LE SYSTÈME DU POTENTIEL
ment qu'un mot, celte essence intermédiaire entre la cause etl'eifet, qu'on désigne par le nom du problème à résoudre, par l'intermédiaire à chercher, affecté d'un signe typographique : la lettre majuscule. Mais il y a une compensation (à notre pointch* vue) pour cette malencontre logique : c'est (jue, en sa naïveté, le piiysicien a constaté, dans le simple fait du vouloir*, l'absence de l'intermédiaire dont il ne croyait pas pouvoir se passer. Il ressort clairement de la théorie même dont il s'illusionnait, que, dans le rapport de la cause à relïct, deux choses seulement sont à notre connaissance : le rappori lui-même, signifié par l'efiel, et notre conscience, quand c'est notre conscience qui est la cause.
Autre, mais plus scientifique, quoicpie trop peu métaphysique encoi'e pour échapper pleinement aux interprétations matérialistes, est la théorie d'un savant distingué, qui a pris, pour l'intermédiaire entre la force et les phénomènes, un des termes du langage actuellement reçu dans les théories de la dvnamique. La doctrine de M. Raoul Pictet offre en elle-même un sérieux intérêt K
Cette doctrine part de la donnée, que l'on croit aujourd'hui quelque chose de plus qu'hypothétique, en sa double partie : une matière des corps, pondérable, et une autre matière l'éther, inobservable pour nous, qui baigne les atomes en nombres immenses de la première, et leur constitue des atmosphères. L'auteui* appelle les causes du mouvement des cn/itrs l'alionncllcs ; il en dislingue deux espèces : l** le mouvement antérieurement acquis (jui a pour effet, par le choc et l'impulsion, la force cive, èiierf/k' acluelle ; 2*'rattraction de la matière pour la matière, cause commune, en fonction des distances, de la gravitation, de la cohésion et des affinités chimi(|ues. Observons que, contrairement, croyons-nous, aux vues les plus ordinaiies des physiciens, M. R. Pictet admet une attraction mutuelle des particules
I. Elutle vi'U'kjuc du ntulcrudisme el du spiriluuli.smr par la p/L(jsujue ejLperimenlale 18VHJ, p. 279 sq, cl 44.'] sc^.
388 ÉTUDE SUll LV PKKCLiPTlON ET LA EOHCE
(le Téther et des atomes de la matière n-pavitante, attraction qui revoit un accroissement plus rapidt^ (jue celui de la loi iiewtonienne en raison de la diminution des dislaiiCL^, et, par consé()uenl. arivte à un certain moment le ra[)[)rochemenl des atomes et fait entre eux relîetd'une force répulsiv(\
Ces prémisses posées, la discussion scientifique de tous les phénomènes dus à la cause commune qui s'exerce sur les corps en fonction de leurs distances démontre ([ue Vattraction obtient ses etîels sans rint(M'médiniiv du milieu; que le choc et lim[)ulsion de Téther ne peuvent la produire, et qu on doit accorder Texistence d\nie cause de mouvement qui n'est pas un autre mouvement. Il faut donc placer, en regard de la matière pondérable, ({ueUiue chose comme ce t[u'on ap[)elle jonc ou esprit, rpii, au point de vue dynamique, est l'éner^^ie virtuelle, ou potentielle. M. R. Pictetla désigne par ce teriiK» unique : Ir /Htfruftr/, qui a rinconvénient de réaliser une absti*action. L'acceptation du potentiel comme cNf/fr /of/h/nr nécessaire donne, dit-il, à la Force une valeur scientiliciue égale à celle de la matière pondérable. Il est loin de méconnaître le sens métaphysique que prennent les conclusions de sa théorie :
(( Nous assistons à la rrralio/i de la /une vive.
(( Cette conception des phénomènes mécaniques nous met en rapi)ort avec les nuises jjrnjiirri's.
