TUDK SLR LA per(:i:ption i:t la force
nature intime ou sa propre composition élémentaire, quand il se modifie pour répoiidre à la volition du sujet. Réei|>roqucment, et suivant la même théorie, nous ne devons pas regarder la sensation tactile, moyen principal de la perce|)tion externe par le sujet, comme reflet d'une force transitive que Tobjet ferait passer en lui. et dont il recevrait, par cette voie empirique, la notion, connue (V/ftfr rt'sislann'. Rien de pareil ne peut entrer dans nnr sc/tsaliun. i.cApcrience nous fait connaître les modifications mutuelles des mouvements des corps en leurs rencontres; mais c'est paiune illusion mentale seulement, que nous apj)liquonsà leurs rapports, soit entre eux, soit avec ceux, en particulier, qui constituent nos organes et donnent lieu à nos sensations, les idées de force, impulsive ou résistante, avec une signification secrètement emprunté-eaux cas où les agents seraient supposés volontaires.
W. James distingue faiblement la sensation de la perception, la dernière n'étant guère, à ses yeux, qu'un développement de la première, après ce monuMit de j'entîV-e dans la vie, où elles se confondent pour donner à 1 eidant la connaissance de ce qui est pour lui Ir tnondr. Toule perception serait, dans la suite, une perception accpiise, i-t la se/isali(ut imrc ne serait p/ffs ^jni'rv fjfnoiv ahslriKlion. La perception se définit ainsi comme une connaissance progressivement étendue et complexe : « un procès, dans lequel Tesprit donne pour accompagnement à Timpr-ession sensible l'agrégat des sensations actuelles et des sensations ravivées, en les solidifiant, en les intégrant sous la forme d'un perccpt, c'est-à-dire d'une iunnrdidh' nppn'hvnsnut ou connaissancv d un ahjvl actuellement pivsent dans une localité particulière, ou région de l'espace \ » A\'. James, attribue à la sensation elle-même la (jualité perrue, la spa-
1. J. Sully, citt- par \V. James dans le chapitrv de la perccpfion deschoses, traite sé|)arément .de la perception de l'espace et de la perrrp. tton de la réalité {The priitcipks of psychology, t. II. p 70)
L'IDÉE DE FORGE AU i>OINT DE VUE SCIENTIFIQUE 353
tialité, par exemple, ainsi qu'on Ta vu ci-dessus. Tout en bannissant les concepts a jwiori, il entend, quand il dit que la jirctnii'rc sm^^ation r/n-ifarrc pf/r Ccnfanl est jjoar lai ranirers, que, « (/ajt^ Irrcil in a cl dv la conscience fie (jfn'hjae f/ntsc là., uu rrr/, tout court (ou cpielque chose pour quoi le lei'nie r/vv" marque encore troj) la distiuction, et dont la counaissance inli^lectuelle serait peut-être mieux rendue par unesimj)leintejjeclion : lo!; désigne; pour l'cnrant la rencontre d'un objet dans lequel (encore bien que sensation pure) toutes les catégories de rentendement sont contenues : (ihjeclivilt\ ifni/é, sahxfanlialifc, caasffli/r, dans le plein sens où tout objet ou système d'objets idtérieurs posséderont à ses yeux ces choses. Là, le jeune sujet du savoir rencontre son monde et le salue. Le miracle de la connaissance éclate, comme dit N'oltaire. aussi bien dans le bas degré de sensation de l'enfant que dans le haut accomplissement du cerveau d'un \e\\ ton [as i/i lltc highest (tchiceemcnl of a Nciv/on's hrain) '. »
Ce qu'il y a de viwi dans ce curieux morceau serait bien dit de la puissance de l'Ame de l'enfant, — puissance intellectuelle, équivalente à des aprioris encore indistincts; — il n'est point applicable à une sensation, qui n'est pas même encore un acte de perception, à Fâge que Ton considère, mais seulement une impression et une émotion. ^V. James se rattache donc à la métliodc sensatiouiste, mais d'une manière oi'iginale; il évite le matérialisme, parce qu'il regarde l'organisme comme la condition quelque intérêt qu'il attache d'ailleurs, aux observations physiologiques), et non conmie la cause de l'intelligence; et il évite la théorie, si commune dans l'école empiriste, des psychologues qui attril)uent au sens du toucher, comme sens de la résistance^ la reconnaissance certaine de rextér'iorilé. Xous disons sens cle la rêsisfance ; nous
1. W. James. ihUL, I. 11. |). S. Nous l'e^rettoiis de ne pas conniiitre le lt'\i<' fi'aneais.
Ri:Nor\iEU. — Le Persunnalisme.
