‹ Le personnalisme suivi d'une étude sur la perception externe et sur la force [microform]Chapitre 151 sur 211 · LE CONTACT. LACTION A DISTANCE · texte numérisé non relu

LE CONTACT. LACTION A DISTANCE

nom (rallraction, eu prolestant do n'en faire usa^e que nominalement pour désigner une loi malliémalique certaine, sa/fs lnii>iifhrsr^ — et chercliant (railleurs lui-même s'il n'y aurait jias moyen d'aUrihuer à des impulsions réelles les ai)p.u*entes actions à distance, — l'idée de l'attraction s'est peu à peu i*ecomman(l(*e sérieusemeFit aux savants comme aux ii^norants. Elle a conmiencé par trouver faveur à titre de pn^prir/r dr la tualih'e, expression insignifiante, inexplical)]r eu ce cas, connue ne désignant aucun mécanisme et ne j)ouvantse j)asser d en supposer un. (Cependant cette idée, avec une acception \ ague, était déjà ré|)an(iue dans l'antiquité, divers auteuis modernes l'avaient rapl)elée, et les recJjerclies matliémali(jues rrinspiration cartésienne ne parvenaient pas à la remplacer par une liypotlièse mécanique d'ordre commun. De notre temps, les tentatives d'explication de la gravitation universelle pai' une action qu'exercerait sur toutes les particules des corps pon(iéi'ai)les le même ('tlier élastique, universellement pénétrant, qui serait le siège des ondulations lumineuses, ne résistent j)as aux objections tirées des propricUés les plu-; caractéristiques de la force :i < xpliijuer, notamment de celle-ci : que les corps lui sont universellement pénéti'ajjles, s;ins obstacle possible des uns p;u* rapport aux autres, et sans aucune modification pour atteindre des j)articules quelconques.

Il a fallu se décid(M' à entendre plus ou moi<is implicitement par l'attraction des molécules gravitantes une quîilité d'ordre mental, cause dont l(>s (effets sont mécaniques comme le sont ceux de nos affections a])pétitives suivies de mouvements réflexes, et comme ceux de nos volontés. Et ces j)hénomènes supposiMit certains degrés de* conscience. Les théories physiques ont suivi la même marche, en ce qui concerne les actions moléculaires à j)etite distance, que pour la gravitation, qu'on peut appelei' une action moléculaire à toute distance, et qui d'ailleurs est une action très faible aussi, quand elle est considérée dans la molé-

cule active, et ne devient considérable que par Faction des masses sur les molécules individuelles, ou jdus ou moins agglomén^es en forme de corps, qui la subissent. On s'accorde à regarder les actions à faible distance qui dominent ou qui masquent celles de la gravitation : cohésion, adhésion, actions capillaires, élasticité, afïinités chimiques, comme des forces attractives ou répulsives et, au fond, par consé(|uent, comme de la natuF'e des appétitions : désir ou aversion.

On doit tenir le contact pour une image, née du manque de perception intermédiaire, et qui n'a aucun rapport avec les conditions de l'action, |)arce que toutes les lois se formulent pour un calcul d'actions à distances variables, et supposent des vi(l(\s entre les agents. L'atomisme a cessé (rétre regardé comme une simj)le hypothèse par les chimistes. La natui'e de l'atome est seule restée en question et ne peut, en tant (ju'ètre ultime, se déterminer par aucune science positive, ])arce qu'en ce sens, elle dépasse l'expérience et les principes empiriquement vérifiables.

La l'aison nette de répudier l'idée de contact, dans la commimication du mouvement, comme ayant un rap])ort fondé quelconque avec l'idée de cause est, premièrement, (jue cette image nest liée que par l'habitude à notre perception du mouvement conmiuniqué; secondement, cjue le principe de relativité, raj)proché de la nature intuitive de l'espace, nous interdit d'envisager deux points contigus qui ne seraient pas un seul et même point, et nous oblige à ne considérer des points comme distincts qu'autant qu'ils sont déterminés de position par de difïerentes valeurs de leurs coordonnées. Mais, en fait, l'imagination du contact ne peut plus se soutenir, comme répondant à une réalité, depuis que le Cîdcul des vibrations lumineuses a convaincu le |)h\ sicien que de réels intervalles linéaires sont appréciables pour le calcul entre des molécules voisines dont les centres sont situés à une distance moveime les

ÉTUDi<: SUR LA i>i:rci:ption et la forck

uns des autres atteignant à peu près le billionième du centimètre. Il faut renoncer à croire qu'on voit deux corps se toucher, alors qu'il se loge entre leurs surfaces tir rontnct, d'innombrables molécules, dont les fonctions, sans aucun signe d'existence directement sensible, déftM'minenI, quand elles nous taurhcnt, les relations externes de nos organes et toutes nos sensations. Pour concevoir le peuplement des espaces qui sont le siège de ces |)hénomènes, un éminent physicien nous invite à inuiginei' (si imaginer se pouvait) dans l'enceinte d'un centimètre cul)e d'eau ou d'acide carbonique liquéfié, un nombre de moh'cules cpii pourrait approcher de la vingt-septième puissance de 10 î leurs distances mutuelles étant ce que nous avons dit. Auprès de cet ordre de grandeur, tous les milliards imaginables disparaissent, mais il n'importe pour le concept.