« Le moivfr (!>'< ''^prits^ la /nrrr rrrafrirr. le pr'uniis, sont autant de noms qu on peut donnei* au polciUtcl. »
L'auteur souligne tous ces mots, et il ajoute : « La tliêone nialériaiislc pure, qui a pour objet de tout expliquer [)ar la force vive aetiirlle se transformant sous tous les modes par les variations dans le mouvement des particules matérielles et leur direction, succombe dès qu'on admet le potentiel.
(c La physique expérimentale a consacré déhnitiviinent le pofPtifirl. Tous les j)hysiciens modernes renseignent dans toutes les universités du monde.
LE SYSTÈME DU POTENTIEL :î80
« LA TIIÉOIUE MATÊIUALISTE PURE EST MORTE «
Mais cet arrêt ne sera justifié que le jour où Ton admettra que le potenliel est lui-même rartualité vivante d'une monade consciente, et que l'acte est premier, non la puissance, parce que c'est l'acte qui est créateur. Est-ce la pensée de M. U. l^ictet ? apparemment non, car il ne dirait pas : (( Le potenliel (Haut un réservoir dont la capacité nous est totalement cachée, nous ne pouvons fixer en aucune fa(;on les limites de cette transformation de potentiel en force vive » ; et encore : a Le potenliel est donc une entité loijifiHe qui nous force d'admettre un réservoir (F énergies inconnues, lesquelles peuvent agir sur la matière pondérable pour provo(|uer des mouvements nrii/ant pas d antécédents ronniis ni ohscrvahles ». Les mots réservoir, transformation, énerijies inconnues, appaKiennent plutôt à Tordi-e d^iypothèses que M. IL Pictet veut combattre, qu'à son i)ropre point de vue. Si le potentiel est nne entité lon-ique, il n'est j)as créateur; s'il est un réservoir, l'idée que nous en [)renons ne peut (jue nous rejeter en arrière et nous donner à concevoir une puissance indéfinie qui d'elle-même est exclusive de l'idée d'acte commençant et de cn'otion. Et si les énergies sont inconnues, et que le potentiel se transforme, ce qui ne se fait sans doute pas au hasard, noiis nous trouvons involontairement ramenés au s\ stème de Tunité de force, ou puissance évolutive, incessammenl transformi-e, dont une loi universelle détermine et enchaîne les transfor*m;dions.
Le physicien nous piiraît donc avoir manqué le l)ut dans cette partie princij)ale de sim ouvrage qui regarde la théorie des ibi'ces inorganiques fondamentales. Le philosophe, chez lui, a trouvé sans doute de moindres difficultés à vaincre en des opinions préconçues sur la nature de la matière et sur la loi de l'inertie; car sa théorie du potentiel lui
ÉTUDI'] S['R LA I'HRCIlPTION ET LA PORCi:
fournit des formulos intéressantes pour rapplicntion de ce concept aux lorces du monde or^'anique, à Tesprit et à la volonté. Les phénomènes de la vie supposent des milieux à structures spéciales : cellules, tissus, or«;'anes, espèces, races, individus, en lesquels ils ont à se produire. Tn tel milieu comj)n>^e un jtoh'ntn'/ fonrtiiutnrl, « La vie vég'étative est un polentiel, i(len(i(pie, dans son essence, au potentiel de la gravitation, de la pesanteur, ou de raflinilé. » Mais cette dernière tlièse est, ce nous semble, inconciliabU* avec celle de l'inertie de la matière gravitant(\ Au sujet des animaux, Tauteur remarque, et c'est, croyons-nous, avec raison, que leiu* étude ne donne pas de rrpiuises inu/ir- (liâtes^ et que ce n'est guère qu'à travers Hiomme, et à l'aide d'inductions, qu'il est permis de les connaître.