ÉTUDE SUR LA I^ERCEPTION KT LA FORCK
pouiTions dire srns fie la force, car Tidre de résistance est une idée de Uwa^, et un o'rnnri physiciiMi de notre temps a proj)Osé de donner ce nom i .syv/n île fan v ^ à une snhdivision du sens du toucliei' l'autre sul)(li\i^ion étîuit le sens de la tempéi'aliire, distini^ui' pt)Ui* la jurmiciT luis par lleid, et avec juste raison). Ce savant porte ainsi le nomjji'e véritable des s>'ns. si ce iTest iV'<> or*g-anes, à >i\. •! il se refuse à distinguer, dans la sensation tactile j»ropi*emenl dite, le sens musculaire^ d'avi^c le sens du p(»li (4 de la rugosité ^
Nous pensons que W. Thomson est dans le vi-ai sur ce dernier point (comme aussi en ce (jui concerne le >>(Mis distinct du chaud et du IVoid), et que les i'rottements, rudes ou doux, les titillations, les tiraillements, 1< - compressions, etc., composent un seul et même ordre d impressions sensibles propi'ement dites, à (piflque j)ar*lic et en quelque étendue de la peau, des muscles ou \\k.'<> articulations (ju'elles se lîissent sentir. Mais nous devons relever une confusion d idées, aussi profonde qu(^ comiiume d'ailleurs, il faut en convenir, dans Tassimilation (\k^<s impressions des sens, considérées dans ce qui les constitue positivement en elles-mém(\s, à une notion cpii n'a d'aj)plication pro[)rc et directement intelligible (pie dans In volonté.
W. James, rpioicpic regardant la sensation comme aj)portant pai' (dle-mème la notion de Texterne, est éloigné de la thèse (pii en |)lace l'oi'igine tlans une action du dehors : «Maine de Biran, Rover CoUard. Sir.lolm Herschell, le D' (^arpenter, le D' Marlineau, tous paraissent, dit-il, poser un sens de la force [a fariv svn^c ,, giïicc auquel avertis d'une résistance extérieure oppo^('(^ à notre volonté, nous apprenons Texistence d'un monde externe. Je pense (piant à moi que toute sensation périphéi'iipie nous donne un montle externe [f/iccs ifs an (uilvr tcur/d). Un
l. Conférences scientifiques de sir \\ . Thomson {lord Kelvin), traduites et annotées par I'. Lu.y:ol et M. Briliouin. p. I6'j >(i. et 192 sq.
L IDEE DE FORGE AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE 3o5
insecte rampant sur notre peau nous communique une impression aussi externe que cent livres pesant sur notre do
Xous savons combien d'autres noms W. James aurait |)u ajouter à ceux (ju'il a choisis, en oubliant 11. Spencer. Il est peu de psychologues qui, implicitement quand ce n'est pas explicitement, ne supposent comme les plus comnuuis des physiciens, que les corps, à Tétat de mobiles, ont en eux une certaine /o/xy>, vertu transmissible, qu'ils introduisent les uns dans les autres, et par laquelle ils co.'îimuniquent entre eux, se modifient, se ralentissent ou
s'accélèrent mutuellement, tandis qu'ils ne sortiraient jamais de l(>ur repos, s'ils n'étaient ainsi actionnés ()ar cette entité; et que ces corps externes, agissant sur d'autres corps qui sont e.r/rnfGs aussi (et de la même nature, mais de ceux-là nos organes se trouvent être formés) suggèrent à nos esprits, on ne sait comment, par rentremise de certains de ces mouvements, et à l'aide de certaines sensations qui n'ont aucun rapport de qualité avec ces mômes mouvements, celte idée de force active, qui n'en a pas davantage. Car on a beau chercher, l'expérience ne fait jamais connaître que les mouvements, et leurs rapports, leurs lois, qui sont leurs rapports les plus généraux ; et ces lois sont, après tout, des formes de nos représentations spatiales, et l'idée de force est une idée dont nous ne possédons un l'éel exemplaii'c que dans notre volonté.
