LA I>ERCEPTIOX EXTERNE CHEZ STUART MILL
La théorie de la perce j)tion externe de Stuart Mill })art, comme celle d'Alex. Bain, du principe de l'association, mais ne saurait v trouver la même fermeté, à cause de la loi des associ((/io/is inscparahles, qui possède la propi'iété paradoxale de perdre sa valeur comme critère dans la mesure même où elle se fait reconnaître comme l'agent foi'mateurdescrovances. XuUe sensation nnmvdialc, intiillice, ne peut être logiquement prise pour la preuve certaine de l'existence réelle du monde extérieur, par cette i-aison ([ue. quand même un tel monde n'existerait pas, les associations, nées des sensations et de la mémoire des sensations, auraient inévitablement engendré non seulement la crovance à un tel monde, mais encore la ferme conviction (ju'il e>t l'ol^ji^t d'une perception intuitive. Il faut, selon ^lill, j)<»ur faire droit à cette difficulté, remplacer notre foi comj)liquée à l'existence réelle des ol)jets visibles et tangibles par « l;i foi à la réalité et à la permanence des pi)ssil)ilif('s (le scnsa/io/ts visucl/es et tactiles liulrpen- (1(1 nies <lc toute sensiitioit actuelle )).
La première ne peut jias même, au fond, être différente de la seconde, si la « t hèttrie psfjcltolog'tqae » est vraie. 11 est démontré, ce monde des sensations possibles qui succèdent les unes aux autres d'après des lois, par le fait de ses données en des êtres autres que moi, qui ont leurs sensations propres, différentes des miennes. 11 est indépendant de nos présences individuelles, ou de nos absences, et la connaissance que nous avons de sa composition, au moins en partie, devient ainsi pour nous la représentation d'une nature et de ses jjroductions^ qui sont les modifications en rapport des unes aux autres, de ses groupes de
ÉTUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORGE
possibilités. Nous transportons Tapplication de la loi de causalité, loi universelle de notre expérience des choses particulières à Tensemble des choses considéré comme leur antécédent commun et leur cause. Enfin l'extériorité est le caractère général de ces possibilités qui demeurent, hors de notre présence, réalisal)les pour d^autres, quand nous nous éloignons, et pour nous quand nous revenons. « C/est donc bien un Monde extérieur », dit Stuart Mdl, et il ajoute : « La croyance en ces possibilités i)ermanentes me paraît renfermer tout ce qui est essentiel et caractéristique dans la croyance à la substance' ».
A If, sHhsfaHCi', qui n'est qu'un terme abstrait, nous n y contredirons pas, mais à la rra/i/r /H'rmaHrNfi' dr lonlrv des rrra/H/rs^ cela n'est point admissible. Comment Stuai-t Mill, logicien, a-t-il pu penser un instant que la croyance au possUole lut substituable à la croyance à l'être, alors que di'jjossiùi/i ad acluni consrf/ffrNfia no/t valet ? Les possibilités étant coliérentes, régies par des lois, et toujours prêtes, si l'on peut s'exi)rimer ainsi, à fournir' les sensations convenables, quand l'être sensible fait, de son cùté, ce qu'il faut pour les recevoir, sont des es[)èces de causes, et, sous ce rapport, le monde extérieur de :\lill peut paraîti'e exister pour lui-même et non pas seulement tout autant qu'il est [)er(;u, comme le monde de Bniii. Mais, d'une autre part, en admettant cette sorte de sipaialiou, on peut se demander si le non-moi n'a pas pu s'introduire dans le moi par l'effet d'une longue répétition de sensations constamment associées qui auraient à la fin donné lieu à une inférence irrésistible, pareille à une intuition directe. Et en ce cas, Texistence propre du non-moi se trouverait de nouveau mise en question. Sans doute, mais le moi repose-t-il luimême sur une base plus solide que le non-moi?
Le moi ne pouvant, à travers les |)hénomènes, atteindre son unité et sa permanence, ne saurait, s'il en juge bien,