CIIAlMTIiK XWII

LE SYSTI-MI-: IM-: L {■MIT!': KoKCK !)!•: A. IliliN

Il semblerait qu'au jugement d'un savant, mais surtout d'un philosophe, quand il a été forcé de reconnaître, d'un côté, que la transmission du mouvement, nu ((uihtr/^ est une pure apparence, qu'il n'y a pas de contact, et que, par conséquent, toute action est une action n di^tfUK r ; et, d'un autre côté, que Faction, la force, la cause ne se peuvent observer et définir, en une source intelligible, ailleurs qu'en des actes de volonté; qu'enfin tout ce (jui suit de tels actes, ou que nous y assimilons par de vagues inductions, par des rapprochements exclusi\ement dus à l'ob-

1. Voyez les conférences scienUfiqiie.s de Sir W. Thonisoii (nul. pnr P. Lugol et M. Brillouin. p. 47 et i:i9-14l.

LL SYSTKMi: DK L'KNTITÉ FORGIi

servîition des liaisons ne consiste qu'en des séquences empiriques, seuls ph<'nomènes atteints dans leurs lois par les théories scientifiques ; il semblerait, disons-nous, que la conclusion rationnelle à tirer de cet état de la question dut être une double [)roposition aux parties bien liées : \" la réelle intelligence de l'essence et du siège des forces de la nature ne s'obtient que dans une doctrine des //f()Nf((/rs ; Tancienne idée de matière, abandonnée, fait place à celle de l'essence mentale des actions et de leur distribution dans l'espace en des points qui sont leurs centres, et à des distances mutuelles, variables suivant des lois de temps ; 2'' la seule représentation rationnelle possible de la communication des forces, et de la transmission des actions et des mouvements, toute imagination de transitivité des causes étant exclue par la nature de la force et de son siège individuel et mental, se trouve dans iffte dorlriiH' d' harmonie préétdhlie^ qui, de quelque façon qu'on définisse d'ailleurs Dieu et le monde, fait consister la connaissance de la causalité, pour tout ce qui dépasse le témoignage actuel de la conscience de l'action, dans la connaissance des rapports constants de conditionnement mutuel et de succession des phénomènes de toutes les classes dont rex[)érience fait ressortir les modifications connue des fonctions les unes des autres.

Les [)hilosophes ne paraissent pas jusqu'ici avoir prêté une suffisante attention à cet état de la question scientifique de la perception et de la force : conséquence fâcheuse de la séparation cpii s'est établie depuis plus d'un siècle entre les deux ordres de culture, le positif et le spéculatif, ou métaphysique, et que l'on ne craint pas assez d'aggraver par certaines réformes de l'enseignement qui seraient trop conformes à l'horreur du public pour la philosophie^ :

l. \'oye/. sur les liipjjorts de la pliil<;s«»phie à renseignement et sur l'iidêrt^t moral des éludes (•lassi(pies pour les nations modernes, deux ou\ ra.y:es profonds de M. Ail". Koin'llre : l/rn'-:cif/nei/ien/ au point ilc vue

asi ÉTrDi: s[:u la perckption ht la fouli:

Oiit>niaiii luer ratio plermiKiiie vidclur

Tristior esse, ([uibus non est Iractata, retrociue Volions ahhnrrot ah hac (LinTÔee, IV, 18).

Quant aux savants, qui sont cependant les principaux auteurs, ou même les seuls, des nouvfdles lumières jetées sur le problème de la nature du monde maléi'iel, ils sont tellement attachés par le genre de leui's (Hudes au réalisme empirique de l'espace, à celui des fonctions matérialisées par rimagination dansFétendue, qu'ils se nu)ntrent rebelles à ime application radicale du principe de relativité, qui serait si essentiellement de leur lessort. Un voit ceux dVntre eux qui al)oi'dent l(\s questions de haute généralité avec des dispositions anlimalérialisles is.>a\cr de rajeunir le vieux dualisme esprit et matière, en forgeant des entités nouvelles, pour éviter de reconnaître des facultés actives à la matière, et pour maintenir les actions exercées sur elli» par des essences abstF-aites.