Ghe/riiomme. le/>o/^v///r//f///r//V)////r/s'accroîtdii potentiel intellectuel. Ici la terminologie de l'auteur se montre ce qu'au fond on peut dire qu'elle a toujoui's été, pareille pour le sens à celle de l'acte et de la puissance, entrée dans la pliilosoj)hie avec la doctrine d'Aristote. (^est un second potentiel fonctionnel que l'auteur admet, et intellectuel, cette fois, « qui a pour base la logique aidée de la mémoire w. Lue disposition organicpie, le cerveau, est alors nécessaire |)our que ce potentiel se tr'ansforme en force vive actuelle. Le terme de frfinsforniat'mH pourrait, ici comme ailleurs, donner une id<''e fausse de la vue réelle de M. II. Pictet, qui est bien plutôt, sans qu'il paraisse s'en rendre compte, celle d'iuie corres[)ondance harmonique, et non par causalité transitive, entre la volonté et les forces organiques :
« Ce potentiel intellectuel ne produit j^as de kilogrammètre dir(»ctement, mais il permet au potentiel fonclioiniel de donner des effets kilogiammétriques |)ai- 1 intermediaiie des muscles, dans des proportions si variables, si colossalement ditférentes, qu'on aeiit de suite que c'est lui qui commande toute l'économie de la vie chez l'homme. »
LA TIll'ÎORIl-: I>I1YSIQUE DE L'ÉTHER 391
Ardent partisan du libre arbitre, M. R. Pictet établit que « la liberté opère sans porter aucun préjudice à aucune loi enseignée en physique expérimentale » ; qu' « elle ne crée rien en fait de kilogrammètres », et que « les mouvements musculaires, sous la domination de notre volonté, s'exécutent avec les rigoureuses nécessités du déterminisme fonctionnel de nos organes ». Elle ne peut, en effet, que diriger l'application des lois du mouvement, faire passer r(''nergie dynamique de l'état potentiel à l'état actuel, ou réciproquement, ^lais que cette action, autre espèce d'énergie, énergie mentale, ne soit j)oint soumise à un déterminisme interne, M. 1\. Pictet, qui traite la question longuement, avec des raisons de sentiment, et non point en psychologue, l'affirme, ne le démontre pas, et sent peutêtre qu'il n'y Cn a [)as de démonstration [)ossil)le.
CUAPITIÎK XMX
LA THÉoniE IMIYSIOIE DE L'ÉTIIEU
Lue explication de phénomènes étant leur réduction à un phi'uomène d'ordre général qui passe dès lors pour être un(^ loi à leur égard, nous avons à constater que les phénomènes de la gravitation n'ont pu s'expli(juer par une communication de mouvement au contact, ni se com[)rendre comme des actions à distance. In genre d'effets analogue à ces phénomènes, en tant que tendance des corps à des rapprochements mutuels, les faits de cohésion et d'affinités ne s'expliquent pas davantage par des impulsions venues du dehors, et ne se compreiment pas comme actions au contact, parce que h* contact ne se concevrait pas en qualité de cause, et que d'ailleurs il n'existe de contact que
392 KTUDi: srR LA PKHCKPTION IIT LA FOKCK
pour uiK' sensation confuse et illusoire de la vue ou du toucher. La perception de la j)rcHen(lue résistance des corps au mouvement que nous voulons leur communiquer n'est que la contre-|)ai'tie imaii'inaire de Tidi^e de ce vouloir. Enfin. 1 induction gratuite dr Tctat solide, inqx'nétrable. de leurs cléments ultimes, est une fiction de (]u;dités inhérentes dont notre imai^ination doue des parties d\''teiiduc auxquelles elle sup|)ose une réalilf' absolue, tandis (pie Tespace n'admet rationnellement (jue des divisions relatives, dont Tunité de mesure est arbitraire.
