‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 147 sur 211 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

L'IDÉE 1)1 MOI VEMEM. lîELMIVlTÉ DU MOUVEMENT

Les forces ii'appai'tiennent à la science que pnr ceux de leurs effets qui sont des mouvenienls donl on les r-e^-arde comme causes; la mesure des forces ne p(Mif donc rtre que la mesure de ces effets, et c'est unifjuenu'iit là ce (ju'il faut enlendre en usant de ce terme abréi;é : la force, comme c'est la coutume. Ouatre points principaux sont à considérer dans cette mesure, qui, en partie, louchent noti'e sujet :

l'' Le déplacement d'un corps dans l'espace, fait fondamental ; la définition de ce phénomène, son caractère relatif;

2*" La vitesse du mouvement, d'où la (juestion de la mesure du temps obtenue parla mesure de l'espace parcouru dans le mouvement, et la question de la continuité de certains mouvements natui'els, et de Taclion continue f/es forces^ comme on (ht ordinairement ; d'où lu mesure de Taccéléralion ;

T La nafun^ du corps m tant ([nv molulc : la question de l'ineiiie, et la définilion de la masse;

4*' Les distances relatives des corps entre» levSqucls on constate, ou entre lesquels on suppose les lelalions de cause à elîel, dans 1(^ mouvement; enfin la (juestion des sièges élémentaires des causes, et des affections donl l'action causale peut être accomj)agnée.

L'impossibilité non seulement de fait, ou matérielle, mais de pur entendement, de poser dans l'espace un point fixe — c'est-à-dire de faire plus que de le poser fixe relativement à un autre point Mi^jjju>>t'' fixe, — est chose certaine. En d'autres termes, on mesure mathématiquement des distances relatives, en supposant une unité linéaire, de grandeur qui ne peut être qu'arbitraire, et on mesure empiri-

ltdi:e du mouvement. lŒLATivrri: du mouvement a67

quement des distances relatives, en supposant, pour constituer cette unité, qu'il ne se produit aucun changement dans les distances mutuelles de certains points choisis. Or cette hypothèse ne serait vérifiable que par la constatation de la fixih' de certains autres points, et celle-ci, à son tour, de celle de certains autres, à la position desquels on rapj)orterait la l(Mjr ; et ainsi de suite, sans issue possil^le. (]e fait n'est pas compatijjle avec une définition de l'espace autrcî que celle d'un ordi'e de représentations, c'està-dire d'un système de concepts, accompagnés d'intuition, (jui servent à Iji représentation mutuelle externe des êtres, et constituent l'ime des deux formes essentielles de leur individuidion dans l'univers.

Les êtres sensibles occupant dans l'espace des lieux où leurs positions mutuelles sont distinguées j)ar des signes, objets spéciaux de la sensibilité (sensations tactiles et couleurs), subissent des changements dans leurs distances relatives, et, de plus, dans leui's formes et figures en tant que corps, c'est-à-dire en tant qu'étendus et composés dans l'espace. Ces changements de lieux se nomment des mouvements ; ils sont n>I;ififs, comme les distances elles-mêmes. Le mouvement absolu est une idée vide de sens, et de même le repos absolu, le repos d'un corps ne pouvant être jugé par rapporta l'espace, mais seulement par rapport au repos ou au mouvement d'un ou de certains autres corps, qui sont à leur tour dans la même condition. Et même, si un point se meut relativement à un autre point qu'on s'est représenté comme fixe, ou relativement à un s\stème entier de points dont les positions mutuelles sont invariables, i\ est impossible déjuger mathématiquement si le premier point est le réel mobile, ou si c'est le second, ou le système entier, fùt-il un univers.

Ce paradoxe, au point de vue pratique, ne se peut lever que si l'on considère le sentiment de Faction. Donner ou recevoir le mouvement sont les seules marques par les-

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quelles on puisse juger de sa source ou de son siège, ma- Ihémaliqucmenl indéterminables. Descartes, qui a pai'faitement reconnu la relativité du mouvement, et qui Ta clairement défini en conséquence, a dit lui-même, soulignant ce que nous soulignons : « Le mouvement, selon (iu\)n le prend d\)rdinaire. n\^st autre chose que Yar/nuf par laquelle un mr/js pns^r (/'un lieu m un uu/rr. » Cetle formule, prise dans le sens transitif (juc suggère naturellement lemotyM/vw'. en nous faisant imaginer Taction entrée dans le mol)ile [)our en être le moteur, est viciée par la fiction de Fentité de la force mouvante : mais elle est susceptible d\m sens meilleur, si Ton a égard seulement au sentiment de la force chez Fagent, cause originale i-éelle du mouvement, dans tous les cas où elle peut être connue ou supposée. Descartes a rejeté implicitement ce second sens avec le premier, lorsque, après avoir rapi)elé la réciprocité des phénomènes du mouvement et du repos considérés extérieurement, il ajoute :

