet, ou l'objet sans le sujet, ou l'identité du sujet et de l'objet ; et, dans chacun de ces trois cas, la relation s'évanouit, et, avec la rehition, la conscience.
Comment se fait-il que les hommes croient invinciblement à des réalités dont la condition est si négative à Téo-ard de la représentation possible? Leurs croyances
Renouvieu. — Le Pcrsunnalisme.
ËTL'DE SCR LA PERCEI'TION ET L\ POnCE
sont, croprèsla doctrine de révolution, des produits graduels de la nature, dans l'organisme animal et dans l'ajustement de l'esprit à l'organisation, depuis l'origine et dans tout le cours des œuvres de la Force-Matière, ce svmbole l'ondamental de la souveraine réalité. Et elles deviennent, |)ar l'eiï(4 de cette formation nécessaire de rentend^mcnt, tellement inébranlables, que le A'éi'itable critère de la vérité d'une {)roposilion est YiiiconccvahiUlr ilv sa nrf/ativr. Et cependant leurs ol)jets sont inconcevables! (Juel est donc au juste cette réalité dont la conviction est authenlicjuée par la nature? Est-ce celle-là même cjui est inconcevable? Il le faudrait, mais le i)hilosoplie n'est pas fixé, et le pcniplc est dans l'ignorance de la question. C'est donc l;i r.'nlilé des signes, mais le peuple est au plus loin de penser (juc les choses qu'il croit réelles ne sont que» les signes de quelque autre chose ! L'œuvre de l'évolution serait donc pour lui une trom[)erie?
Il ne nous reste plus qu'à montrer comment la théorie du monde extérieur et de sa nature, d'abord toute pareille, chez II. Spencei', à celle des psvchologuos qui posent la réalité de la matière, donnée en elle-même et prouvée par les sensations, est ensuite transformée par la docli'inc de l'évolution. Voyons d'abord la question de l'espace, qui est préliminaire.
(( Le dernier élément dans lequel peut se résoudre notre notion d'espace est celui d'un rapport enti'e deux positions coexistantes. Et pour que ces deux positions soient pn'sentées à notre conscience, il (\st nécessaire qu'elles soient occupées par quelque chose de capable de faire im|)ression sur notre organisme, c'est-à-thre par (piehpie chose de résistant ». Cette proposition est contraire au sentiment universel touchant l'espace, puisque nous en avons, et (jue nous ne pouvons pas ne pas en avoir, et ne pas en gai'der la représentation, indépendamment des corps occupants ou non occupants ; ce qui fait que cette représentation est la