La question de la nature de la lutnière et de la chaleur a fait un grand pas. ou plutôt même il faut la dire résolue en ce qui touche la partie physi(jue, et disons alors m(''canique des phi-nomènes, en deliors de notre sensibilit*''. Mais la question de la transmission des actions lumineuses et calorifiques est restée très ardue. Les physiciens nombreux qui s'entraînent à tiouver, dans Thypothèse de l^Hher*, l'exacte représentation d'une loi portant sur des sujets réels : les mob'^cules éthén'es. ne doivent pas se dissimuler que cette hypotlièse, en ce sens, met à une forte épivuve notre sentiment de In réalité. On a d'abord imamné cet insensible agent uni\ersel coinm(^ le fluide [)ai' excellence, et comme iKirfaifvtHvnl élasticpie et v rlinifvinvnt subtil. Il faudrait maintenant, pour suivre ro,')nn()n \\\ plus a\ancée, le concevoir comme « un milieu i(''p;uidu |)ai'lout, un solide élastique doué d'une gi'ande rigidité, une r-igidilé si prodigieuse que le nombre des vii)rations de la lumière \ atteint un miHi(ut dv ntilHons de fiïi< le nombre de celles d'un diapason dont les vibr'ations sonores sont de (pjatre cents par seconde, et exige pour leui' production une force dont la valeur est la seconde puissance de la valeur de la force nécessaire pour ébnuder ce diapason (soit 1.0(M».00tK0O0.(K)O de fois plus grande ». r(w-orps,l'éther, n'oppose pas le moindre obstacle aux mou\ements des astres ; tous les corps se déplacent dans son sein comme
LA Tin:oHii<: imiysioue de li-ther
s'il n'existait pas. a Si des ^•ibrations du même degré de fréquence prenaient naissance dans un milieu tel que Tacier ou le laiton, les forces correspondantes se mesureraient par des millions, et des millions, cl des millions de tonnes par centimètre carré de matière. Il n'y a pas dans notre air de forces pareilles... 11 p(''nètre dans notre atmosphère; dans notre air, il y est presque dans les mémos conditions que dans les espaces inter[)lanétaires... Sil est ou n'est pas cassant, et s'il se crevasse, nous ne j)ouvons le dire... Nous n'avons j)as connaissance d'une attraction analogue à la gravitation et exercée sur l'i-ther par des masses semblal)les à la Terre ou au Soleil, |)as plus que d'attractions mutuelles entre difîérentes parties de l'éther lui-même. On dit quelquefois qu'il est impondérable parce que nous pouvons ci'oire ou considérer comme prol)able qu'il n'est pas
pesant ' . »
Les nombresmerveilleux.de vibrations moléculaires d'un corps aussi étendu que l'espace lui-même, — car on n'en voit pas de limites possibles, — ne sont pas ce qui peut arrètei* non plus (pi'éblouir un philosophe bien convaincu de la natiu'e lelative de toute mesure de grandeur; mais comment se prêtiM*, quand il s'agit d'une hypothèse, à celle qui ne peut se soutenir sans réclamer de nous l'imaiiination d'un solide^ adamantin à la fois perméable à tout et (pii jM'nètiv tout, et demeure toujours impalpable ? Ce ne serait j)as trop qu'il put expli(|uei' tous les faits, mais il n'en est pas pi'(Vis<Mnent ainsi, et les théoriciens sont amcMiésà supei'poser à cet ('ther de l'ondulation lumineuse, d'autres éthers. pour d'auti'(*s ondulations, pour expliquer d'autres phénomènes, sans que les divers ordres de vibrations se confondeiit ou s'altèrent nnituellcment. Cette colossale entrepii.^e de th(''orie a pour objet de répondi'o à la question : « (^)uelles forces y a-t-il dans l'espace compris
\. \V. Tliompscm. ('o}ife renées .scie)i/i/i(fi(es. tnul. par V. Lugol et M. nrilioiiin, ]). -Ml-i>13.