« Mais si, au lieu de nous arrêter à ce qui n\i point d\autre fondement que Tusage ordinaire, nous désirons savoir ce que c^est que le mouvement selon la vérité, nous dirons, afin de lui attribuer une nalm-e (pii soit déterminée, qu il est le transport d^une partie de la matière ou d'un corps, du voisinage de ceux qui le touchent immc'diatement, et que nous considérons comme en repos, dans le voisinage de quelques autres... Et je dis qu'il est le transport, et non pas la force ou Taction ipii trans[)orte, atin de montrer que le mouvement est toujours dans le mobde, et non pas en celui qui meut ; car il me semble qu'on n\a pas coutume de distinguer ces deuxchoses assez soigneusement. De plus, j'entends qu'il est une propriété du mobile, et non pas une substance : de même que la ligui'e est une propriété de la chose qui est figurée... Pour ce qu'il ne s'agit pas ici de l'action de celui ([ui meut ou (|ui arrête le mouvement, et que nous considérons j)rincipalement le transport et la

vwwa: du ti:mps. la mesi ri-: du temps .369

cessation du transport ou le repos, il est évident que ce li'ansport n'est rien tiors du cor-ps qui est mù, mais que seulement un corps est autrement disposé lorsqu'il est trans- [)orté que lorsqu'il ne Test pas; de sorte que le mouvement et le repos ne sont en lui que deux diverses façons ^ »

Ces défiiiilions sont exactes et vraies, tout autant qu on evclut fie l;i j)liilosopliie naturelle les causes, et c'est ce qu entendait Descartes, qui n'admettait que l'étendue, le divisibilité indélinii^ l;i figure et le mouvement, comme proj)nétésde la malinv des corps, et (jui non seulement ne pouvait ainsi envisager la nature corpoielle comme formée d'éléments caj)al)les d'ngir et de nagii' en tant que mobiles et moteurs, mais encore ne se chargeait pas d'expliquer l'action dos motiuns animt's sur ces moi)iles abstraits. Mais ces (h'Iinitions abstraites avaient le double méi'ite, en bannissant du mouvement la cause et l'action, d'exclure les théor*ies de la force transitive, et, en renon- Vant à rendre compte de l'action de l'esprit sur la matière pour* la communication du mouvement, en fon/ant par là les j)hilosoj)li('s ù recourir à l'action de Dieu, de ramener la causalité à sa forme intelligible unique : la loi cpii relie dans ce qu'elles ont de détermine'' les unes j)ar les autres toules les modifications des êtres de la natur'e.

Lii)i':i-: iM ïKMPs. LA MEsciii: i)i: temps

Le rapport du t(^m[)s à l'espace n'est point un pur objet de connaissance interne, puisque l'espace est l'intuition externe. (]e rapport est donc un fait de perception qui ne

1. ï)rM ;irlr>. /.es ji/iiicipes (le 1(1 philosophie : i**^ |)arlit'. jirL i\')-i*8. Rknolvikr. — Lr PiMsoiHialisjui'. 24

JTiDi-: SIR LA i»L:Kr:t:i»TiON kt la kohcl

peut se produire qu'après les premières expériences du mouvement, et par la comparaison que TactiN ih' mentale fait de la conscience qu'elle a de ses moments successifs, avecl'observation d'un corps dont le transport d'un point à un autre correspond à l'écoulement d'un certain nom!)re de ces moments, c'est-à-dire prend un certain /nups pour s'effectuer. Ce fait nécessaire d'une perception fondamentale, — seule raison que nous ayons, si l'on y sont^e bien, de consid('Tcr comme un rrrr la possibilih' de faire traverser à notre corps, instantanément, par notre volonté, les espaces, — explicpie comment Aristote a j)u fair-e d(''pendre sa définition du temps de la connaissance du mouvement : « Le temps est le nombre du mouvement sous le rapport de l'avant et de l'après * >>. d ne pas tenir compte du fait, que l'avant, l'après et le nombre apj)artiemient premièrement à Vamr et à ïintrl/ifjencr. La v(''rité, c'est que la conscience (principe de ce qu'Arislote entend par intelligence et ame implique la succession, et ne peut la constater dans le mouvement que parce qu'elle la possède et la connaît comme propriét('' essentielle et constitutive de sa propre nature. Mais Aristote expliquait la mémoire ellemême par un phénomène matériel de conservation des traces. Encore aujourd'hui, on ne voit pa^ les psycholoo-ues assez attentifs à cette vérité, (jue la mémoire, avant d'être la facultf' de se souvenir des clioses passées, est la comiaissance que la conscience a d'elle-même en tant qu'elle ne s^évanouit pas à l'instant même où elle s'ap[)araîl, — ce qui serait une façon nouvelle de ne point exister.

Les affections psychicjues, sensations, émotions, pensées, sont discontinues, ou inteimittentes par elles-mêmes, ou occupant en leurs accès divers, ou laissant entre eux des^infenallrs, dans lesquels d'autres affections, (lu'elles soient d'origine externe ou interne, se présentent toujours comme possibhvs à la conscience, /;///v/' y//r //• ^ontinivnt

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