Les Principes de la phiLosophie, IV
suite à la force de swi tourbillon, « la Terre avec l'air et les corps obscurs qui l'environnaient, est descendue v^ers le Soleil jusques à l'endroit où elle est à présent ». Ce n'est pas une force dont le soleil serait le centre qui aurait détei-miné cette di'scnilc de la Terre ; car la pesanteur est comme la chaleur un [)hénomène teri'estre. La pesanteur nVsl pas non |)lus une action de la masse de la Terre sur les corps à sa surface, suivant Descartes; mais elle est causée « par le mouvement des petites parties de la matière du Ciel en général, [)ar leur agitation continuelle, qui est si grande, que non seulement elle suffit à leur faire faire un gi*and tour chaque année autour du Soleil, et un autre chacpie jour autour de la Terre, mais aussi à les mouvoir cependant en j)lusieurs autres faeons ». Celte action est, |)ar exemple, celle qui fait devenir rondes les gouttes de toutes les li(jueurs qui ne sont point de nature à se mêler aux matières environnantes.
« C'est la même mntière subtile, qui par cela seul qu'elle se meut indilféremment de tous cotés autour d'une goutte d'eau, pousse également toutes les parties de sa superficie vers son centre, et qui, par cela seul qu'elle se meut autoui* de la Terre, pousse aussi vers elle tous les corps qu'on nomme pesants, lesquels en sont des parties. » Descartes ajoute (|ue si l'espace autour de la Terre était vide, les corps seraient projetés hors d'elle de tous cotés vers le Ciel par le tourbillon, et pourraient dès lors être appelés légers plutôt que pesants ^
On voit qu'en réunissant les différentes actions attribuées à la matière subtile, ou céleste, c'est-à-dire à celui des trois rin/u'Nls de formation première qui est essentiellement mobile et actif, et en donnant à cet élément le nom àrthcr^ substance impondérable et même immatérielle en tant qu'elle n'a que l'étendue pour siège de ses forces impulsives, on peut dii'e que la physique de Descartes a pour
J. Les Principes de philosophie, IV. -, lo, 18, 20 .s(|.
Kninz s['R LA PEnci-PTiox i:t la FoncE
hypi)lhèsc fonchiinentale rcxistonce do rrllior univorselloment ivpulsif qui, pai* rai^ilalioii conliiuielle extivincnuMit vive (le ses parties exlreinemenl ptlites, j)i*o(liiil la hiriiièrc (de laquelle nîiît ainsi la chaleur et, pai* I-^s pon^^^-'"^^ eonstanfes dans tous les sens fju'il exerce sur les corps plus massifs, obtient sur eux les nirnies ciïets cpic si IfMirs parlies obéissaient à des forces centripètes. En se plaeant à ce point de vue, et néglij^eant tout un diHail (wpliealif dont Descai'les lui-même ne o-arnnti^sail [)eut-ètie pas aussi cnniplètemenl (pi'on s'est plu à le croire l'exactitude et la scientifique ;ula})tali(Mi '. on l'ep^'ardera sa phy>i(j(ie (•..mme un spécimen anticipé de ce que doit être une pbilosopliie de la nature îdjsolimKMit mécmique. c'esl-à-diri^ telle (jue la doctrine idéaliste la réclam(\ aiin (]o conserver do son coté sa pureté et sa force.
11 est aisé de voii* C(» qui pt-clie, et ce: (jui devait néc(\ssairement pécher, au temps où il fut coneu, dans ce plan, esquisse de génie d'ime philosoplne piiysiipie pure, (^e n'e>t certainement pas l'idée générale des tourbillons, malgiv raveugle j)F'oseripti<)n dont ils flevim-ent l'objet par Teilet de la populariié ac(piise au siècle suivant par le svsièmo newlonien qui send)lait en éviter la donnée pi*emière. Celle idée o-énérale s'impose connue le point de dépait de tout système universel purement mécani(iue. En etret, (^ (|uel que soil le nombre des impulsions dilîérentes (piim ((ups ait ()u recevoir en tant de |)oints et suivant tant de directions qu'on voudra dans l'espace, on a démonliV-, - la formule est prise textuellement d'un écrit de l'un de nos grands géomètres du siècle dernier-, — (\\ic rrs /anz/cs sont toujours rhlui lihics à une svuli\ applniun' uu n'ulrv (le fjmvitv (le ce ro/yy.v, et qui en /ruu^porlv n/alcntrnt loufr< h'< pfirl'n'^ suiran/ di's ^/ircctiiHts jjuml/èlcs. cl ù
1. Voyez siH- ce point les articles 43, 43 de la 3« partie des Principes de la philosophie.
2. Note sur le double mouvement de la terre et des corps célestes, — à la suite des Éléments de stati>jue de Poinsot, î)«édiL, (1830). p. 37o'.
LA COSMOGONIE DE DESCARTi:S
un srul couplv^ (Uf uiontvnt^ qui fait fournrr h corps (luhnir (le ce cetftre n/oin/c. Le double mouvement qu'on observe dans la Teri'e et dans les coi'ps célestes est donc im phénomène nidurel (pii n'a besoin d'aucune explication ni d'aucune hypothèse pvirliculière, puiscpuî c'est le mouvemcMit le j)lus général de tous les corps qui se meuvent en vertu de forces ou impulsions quelconcjues. Ainsi toutes les planètes doivent naluî'ellement toui'ner sur elles-mêmes, en même temps (ju elles sont emportées dans resj)acc ; et si (iUes ne tournaient j)oint, ce serait un phén<jmène très singulier et (pii deuianderait une ex[)lication touti^ parti(*ulière ; car il faudrait supposer : 1" que toutes les impulsions primilives se sont [)?vcisément réduites à une seule fixe, et T (jue la dirc^ction de cette force passait par le centi*e de giMvité de la planète^ rjue Ton considère. Et de même, si la planète ne faisiut (jue toui'ner sur son axe, sans épi'ouver aucun déplacement dans l'espace, il faudrait supposeï* (juc toutes le.-, impulsions transportées au centre de i»-ravitésV sont fait exactement équilil)re, et que, de toutes les forces apj)li(jn<''es^ il 11'ev.f ain>;i r-f'^sulté (pi'un seul couple, ce ({ui présenterait im second cas particulier tout aussi invraiscMnblable que le pi*(''C('"denf. Mais celui de la natin*e n'a rien qui dtnve surpivndie, y./^/.sYy//r ce double niouveinent (les cio'ps c('lestes es/ le ri'sulfut (jèni'rcil des forces ou njijntlsnuo <i uelconqiivs qui njt! pu ('ire impriinces <) ces différents corps )>.
Cet irréfutable théorème a été opposé par Poinsot à des géomètres qui, se j)laçanl à un point de vue trop particulier, observaient que. {)oui' expliquer le double mouvement de la rerre, — ainsi d'ailleurs qu(î d'une planète quelconque, ou du Soleil, — « il suffit de supposer qu'elle a revu une impulsion dont la direction a passé à une petite distance du centre de gravité^ ». Cela suflit. en effet, mais cela n'est point nécessaire, et la supposition de l'impulsion