ETLDt: SUR LA PERCEPTION ET EA FORCE
entre nos veux et le soleil, entre nos \eux et Tétoile visible la plus éloignée ? Il v a de la matière, il v a du mouvement, mais quelle |)eut être la grandeur de la force qui sV exerce ? » La question est pan^lle t\ celle qui, depuis .\e\vton, tient en éciiec le gc'nie des géomètres et des astronomes : ()iie/lrs force î; y n-f-il (/(ffts /'rspacr PHlre /tus < itr/f^ ri Ir sitlril, ( onlrr do^ ail rai lions, ijun /iO?fs sff/)/ssons^ avec la trrre (fui /a tas ftnrlr^ f/nar /lo/rs trnu' à dp rrrfaiaps disfaarrs de lui^ rr(//rrs jKir a ne /o/ .' et c'est un même esprit qui inspire Tune et l'autre : la répugnance à admettre la possihiliti' des actions à distance. En fait, et si nul intérêt de théorie ne motivait Fhvpo- Ihèse de Texistence des forces dans les intervalles des masses des corps célestes, ou de leurs atmosphères, quand elles en ont, toutes les probabilit('S sembleraient être en faveur des vides interplanétaires, d(* l'absence, dans ces milieux, de tous corps définis, capables d'exercer des actions, ou d'en transmettre, qui soient régies |)ar les lois communes de la mécanique, — ce que ne fi\it pas un éther insensible, à propriétés in<*ompréhensibles. — A|)rès tout, la transmission de la chaleur solaire, celle de sa lumière, de la lumière des étoiles, et de la lumièi-e réll<''chie des planète^, sont pour nous des phénomènes essentiellement terrestres, en ce sens que nous ne connaissons absolument rien de ce qui pourrait en être ries conditions matérielles hors Aii<. limites de notre atmosphère, (pioiquo nos plus claires perceptions nous certifient l'cwi.stence d(» ces corps donnés extérieui'ement avec leurs pro()riétés, (»t en rapport avec nos sensations. Xous ne pouvons pas douter de la production des phénomènes calorificpics et lumineux, de même nature que ceux qui nous sont connus sur notre planète, et situiVs à Aç^-^ distaiices, mrmilestés à des degrés (fintensité, qui sont mesurables pour nous. Mais des rapports dr ((atunanu a/ion (Tardrr ntrran'niar entre les premiers et les seconds, mm /das i^ar d ordre
LA THÉORIE PIIYSIQEE DE LÉTIIER 39PJ
srH^tldr à travers les espaces, encore une fois, nous n'en connaissons j)oint. ^lécaniques, c'est pour en tenir lieu qu'on l)àtit rh\ potlièse étiiérienne, demeurée jusqu'à ce jour à l'état d'abstraction mathématique ; sensibles, il est vrai qu'on se per*met souvent de parler de l'éther comme s'il était luimême chaud ou lumineux, mais c'est un abus manifeste, il \\y a qu'à des corps témoignivs à nos sens que nous puissions reconnaître ces qualités sensibles. (]e pur transmetleui', l'éthei', ne les transmet pas à proprement parler, il ne transmet que des mouvements capables de les produire. Les milieux traversés pai* ses ondulations ne sont pas chauds ou lumineux, tant qu'il ne rencontre pas des corps qui présentent les propriétés sensibles ainsi nommées, avec les ph(''nomènes concomitants : dilatation, expansion, changements d'état des corps, réactions des éléments, incandescence, etc. Le langage transformiste semble tromper jusqu'aux savants qui tout en le sachant bien métaphorique, en usent pour |)arler de la chaleur comme rayonnée dans le vide infini des espaces célestes. Cette chaleur, dit Helmhoitz, parlant de celle que notre système solaire perd sans compensation, puisque nous ne sommes touchés que par une parlie extrêmement faible des vibrations du milieu éthéré dont le point de départ est le soleil, « cette chaleur perdue pour notre pati'ie solaire ne l'est pas pour l'univers entier. Elle s'est échappc-e par rayonnement, et rayonne encore chaque jour dans les espaces infinis : nous n'oserions dire si le milieu qui transmettes vibrations lumineuses et calorifi(|ues a quelque j)art des limites contre lesquelles ces ondulai ions se réfiéchissent et rebroussent chemin, ou bien si elles accomplissent leur voyage éternel dans Tinfini^ ». — Que le parcours ait ou n'ait point de fin, ce n'est pas la chaleur qui \ uyage, ce sont seulement les vibrations, tant que rien ne les arrête qui soit susceptible de s'échauffer
1 . licInilioHz. Expose élémentaire de la Ivansfonnallon des forces naturelles, tnid. pjir L. Prijud. p. H7.
l'Tli)!: SIH LA PIJii.hPTION KT LA KoUCK
LKS DOL'TLS SUR LK MILIEU INTLKl'LANÉïAlUi:
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Et il n\' n point do rhalnn' pcrdiir, non plus (railleurs que de mouvement perdu, dans riiypolhèse. Il y a toujours chnleur conservée m /iffissrfHcr.