Xous la transportons, nous l'attribuons à des êtres hors de nous, différents do ceux qui ont comme nous l'oro-anisation et le sentiment, et, dans ces inductions, en ellesmêmes légitimes, au lieu de descendre jusqu'aux êtres élémentaires j)our trouver l'activité dans son dernier fond, nous nous arrêtons à des composés inorganiques, auxquels et comme tels l'activité est étrangère, et que nous appelons nous-mêmes des corps bruts. Presque toute théorie de la perce|)tion externe, empiristeou spiritualiste qu'elle soit, est
\. The principles of psj/chology. note de la p. 518. t. II.
356 ÉTUDi: SUR L\ PERCEPTION ET LA FORCE
tombée dans ce piège : la malière saisie en ^l^ ijualités /jrimaircs. qui sont de pures abstractions. On leur ajoute une vertu abstraite : /(f force.
La vérité sur la question, dans sa partie négative au moins, devait être dite, pour la première fois, avec une netteté parfaite, et cela dans un ouvrage indépendant de la doctrine immatérialiste de son autour, par Herkeley, qui n a pas manqué de voir la raison pour kupielle les savants avaient remplacé par une fiction Tidée inaccessible
à la science :
« Si Ton considère la pente des hommes à réaliser leurs notions abstraites, on ne sï'tonncra pas que les philosophes, mécaniciens et géomètres, aient été, comme les autres, séduits par le préjugé, et qu'ils aient pris de pures hypothèses mathématiques [)Our des êtres réels existants dans les corps, et cela au point de se proposer pour but de leur science de calculer et de mesurer ces fantômes, au lieu qu'il est très certain qu'on ne [)eut réellement mesurer ou calculer autre chose que les etîets, ou les mouvements
mêmes'. »
Mais Berkeley était un métaphysicien, et il f;dlait que la science elle-même, en constituant les principes rationnels de la dynamique, reconnût une lacune, ou ce qui pouvait d'abord paraître en être une, dans Timpossibilité de définir ce qui passait pour en être le fait fondamental. D'Alembert, savant et philosophe aux pensées précises et fermes, vit clairement qu'il n'y a pas place pour l'idée de force dans la science, et peu s'en fallut qu'il ne découvrît où en est le vrai siège. Il l'aurait fait, n'eût été le préjugé sensationiste, quoique fort modéré chez lui, qui lui ht appeler la volonté, ou le sentiment (|uc nous en avons, une sensation,
« Nous sommes fort enclins à croire qu'il y a dans un cor[)s en mouvement un edbrt ou énergie (jui n'est point
l. UorkelL'y, Sina jJ i'50.
Lini'lE DE FORCE AU POINT DE VUE SCIENTIFIQUE 357
dans un corps en repos. La raison pour laquelle nous avons tant de peine à nous détacher de cette idée, c'est que nous sommes toujours portés à transférer aux corps inanimés les choses que nous observons dans notre pro{)re corps. Ainsi, nous vovons que, quanfl notre corps se meut, ou frappe quelque obstacle, le ciioc ou le mouvement est accompagné en nous d'une sensation qui nous donne l'idée d'une force plus ou moins grande. Or, en transportant aux autres corps ce même mot, force, nous apercevons, avec une légère attention, que nous ne pouvons y attacher que trois différents sens :
« r Celui de la sensation que nous éprouvons, et que nous ne pouvons [)as supposer dans une matière inanimée;
(( 2" Celui d'un être métaphysique, différent de la sensation, mais qu'il nous est impossible de concevoir, et, par conséquent, de (h'finir;
« Enfin, et c'est le seul raisonnable, ce/ni de Feffet même, oh de la propriété (pfi se }nanife^le par cet effet. sans e.ratniner ni reeJn'reher la cause.
(c Or, en attachant au mot forée ce dernier sens, nous ne voNons rien de plus dans le mouvement que dans le repos; et nous pouvons regarder la continuation du moavemeul roman' aae hà aussi essentielle (/ue celle de la continuation du /vyyov. Mais, dira-t-on, un corps en repos ne mettra jamais \m corps en mouvement, au lieu qu'un cor|)s en mouvement meut un corps en repos. Je réponds que si un corps en mouvement meut un corps en repos, c'est en perdant lui-même une partie de son mouvement; et cette perte vient de la résistance que lait le corps en repos au changement d'état. V\\ corps en repos n'a donc pas moins une force réelle pour conserver son état qu'un corps en mouvement, quelque idée qu'on attache au mot force ^ »