IIAMILTOX ET HERBERT SPENCER
L'action par contact est celle dont toutes les autres actions ne sont que des représentations... Nos idées d'action, force et pouvoir en dc'coulent, et par conséquent découlent de la tension musculaire... La résistance qui nous est ainsi révélée est la seule espèce d'activité externe que nous soyons obligés de considérer comme la même, objectivement et subjectivement... Il est impossible, pour nous représenter l'action mécani(jue, d'avoir recours à quelque autre état de conscience que celui qu'elle produit en nous, de penser la force objective connne différente de rimj)ression subjective que nous en avons. Quand on dit qu'elles diiïèrent en réalité, cette pi'oposition est intelligible verbalement, mais par ailleurs elle est absolument inconcevable, et il doit toujours en être ainsi. )>
Si la différence est inconcevable, remarquons que l'identité ne l'est pas moins, d'après H. Spencer lui-même, à titre de vi'ritr ul/ime, ainsi qu'il le reconnaît ailleurs ; et il semblerait, à s'en tenir là, que ce philosophe ne se chargerait pas, en définissant le rapport delà volonté au mouvement, de donner une solution à ce problème de la cornmuttIcatioH f/rs siiùs/a/tces, comme on l'appela dans l'école cartésienne, duquel procédèrent les doctrines des causes occasionnelles et de V harmonie prêéfahlie , Mais nous n'avons pas encore là sa pensée tout entière. Il ne confond pas précisément, comme il a semblé le dire, l'activité subjective avec Yobjecfice, la volonté avec l'action musculaire ; il identifie la volonté avec la sensation de cette action, en se rapportant pour cet effet à l'œuvre de l'évolution physiologique :
« La connaissance de la résistance est résoluble en celle de la tension musculaire, et celle-ci constitue la matière brute de la pensée sous ses formes primitives, si l'on considère qu'elle constitue la seule mesure valable des phénomènes externes. Dès son commencement, l'acquisition des connaissances est expérimentale... Le sens de la tension
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musculaire forme, dans la nature des choses, l'élément [)rimitifde notre intelli<5^cnce... Il reste encore à montrer que la perception de résistance, <• esl-à-dire de tension musculaire, consiste dans rétablissement d'un rapport de coexistence entrt' la sensation musculaire et cet état particulier de la conscience (|ue nous appelons volonté. La sensation musculaire seule ne constitue pas une perception de résistance. »
11 n'est pas exact que la itercepfion de rrsisiaficc soit la perc('i)l'ion ilr Icnsion /niisufilaire, puis(pril v Faut ajouter le lait de la volonfr aj)j)li([uée à la tension musculaire. Et la coexistence entre la sensatioti niNscuiaire et la volonté n'est pas tout le j)hénomène, [)uis(pfil sy ajoute le sentiment d'être la cause de cette tension parla volonté, le sentiment de refîort, Tidée propre et [)remière de la force. 11 faudrait donc montrer comment, soit chez l'inihvidu ^sans supposer de données a priori^ mais à Toi-igine et dans le cours de rexp(''r!ence), soit par révolution, dans l'évolution des espèces, l'établissement de la distinction s'est fait dans le rapport de coexistence. Mais II. Spencer tranche la question en niant la (h^tinction, comme il l'avait fait tout d'abord en définissant la force une et identiciue, objective et subjective, inconcevable. Et aloi's c'est là très neUement nier l'existence de ce que tout le monde ai)pelle la volonté :
« Lors(ju'a[)rès qu'une masse complexe d'émotions et d'idées s'est élevée en lui, un homme accomplit une action, il affirme communément qu'il s'est déterminé à accomplir cette action, et, en s'exprimant comme s'il y avait un moi mental yv/r'sYV// à sa rnn<rien( e^ et poiu'lant distinct de cette masse d'émotions et d'idées, il est conduit à cette erreur de supposer que ce n'était pas celte masse complexe d'émotions et d'idées ijuia déterminé l'action ; mais s'il est vrai...» — Achevons à la place de l'auteur :
S'il est vrai que l'ensemble des phénomènes de l'univers
IIAMILTOX ET UERUERT SPENCER
se compose de la suite des transformations de la Force-Matière; si l'histoire naturelle de la formation de l'intelligence est écrite dans le cours de l'évolution déterminée par cette suite de transformations; et si l'enchaînement est indissoluble, depuis l'origine, entre un état des phénomènes de toutes les sortes et l'état qui le suit, il certain que ce qu'on appelle la volonté n'est jamais que la constatation, en un lieu, en un point, et chez un individu donné, du fait particulier dont la production est exigée par les faits actuels ou ant('rieurs de tous les lieux et de tous les temps en rap[)ort avec celui-là.
Quoique la Force-Matière de ce système soit, au dire de l'auteur, quelque chose d'inconcevable, dont ce qu'on appelle communément la matière est un })ur symbole, il est manifeste que c'est la notion de cette dernière, de celle qui est la réalisation de l'objet abstrait de la mécanique et de la [)h\si(jue, de celle dont Berkeley a réduit démonstrativemenl les cjualités, les primaires comme les secondaires, à des formes sensibles, exclusivement mentales, c'est, disonsnous, celle-là (pii est, j)our ainsi parler, responsable des conséquences que 11. Spencer a tirées de l'évolution qu'il lui prête. C'est elle, en effet, ce n'est plus sa notion comme inconcevable, qui lui fournit le sujet et la cause des phénomènes. Si, au lieu de la réahser, ce qu'il fait indubitablement, toute symboHciue qu'il la dit être, il eût reconnu, dans l'unique idée rationnelle qu'on doit s'en faire, la principale application du i)rincipe de relativité (qu'il professait), il eût compris, ce qui est clairement ex[)Osé dans le premier des Dialofjnes d' !ti/!ff'<et de Phifo/ions : que la chose dont les dimensions peuvent subir des changements sans limites, tandis qu'elle reste semblable à elle-même, et qui, admettant ainsi l'application d'une unité arbitraire, n'a d'unité réelle ni en elle-même, ni en aucune de ses parties, n'est pas une grandeur en soi. La grandeur étant une relation, l'étendue, qui est toujours une grandeur, est donc une
KTUUE SUR LA PI-RCKPTION ET LA FORCi:
LA PERCEPTION CHEZ lîALN
relation aussi, et le mouvement de môme ; et Tespace, qui est ridée d'un agrandissement indéfini d'étendue où toutes les étendues possibles se j)lacent et se limitent les unes les autres, ne peut pas être conçu indépendamment de ces rapports. Enfin, la solidité, la dureté, la résistance sont des qualités sensibles qui ne sauraient s'extérior'iser sans supposer Fétendue et le mouvement, (jui sont des relations. Si H. Spencer se lut rendu scientifiquement compte, comme son pr'incipe avoué l'y obligeait, de la nature relative de ces notions iiUnncs de la science, il n'aurait j)u les juger inconcevables, il n'aurait j)as demandé sa doctrine de la vie et de Tesprit à une j)ropriété de ti'ansfoi'malion de la Force, unique et véritable inconcevabilité qu'il y ait dans cette étrange physique, et (jui est l'œuvre de son imagination.
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