Si, instruit par Texemple de la j^ravitalion qui reste inexj)lien!)le par des impulsions ou par des vibrations, si. plus touelh' (juOn ne Test par la nécessité des intervalles vides de matière aux deux extrémit(''s, pour ainsi dire, du sujet de la science, en astronomie, poui* la rd)re circulation des astres, en chimie, pour le jeu des atomes, on accej)tait franchement les nctmns à distance \ que saurait-on de moins quon ne t'ait? On ahandonnernit la supposition d'une matière niahilc. interrn<''di;\ii'e des cor[)s Cf'lestes, aussi bien qu on renonce l'éellement à atlril)u<M' à cette matière la masse sntsihlr^ propri«''tt'' cor r('lafi\'e de la motilité. et iiun moins essentielle, de toute idée de corj)s.' Au fond, c'est le réalisme de 1 idée de force qui s'oppose à ce sacrifice : on répugne à séparer la force de sa présence locale conmie cause de mouvement, cause par impidsion.
1. « Voici 1 • (jii'itii MCiM^pLiit aiilotir de Newton, rrrif M. IL l'iiyi' (/>'• Vorif/ltii' (lu inonde. — Théories cosnior/otiif/ues, p. 05), Imn^incz uf\ corps puicf seul dans le vide de It'spacr. Il n*stfra immobile si anciim* inii>ulsioii extérieure ik' lui a été cruiimimiiinee. Mais si vous placez quekpie part, dans le vide de res|)a<*e. un second corps, aussi loin qm* vous le voudrez du preniiiM'. instanlanément le premier sentira sa j)résence el lallireia vers lui ; le second aj^iia de inème sur le pre?niei'. Tous deux se ni'-ltront en mai'che l'un \ ers l'autre et finiront |»ar se choquer en un point de la droite (|ui les joint, lin d'autres termes, toute molécide de niatii-re inerte, incapable de niodilicr par elle même >iH\ état (jr repos ou de mouvement, rayonne pouriant dans le \ idc ilc l'espace, tout aidoui- dClle a l'inlini. une \ ertu attra<'ti\ •■. . i toute autre particule d<' maiiéie resserd aussitôt son action, ('efte omniprésence d'une sini()l(^ molécule inerte qui a le j)ri\ ilèj^^e daj^nr là où elle n'est j)as. c'est-à-diii' dans l'unixers entier, est en quebpie sorte une contradiction dans li-s teinies ».
S'il avait pu y avoir là une conti-adiclion. çc n'eût été cpiau cas où. aufout'fle Neit'ton. on auiait ret^ardé comme //«f'/Vp.v les molé<-ules nllrnc- //'/'e.9. mais on sait (piil n'en était rien . et (piOn les voulait actives, contrairement à la prétention de Newton de ne pninf faire dlnipollnsrs. Au sui'pliis. poui- se donner le droit de niei-. a\ec M. Kaye. la possibilité {\^s actions à distance, il serait bon de prouve!- d'abord (pi'il en existe nu C(»nfacl. et (|n'il v a dtvs eoMlacl>.