L'exemple ptnit-ètre le plus remarquable des applications de cet esprit réaliste, |)arce qu'il est indépendant, chez son auteur, des traditions de TEcole, soit théologicpies, suit [)hilosophiques a «'té donné par le savant physicien français A. Hirn, dans une seconde partie de sa th(H)rie mécanique de la chaleur, sous ce titre : ^o/^scy//cy/^r^ /////A>.sf>/>///y//^.svt mrfai)Jif/s'njfn-^ dr ht lln'rtHnfh/iuimi^inr, Adversaire de la [)hvsique matérialiste, Hirn oppose la notion propre de force au ^\-;tème de la force-matièr*e. m ces termes : « Si le mouvement et la tendance au mouvement ne sont que des conséquences de mouvements anléri(Mirs, il faut raverle mot lune de notre dictionnaii'f ». On ne saurait mieux dire, car la négation de la force, au sens le plus profond, est i)i(Mi celle qui résidte i\v la théorie déterministe des mouvements, eiïets et causes de mouvements, en une régression sans tin. Mais Hirn fait suivre sa réclama-

naliomd (Ihiilu'tU' 18'Jb : In irfnnne <U' lenseiuiwincnl i'"- /,/ pliiloxnp/iie (A. Colin ilH)l).

LE SYSTKMI': DK L'ENTITK FORC!-:

lion, en faveur de la forc(\ d'un dilemme qui ne serre point; il dit des actions à distance de la pesanteur, et des actions de la chaltnir, de la lumière, de rélectricité : « Ou ce sont des mouvements de la matière même, et alors il ne ftiut plus les appeler des forces ; ou ce sont des forces proprement dites, et alors ce sont des principes constitutifs de Tunivers. distincts en natui-e de la matière, et capables d'agir sur elle •'. H est aisé de répondre que les forces proprement dites ont pour sièges les principes immatériels constitutifs de la matière elle-même (monades) et les composés de ces pi*inci()es (les corps), et les organes, ou leurs centres, quand il y a organisation.

Mais Hirn se flatte d'avoir démontré que les éléments de la matière sont des atomes matériels d\m volume fini, inaltérable et non élastique. L'espace est occupé, selon lui, en dehors de ces éléments mécaniques, par la force, a principe constituant de l'univers » ; c'est elle (jui, à ce moment de repos absolu qui sépare les deux mouvements opposés de la bille élastique rebondissante, lui restitue sa vitesse perdue. Elle n'est point « (/ans Tatome ; elle est dcais IcsjKicc c|ui sépare les atomes les uns des autres )>. Et de même pour l'espace en grand :

« L'espace infini oii sont éparpillés les soleils et leurs planètes est partout occupé pai* quelque chose qui n'a aucune des qualités de la matière proprement dite. C'est ce cpielque chose (jui détermine les phénomènes d'atti'action et de répulsion, de lumière, etc. Ce quelque chose, en un mot, c'est la foucl considérée sous son aspect le plus général... Elle existe au même titre que la Matière, au même titre que le principe animique de chaque être vivante

L'àme, à la fois puissance organisante et puissance de penser, mais non sans l'aide de la matière et des forces, sui-

1. A. Hirn. Conséf/uences philoso})lii(/ues et mclnphijsujues de la thennodi/tian(ique, p. 00-64. (ionf. p. 21 L

Renouvieiu — Le Persuniialisnie.

ÉTUDE ^m\ LA PERCEPTION ET LA FOHGE

vant ce système, ne laisse |)as d'afTeeler un « caractère transcendant. —G est une force qui, sous Tempire de la volonté, va commander les mouvements de nos muscles ; c'est un principe intermédiaire qui nous transmet comme autant de dépèches télégTa[)lii(|ues les inijiressions des phénomènes externes sur notre corps. » Cette forve n\^sl cependant poini la volonté elle-même, comme* dans la doctrine de Maine de Hiran. » La volition est visiblement un sim|)l(' acte de notre être pensant. » La iorc(^ est, au contraire, cr que NONs coN/missnns le mmns^ l'entité dont l'inlhiencc établit le courant nerveux, -onfle lemusclo : c'estccrélément intermédiaire, nature transcendante qui n'est pas soumise aux conditions finies du temps et de Tespace ». — « L ame n'a nulle prise directe sur la matière, elle n'agit sur elle que par l'intermédiaire de cet élément dynamicjue^ », c'està-dire par Vintcrmrfliaire ilr rinlmun/inire ! puisque l'élément dynamique, ou la force, n'est déh'ni lui-même que comme intermédiaire entre les conditions nécessaires et suffisantes des phénomènes et leur production.

CllAPITKE XXVIII

LE SYSTÈME IM PoïEMIEE. W. l'iCTET

On s'explique à peine par le fâcheux divorce des sciences et de la philosophie, comment un savant non seulement distingué dans sa partie, mais encore profond dans certains aperçus géniaux ul dans ses réclamations contre l'esprit régnant des honnnes de science, ait pu se laisser séduire à la plus puérile des espèces du réalisme : à celle qui d'un pur mot se fait une essence réelle ; car ce n'est vrai-

1. A. Hijii. ('onscjuencc.s philosophhjues cf mvlunhysn.ues r/p Ut Ihev-

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