HAMILTON ET HEIIUERT SPENCER
condition de la leui-, et non réciproquement. L'n tel renversement de l'ordr-e des idées de quantité et de conlenance, inhérentes à l'extension, est destiné par le philosophe empiriste à donner, dans la perception, la priorité à certaine sensation particulière sur la j)uissance intuitive (qu'elle est cependant incapable d'engendrer), et l'antériorité à une action de la matière sur l'ordre entier des perceptions :
i( Notre [perception du corps a, pour derniers éléments, des impressions de résistance... La résistance est l'attribut prinjair-p rlu corps. l'cMendue un attribut secondaire. Nous ne coiHiaissons l'étendue que par une combinaison de résistances; nous connaissons la résistance en elle-même, inmiédiatement... On ne peut penser à une chose comme occupant un ceHain espace qu'autant qu'elle oiïre de la résistance ». A ce comj)te, on ne saurait j)enser à une image comme occupant un espace, et la géométrie pure n'aurait jamais pu naître!
Selon II. Spencer, on peut concevoir, et l'enfant conçoit le mouvement, grâce à l'expérience qu'il en a, sans qu'il doive avoir à cet effet l'intuition préalable de l'espace. L'apprentissage a lieu par une série de sensations tactiles et musculaires qui finit [)ar se traduire mentalement en l'idée d'une série de positions occupées. Mais cette explication paraîtra manquer de tout fondement imaginable à quiconque cherchera à déduire, du fait d'une suite d'impressions, l'idée d'une dislance franchie en les percevant successivemeni, à moins de supposer une vision spatiale interne, laquelle enferme alors deux choses : T l'étendue imaginée, ^^Tacle volontaire de la parcourir.
H. Spencer admet et veut démontrer par un même raisonnement que l'idée du mouvement se forme avant Fidée du temps, et sert à la révéler, ainsi qu'elle révèle^ selon lui, l'idée de l'espace. Mais il est faux qu'elle révèle celle de l'espace, car elle l'implique. Il en est autrement du temps. Il est très vrai que l'idée du mouvement n'implique nulle-
ÉTLDi: SLll LA I^KUCEPTION ET LA FOUCi:
ment Fidée du temps, <iu(jique le moiivemenf hnpUqur le temps. C'est que rorigine et le siège essentiel de Tidée du temps est intei'ne : nous la transportons du mouvement de res|)rit ^changement interne, ou de pensée) au mouvement proprement dit (changement de lieu) ; elle est alors le fondement des notions d'accélération, de retardement ou d'uniformité (modes de la vitesse^ ; mais il n'est pas moins vrai qu'il est facile de se représenter deux points ou lieux séparés, dans l'espace, et d'imaginer le transport d'un mobile de l'un de ces points à l'autre, sans pour cela penser, au même instant, que ce [)hénomène comporte un temj)s écoulé, correspondant à l'étendue parcourue. Cette loi est une relation fondamentale entre deux catégories mutuellement irréductibles. Elles permettent des représentations séparables, l'une interne, l'autre externe : la première, (jui donne la numération, la seconde, l'imagination du continu, toutes deux se prêtant, par conséquent, à l'application d'une troisième catégorie, la quantité, et toutes deux psychologi(jucmentet logiquement antérieures, comme conchtions, à toute perce[)tion qui ajoute un jugement à des sensations.
Les sensations du touclier, celles de \i\ résistance conmic les autres, en tant qu'im|)ressions des sens, sont en ellesmêmes exemptes de jugement. Le jugement de résistance implique la notion du mouvement, celle de l'espace, que suppose la représentation du mouvement comme possible, et enfin la volonté de mouvoii*, sans huiudle on chei'ciierait en vain un suns à donner à ce mot : nsistcmic. Nous savons que celte dernière condition avait été apcM'çue par plusieurs psychologues. 11. Spencer s'attache à l'opinion contraire :
« La résistance, telle (|ue nous la révèlent nos sensations de tension musculaire, forme la substance de notre conception de la foi'ce... ^Matière, espace, mouvement, force, toutes nos idées fondamentales naissent par généralisation et abstraction de nos expériences de la résistance...