CHAIMTIIE XXX
DOLTKS suu lI':\isti:n(;i<: d'un milieu matériel
LNTEliPLANÉTAllîE
La marche des études en optif|ue a du partir de la contemplation d'une matière lumineuse rayonnée par les astres, traversant Tatmosphère, reliée hie, réfractée, etc. Newton s'exprime encore ainsi au début de l'exposition de ses admirables découvertes : « Il est évident que la lumière est composée de parli(.'s successives et de parties simultanées, puisque, à chaque instant, on peut arrêter celles qui tombent sur un même endroit, et laisser passer celles qui y tombent l'instant d'après, comme on peut, au même instant, les arrêter dans un endroit et les laisser passer dans un autre. Ainsi toute partie de lumière qui peut être arrêtée ou propagée seule, comme toute partie de lumière qui peut agir ou être atl'ectée indépendamment des autres, est ce que j'aj)pelle r(if/nn. »
Newton lui-même, cependant, a écrit, dans les Qu eslions qu'il pose et développe à la fin de son OijIkihc, ces lignes qui le montrent, contrairement à l'opinion qu'on s'en fait communément, partisan d'une théorie des vibrations de l'élher, en principe, en même temps que d'une th(''orie de l'émission de la lumière (il s'agit d'une expérience de transmission de la chaleur dans un vase où l'on a faille vide d'air) : «La chaleur n'est-elle pas communiquée, à travers les parois du verre, par les vibrations d'un milieu très subtil, qui reste dans le vase après qu'on en a pompé l'air ? Ce milieu n'est-il pas le même que celui qui réfracte el réfléchit la lumière,... et qui par ses vibrations échauffe les corps au foyer d'un mir'oir ardent ? Les vibrations de ce milieu ne contribuent-elles pas à la violence et à la durée de la chaleur qu'elles ont excitée ? Et les corps
étldl: 8l:r la n:Rci!:i>TioN et la forci:
LKS DOUTES SUR LE MILIEU LNTERPLANÉTAIRE
chauds 110 cornmuniqucnt-ils pas leur chaleur aux corps froids eontigus par les vibrations de ce milieu, propao-ées des premiers aux derniers!' Ce milieu !i"e>l-il pa^ incumparablement plus rare, plus sul)lil, plus ('lasti(pie et plus actif (jue Tair:* ne pénètre-l-il pas promptement tous les cor[)S ? et en vertu de son éhislicité n'est-il [)as n'panchi dans la vaste élenchie des cieux ? »
Cette qia'slnui est suivie d'une aulre, où Xewlon se demande si ce milieu, devenant j)lus dense à mesur-c* de son éloignement des «grands centres mat«''riels, ne j)ourrai( pas (( par son extrême force élasticpie sufïire pour pousser les corps des régions les plus denses vei's les plus lares avec ce mouvement (pie nous nommons gravitation... En supposant que Tétlier soit composé comme Tair de particules qui tendent à s écarter les unes des autres 'car i'iunore sa nature), et que ses particules soient incomparal)Iement plus petites que celles de Tair, ou même (pie celles de la lumi('re, Texcessive petitesse de ces particules peut contribuer à la grandeur de la force en vertu de latpielle elles s'écarteront les unes des autres et formeront un milicMi inliniment plus rare et plus (Instique que Tair, par cons('quent excessivement moins propre à résister aux mouvements projetés, et excessivement plus capable de comprimer les corps pesants par l'effoit (|u1l fait pour se dilater ». Xewton calcule la densité voulue pour rendre la résistance du milieu //r indlc i (utsu/rriihu/i.
Plus loin : (( La vision ne dépend-elle pas j)rincipalement des vil)rations de ce milieu, excitées au fond de l^eil par les raxons de lumière, et propagées jusqu'au svusitntiHi par les fibrilles solides, diaphanes et homogènes des nerfs optiques :• Et l'ouïe ne dépend-elle pas des vibrations de ce milieu (ou de quehpie autre), excitiVs dans les nerfs acoustiques par les vibrations de l'air, et piopagcus pisqu au .sensoriu//i par les fil)rilles solides, diaphanes et homogènes de ces nerfs ''Ainsi des autres sens.
« Les mouvements musculaires ne dépendent-ils pas des vibrations de ce milieu, excitées dans le cerveau par la volonté et propagées par les fibrilles solides, diaphanes et liomogénes dc<, nerfs, jusqu'aux muscles (|u'elles dilatent ut contractent^ ? ».
