THÉORIE DE LA SPATL\LITÉ DE W. JAMES
apriorique dont on leur propose de reconnaître la donnée dans \\x faculté sensitive, laquelle n'a certainement |)as la sensation pour cause î Vintuition pure de Kant est proprement la Sensibilité, en sa forme Imaginative générale, condition des phénomènes représentés comme étendus et figuiés, de même que la mémoire est la forme {générale et la condition des phénomènes successifs.
« Loipace nest pas an concept de relation des choses en (jènè aU mais une iittuil ion pure » : ces termes de Kant expliqués et justifiés plus haut, comme nous l'avoas vu, distinguent profondément sa théorie de celle de Leibniz, mais n'en sont nullement la contradiction. Ils nous placent à un iuitre point de vue, et les deux aspects de la question se complètent l'un par l'autre. La définition de l'espace comme forme de la sensibilité énonce la représentation générale de l'étendue, avec la propriété de contenance quantitative universelle, et rend com{)tedela perception externe à Tétat naissant, à l'origine du déveloj)pement de ses puissances. L'ordre des coexistants^ définition de Leibniz, emjjrasse l'ensemble des rehitions de position, d'étendue, de fig'ure et de quantité, qui composent le développement, la série entière possible des ap()lications des concepts à l'immense donnée de l'intuition, et qui conduisent à d'autres concej)ts encore, à ceux du mouvement et de sa njesure, à la mesure du temps. L'espace est bien ainsi ce que Kant a lenu à ne pas confondre avec l'étendue, c'est-à-dire une relation portant .s7^/* les choses e/i f/é/téral ;mms les choses en général, ce sont aussi des choses dans l'étendue ; et de là l'obligation de considérer Tespace, .so^/x un point de vue, comme une des catégories de l'entendement. Xous Favons classé comme tel dans notre table des catégories où toutes les notions sont considérées comme exprimant des relations ^
1. Essais de critique générale, Premier essai, t. L p. 187 et 209.
LA i>i:r(:i:i>tion vvï la volonté chez w. james
ÉTUDE SUR LA PERCEPTION ET LA FORCE
CHAIMTRE XVIIl
TIIÈUUIE DE LA PEUCEPTION EXTEUNE ET DE LA
VOLONTE DE W. .lAMES
La théorie de la perception externe de W. James prend sa valeur moi'ale, et s'élève à une grande hauteur, en passant de l'étude des sensations et de leur significalion à la question de la part due à la croyance et à In volonté dans la reconnaissance de la réalité.
Partons d'un passage remarquable de Sluart Mill, en son examen des théories de son père : « (^)uelle est, pour notre esprit, la dilîérence entre une représenlalion que nous nous formons comme d'une peinture imaginaire, et la pensée de la chose, comme d'une réalité? J'avoue ne pouvoir échapper à l'opinion que cette distinction est ultime et primordiale. 11 n'y a pas plus de dilTiculté à l'admettre qu'à admettre que la diiïérence entre une sensation et une idée est primordiale : c'est comme un autre a.^picl de la même dilTérence... Je ne peux donc m'empécher de penser qu'entre le souvenir d'un t'ait réel, et hi pensée de ce fait, il v a quelque autre élément de distinction qu'entre les idées elles-mêmes, présentes à l'esprit dans les deux cas. Cet élément, quelque définil ion qu'on en donne, constitue la Crovance, et distingue la Mémoire de l'Imaginîilion. Arrivés là, nous trouvons le chemin barré de lou.^ eûtes. Il semble que nous ayons, pour ainsi dire, atteint le point eentral de notre nature intellectuelle, point fixe et présupposé en toute tentative que nous lassions pour expliquer les phénomènes les plus cachés de notre état mental ».
Le subtil psychologue touche vraiment le fond, et cela tout particulièrement eu égard à ses propres analyses. Le /joint ccnf r(fl QsihiQw pour lui le point où l'associationisli^
déterministe doit se voir arrêté, parce qu'il découvre Fimpossibilité d'expliquer par l'association pourquoi Tassocialion ne produit pas partout la certitude spontanée avec la représentation, et //o/rs laisse dans le doute de savoir ce qu'elle associe décidément, ou n'associe pas. Le mystère ne se peut éclaircir qu'en recourant à deux éléments de l'èti'e mental : Ynimlioit (ou passion) et la volontr, par r(euvre descpiels une association se confirme, se suspend
ou se rejette.