Remarquons enfin le calcul (pie fait Newton du degr(''où le \id(' est « por-té par* la nature elle-même dans les espaces célestes ». L'air serait, suivant lui, s'il était pris seulement à 21(1 milles au-dessus du niveau de la mer, un quinlillion de fois plus rare (LO(l(l.(M)O.(lOO.(MMI.(l(IOJHI(l) qu'il n'est à c(* niveau. Cette infiniment petite quantité d'air est encoi*e au-dessus des « quelques exhalaisons d'atmosphères de planètes et de comètes » dont Xewlon admet la présence possible dans les espaces immenses des cieux », et encore plus au-dessus de l'éther, comme densité; et il (pialifie d' « être fictif » le milieu Ihiide, que d'autres philoso[)hes imaginent, qui serait capable d'exercer une pression '.
Nous ne pouvons pas douter qu'il n'eut porté le même jugement sur l'étiier, tel qu'il l'avait con(;u, s'il n'eût été retenu parle préjugé delà nécessité des molécules matéî'ielles et du mécanisme de leurs impulsions pour exphquer toute action physique. Sans cet empêchement, le grand matliématicien et physicien aurait étudié les phénomènes de l'optique exactement de la manière qu'il a fait; mais les hyj)othèses cju'ils lui auraient suggérées pour l'assimilation de la lumière au son, pour la théorie des vibrations, auraient pu j)orter immédiatement, sans aucune préoccupation de la source céleste des actions lumineuses et calorifiques, et de leur transmission interastrale, — sur la production terrestre des conditions physiques de ces phénomènes sensibles, pareille à celle qui se trouvait déjà avérée poui' ceux de l'audition. 11 n'aurait point trouvé nécessaire
L <)pti'/i/c f/c Si'ir/on, Irad. liiiiV.. de 1787. livre IN. Otu'A7<t>//, 18-->4. 'J. lhi</.. Ouest ion iS. p. 22;i-2i'7, I. II.
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ETLDK SLK LA l'KiiCKl'TION ET LA FOKCi:
de recourir à Thypothèse d\iii fluide paradoxal, infiniment peu matériel et doué d'une puissance mah'r'ielle énorme. Il lui auraïf '^nfïi des molécules des corps cumniuns, avec un état fluide et des propriétés de motililé analon-ues à celles de l'air, et plus siihfilfv^. ne les Irouhlant point, et nVn étant point troublées, pour amener au point où il a fait l'élude des pliénomènes. En abandonnant la malérialifi' des rayons, qui n\\\pli(|ue rien, il aurait piolongé juscprà Fabord des fUnillvs snlif/cs^ et jusqu'au srnsorium, le phénomène physique, mécanique, étrano-er en lui-même à Tacte delà vision: il aurait justifié scientifupiemenl, pour la lumière, la définition donn<'e pour la chaleur, et appuyée sur tontes sortes de raisons vagues, par liacon, en sa v'ui- (Icmintio itritHd dv fonint caiul'i : (JthKl iitsts^i'uttns r(ili)r. s:ivr ([tùd iitsum (aUuis^ s'il nnUns, ci „ilfjl aUnil. Et Xewton aurait mis certainement ce f/iùd ipsimt dans le ^ensorlmn, non dans le mouvement ^
La supposition plus qu'invraisemblable, mais qui ne laisse pas de servir à expli(juer notre thèse, où l'étude des phénomènes lumineux et calorifiques se serait poursuivie jusque-là, se maintenant dans le milieu physifjue et atmosphérique, avant que Ton s'entjuît de ce que sont en euxmêmes les rayons solaires, leur source principale, autrement que pour se les représenter sous la forme antique (WmQmalih'v sahllU^ terme à peu [)rès synonyme iVrsi,rit, cette supposition nous fait penser à un savant «pii, pour la première fois, songerait à lier une théorie photomécanique et thermomécanique, purement terrestre, avec le prodigieux phénomène des rayonnements transmetteui's des effets lumineux et calorifiques de ces lointains foyers de matières incandescentes qui sont le soleil et les étoiles. Cet iivpothétique savant serait frappé de l'impossibilité d'appliquer à respace,où les lois des révolutions des astres permettent si difficilement d'admettre la présence d'aucun corps capable 1. Bacon. Socinu ofnnnu.,,^ [[. ±o