Hume était conséquent au principe de l'association^ (pinnd il prétendait ramener la croyance à la force, à la rivacitr, à la s/ahili/r de l'idée qui en pose l'objet. C'était en pnMuli'e la genèse dans la représentation toute passive. Mais le troisième caractère, la stabilité, si variable en ses a[)j)lications, et toujours à la merci de nouvelles associations possibles, réclamait par son incertitude en laveur de la libre vie de resj)rit.
^V. James prend résolument le contre-pied de l'associationisme : « La rolontv et la croyance, ^ir/ni fiant une certaine relation entre (/e>: objets et le moi, sont deux noms tlun seul et mcme phraomènc p^j/cltolor/ique , Les causes elles conditions de la relation [)articulière sont des deux [)arts les mûmes. La question du libre arbitre intervient à propos de la croyance : si nos volontés sont indéterminées, nos crovances doivent l'être également, et le premier acte
du libre arbitre doit naturellement consister à croire au libre arbitre ^ Mais ceci est une conclusion (jui demande à être expliquée et complétée. Remontons et plaçons-nous à un autre point de vue essentiel de la croyance.
« En sa nature intime, la croijance, ou le sens {the sensé) de la réalité, est une sorte de sentiment [feelinr/) allié aux émotions plus r/uà toute autre chose. M. Bagehot l'appelle précisément Vémotion de conviction, et nous l'avons désigné nous-mêmc comme un acquiesce-
\. w. Jamos. Tlif princrplrs of psydiolorjy, I. IL p. 3iM
342 ÉTUDE SUR LA PKRCr- PTION ET LA FORCE
ment. Il ressemble surtout à ec qui, dans la psycholop^ie de la volonté, est entendu par cotisentoncnt... Ce qui caractérise à la lois le consentement et la croyance, c'est la cessation de Taollation théorique, «^racc à la veraie d'une idée, intérieurement stable, fjui occupe solidement Tesprit, dont elle exclut toute idée contradictoire. Quand le cas se produit, les effets moteurs sont près de suivre... Le contraire delà croyance, au [)oinl de vue psychologique, n'est pas la non-croyance, — car le non-croiro est un autre croire, — mais bien le doute et la recherche « ^
La croyance au monde externe porte essentiellement les caractères de ce qui satisfait les besoins de notre esprit, nos désirs, notre attente.
« Certains postulats sont donnés dans notre nature, et
tout ce (jui leur c-^t conibrme, nous le traitons de réel.
« Comment connaissons-nous une ré.alité externe? il faut
» dire simplement, au lieu de répondre à cette question par
» toutes soi'tes de values raisons entortillées et de fuyants
» compromis : J'entends par le monde externe, en premier
» lieu, quelque chose que j'accepte, que je demande, que
» je pose, fjue je postule, (pie j<^ construis activement sur
» le fondcMuent i\c<, données des sens. On invo(jue les
» motifs les plus fail)les, on négli^^'t» Tullime. Le motif
» ultime, est, pour llionnue de la vie de chaque jour, la
» volonté (i (irolr nn tnondv v.r terne. Tout ce que la cons-
» cience renfei-me. la raison ne cessera de l'apporter spon-
» tanément à la pens(''e, mais il y aura toujours cjuelquc
» chose au delà;... la populaire assurance de l'existence
» d'un monde externe est la (lèterntination arrêtée de s'en
y) faire an, maintenant et à jamais » (Professeur Iloyce,
Beiif/loas Asjiect r>/ l^hilosopht/). Cette intervention de la
volonté ressort de ce fait, que le doute sur l'existence du
monde externe n'existe pas, et que le solipsisme est ane lior-
rear, si ce n'est une plaisanterie, et ne se pi*end pasau sérieux.